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La vie de saint Épiphane évêque de la ville de Constantia de Chypre [par Jean, un disciple][1]

En Palestine

Chapitre 1

Épiphane naquit dans la région d’Éleuthéropolis, en Phénicie, sur une ferme à une distance de trois milles de la même ville. Son père était agriculteur et sa mère tisseuse de lin. Ils avaient deux enfants : Épiphane et une fille Callitrope. Le père d’Épiphane mourut et Épiphane demeura dix ans auprès de sa mère après la mort de son père.

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Chapitre 2

Mais sa mère travaillait très dur pour nourrir Épiphane et sa sœur puisqu’ils n’avaient que des moyens matériels très modestes. Ils possédaient pourtant une bête de somme.

La mère d’Épiphane lui dit un jour :

— Mon enfant, puisque nos biens subviennent si peu à nos besoins matériels et que nous manquons de nourriture, prends notre bête, va au marché et vends-la afin d’obtenir la nourriture dont nous avons besoin.

Épiphane à sa mère :

— Mère, tu sais que notre bête est indomptable et le sera pour toujours. Si je pars pour la vendre, les hommes là-bas seront vexés quand ils découvriront qu’elle est indomptable. Ils me puniront et diront : « Puisque tu es malhonnête, tu seras puni par la loi. »

Sa mère à Épiphane :

— Va, mon enfant, et le Dieu de nos pères, Abraham, Isaac et Jacob, donnera de l’intelligence à la bête pour qu’elle nous soit utile par sa valeur.

Épiphane invoqua le Dieu qui avait donné la grâce à Moïse d’accomplir de grandes merveilles devant Pharaon et il partit ainsi, en se soumettant à la volonté de sa mère.

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Chapitre 3

Tandis qu’Épiphane amenait la bête indomptable au marché, elle devint disciplinée et s’emplit d’une grande douceur. À ce moment, un certain juif, un commerçant, arriva. Il s’appelait Jacob et il dit à Épiphane :

— Mon enfant, veux-tu vendre cette bête ?

Épiphane à Jacob :

— Oui, père. C’est pour cela que je l’ai amenée ici.

Jacob à Épiphane :

— De quelle religion es-tu ?

Épiphane à Jacob :

— Je suis juif.

Jacob à Épiphane :

— Nous sommes donc du même peuple. N’acceptons pas, mon enfant, que le péché s’installe entre nous, mais puisque nous sommes du Dieu juste, fixons la valeur exacte de la bête pour que tu ne sois pas traité injustement et que moi, je ne sois pas lésé. Ne faisons pas tomber sur nous des malédictions après ces choses ; sinon, Dieu s’irritera contre nous. Attirons plutôt davantage de bénédictions sur nous parce que Dieu dit : « Celui qui bénit sera béni et celui qui souhaite du mal à quelqu’un sera maudit. » (Ps 28, 25)

Ayant entendu ces paroles, Épiphane fut grandement effrayé par la menace de Jacob.

Épiphane à Jacob :

— Je ne veux plus te vendre cette bête.

Jacob à Épiphane :

— Pourquoi, mon enfant ?

Épiphane à Jacob :

— Cette bête, père, est indisciplinée et la très grande misère de famine s’est installée chez moi, car j’ai à subvenir aux besoins de ma mère et de ma sœur. Mon père n’est plus de ce monde. Donc ma mère m’a ordonné de vendre la bête parce que nous manquons de nourriture. Mais tout à l’heure, j’ai entendu de toi, père, qu’il est mauvais de nuire à quelqu’un et j’ai eu peur de Dieu : qu’il ne me détruise pas, que Dieu ne me punisse pas à cause de ta malédiction qui tomberait sur moi.

Ayant entendu ces choses, Jacob s’émerveilla de la réponse de l’enfant et prenant trois pièces d’argent, il les donna à Épiphane et en même temps il le conseilla par les paroles suivantes :

— Mon enfant, prends cette bénédiction, va chez ta mère et achète du pain pour toute la maison. Prends aussi cette bête avec toi et si, d’une part, elle change sa mauvaise disposition et sa volonté indisciplinée, qu’elle reste chez toi. Mais si, d’autre part, elle persévère dans l’indiscipline, fais-la sortir de la maison pour qu’elle ne tue personne des tiens.

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Chapitre 4

Ayant entendu ces paroles et prenant les trois pièces d’argent de Jacob ainsi que la bête, Épiphane alla dans son village auprès de sa propre mère, mais avant d’entrer dans son village, à une distance d’un mille de lui, il rencontra un chrétien nommé Cléobios.

Cléobios à Épiphane :

— Mon enfant, est-ce que tu vends la bête ?

Épiphane à Cléobios :

— Non, père.

Cléobios à Épiphane :

— Si tu la vends, prends son prix et laisse-la-moi.

Mais lorsque Cléobios eut dit ceci à Épiphane, la bête s’emballa, selon sa manière indisciplinée, se rua sur Épiphane et le jeta par terre. Elle quitta le chemin principal pour courir çà et là. Alors, à cause de l’indiscipline de la bête, Épiphane se fit mal à la cuisse ; il s’étendit par terre criant amèrement et ne pouvait pas se relever. Alors, Cléobios arriva près de lui, lui saisit la cuisse à l’endroit où la bête indisciplinée l’avait blessé, et fit le signe de la croix sur lui trois fois. Épiphane se leva immédiatement. Il ne souffrait plus. Cléobios parla alors à la bête remplie de toute sorte d’indiscipline :

— Puisque tu as voulu tuer ton propre maître, au nom de Jésus-Christ le crucifié, tu ne quitteras plus cet endroit.

Et sur la parole de Cléobios, la bête tomba soudain par terre, morte. Et Épiphane interrogea Cléobios ainsi :

— Père, qui est Jésus le crucifié par le nom de qui s’opèrent de tels signes ?

Cléobios à Épiphane :

— Ce Jésus est le Fils de Dieu que les juifs ont crucifié.

Épiphane eut peur d’annoncer à Cléobios qu’il était juif. Alors Cléobios poursuivit son propre chemin et Épiphane rentra dans son village auprès de sa mère. Le voyant, sa mère l’accueillit avec joie et Épiphane lui expliqua tout ce qui lui était arrivé à cause de la bête indisciplinée.

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Chapitre 5

Après un certain temps, la mère lui dit :

— Voilà, mon enfant, la terre est délaissée et elle ne nous fournit rien.

Leur terre n’était pas grande, mais quand le père d’Épiphane la labourait avec peine, elle donnait quand même un petit quelque chose.

Sa mère à Épiphane :

— Vendons notre petit lopin de terre à un agriculteur et, toi, va te mettre en apprentissage chez un homme qui craint Dieu pour apprendre un métier par lequel tu pourras te nourrir toi-même et fournir du pain à moi et à ta sœur.

Il y avait un juif, un docteur de la loi, à Éleuthéropolis : un homme admirable et pieux, selon la loi de Moïse. Celui-là avait des biens dans le village où Épiphane naquit et il avait même connu son père et connaissait sa mère, de même qu’Épiphane et sa sœur. Un jour, pendant qu’il inspectait ses biens, le docteur de la loi dit à la mère d’Épiphane :

— Femme, veux-tu me donner Épiphane pour fils ? Ainsi toi et ta fille subviendrez à vos besoins à partir des biens de ma maison.

Alors, la mère d’Épiphane se réjouit grandement en entendant ce que disait le docteur de la loi et, prenant l’enfant, elle le lui confia sur-le-champ pour qu’il devienne son fils. Le docteur s’appelait Tryphon et il avait une fille unique qu’il voulait marier à Épiphane.

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Chapitre 6

Alors, Tryphon prit Épiphane pour fils et, avec diligence, lui enseigna toute la loi et, avec exactitude, l’hébreu. À un certain moment, la fille de Tryphon mourut et Épiphane devint le seul enfant dans la maison, mais il avançait en âge et dans la sagesse hébraïque. Il arriva que Tryphon lui-même mourut, léguant tous ses biens à Épiphane. Alors, la mère d’Épiphane, elle aussi, mourut. Puis Épiphane prit sa sœur dans la maison qu’il avait héritée de Tryphon. Tous deux vivaient en même temps dans la maison en grande tranquillité grâce à l’héritage de Tryphon.

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Chapitre 7

Un jour, Épiphane entra dans le village, là où il naquit et où se trouvaient les biens que Tryphon lui avait légués, quand il rencontra un chrétien nommé Lucien. Celui-ci était un homme admirable et savant qui menait une vie de moine. Il était un très habile calligraphe. Puisqu’il était assidu dans son travail, il se procurait, par celui-ci, assez de pain pour lui-même et pour les pauvres auxquels il donnait le superflu.

Alors, Épiphane monta sur une bête et Lucien marchait dans le même chemin. Les deux se rencontrèrent. Il arriva qu’un pauvre saisit les pieds de Lucien.

Le pauvre à Lucien :

— Homme de Dieu, aie pitié de moi parce que je n’ai rien mangé depuis trois jours et je n’ai absolument rien.

Le bienheureux Lucien, n’ayant rien à donner au pauvre, enleva son manteau et le lui donna.

Lucien au pauvre :

— Entre dans la ville, vends le manteau et achète du pain.

Et Épiphane, remarquant comment Lucien avait ôté son propre manteau, vit un vêtement brillant descendre du ciel et couvrir Lucien. Il prit peur, et descendant de la bête, il tomba sur le visage.

Épiphane à Lucien :

— Je te demande, homme, dis-moi : qui es-tu ?

Lucien à Épiphane :

— Dis-moi qui tu es et de quelle religion tu es, et moi, je te parlerai de moi-même.

Épiphane à Lucien :

— Je suis juif.

Alors, Lucien savait que la grâce de Dieu était tombée sur Épiphane, car il avait le don de prévoir les choses.

Lucien à Épiphane :

— Comment se fait-il que toi, étant juif, tu interroges un chrétien pour savoir qui il est ? Les juifs sont des objets d’horreur pour les chrétiens et vice versa. Voilà, tu as compris que je suis chrétien. Il ne t’est donc pas permis d’entendre autre chose de moi.

Épiphane à Lucien :

— Qu’est-ce qui m’empêche de devenir chrétien ?

Lucien à Épiphane :

— Le fait de ne pas vouloir t’empêche, car le fait de vouloir rend possible.

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Chapitre 8

Mais Épiphane, étant touché de componction par les paroles de Lucien, mit de côté l’inspection de ses biens et, prenant Lucien, il le fit entrer chez lui dans la maison qu’il avait reçue en héritage et le présenta à toute sa maisonnée.

Épiphane à Lucien :

— Père, voilà mes biens. Je veux devenir chrétien et vivre une vie de moine. Celle-ci est ma sœur. Qu’est-ce que tu ordonnes concernant tout cela ?

Lucien à Épiphane :

— Mon enfant, tu ne peux pas vivre une vie de moine parce que tu as toutes ces possessions. Mais donne ta sœur en mariage à un homme et donne-lui ce qui peut subvenir à ses besoins. Et le reste, distribue-le aux nécessiteux. Et alors, tu pourras ainsi bien vivre une vie de moine.

Épiphane à Lucien :

— D’abord, père, fais de moi un chrétien, et ensuite je ferai tout ce que tu m’as proposé.

Lucien à Épiphane :

— Il ne m’est pas permis, sans l’évêque, de faire de toi un chrétien, mais donne tes possessions à Dieu et je l’annoncerai à l’évêque et il te fera chrétien.

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Chapitre 9

Et Lucien, ayant dit cela, sortit de chez Épiphane pour aller voir l’évêque. Épiphane, lui, n’hésitant en rien, aussitôt dit à sa propre sœur :

— Je veux devenir chrétien et vivre une vie monastique.

Sa sœur à Épiphane :

— Ce que tu veux, je le veux aussi et ce que tu fais, je le ferai aussi.

Lucien alla rapporter l’histoire d’Épiphane à l’évêque.

L’évêque à Lucien :

— Va et enseigne-le et lorsque nous arriverons [l’évêque] dans l’église, fais qu’il se prosterne devant Dieu l’Ami de l’homme.

Alors, Lucien rentra chez Épiphane et lorsque Épiphane et sa sœur le virent, ils se prosternèrent et lui saisirent les pieds en pleurant.

Épiphane et sa sœur à Lucien :

— Nous t’honorons, père, fais de nous des chrétiens.

Alors, Lucien les enseigna adéquatement à partir des saintes Écritures. Et eux, ils persévéraient dans leur demande.

Épiphane et sa sœur à Lucien :

— Fais de nous des chrétiens.

Se chargeant de répondre à leur demande, Lucien et eux allèrent à l’église. Et lorsque l’évêque arriva, ils se prosternèrent, lui adressant la demande d’être illuminés par le saint baptême et l’évêque leur dit de se lever.

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Chapitre 10

Et quand l’évêque entra dans l’église, ils le suivirent et Lucien aussi, pour écouter les saintes Écritures.

Alors, Épiphane s’approchait des portes extérieures de l’église et tandis qu’il montait sur la première marche, le soulier du pied gauche se détacha et tomba. Mais lorsqu’il marchait sur le pied gauche, le pied droit se figea aussi et le soulier du pied droit tomba également. Alors, les deux souliers se trouvaient hors de l’escalier de l’église. Lucien s’émerveilla en voyant tout cela. Épiphane, décidant de ne pas reprendre les souliers qui étaient tombés de ses pieds, ne supportait plus d’en porter d’autres pour le reste de sa vie. Alors, au moment où Épiphane et sa sœur se mirent debout pour écouter les saintes Écritures, l’évêque, assis sur son trône, nota que le visage d’Épiphane resplendissait de gloire et qu’une couronne se plaça sur sa tête.

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Chapitre 11

Après la lecture de l’Évangile, l’évêque entra dans le baptistère et commanda à Épiphane et à sa sœur d’y entrer, avec Lucien qui était devenu leur père dans le saint baptême. Et après leur avoir enseigné toutes les conséquences de leur acte, il les baptisa. Et après leur participation dans les divins et immortels mystères, l’évêque leur commanda de déjeuner avec lui et également de rester sept jours dans l’évêché.

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Chapitre 12

Après sept jours, Épiphane prit Lucien et Bérénice, la sainte vierge qui était devenue la mère de la sœur d’Épiphane, et il les introduisit dans sa maison et, prenant mille pièces d’argent, il les donna à Bérénice et lui confia aussi sa sœur, car Bérénice était la mère supérieure d’autres vierges et il donna congé à sa sœur de partir avec elle. Épiphane, ayant tout vendu, donna l’argent aux pauvres, réservant pour lui-même quarante pièces d’argent pour acquérir des livres divins et vivifiants. Alors il quitta la ville avec Lucien parce que celui-ci avait lui-même construit un monastère où vivaient dix moines hormis Lucien lui-même. Ces derniers écrivaient diligemment des livres pour se procurer de quoi manger. Épiphane avait seize ans lorsqu’il devint moine.

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Chapitre 13

Dans le monastère de Lucien, il y avait un certain moine nommé Hilaire, qui tenait la seconde place après Lucien. Il était un jeune homme et avait déjà fait beaucoup de miracles. Un autre moine, nommé Claude, modelait son comportement sur celui d’Hilaire. Alors, Épiphane, observant ces deux moines, cherchait à bien imiter ces modèles. Le grand Lucien confia donc Épiphane au grand Hilaire pour que ce dernier lui enseigne les saintes Écritures. Épiphane s’entraînait avec diligence à pratiquer la vie monastique ; il s’habillait des mœurs vertueuses d’Hilaire en suivant la tradition que ce dernier avait établie ; et il avançait dans la grâce du Christ et dans l’art très admirable [de la vie monastique]. Alors il arriva que le grand Lucien mourut et Hilaire devint le chef du chœur des frères et en vérité, il était possible de voir dans ce lieu non des hommes vivant là, mais comme de saints anges servant Dieu le très saint et Ami de l’homme. La nourriture du vénérable Hilaire comprenait du pain, du sel et de l’eau en quantité modérée. Il ne mangeait qu’une fois tous les deux jours ; souvent, il ne mangeait qu’une fois en trois jours. Le plus souvent que possible, il ne mangeait qu’une fois en quatre jours et [à l’occasion] qu’une fois par semaine. Alors Épiphane adopta ce genre de vie et le maintint toute sa vie. Ce lieu avait peu d’eau.

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Chapitre 14

Un jour, des voyageurs arrivèrent au monastère et ils portaient du vin. Une très grande chaleur sévissait et ils étaient presque morts dans le monastère à cause d’une grande soif. Ils demandèrent de l’eau à boire, mais il n’y en avait pas dans ce lieu. Par contre, il y avait de l’eau à une distance d’à peu près cinq milles. Alors, les frères sortirent pendant la nuit pour s’approvisionner d’eau. Puisque les voyageurs étaient très affaiblis à cause de la soif, tous les frères s’apitoyèrent sur eux, mais Épiphane, étendant la main et prenant l’outre où se trouvait le vin, dit :

— Croyez, frères, car celui qui a changé l’eau en vin [Jn 2, 1-11] changera aussi le vin en eau.

Et sur la parole d’Épiphane, les outres remplis de vin se trouvèrent remplis d’eau. Alors, prenant de l’eau, les visiteurs burent, ainsi que leurs troupeaux, et les frères aussi. Ainsi, la vie revint en eux et tous, les visiteurs et les frères, furent frappés de stupeur par ce qui venait de se passer. À partir de ce jour, Épiphane ne voulait plus vivre dans ce lieu à cause de ce que les visiteurs disaient de lui. Alors, il se cacha des frères et sortit dans un lieu plus sauvage. Alors, les frères se souciaient pour Épiphane parce qu’ils ne savaient pas où il était. Et Épiphane demeura dans ce lieu pendant trois jours, sans manger. Il n’y avait pas d’eau non plus.

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Chapitre 15

Il arriva que quarante Sarrasins passaient par ce lieu-là. Et en voyant Épiphane dans un tel lieu et dans un tel état, ils rirent et se moquèrent de lui. Alors, l’un des Sarrasins n’avait qu’un œil, l’autre étant fermé. Il avait l’air terrifiant et dégainant son épée, il s’approcha d’Épiphane, et l’élevant pour frapper Épiphane, l’œil fermé s’ouvrit. Alors la crainte saisit le Sarrasin, qui, ne pouvant bouger, laissa tomber son épée sur la terre. Les autres Sarrasins, voyant leur compagnon immobile, s’approchèrent d’Épiphane et de leur ami. Et lorsqu’ils virent que l’œil qui avait été fermé était ouvert, ils furent saisis de stupeur. Alors, Épiphane vit leur anxiété et il leur dit des paroles, lesquelles les transformèrent, les calmèrent, et ils dirent qu’Épiphane était un dieu. Alors, ils le saisirent de force et l’emmenèrent avec eux, disant :

— Tu es notre dieu. Suis-nous et préserve-nous de toute la violence de ceux qui nous haïssent.

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Chapitre 16

Épiphane suivit les Sarrasins pendant trois mois et il arrêta tout désordre entre eux. Et voyant qu’Épiphane les forçait de vivre strictement, par ses admonitions, ils allèrent auprès de lui, animés d’un esprit unanime, tombèrent à ses pieds et lui demandèrent de partir chez lui. Alors, Épiphane leur donna ces conseils très importants disant :

— Si vous n’abandonnez pas ces choses [leur mauvais comportement], vous ne pourrez pas vivre heureux dans cette vie.

Et les Sarrasins le saisirent et l’amenèrent au lieu où il vivait auparavant. Là, ils l’aidèrent à construire une maison, le saluèrent avec affection et le quittèrent, tous, en paix.

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Chapitre 17

Et moi, étant l’un des Sarrasins, je demeurai avec Épiphane et ayant été instruit par sa parole de vérité, je restai auprès de lui. Après six mois, Épiphane me prit et nous allâmes dans le monastère du grand Hilaire. Tous les frères virent Épiphane et ils se réjouirent grandement. Nous passâmes trois jours dans le monastère et Épiphane demanda au grand Hilaire de me donner le sceau en Christ [le baptême] puisque Hilaire avait été jugé digne du degré de la prêtrise. Le grand Hilaire m’accepta et m’enseigna toutes les conséquences [du baptême] ; il me baptisa au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et il ordonna que je m’appelle Jean. Nous passâmes douze jours auprès d’eux et les frères prièrent Épiphane de rester vivre avec eux dans ce lieu, mais il ne voulait pas, désirant demeurer là où il vivait auparavant.

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Chapitre 18

Alors, nous quittâmes le monastère pour prendre notre chemin. Lorsque nous fûmes à deux milles du monastère, un jeune homme se joignit à nous. Il était possédé d’un démon dominateur qui le faisait périr dans la solitude. Dès qu’Épiphane eut vu ce jeune homme nu et saisi par l’esprit impur qui le faisait courir d’une manière sauvage, il cria d’une voix forte :

— Je t’ordonne au nom du crucifié Jésus-Christ de sortir de cette créature de Dieu.

Et aussitôt l’esprit impur tordit le jeune homme par des convulsions, le jeta par terre et sortit de lui. Mais il s’écria d’une voix forte :

— Épiphane, tu me chasses de chez moi où j’habitais depuis vingt-deux ans. J’irai vers le roi des Perses, je tournerai sa face contre toi et à travers beaucoup de peines et d’épreuves, je te ferai apparaître devant lui.

Et le jeune homme devint calme et sage, tombant aux pieds d’Épiphane qui, par contre, le fit lever.

Épiphane au jeune homme :

— Lève-toi, mon enfant, et va en paix chez toi.

Et aussitôt le jeune homme se leva.

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Chapitre 19

Alors le démon impur alla en Perse où il s’unit à la fille du roi, lui infligeant le même supplice par lequel il avait torturé le jeune homme. Et d’une voix forte, il s’écria en disant :

— Épiphane, rejeton des Phéniciens, viens ici pour que je sorte de la fille du roi.

Ayant entendu le démon parler de la Phénicie, le roi envoya un grand nombre d’hommes qui connaissaient le dialecte du pays chercher Épiphane, mais après avoir cherché partout dans le pays des Phéniciens, les soldats ne le trouvèrent pas et ils revinrent bredouille auprès du roi. Mais quelques soldats restèrent honteusement en arrière auprès des Romains comme espions, étant motivés par un désir méchant de reconnaître tout le pays des Phéniciens. Les autres soldats que le roi avait envoyés revinrent annoncer au roi qu’ils ne pouvaient pas trouver Épiphane. Mais le démon s’écria d’une voix forte :

— Il vit dans un lieu qui s’appelle Spanydrion [pauvre en eau].

Alors, de nouveau, le roi manda trente hommes, en leur disant :

— Enlevez vos vêtements perses et prenez ceux des Romains. Allez en Phénicie et cherchez le lieu qui s’appelle Spanydrion. Amenez-moi Épiphane qui y habite.

Les trente soldats partirent, échangèrent leurs vêtements et arrivèrent en Phénicie. En cherchant partout, ils trouvèrent le lieu ainsi qu’Épiphane.

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Chapitre 20

Ils arrivèrent pendant la nuit et Épiphane faisait monter ses prières à Dieu. Lorsque les soldats furent arrivés à la porte de sa maison, ils frappèrent pour la défoncer, mais Épiphane n’était pas du tout effrayé dans son esprit, mais acheva ses prières à Dieu. Mais les soldats, étant remplis de détermination, se résolurent de défoncer la porte de la maison. Alors, un certain soldat dégaina son glaive et l’étendit vers la serrure de la porte, sa main resta immobile, sans force, rigide et complètement séchée. Les autres soldats, effrayés et ne pouvant pas bouger, se retirèrent après un certain temps de la maison. Alors, Épiphane, après avoir terminé toutes ses prières, ouvrit la porte de la maison et le soldat ayant la main desséchée tomba face à terre.

Le soldat à Épiphane :

— Aie pitié de moi, ô prêtre et serviteur des Immortels.

Épiphane au soldat :

— Que cherches-tu auprès d’un homme pécheur ?

Le soldat à Épiphane :

— Je suis venu ici en bonne santé et regarde, ma main est maintenant desséchée.

Épiphane au soldat :

— Bon, tu es venu en santé, reprends ta santé.

Et Épiphane lui toucha la main desséchée qui devint saine comme l’autre. Alors ayant vu la merveille accomplie, tous les autres soldats vinrent tomber aux pieds d’Épiphane et ils confessèrent pourquoi ils étaient venus auprès de lui.

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Chapitre 21

Et en entendant les paroles des soldats, Épiphane savait que le démon qu’il avait chassé du jeune homme était celui qui était allé accabler la fille du roi.

Épiphane à moi, Jean :

— Lève-toi, mon enfant, suivons ces soldats.

Les soldats à Épiphane :

— Le roi nous a envoyés uniquement auprès de toi, père. Et en plus, nous avons amené un chameau sans chargement afin que tu t’asseyes sur lui.

Épiphane aux soldats :

— Je marche à pied rapidement, mais je ne laisserai pas mon disciple seul.

Et de nouveau, les soldats dirent avec une grande peur :

— Les chameaux sont là auprès des autres soldats ; suis seul tes serviteurs.

Un certain jeune homme gracieux tomba sur la face et se prosterna devant Épiphane.

Le jeune homme à Épiphane :

— Pardonne-moi, père.

Alors Épiphane eut compassion de lui.

Épiphane au jeune homme :

— Lève-toi. Dieu te bénit, mon enfant.

Alors le jeune homme se calma grandement et prenant Épiphane par les deux mains, il le mit sur un chameau agile. Et venant vers moi, il me fit la même chose. Quant à lui, il voyageait sur le premier chameau.

En Perse

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Chapitre 22

Après avoir dépassé trente-cinq haltes routières, nous arrivâmes dans la capitale et nous restâmes dans un endroit appelé Ourion. Trois soldats entrèrent au palais pour annoncer au roi notre présence. Le roi commanda qu’Épiphane entre et qu’il se présente devant lui. Alors Épiphane entra dans le palais en grande tranquillité, comme s’il n’avait pas à rencontrer un roi. Mais moi, en suivant Épiphane, j’eus peur et je tremblai, car voyant l’immense foule qui se tenait autour de lui, j’étais troublé dans mon esprit. Épiphane s’approcha du roi qui aussitôt se leva du trône.

Épiphane au roi :

— Assieds-toi, mon enfant, sur ton trône et ne sois pas troublé au sujet de ton affliction, car j’ai [avec moi] le Dieu qui donne le secours et c’est lui qui purifie [tout homme] du diable. Crois seulement au Crucifié. Ne te laisse pas égarer par le bavardage et tu verras ta fille en bonne santé. Le très mauvais démon qui a été chassé de chez lui est venu avec empressement sur ton enfant. Si tu crois au Crucifié, celui-ci chassera le démon de ta fille. Illumine, mon enfant, ton cœur et vois comment il sera expulsé. Amène-la parmi nous et tu verras la bienveillance de l’Ami de l’homme.

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Chapitre 23

Alors la fille du roi arriva au milieu d’eux.

Épiphane à la fille :

— Sois sage et prosterne-toi devant ton père, car le loup ne dominera plus sur toi.

Ayant prononcé ces paroles, Épiphane prit la fillette par la main et traça sur elle trois fois le signe de la croix. Et il parla à l’esprit qui l’affligeait.

Épiphane à l’esprit :

— Tu as couru honteusement vers la fille du roi. Fuis d’elle [pour aller] dans des endroits inhabités.

Après avoir dit ces paroles au démon, il sortit aussitôt de la fillette. Épiphane vit la grande agitation du roi.

Épiphane au roi :

— Réjouis-toi, ô roi, pour ta fillette. Le loup a fui dans des endroits inhabités. Va, ma fille, à tes appartements et sois joyeuse avec ta très excellente mère. Désormais, sois attentive à ton corps et le mal n’approchera plus de toi.

Lorsque la fille du roi eut entendu les paroles d’Épiphane, elle alla dans le palais, là où sa mère demeurait. Alors le roi s’inclina la tête devant Épiphane et lorsque ceux qui l’entouraient eurent vu le roi, ils s’inclinèrent aussi jusqu’à terre.

Les courtiers à Épiphane :

— Tu es orné de la grâce de Dieu ; sois bienveillant envers le roi ; deviens son puissant père et reste avec nous pour toujours. Un démon tourmente la reine ; va immédiatement l’expulser d’elle.

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Chapitre 24

Alors, un des leurs principaux mages dit ceci à Épiphane sur un ton amical :

— Ô bienheureux Épiphane, mage très aimé, tu es venu ici pour nous faire prospérer. Enseigne-nous tous ; tous les mages t’écouteront et t’obéiront.

En entendant ces paroles, Épiphane dit à ce mage sans intelligence :

— Ô mage, ennemi de la vérité, apprends à ne pas accepter de paroles insensées. Accepte de te restreindre la langue et ne parle pas incessamment ; n’imagine pas que le serviteur de Dieu soit un mage de l’injustice.

Lorsque Épiphane eut dit ces paroles, le mage devint aussitôt muet, immobile au lieu où il se tenait. Alors, le roi vit tout, ainsi que ses soldats et ses courtiers, autour de lui et étant pris d’effroi, ils se prosternèrent tous par terre.

Alors, Épiphane, les voyant tous face à terre, tendit la main vers le roi et lui dit sur un ton amical :

— Lève-toi et calme-toi, et sois en bonne santé dans ton palais.

Lorsque Épiphane eut prononcé ces paroles, tous se levèrent.

Épiphane au mage :

— Vois ce que tu voies et entendes, et tu seras attentif à la vérité. N’imagine pas que je sois un mage, car je suis le serviteur du Crucifié. Parle et écoute comme auparavant. Deviens l’ami de la vérité.

Alors le mage, parlant à Épiphane, se défendit pour le tromper.

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Chapitre 25

Ensuite, le roi ordonna d’apporter devant la cour de l’or, de l’argent, des perles et des pierres précieuses et de les déposer aux pieds d’Épiphane.

Le roi à Épiphane :

— Prends ces choses, ô notre père, et souviens-toi de moi.

Épiphane au roi :

— Nous ne faisons aucun cas de ces choses parce que nous possédons la vérité. Ne me fais pas d’ennuis avec toutes ces choses, car le Christ m’a enseigné de ne pas les désirer. Prends-les et enterre-les dans ton palais et elles seront pour toi mortes, pour toujours. Si tu t’occupes seulement d’elles, tu iras à la dérive ; elles ne peuvent te secourir. Tu te trompes grandement en pensant ainsi et tu ruines beaucoup d’âmes par l’or que le Seigneur t’a donné pour être distribué aux pauvres. Sois juste devant Dieu pour tous et ne juge plus jamais par condamnation. Maintenant, souviens-toi de mes paroles. Alors, lorsque tu recevras mes paroles, tu seras à ce moment joyeux. N’aie pas besoin de rien en ce monde et tout le monde te sera soumis. Écoute les mages toujours agités et ils [te] tromperont par leur loi ténébreuse. Maintenant, c’est l’heure du déjeuner. Va à table avec empressement. J’ai semé beaucoup de paroles, mais tu ne tiens à aucune d’elles, car moi, je lis tes pensées et tu ne t’éloigneras pas de la table. Alors, mange et réjouis-toi en modération, car tu rendras compte de toutes ces paroles.

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Chapitre 26

Le roi à Épiphane :

— Ô père, asseyons-nous ici ensemble et mangeons.

Épiphane au roi :

— Assieds-toi à table et mange comme d’habitude, seulement éloigne-toi de l’excès, car pour moi le pain fait de son et d’un peu de sel comme assaisonnement subviennent à mes besoins corporels.

Lorsque Épiphane eut dit ces choses au roi, celui-ci congédia tous de son palais et il nous commanda d’entrer dans sa chambre et il nous envoya divers mets sur des plateaux. Épiphane les refusa tous, ne prenant qu’un pain pour nous. Après avoir mangé, nous étions rassasiés et nous remerciâmes le Dieu de tous.

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Chapitre 27

Le lendemain, le roi fit venir Épiphane qui, entrant en toute tranquillité, arriva très près du roi qui se leva de son trône et mit sa couronne par terre.

Épiphane au roi :

— Reprends la dignité du royaume et sois bienveillant envers Dieu.

Le roi à Épiphane :

— Reste avec nous ici, ô père, et nous serons obéissants à toutes tes paroles.

Épiphane au roi :

— Si tu obéis à mes paroles, je me souviendrai de toi partout où j’irai.

Nous passâmes dix jours dans le palais.

Épiphane au roi :

— Je voudrais retourner dans ma patrie ; tous ceux qui sont là-bas me manquent. Reprends ta place sur le trône et ne cherche pas de querelles avec les Romains, car si tu es l’ennemi des Romains, tu seras l’ennemi du Crucifié et si tu deviens l’ennemi du Crucifié, tu seras réduit à rien par tes adversaires.

Lorsque Épiphane eut dit ces choses au roi, ce dernier, marchant à la tête de sa cour, nous escorta jusqu’à notre patrie.

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Chapitre 28

Alors, en sortant du palais, nous vîmes un jeune homme mort sur un grabat ; il était le fils d’un grand seigneur. On portait le jeune homme aux chiens afin de l’abandonner pour être dévoré. Sur un ton amical, Épiphane parla à ceux qui portaient le grabat.

Épiphane aux porteurs :

— Mes enfants, déposez-le par terre. Nous voulons, nous aussi, voir le mort. C’est la magie qui a tué cet enfant, par son œuvre maléfique.

Les Perses avaient la coutume de laisser [les chiens] dévorer les morts. Alors, ils déposèrent aussitôt le grabat par terre.

Épiphane au roi :

— Ô Roi, tu gouvernes de mauvais hommes sans loi. Il faut que le jeune homme, une fois mort, soit enterré avec sûreté afin que le Seigneur du haut du ciel, en sonnant la trompette, rétablisse ce jeune homme en état de pouvoir l’adorer. Tu règnes sur de tels hommes indisciplinés, comme sur ceux qui attirent eux-mêmes leur propre mort avant le temps. Regarde, celui que tu vois ici mort a quitté la vie par l’effet d’une œuvre maléfique, mais mon Dieu, celui qui a été étendu sur le bois, va relever ce jeune homme devant tous.

Après avoir prononcé ces paroles et ayant touché le mort de ses mains, Épiphane invoqua l’Ami de l’homme.

Épiphane au Christ :

— Fils de Dieu, ressuscite ce jeune homme.

Et Épiphane ôta son propre vêtement de dessus et en habilla le mort. Les Perses avaient la coutume de porter leurs morts nus. Alors, le jeune homme se leva aussitôt et il embrassa Épiphane.

Épiphane au jeune homme :

— Mon enfant, va chez toi et porte tes vêtements habituels. Apporte-moi mon vêtement de dessus.

Épiphane avait la coutume de porter une tunique de poils et de crin contre son corps et sur cette dernière son vêtement de dessus.

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Chapitre 29

Ainsi, dès que le roi eut vu la merveille qu’Épiphane avait opérée, il en conclut qu’il était un dieu.

Épiphane au roi :

— Ne m’attribue pas ces choses, car je suis un homme comme toi. Mon Dieu, à qui j’ai cru, fournit toutes choses à ses amis.

Il dit ces choses, et d’autres encore.

Épiphane au roi :

— Retourne, mon enfant, dans ton palais, car nous marchons vers notre patrie.

Le roi à Épiphane :

— Combien d’hommes armés d’épée devrais-je envoyer pour te guider à bon port, ô père ?

Épiphane au roi :

— J’ai [avec moi] Dieu dans les cieux ; il me protège. J’ai aussi ses saints anges comme hommes armés d’épée [pour me protéger].

Alors, le roi embrassa Épiphane et cria d’une voix forte :

? Marche en bonne santé, Épiphane, toi qui es la gloire des Romains. Souviens-toi de nous en Perse.

Et nous éloignant de la Perse, nous partîmes en Phénicie et, faisant route à travers une région de la Phénicie, nous arrivâmes à Spanydrion où nous trouvâmes la cellule comme elle était auparavant et nous y passâmes trois jours sans boire de l’eau.

En Palestine

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Chapitre 30

Alors, Épiphane, se tenant debout, regarda vers l’Orient et pria le Dieu céleste.

Épiphane :

— Ô toi qui as fendu le rocher taillé à pic, qui en as fait jaillir de l’eau et qui as fait boire le peuple assoiffé, fends aussi cette terre et fais-en jaillir de l’eau sur la demeure de pauvres hommes. (Ex 17, 1ss)

Lorsque Épiphane eut dit ces choses, un parfum de très bonne odeur se répandit dans le lieu. Encore de nouveau, Épiphane s’inclina trois fois à terre en priant. Il prit ensuite une pelle et gratta un peu la terre. Et voilà jaillit un peu d’eau. Il gratta la terre une autre fois et notre demeure devint une grande rivière d’eau. Nous étions dans ce lieu, très tranquilles, lui et moi. Dieu fit « pousser l’herbe pour le bétail et les plantes pour le service de l’homme » (Ps 103, 14). Alors, l’eau irrigua toute la terre par ordre de Celui qui veille toujours sur le genre humain. La terre fit pousser une multitude de légumes pour nous réjouir le cœur et pour nous nourrir.

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Chapitre 31

Par conséquent, certains animaux s’approchèrent des légumes de sorte qu’ils ruinèrent les jeunes plantes. Alors, Épiphane, se tenant parmi les légumes, parla aux animaux comme s’il parlait aux hommes.

Épiphane aux animaux :

— Ne me faites pas souffrir, car je suis pécheur et pauvre. À cause de la multitude de mes péchés, je suis dans ce lieu et je les déplore. Dieu m’a fourni comme consolation des légumes pour nourriture et il vous ordonne de ne plus venir ici pour marcher dans mon jardin.

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Chapitre 32

Alors, les bêtes sauvages, en entendant les paroles d’Épiphane, se sentirent honteuses, comme des hommes qui se perçoivent clairement convaincus d’une grande faute abandonnent leur méchant projet. Ils se retirèrent aussitôt et à partir de ce jour-là, ils ne s’approchaient plus de notre demeure. Lorsque les Sarrasins qui vivaient près de chez nous eurent entendu dire qu’Épiphane était rentré de la Perse, ils vinrent le rencontrer pour recevoir sa bénédiction et ils nous construisirent encore trois maisons, et restèrent avec nous quelques mois, après quoi ils rentrèrent chez eux. Alors toute la Phénicie entendit dire qu’Épiphane vivait encore à Spanydrion et d’autres frères se joignirent au monastère. Nous étions alors cinquante en tout.[2]

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Chapitre 33

Un jour, Épiphane alla visiter les frères dans le monastère du grand Hilaire et j’allai avec lui. Les frères nous reçurent avec une grande joie et nous y restâmes pendant beaucoup de jours. Alors, le diable, qui dès le début est l’ennemi des serviteurs de Dieu, vola le vêtement d’Épiphane et partit dans le monastère [d’Épiphane] appelé Spanydrion. L’un des frères des plus négligeants courut vers lui pour le vénérer et tombant à terre, il vénéra le très méchant démon [déguisé]. À ce moment, le diable entra dans le frère et il fut très violent envers les frères.

Épiphane au grand Hilaire :

— Père, le loup est entré dans le monastère, il sème le trouble et il secoue tous les frères.

Ayant dit cela, Épiphane les salua tous [dans le monastère de Hilaire] et nous prîmes notre chemin [vers Spanydrion]. Lorsque nous fûmes entrés dans le monastère, le diable vit Épiphane et immédiatement il sortit du frère.

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Chapitre 34

À ce moment, trois hommes rustres entrèrent dans le monastère et un méchant esprit possédait l’un d’entre eux. Les deux autres appelèrent Épiphane auprès de celui qui avait le méchant esprit.

Les hommes à Épiphane :

— Viens aider notre compagnon.

Épiphane aux hommes :

— Mes enfants, prenez votre ami et allez en paix, car au nom de Jésus-Christ, il n’y a plus de mal en lui.

Les trois hommes crurent à la parole d’Épiphane et l’homme partit chez lui en bonne santé.

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Chapitre 35

À un certain moment, un lion vivait dans un lieu désert à 60 milles de notre monastère. Il se cachait dans la forêt et tuait beaucoup d’hommes qui passaient par là. Étant un raccourci, c’était par contre un endroit convenable aux voyageurs. Alors, tous ceux qui y passaient souvent se liguèrent ensemble et allèrent voir Épiphane dans son monastère pour lui parler de cet animal, de son méchant et féroce comportement et du fait que, le lieu étant inhabité, personne ne pouvait y vivre.

Les hommes à Épiphane :

— Tout le monde, ô père, a peur du lion parce qu’il a tué beaucoup d’hommes et les autres ne veulent plus voyager par-là parce qu’ils sont effrayés.

Épiphane écouta l’histoire du lion féroce.

Épiphane aux hommes :

— Allons, mes enfants, au nom du Seigneur et nous verrons ce lion sanguinaire.

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Chapitre 36

Alors, Épiphane me prit avec lui et nous allâmes avec les autres hommes. En route, une grande peur tomba sur tous ceux qui étaient avec nous.

Épiphane aux hommes :

— Mes enfants, où se trouve la tanière du lion ?

Ils lui indiquèrent le lieu et Épiphane y alla le premier. Puisque le lion ne se manifestait pas, Épiphane cria d’une voix forte.

Épiphane :

— Où est la demeure du lion féroce et indomptable ?

À ce moment, le lion bondit de la forêt vers Épiphane, mais lorsque le lion eut vu notre père, il tomba par terre, mort. Épiphane s’approcha du lion et tout le monde, pris d’une grande peur, fuit, pensant qu’Épiphane était mort aussi. Alors, Épiphane leur cria d’une voix forte.

Épiphane aux hommes :

— Venez sans crainte, mes enfants, et vous verrez le cadavre de la bête.

Et tous, se collant aussitôt les uns contre les autres, virent le cadavre de la bête. Épiphane aux hommes :

— Si vous avez foi en le Sauveur, vos ennemis, ceux qui vous tendent des pièges, mourront tous.

Et tous les hommes, nous prenant avec eux, se retirent de nouveau dans le monastère où Épiphane les bénit. Ensuite, ils reprirent leur propre chemin.

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Chapitre 37

Alors, ce lieu, qui auparavant s’appelait Spanydrion, fut glorifié grâce à Épiphane, car pendant longtemps, il était inhabité, sans eau ; c’était un endroit où personne ne pouvait vivre. Voilà pourquoi il portait le surnom de Spanydrion, parce qu’il n’avait pas d’eau. Mais il devint un jardin, un paradis, où on pouvait se réjouir de toutes sortes de bonnes choses : de l’eau en abondance et diverses choses à manger. Donc, avec tout cela, dont Dieu rendit Épiphane digne, Dieu lui accorda ce grand et merveilleux don : interpréter les saintes Écritures en toute vérité. Alors prenant les livres divins et les lisant aux frères, il exposait à ces derniers toute la force qu’elles contiennent.

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Chapitre 38

Alors, le grand orateur et philosophe, Épiphane [pas saint Épiphane], habitant de la ville d’Édesse, avait entendu parler de notre père Épiphane et comment il était très éloquent. Épiphane le philosophe voulait ardemment rencontrer notre père Épiphane. Alors il arriva au monastère et là il vit une multitude de frères, debout, en train de chanter des hymnes à Dieu. Notre père Épiphane termina ses prières à part, seul. Après les prières et les hymnes, les frères virent Épiphane le philosophe, mais ce dernier ne salua personne. Lorsqu’il eut vu notre père Épiphane, le philosophe le reconnut et marchant vers lui, il se prosterna devant lui.

Épiphane au philosophe :

— Ô grand Épiphane, éminent orateur, pourquoi es-tu venu auprès d’« Épiphanito »[3] le moindre des hommes et le plus grand des pécheurs ? Voilà pourquoi tu m’étonnes, ô philosophe. Pourquoi es-tu venu auprès d’un tel individu, par une si longue route ? Pour quelle raison ? Parle, ô philosophe.

Le philosophe à Épiphane :

— Ne t’étonne pas de cela, docteur bien aimé, car Denys Halicarnasse a dit :

Lorsque les hommes s’observent les uns les autres, ils peuvent distinguer les meilleurs [des pires], sinon les méchants et les bons, étant confondus les uns avec les autres dans une seule masse, seront tous les deux étendus sur un seul bois [seront tous exécutés ensemble], car aucun homme portant d’habitude une tunique pour protéger le corps ne sera lacéré. Un plus grand nombre de rencontres fournit un plus grand nombre de discours et là où il y a divers discours, là se trouve une grande expérience d’œuvres et d’actes différents.[4]

Lorsque le philosophe eut dit ces choses à Épiphane, et plus encore, il se tut, ne disant plus rien.

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Chapitre 39

Alors, du premier livre de la Bible, de la Genèse, Épiphane choisit l’histoire de la création et l’expliqua très exactement au philosophe. Ce dernier était d’accord avec certains passages et en désaccord avec d’autres. Les deux Épiphane passèrent trois jours en dialogue, mais leurs positions ne s’accordaient pas. Le philosophe, voyant le genre de vie et les habitudes de notre père, l’aimait beaucoup. Le quatrième jour, le philosophe parla à Épiphane.

Le philosophe à Épiphane :

— Docteur, il est très bon de vivre ici. Je voudrais, si tu l’acceptes, vivre ici.

Épiphane au philosophe :

— Vivre ici, cela dépend du désir et des sentiments de chacun.

Le philosophe à Épiphane :

— Mais j’apporterai aussi mes livres.

Épiphane au philosophe :

— Si tu as quelque idée en tête, tu trouveras Épiphane bien disposé.

Le philosophe à Épiphane :

— Kallistos ira où se trouvent mes livres.

Épiphane au philosophe :

— Pars, va en bonne santé avec Kallistos.

Le philosophe à Épiphane :

— Je donne tous mes livres à Kallistos, car je ne partirai plus d’ici.

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Chapitre 40

Kallistos était le fils d’Aetius, le grand préfet de Rome. Il avait un esprit méchant et dans un rêve il vit Épiphane.

Épiphane à Kallistos :

— Kallistos, veux-tu que j’expulse de toi le démon ?

Kallistos à Épiphane :

— Et qui es-tu, seigneur, pour pouvoir expulser un démon ?

Épiphane à Kallistos :

— Je suis Épiphane de Phénicie en Palestine et je vis au monastère à Spanydrion. Si donc j’expulse le méchant esprit de toi, tu viendras vivre avec moi à Spanydrion.

Kallistos à Épiphane :

— Seigneur, expulse-le de moi et je vivrai avec toi.

Épiphane à Kallistos :

— Fais attention de ne pas faire autrement, car si tu fais autre chose, le démon reviendra.

Alors, Kallistos se réveilla et exposa son rêve à son père, le préfet. À partir de ce jour, l’esprit impur n’opprima plus Kallistos. Après trois mois, ce dernier parla à Aetius, son père.

Kallistos à Aetius :

— Père, je voudrais aller en Phénicie en Palestine rechercher Épiphane et vivre avec lui à Spanydrion.

Alors, son père lui donna aussitôt beaucoup d’argent et l’envoya avec des gardes de corps. Arrivant en Phénicie, Kallistos rechercha Épiphane et [l’ayant trouvé] il lui expliqua tout. Et il vécut avec nous. Alors, le philosophe envoya Kallistos, selon l’ordre d’Épiphane, avec deux jeunes hommes et trois chameaux à Édesse pour rapporter ses livres au monastère. Kallistos marcha à Édesse où il trouva les livres. Les ayant chargés sur les trois chameaux, il rentra au monastère.

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Chapitre 41

Chaque jour, Épiphane et le philosophe disputaient longuement.

Épiphane au philosophe :

— Ô philosophe, le prophète Daniel l’a dit : « Le tribunal était assis ; les livres étaient ouverts. » (Dn 7, 10) Allons donc, expose tes livres et moi, les miens, ceux que Dieu par sa grâce m’a donnés. Asseyons-nous et discutons ensemble.

Alors Épiphane posa les Écritures inspirées de Dieu à droite et le philosophe plaça les siens à gauche. Et ils commencèrent dès le début de la Création. À partir de la naissance du monde que Moïse a décrite, Épiphane expliqua la Création. Le philosophe, à partir de son histoire, celle de Hésiode[5], expliqua la naissance du monde. Ils parcouraient les deux livres, mot à mot, se disputant l’un avec l’autre. La lumière était la lumière et les ténèbres les ténèbres. Moïse décrit Dieu en train de créer et Hésiode dit que le fait de vivre était de Dieu, plutôt de l’égarement des dieux. Pendant toute une année, Épiphane dialogua avec le philosophe, mais ne pouvait pas le convaincre.

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Chapitre 42

Alors, à ce moment-là, une soixantaine de paysans amenèrent un jeune homme qui était tourmenté par un esprit impur. Puisque les hommes ne pouvaient pas maîtriser le jeune homme, ils le lièrent avec des chaînes, l’amenant auprès d’Épiphane au monastère.

Épiphane au philosophe :

— Eh bien, ô philosophe, toi qui aimes disputer avec le pécheur Épiphane, toi, invoque la multitude de tes dieux afin d’expulser l’esprit du jeune homme.

Mais le philosophe estimait qu’Épiphane se sentait vaincu et n’avait rien à dire. Épiphane comprit l’attitude du philosophe.

Épiphane au philosophe :

— Que dis-tu, ô philosophe, concernant le jeune homme ? Guéris le malade et j’accepterai ta foi en une multitude de dieux, mais si mon Dieu expulse l’esprit impur du jeune homme, alors tu accepteras le Crucifié.

En entendant ces paroles, le philosophe ne crut pas qu’Épiphane était sérieux. Il pensait que c’était ridicule.

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Chapitre 43

Alors Épiphane, se levant, saisit le jeune homme.

Épiphane au jeune homme :

— Je te le dis, jeune homme, veux-tu que j’ôte les fers de tes mains ?

Lorsque le philosophe eut entendu ces paroles, il courut aussitôt dans sa cellule, s’y barricada, ferma la porte à clé, étant pris d’une grande méfiance :

Le philosophe :

— Ce bon vieil homme, comme simple ignorant, veut délier le fou et si nous ne fuyons pas sa témérité, puisque nous sommes sensé, le maudit nous fera méchamment souffrir.

Alors, Épiphane ôta les fers du jeune homme et le signa trois fois du signe de la croix.

Épiphane à l’esprit impur :

— Épiphane, le pécheur et serviteur du Seigneur, t’ordonne, au nom de Jésus-Christ, le Crucifié, le Fils de Dieu, de sortir de cet homme et de ne plus jamais entrer en lui.

Et aussitôt, l’esprit impur sortit et le jeune homme se trouva dans une grande paix. Alors, le philosophe, voyant le jeune homme tout en paix, déverrouilla la porte et bondit de sa cellule pour aller se prosterner devant Épiphane.

Le philosophe à Épiphane :

— Ô Épiphane le couronné, je crois et j’ai cru en tes paroles, à cause des œuvres accomplies. Les paroles s’envolent, étant sans fruits, mais les œuvres manifestent ce qui produit des fruits. Je veux, moi aussi, devenir un disciple du Crucifié.

Épiphane au philosophe :

— Pourquoi t’étonnes-tu, ô philosophe, de ces choses, comme si c’était nous qui les avons accomplies. Ce n’est pas nous, mais le Fils de Dieu, celui qui fait ces bonnes choses à travers ceux qui croient en lui.

Alors, Épiphane dit tout cela — et en encore plus — au philosophe et ce dernier le pria de lui donner le sceau en Christ.

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Chapitre 44

Épiphane le prit, et moi aussi, et nous allâmes auprès du grand Hilaire qui le baptisa. Et nous passâmes vingt jours dans le monastère auprès du grand Hilaire. Épiphane pria le grand Hilaire d’envoyer avec Épiphane le philosophe un des frères à Éleuthéropolis pour que l’évêque l’ordonne prêtre et le grand Hilaire acquiesça. Et encore, nous allâmes dans notre monastère appelé Spanydrion. Épiphane convoqua tous les frères.

Épiphane aux frères :

— Celui qui auparavant pensait être quelque chose, mais en fait n’était rien, a dit lui-même qu’il était philosophe, mais maintenant, par la grâce du Christ, il est devenu véritablement philosophe et a été jugé digne du sacerdoce. Celui-là est notre père spirituel. Épiphane le philosophe a été jugé digne par la grâce de Dieu d’être le guide de toute la contrée.

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Chapitre 45

Alors beaucoup de gens entrèrent au monastère et ils ne laissèrent pas Épiphane en paix. Donc, Épiphane pensait à quitter ce lieu pour aller dans les contrées d’Égypte.

Épiphane à moi :

— Mon enfant, suis-moi.

Moi à Épiphane :

— Je te suivrai, père, là où tu pourrais aller.

Épiphane convoqua tous les frères, leur fit ses adieux et leur parla de son départ.

Épiphane aux frères :

— Mes enfants, je vais visiter les frères au monastère du grand Hilaire.

À Jérusalem

Lorsqu’ils eurent compris qu’Épiphane voulait se retirer, ils sentirent un grand émoi à cause de cet événement. Ils se prosternèrent tous par terre avec beaucoup de lamentation et de plaintes. Ils prièrent Épiphane de ne pas partir. Épiphane lui-même fut frappé d’une grande compassion et les convainquit en disant qu’il ne voulait plus se retirer, mais après avoir passé dix jours, il me prit de nuit et nous sortîmes et allâmes à Jérusalem où nous nous prosternâmes devant notre vie, c’est-à-dire devant la vénérable Croix du Seigneur. Ensuite, nous passâmes seize jours dans la ville, en parcourant tous les lieux saints et en priant.

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Chapitre 46

Ensuite nous sortîmes de la ville afin de prendre un navire pour l’Égypte. Alors, nous rencontrâmes une femme rendue folle par un esprit impur. Elle prit le manteau d’Épiphane et le déchira et aussitôt l’esprit sortit d’elle. Tombant aux pieds d’Épiphane, elle le supplia :

— Pardonne-moi, père, et ne t’irrite pas.

Épiphane à la femme :

— Retourne chez toi en bonne santé. Celui qui a déchiré est déchiré.

Et la femme alla chez elle.

En Égypte

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Chapitre 47

Nous descendîmes à Joppé où nous trouvâmes un navire prêt à partir pour Alexandrie. [Une fois arrivés au port] nous sortîmes du navire et entrant dans la ville, nous rencontrâmes un juif nommé Aquila, docteur de la Loi. Épiphane et lui commencèrent à dialoguer. Ils restèrent en grande discussion toute la journée et le lendemain ils se rencontrèrent de nouveau, discutant entre eux. Alors comme les interprétations d’Épiphane le persuadèrent, Aquila désira ardemment devenir chrétien. Après réflexion, Épiphane l’amena auprès du pape Athanase. Ensuite, nous quittâmes Alexandrie.

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Chapitre 48

Nous allâmes dans la contrée de la Haute-Thébaïde où nous rencontrâmes un moine, disciple du grand Antoine, nommé Paphnuce.

Épiphane à Paphnuce :

— Bénis-nous, père.

Paphnuce à Épiphane :

— Que le Seigneur vous bénisse !

Et après la prière de Paphnuce, nous nous embrassâmes et nous nous restaurâmes un peu dans ce lieu. Épiphane interrogea Paphnuce sur tout le grand Antoine avait fait et Paphnuce lui expliqua tout.

Épiphane à Paphnuce :

— Père, je veux vivre dans le lieu appelé Nitrie.

Paphnuce à Épiphane :

— Marche en bonne santé, sois dans l’allégresse des pères, cueille l’herbe d’été, va dans l’île de Chypre, procure des vêtements pour les brebis et honore les enfants afin qu’ils soient tes agneaux.

Lorsque Paphnuce eut prononcé ces paroles, nous nous embrassâmes de nouveau et nous allâmes chacun sur notre propre chemin.

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Chapitre 49

Il y avait dans la contrée autour de Léontopolis un homme que certains estimaient bon. On disait aussi que Dieu lui avait accordé le don de connaître l’avenir. Il s’appelait Hiérax. Épiphane avait entendu parler de lui en Palestine et il voulait le voir. Hiérax, qui vivait à une distance d’un mille de Léontopolis, avait aussi entendu parler d’Épiphane. Il enseignait que notre chair actuelle ne ressusciterait pas, mais que quelque chose d’autre ressusciterait à sa place. Il disait aussi que notre chair actuelle se décomposerait dans la terre parce qu’il est écrit : « Tu es glaise et retourneras à la glaise. » (Gn 3, 19) Et en plus, Hiérax enseignait que les enfants ne seraient pas parfaits dans les siècles futurs. Étant entrés dans le monastère de Hiérax, nous trouvâmes un grand nombre de disciples qui écoutaient son enseignement. Le maître Hiérax jeûnait de nourriture et de boisson ; il ne prenait ni huile ni vin depuis qu’il avait renoncé au monde. En voyant Épiphane, il demanda d’où venait Épiphane. Apprenant qu’Épiphane était palestinien, il demanda son nom et apprenant qu’il s’appelait Épiphane, il s’inquiéta beaucoup parce qu’il savait ce qu’on disait d’Épiphane en Égypte : il avait le don de connaître l’avenir et il était très intelligent et bon orateur. Après avoir obtenu les réponses à ses questions, Hiérax continua à enseigner ses disciples, mais lorsqu’il eut abordé le sujet de la résurrection, il dit que la chair ne ressusciterait pas. Alors, cette déclaration choqua Épiphane.

Épiphane à Hiérax :

— Mets-toi une serrure à la bouche et apprends à ne pas blasphémer concernant la foi.

Alors, sur la parole d’Épiphane, Hiérax resta muet et immobile là où il se tenait. Tous les disciples virent la merveille qu’Épiphane avait opérée sur Hiérax et ils étaient stupéfaits. Alors, Épiphane prit les saintes Écritures et commença à enseigner concernant la résurrection. Pendant trois heures, Hiérax resta muet. Lorsque Épiphane eut terminé son enseignement, il parla à Hiérax.

Épiphane à Hiérax :

— Dis la vérité et écoute la foi sûre et solide.

Alors, Hiérax s’excusa disant à Épiphane qu’il s’était trompé et qu’il changerait sa doctrine erronée.

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Chapitre 50

Alors, quittant Léontopolis, nous allâmes dans la Haute-Thébaïde où vivait un juste nommé Jean. Et lorsque nous fûmes entrés auprès de lui, il nous reçut avec bienveillance. Il y avait là des habitants de la contrée qui priaient Jean de garder un certain jeune homme qui était troublé par un esprit impur. Lorsqu’il eut vu Épiphane, le jeune homme cria d’une voix forte :

— Pourquoi es-tu venu ici, Épiphane, serviteur de Dieu ?

Il continuait à vociférer de cette manière de la sixième heure jusqu’à la neuvième. Et tout d’un coup, il rompit ses liens et marcha vers Épiphane. Il saisit les pieds d’Épiphane et cria :

— Délie-moi par Dieu, celui que tu adores.

Épiphane à l’esprit impur :

— Ne sors pas de l’homme pour que Jean ne sache rien de moi.

Épiphane au jeune homme :

— Lève-toi, homme, pourquoi me troubles-tu ?

Et aussitôt, le jeune homme se leva en bonne santé, l’esprit impur l’ayant quitté. Nous demeurâmes trois jours auprès de Jean, un homme admirable et orné d’un agréable genre de vie. Nous quittâmes cet endroit pour descendre en Bucolie[6] où nous passâmes sept ans. Et là, Épiphane souffrit beaucoup à cause des circonstances.[7]

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Chapitre 51

Alors, un jour, un certain philosophe nommé Eudaimon vint auprès d’Épiphane et tous deux discutèrent pendant dix jours. À partir des Écritures inspirées de Dieu, Épiphane montra la vérité à Eudaimon, mais ce dernier, à cause de son vain amour des disputes, contesta tout ce que disait Épiphane. Alors, Eudaimon avait un enfant dont un œil fut fermé.

Épiphane à Eudaimon :

— Voyons, ô philosophe, [je vois que tu es] orné au-dessus de tous d’éloquence et de richesse et que de nombreux dieux sont avec toi. Comment se fait-il donc que tu ne te soucies pas de ton enfant pour qu’il ait les deux yeux ouverts ?

En entendant ces paroles, le philosophe rit.

Eudaimon à Épiphane :

— Si l’enfant d’Eudaimon était le seul au monde à n’avoir qu’un œil, j’aurais à m’inquiéter pour lui, mais puisque nombreux sont ceux qui marchent sur cette terre sans yeux, pourquoi Eudaimon se soucierait-il de lui ?

Épiphane à Eudaimon :

— Même s’il était le seul au monde, ô philosophe, qu’as-tu pour appliquer comme remède ?

Eudaimon à Épiphane :

— Rien sauf y réfléchir souvent et dire que personne n’a jamais [souffert] comme cela, parce qu’il est notre enfant.

Épiphane à Eudaimon :

— Ne pense pas, ô philosophe, que les paroles sont ridicules, car Dieu est au milieu de nous tous. Amène-moi l’enfant handicapé. Il verra la gloire de Dieu.

Ayant dit ces choses, Épiphane saisit la main de l’enfant d’Eudaimon et trois fois lui signa [du signe de la croix] l’œil qui ne voyait pas. Et aussitôt, l’œil de l’enfant s’ouvrit. Lorsque Eudaimon eut vu ce qu’Épiphane avait fait, il le pria, en disant :

— S’il vous est agréable, ô maître, je veux moi aussi devenir chrétien.

Épiphane à Eudaimon :

— Écoute, ô philosophe, l’enseignement concernant Dieu, bon et miséricordieux, celui en qui croient les chrétiens. Jadis, Dieu a libéré Israël de l’esclavage de Pharaon, le roi d’Égypte et il a éloigné Israël de Pharaon en le dirigeant à travers la mer Rouge et dans le désert pour l’introduire dans la terre où coulait du lait et du miel. Et ensuite, lorsque Israël fut infidèle à Dieu et qu’il l’eut oublié, Dieu l’exhorta par un prophète, en disant : « Mon peuple, que t’ai-je fait ou quelle injustice t’ai-je faite ou comment t’ai-je tourmenté ? Réponds-moi » (Mi 6, 3) Ainsi, ô docte Eudaimon, Dieu est prêt à accueillir tous ceux qui viennent à lui avec une bonne disposition et même si quelqu’un avait commis beaucoup de péchés, Dieu les lui pardonnera. Pars maintenant, ô docte Eudaimon, va dans la ville et n’aie pas honte de t’abaisser devant l’évêque, car le Christ aime l’humilité. C’est pourquoi il vint auprès de nous avec une grande humilité.

Après avoir entendu ces paroles d’Épiphane, Eudaimon entra en ville où il tomba devant l’évêque et il devint chrétien.

En Palestine

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Chapitre 52

La célébrité d’Épiphane se répandit dans toute l’Égypte et les évêques le cherchaient pour le saisir et le sacrer évêque lui aussi. Alors, « le conducteur a conduit » (2 R 9, 20) Épiphane qui était au courant de leur projet.

Épiphane à moi :

— Mon enfant, quittons ce lieu pour rentrer dans notre patrie.

Et nous entrâmes dans le monastère du grand Hilaire qui, lui, s’en était retiré à cause d’un grand ennui qui était tombé sur lui. Il prit donc un navire pour Chypre et [il s’installa dans] la contrée autour de Paphos. Lorsque les frères eurent vu Épiphane, ils se réjouirent grandement bien qu’ils aient pleuré à cause du grand Hilaire. Nous passâmes quarante jours dans ce monastère et en sortant nous allâmes dans notre propre monastère nommé Spanydrion où Épiphane avait désigné Épiphane d’Édesse comme higoumène. Épiphane d’Édesse attira une multitude de frères dans le monastère, car lui-même fut un homme admirable. Alors lorsque tous eurent vu Épiphane, ils se réjouirent grandement. Nous passâmes trois jours dans ce monastère, lui et moi, et le quatrième jour, Épiphane me dit :

— Mon enfant, prends une autre chambre et restes-y en paix.

J’obéis et nous étions tous les deux en paix dans le monastère.

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Chapitre 53

À ce moment, une grande famine [causée par la sécheresse] sévissait en Phénicie et une énorme multitude de ses habitants se pressèrent auprès d’Épiphane.

Les hommes à Épiphane :

— Secours-nous, ô père, pour que nous ne périssions pas. Invoque Dieu pour qu’il donne la pluie sur la terre et que la terre donne ses fruits.

Épiphane aux hommes :

— Pourquoi me troublez-vous, car je suis un homme pécheur.

Mais encore, ils demandèrent qu’Épiphane supplie l’Ami de l’homme.

Épiphane aux hommes :

— Je vous ai déjà dit que je suis pécheur. Pour ceux qui demandent encore plus, la neuvième heure de la journée est arrivée.

Épiphane à l’higoumène :

— Permets aux frères de mettre la table pour ces hommes pour qu’ils mangent, se réjouissent et partent chacun sur son propre chemin.

Alors, les frères mirent la table et Épiphane entra dans sa chambre. Pendant que les hommes mangeaient, le soleil brillait comme en été, mais tout d’un coup, le ciel s’obscurcit, des éclairs et du tonnerre éclatèrent et une grande pluie s’abattit sur la terre. Pris de panique, tous se levèrent de table. Il n’était pas un seul lieu en Phénicie qui n’ait reçu la bénédiction de la pluie et il plut pendant trois jours. Ensuite, les hommes allèrent chez Épiphane et le demandèrent, disant :

— Est-ce par ta bouche que tu as fait tomber la pluie céleste ?

Épiphane aux hommes :

— Mes enfants, pourquoi imaginez-vous cela, car je suis un homme comme vous ? Le Bienfaiteur a vu que vous en aviez besoin. Ne voulez-vous pas reprendre votre chemin ?

Les hommes à Épiphane :

— Certes, ô père.

Alors, Épiphane sortit de sa chambre et tous s’approchèrent de lui et l’encerclèrent.

Épiphane encore à l’higoumène :

— Permets à ces hommes de se mettre encore à table, de manger, de boire et de reprendre chacun son chemin.

Alors, tous les hommes, se mettant à table, demandèrent à Épiphane de bénir et lorsqu’il eut dit « Ô Seigneur, toi qui es béni », la pluie s’arrêta. Et de nouveau, Épiphane vit venir sur lui de grandes difficultés dans le monastère et il chercha encore à se retirer.

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Chapitre 54

Alors, un jour, les évêques se réunirent en synode pour désigner un nouvel évêque et ils se souvinrent d’Épiphane. Il y avait un certain moine parmi eux, un jeune homme pieux, et bien avancé en modération. Il s’appelait Polybios et il connaissait Épiphane.

Les évêques à Polybios :

— Prends un cheval rapide, va dans le monastère et vois si Épiphane est là. Si oui, dis-lui de venir auprès de nous. Ne dis rien à personne, même à Épiphane.

Polybios partit au monastère et y entrant, il salua Épiphane.

Épiphane à Polybios :

— Mon enfant Polybios, pourquoi es-tu venu ici ?

Polybios à Épiphane :

— Ô mon père, moi aussi, je veux courir [avec toi] pour la vérité.

Épiphane à Polybios :

— Mon enfant Polybios, tu as couru et as marché, envoyé de la part des hommes saints pour espionner. Ne te cache pas, mon enfant. Le mensonge est un péché. Dis la vérité. Dieu est au milieu de nous. Deviens un digne serviteur de la vérité. Épiphane [ton serviteur] va çà et là, se lamentant et tremblant à cause de ses péchés, mais toi, Polybios, demeure ici et envoie le cheval aux évêques et laisse-les chercher [eux-mêmes] les hommes dignes de ces lieux.

Lorsque Épiphane eut dit ces paroles à Polybios, ce dernier les accepta aussitôt et se rangeant à la suite d’Épiphane, il envoya le cheval aux évêques. Et « le conducteur a conduit » (2 R 9, 20) Épiphane à Chypre.

À Jérusalem

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Chapitre 55

Cette nuit-là, Épiphane prit Polybios et moi et nous quittâmes le monastère pour aller à Jérusalem où nous vénérâmes notre vie, c’est-à-dire la vénérable Croix. Et, entrant dans la ville, nous y passâmes trois jours.

Épiphane à Polybios et à moi :

— Allons nous faire bénir par notre père le grand Hilaire, car j’ai entendu dire qu’il est à Chypre.

Et « le conducteur a conduit » (2 R 9, 20) Épiphane [à Chypre].

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Chapitre 56

Alors, descendant à Césarée, nous y trouvâmes un navire chypriote de la ville de Paphos. Épiphane demanda au capitaine du navire où vivait le grand Hilaire. Le capitaine dit qu’Hilaire vivait dans une grotte dans la contrée autour de Paphos et que le navire avait Paphos pour destination. La quatrième nuit, nous embarquâmes sur le navire et nous naviguâmes vers Paphos.

À Chypre

Alors, en y débarquant du navire, nous interrogeâmes beaucoup de gens et finalement nous arrivâmes à rencontrer le grand Hilaire et entrant chez lui, il nous accueillit avec une grande joie et nous y demeurâmes deux mois. Hilaire avait beaucoup d’ennuis à cause des circonstances et des événements qu’il vivait à ce moment. Épiphane décida de quitter Paphos.

Hilaire à Épiphane :

— Où vas-tu, mon enfant ?

Épiphane à Hilaire :

— À Askalon, à Gaza et dans la campagne au-delà.

Hilaire à Épiphane :

— Va à Salamine, mon enfant, et tu trouveras un lieu où tu pourras vivre.

Mais Épiphane ne voulait pas écouter les paroles de Hilaire.

De nouveau, Hilaire à Épiphane :

— Je t’ai dit, mon enfant, que tu dois aller et vivre à Salamine. Ne discute pas ce que nous te disons pour que tu ne coures pas de danger sur la mer.

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Chapitre 57

Alors, Hilaire nous embrassa et nous descendîmes au port où nous trouvâmes deux navires, l’un allant à Askalon et l’autre, à Salamine. Nous embarquâmes sur celui qui allait à Askalon, mais une violente tempête de mer tomba sur nous et le navire était en danger de se briser. Nous passâmes trois jours sur mer, nous souciant grandement pour nos vies. Et le quatrième jour, la force des vagues et du courant forcèrent le navire à dévier de son trajet et nous approchâmes de la ville de Salamine. Descendant du navire, nous couchâmes par terre tous les morts. Il y en avait eu à cause de la grande violence de la tempête et de la faim. Le navire passa du temps dans le port pour effectuer des réparations. Tous les survivants s’embrassèrent [se sentant chanceux d’avoir échappé] à la violence des vagues. Par la grâce de Dieu, nous avions survécu les trois jours [de la tempête] et pûmes partir en paix. Et encore, Épiphane voulait quitter la ville en navire.

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Chapitre 58

Alors l’évêque du lieu – je dis de la ville de Salamine – mourut. Tous les évêques de l’île se réunirent pour choisir et consacrer celui qui pouvait paître le troupeau du Christ. Et pendant des jours et des jours, ils priaient le Christ de leur révéler le candidat à consacrer à l’épiscopat. Il y avait parmi eux un saint homme, l’évêque de la misérable ville de Cythère, à une distance de vingt-cinq milles de Salamine. Il fut jugé digne aussi du martyre [sans pour autant mourir] et souffrant beaucoup pour le Christ, il fut libéré à la suite de sa confession du Fils de Dieu. On disait qu’il eut été fait prisonnier avec Gelasios l’évêque de Salamine, de sorte qu’il devint martyr. À sa naissance, ses parents lui avaient donné le nom de Pappos et lui aussi était avec les évêques. Ces derniers le considéraient comme leur père à cause de sa confession du Christ et aussi du nombre de ses années comme évêque. Il avait aussi le don de Dieu de connaître l’avenir. Dieu lui révéla qu’Épiphane était le candidat à consacrer comme évêque pour l’Église de Salamine.

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Chapitre 59

C’était le temps où les grappes de raisin deviennent mûres. Épiphane décida de quitter Salamine.

Épiphane à Polybios et à moi :

— Mes enfants, allons au marché et achetons-nous des grappes pour porter avec nous sur le navire.

Alors, nous allâmes au marché où Épiphane tomba d’accord avec le marchand. Il prit deux des plus belles grappes.

Épiphane au marchand :

— Qu’est-ce que tu exiges pour les deux grappes ?

Épiphane ayant l’habitude de ne pas marchander, le vendeur lui dit le prix des grappes et Épiphane prit l’argent pour lui payer. À ce moment-là, saint Pappos arriva, soutenu par deux diacres. Trois évêques l’accompagnaient aussi. Alors, lorsqu’ils se furent approchés, Épiphane eut les grappes dans une main et l’argent dans l’autre. Certains de ceux qui se tenaient autour dirent :

— Regardez : les évêques arrivent.

Pappos à Épiphane :

— Père, redonne les grappes au marchand et suis-nous à l’église.

Se souvenant de la parole divine, Pappos dit :

— « Je me suis réjoui quand on m’a dit : nous irons à la maison du Seigneur. » (Ps 121, 1)

Et Épiphane le suivit à l’église.

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Chapitre 60

Pappos à Épiphane :

— Père, prie.

Pappos dit ces choses à Épiphane pour qu’il se reconnaisse lui-même comme clerc.

Épiphane à Pappos :

— Pardonne-moi, père, mais je ne suis pas clerc.

Pappos à Épiphane :

— Regarde, ô mon enfant, ne nie pas en face de ces saints pères pour ne pas être condamné, comme celui qui a caché son talent.

Épiphane à Pappos :

— Non, père, je ne suis pas clerc.

Lorsque Épiphane eut dit cela, Pappos se tut, mais l’un des diacres saisit la tête d’Épiphane et le mena de force avec Pappos à l’autel, nous tous et beaucoup d’autres aussi, pour guider Épiphane à l’autel. Alors, les évêques l’ordonnèrent diacre et encore, il se tut. Ensuite ils l’ordonnèrent prêtre, et après la prêtrise, ils le consacrèrent évêque.

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Chapitre 61

Après le congé de l’église, nous avançâmes au haut-lieu où l’évêque avait son siège.

Pappos à Épiphane :

— C’est ici le lieu pour exhorter les pères pour qu’ils soient dans l’allégresse du fait que tu es leur père et qu’ils s’en réjouissent.

Mais Épiphane supporta une grande peine, se tourmenta dans son esprit et pleura.

Pappos à Épiphane :

— Il était nécessaire pour nous de garder le silence, ô mon enfant Épiphane. Je devenais moi aussi inquiet dans ma recherche, car les pères, s’étant réunis ici, ont mis la désignation du candidat à consacrer entre les mains de Dieu. Et ils m’ont aussi causé beaucoup d’ennuis, disant que j’étais un pécheur. Ils m’ont dit : « Prie ardemment et le candidat se révélera à toi. »

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Chapitre 62

— Je me suis enfermé moi-même dans un logement et j’ai supplié le Sauveur au sujet du candidat. Alors une lumière a brillé dans la chambre et j’ai entendu une voix qui me parlait à moi pécheur : « Pappos, Pappos, écoute. » J’ai pris peur et j’ai dit : « Qu’est-ce que mon seigneur ordonne ? » La voix m’a répondu avec bienveillance : « Lève-toi, prends avec toi un diacre et descends au marché où tu verras un moine qui achète des grappes de raisin auprès du marchand. Deux moines sont avec lui. Sa tête ressemble à celle d’Élisée. Consacre-le évêque, mais ne lui annonce rien et ne le laisse pas s’enfuir. Il s’appelle Épiphane. » J’ai failli perdre la raison, mon enfant Épiphane. C’est toi qui m’as forcé [d’agir ainsi]. Regarde ce que tu fais et fais attention à toi-même, car j’ai été envoyé et j’ai fait ce que je devais faire. Je suis sans blâme. Tu verras après tous ces événements.

Alors, ayant entendu ces paroles, Épiphane tomba face contre terre et se prosterna devant Pappos.

Pappos à Épiphane :

— Ne te fâche pas, père. Je suis pécheur, et je ne suffis pas à la mesure de l’épiscopat.

Épiphane se prosterna devant tous et les invita à déjeuner. Après avoir mangé, les évêques partirent, chacun vers sa propre Église.

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Chapitre 63

Après trois jours, Dracon, un homme très illustre de la ville, jeta un homme vénérable, nommé Eugnomon, en prison pour une dette de cent drachmes. Ce dernier était romain mais n’avait personne pour le sortir de la prison. Épiphane entendit parler de son cas et alla chez Dracon pour le prier de libérer Eugnomon le Romain de la prison.

Dracon à Épiphane :

— Va-t-en de notre ville, intrus. Ton ami me doit cent drachmes. Donne-les-moi et prends-le.

Dracon était fort riche et sauvage de mœurs. Alors Épiphane alla dans l’église épiscopale où il trouva cent drachmes placées là pour le service de l’Église. Il les prit et alla les donner à Dracon pour faire sortir l’étranger de la prison.

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Chapitre 64

Un certain diacre, nommé Charinos, avait la réputation auprès de beaucoup d’être insensé. Alors, Charinos dressa tous les clercs contre Épiphane.

Charinos aux clercs :

— Voyons, mes frères, nous poursuivrons cet étranger. Il ne mangera jamais tous les biens de l’Église. Sinon, nous serons accusés de péché.

Charinos était fort riche et il cherchait noise à Épiphane parce qu’il voulait siéger sur le trône. Alors, les clercs se tinrent devant Épiphane.

Charinos à Épiphane :

— Pour toi, ô Épiphane, il n’est pas suffisant de venir ici presque nu et de t’emparer de l’Église. Non, tu dissipes, comme un étranger, les biens de l’Église. Et qui volerait comme cela ? Ou bien, rends les cent drachmes de l’Église ou rentre en ta patrie.

Le Romain qu’Épiphane avait libéré alla à Rome où il vendit tous ses biens et il apporta l’argent à Épiphane. Alors, Épiphane prit l’argent et le distribua aux pauvres. Le Romain resta avec Épiphane jusqu’à sa mort.

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Chapitre 65

Épiphane prit cent drachmes et les donna à Charinos.

Épiphane à Charinos :

— Reçois les cent drachmes que j’ai données pour libérer l’étranger.

Charinos, ayant une face de chien, prit les drachmes et convoqua tous les clercs.

Charinos aux clercs :

— Voyons, frères, prenez les cent drachmes qu’Épiphane avait dissipées, car j’ai repris de lui le tout.

Les clercs n’approuvèrent pas la mauvaise pensée de Charinos.

Les clercs à Charinos :

— Pars auprès de lui de qui tu les as prises et rends-les-lui.

Mais Charinos ne leur obéit pas et il causa beaucoup d’ennuis à Épiphane, mais ce dernier n’éprouvait aucun ressentiment à son égard.

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Chapitre 66

Un jour, Épiphane déjeunait à table avec tous les clercs dans la résidence épiscopale. Il avait l’habitude de tenir les saints évangiles entre les mains et d’enseigner nuit et jour la parole divine. Pendant qu’Épiphane enseignait ceux qui déjeunaient à table, un corbeau croassa d’une voix forte.

Charinos à ceux qui déjeunaient :

— Qui parmi vous sait ce que dit le corbeau ?

Épiphane continuait à parler de la parole divine et le corbeau croassa de nouveau.

Charinos à ceux qui déjeunaient :

— Qui parmi vous sait ce que dit le corbeau ?

Et encore, Épiphane enseignait ceux qui mangeaient. Et pour la troisième fois, le corbeau croassa. Et pour la troisième fois, Charinos posa sa question à ceux qui étaient à table.

Charinos à ceux qui déjeunaient :

— Je vous ai dit : « Qui parmi vous sait de quoi parle le corbeau ? »

Alors, Épiphane ne se souciait de rien, mais il était en grande paix.

Épiphane à Charinos :

— Moi, je sais ce que dit le corbeau.

Charinos à Épiphane :

— Annonce-le-moi, donc, et tu seras le maître de tous mes biens.

Épiphane à Charinos :

— Le corbeau dit que tu ne seras plus diacre.

Sur cette parole d’Épiphane, un grand tremblement tomba sur Charinos qui ne pouvait plus parler, ni manger, ni boire, mais ses enfants durent le lever pour l’emmener chez lui. Ils le placèrent sur son lit. Le lendemain matin, il y mourut.

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Chapitre 67

Il avait une femme très croyante, mais ils n’avaient pas d’enfants [mais lui, il en avait eu d’un premier mariage]. Sa femme apporta à Épiphane tous leurs biens et ce dernier l’ordonna diaconesse de l’Église. Elle avait une main paralysée pendant dix ans. Alors Épiphane lui tint la main paralysée fermement et aussitôt cette dernière fut guérie et la femme fut délivrée de son handicap. À partir de ce jour où Épiphane avait parlé à Charinos — ce qu’il avait déclaré étant une parole du Seigneur — tous les clercs se soumirent à Épiphane par peur et tremblement.

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Chapitre 68

Le bienheureux se souciait d’une autre chose aussi. Pendant l’offrande de la liturgie, Épiphane sentit une présence qui voulait lui révéler quelque chose. Le bienheureux avait l’habitude de dire certaines paroles [et en les prononçant], il eut l’impression que le moment de la révélation fut venu. Lorsqu’il eut dit ses mots trois fois, il ne discerna toujours pas la raison de cette expérience mystique. L’imprécision de la révélation lui causait beaucoup de souffrance et il priait d’en savoir la cause. D’abord, il regarda le diacre à gauche qui portait l’éventail liturgique. Et en fixant les yeux sur ce diacre, Épiphane vit qu’il avait des écailles sur le front. Il était évident à tous qu’il était coupable de quelque chose. Épiphane tendit la main et lui enleva l’éventail liturgique, lui disant avec bienveillance.

Épiphane au diacre :

— Rentre chez toi, mon enfant. Tu ne prendras pas les divins mystères aujourd’hui.

Et immédiatement, le diacre partit et rentra chez lui. Épiphane donna l’éventail à un autre diacre et [re]commençant les paroles divines avec crainte et larmes, parce qu’il terminait [la liturgie], il connut aussitôt la révélation.

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Chapitre 69

Après le congé, Épiphane convoqua le diacre et l’interrogea, désirant apprendre la cause. Le diacre dit que cette nuit il avait couché avec son épouse. Alors, Épiphane convoqua tous les clercs et leur dit avec bienveillance :

Épiphane aux clercs :

— Ô saints enfants, vous avez été jugés dignes d’être clercs. Enlevez vos sandales afin de ne pas les porter en entrant. Ainsi vous honorerez le saint homme qui a prêché aux Églises, disant : « Que désormais ceux qui ont une femme vivent comme s’ils n’en avaient pas. » (1 Co 7, 29)

Et à partir de ce moment, Épiphane n’ordonna plus d’hommes mariés mais seulement des hommes saints qui furent célibataires ou des veufs de bonne réputation, car en vérité, il faut voir l’Église comme une belle fiancée, toute parée par la prêtrise.

POLYBIUS ÉVÊQUE DE LA VILLE DES RHINOCOROURIENS LA SUITE DE LA VIE DE NOTRE PÈRE ÉPIPHANE ÉVÊQUE DE LA VILLE DE CONSTANTIA

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Chapitre 70

Gloire au Dieu de tous : Celui qui nous donne la vie et qui honore ceux qui l’honorent, comme le dit la Parole divine : « J’honore ceux qui m’honorent et ceux qui me méprisent sont traités comme rien. » (1 S 2, 30) Il arriva que le saint père, Jean, [le premier disciple et auteur des chapitres 1-69] tomba malade et mourut. Alors, [avant de mourir] ne pouvant plus se lever de son lit, Jean m’appela.

Jean à Polybios :

— Polybios, mon enfant.

Polybios à Jean :

— Que veux-tu, mon père ?

Jean à Polybios :

— Puisque Épiphane fait obstacle à ce que soit écrit ce que Dieu a accompli par lui, prends toutes ces feuilles, car jusqu’à aujourd’hui j’ai écrit ce que j’ai vu Épiphane accomplir, sans qu’il le sache. Et maintenant, c’est à toi, mon enfant. Écris la suite à partir d’aujourd’hui, car Dieu t’a conféré [d’écrire le reste du] temps de la vie d’Épiphane. Tu resteras fidèle à cette tâche, mais fais attention que tu ne la négliges pas, car c’est Dieu qui m’a poussé, moi, à écrire cette chronique. Maintenant je prends le chemin par lequel doivent passer tous ceux qui vivent sur terre.

Ayant dit ces paroles, Jean me dit :

— Appelle-moi notre saint père Épiphane.

Et je l’appelai.

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Chapitre 71

Épiphane entra.

Épiphane à Jean :

— Tu ne négligeras pas, père Jean, de prier pour le pécheur Épiphane.

Jean à Épiphane :

— Mon père, prie, car je te dirai quelque chose.

Alors, Épiphane pria et tous dirent « amen ».

Jean à Épiphane :

— Mon père, viens ici près de moi.

Épiphane s’approcha.

Jean à Épiphane :

— Impose les mains sur mes yeux et embrasse-moi, mon père, car je m’en vais.

Et Épiphane imposa les mains sur ses yeux et l’embrassa. À ce moment, Jean remit son esprit et Épiphane tombant sur le cou de Jean, le pleura et fut profondément chagriné par la mort de Jean.

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Chapitre 72

Un jour, Épiphane se prosterna, face contre terre, pour prier Dieu de l’aider à construire une maison en son nom. Il y avait eu une première église trop petite pour ceux qui voulaient entrer. Et pendant qu’il fut prosterné, priant Dieu concernant les besoins de l’église, la voix de Dieu s’adressa à lui. Épiphane entendit souvent de telles voix. Alors, il était très calme.

Épiphane :

— Que veut mon Dieu ?

La voix :

— Commence de construire la maison.

Épiphane sortit immédiatement et sans hésiter et il pria, ainsi que tous ceux qui le suivirent et il fit venir les artisans. Soixante maîtres dirigèrent la construction de la maison et un grand nombre d’hommes se vouèrent à leur service.

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Chapitre 73

Il y avait aussi en ce temps de riches citoyens païens de la ville et ces derniers contrôlaient beaucoup d’argent et beaucoup de biens. Il y avait un homme nommé Dracon que beaucoup considérèrent mériter l’épithète « grand ». Il avait un fils, lui aussi du nom de Dracon. Ce dernier souffrait à cause d’une forte fièvre qui lui avait affecté le côté droit. Dracon père se ruina grandement en consultant les médecins, mais rien ne procura la santé de son fils. Alors le Grand Dracon manifesta beaucoup de méchanceté envers Épiphane, en paroles et en œuvres, mais chaque fois qu’Épiphane voyait Dracon, il le saluait. Un jour, Épiphane traversa le lieu où beaucoup de riches s’asseyaient sur de petites chaises. Le Grand Dracon et son fils malade y étaient aussi. Lorsque ces derniers virent Épiphane, ils se moquèrent de lui, mais Épiphane, s’approchant d’eux et les saluant, prit la main du petit Dracon.

Épiphane à Dracon :

— Dracon, reprends la bonne santé.

Et aussitôt, sur la parole d’Épiphane, Dracon recouvra la santé. Tous ceux qui se tenaient autour, en voyant ce qui se passa, furent frappés de stupeur. En voyant ce qu’Épiphane eut fait, Dracon père ne pouvait plus marcher à pied chez lui comme d’habitude, tellement il était pris de peur et de tremblement. Plusieurs dans la foule le soulevèrent [l’aidèrent à marcher chez lui] et le mirent sur son lit. Le lendemain matin, la femme de Dracon alla voir Épiphane et le supplia d’aller et de prier pour que son mari se lève de son lit. Épiphane alla chez Dracon et pria. Aussitôt, Dracon se leva de son lit. Le lendemain matin, ce dernier prit cinq mille drachmes et les apporta chez Épiphane.

Épiphane à Dracon :

— Mon enfant, je n’ai besoin que d’une petite tunique sur le corps, de pains ordinaires et d’eau potable. Pourquoi m’apportes-tu ce fardeau ? Je ne veux pas t’accabler, mais si tu veux te glorifier, va, reste dans l’église de Dieu et présente l’argent aux ouvriers.

Dracon obéit et en faisant une demande auprès d’Épiphane, lui, sa femme et son fils se firent baptiser.

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Chapitre 74

Un homme païen et riche, nommé Synésios, avait un fils unique de treize ans. Ce dernier souffrait d’une affliction croissante qui encerclait son cou et l’étouffait. Et il en mourut. Le deuil tomba sur la maison et tous se frappèrent la poitrine en signe de tristesse.

Hermeias, un chrétien, à la mère de l’enfant :

— Maîtresse, supplie le grand Épiphane de vous secourir et l’enfant se relèvera.

Elle mit sa confiance en ces paroles et aussitôt elle envoya Hermeias chez Épiphane, car Hermeias le connaissait. Ce dernier entra chez Épiphane.

Hermeias à Épiphane :

— Mon maître Synésios m’a envoyé à toi pour que je t’amène chez lui, afin que tu pries Dieu concernant son fils décédé et que tu le ressuscites.

Alors, Épiphane me prit, moi Polybios, et nous allâmes chez Synésios. Lorsque Épiphane entra dans la maison, la femme de Synésios tomba par terre.

La femme à Épiphane :

— Viens ici, ô grand docteur des chrétiens. Montre ton art pour que nous le voyions, que nous vivions nous-mêmes l’expérience de la guérison et que nous allions vers ton Christ.

Épiphane à la femme :

— Si tu crois au Crucifié, tu verras l’enfant marcher.

La femme à Épiphane :

— Rien d’autre ne se trouve dans mes pensées, sauf que l’on m’amène au Crucifié.

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Chapitre 75

Alors Épiphane s’approcha du lit et touchant la nuque de l’enfant, il lui frotta le cou et lui parla avec un grand sourire.

Épiphane à l’enfant :

— Eustorguios.

Et l’enfant ouvrit aussitôt les yeux et se dressa sur son séant. Toute la maison fut stupéfaite. Alors, la mère d’Eustorguios, voyant ce qui lui était arrivé par Épiphane, prit trois mille drachmes, les donna à Épiphane qui lui dit :

— Moi, je n’ai pas besoin de cet argent, ô noble femme, mais que Synésios ton mari le prenne, qu’il aille à la maison de Celui qui a ressuscité ton fils et qu’il le donne aux ouvriers.

Synésios fit précisément cela. Alors lui, sa femme et son fils, qu’Épiphane avait ressuscité d’entre les morts, reçurent le baptême.

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Chapitre 76

Une fois, nous étions seuls, il n’y avait personne d’autre dans la maison.

Épiphane à moi :

— Mon enfant Polybios, puisque l’Église a besoin d’un prêtre où se trouve notre père Jean, je veux, mon enfant, t’ordonner à ce rang.

Mais moi, je portais péniblement ces paroles et m’objecta avec force, lorsque le temps de la prière fut arrivé, le moment d’accomplir l’œuvre du Seigneur. Alors, tous entrèrent avec Épiphane dans l’église et je voulais m’enfuir, pensant que la charge de prêtre était devenue un lourd fardeau. Mais montant sur le béma [le lieu du sanctuaire], Épiphane me prit par la main.

Épiphane à moi :

— Reste ici jusqu’au bon moment.

Et en entendant ses paroles, tous furent frappés de stupeur. Moi, je ne pouvais plus soulever mes pieds du plancher. J’étais comme cloué avec des fers. Lorsque Épiphane eut terminé la liturgie, il envoya un des diacres m’amener dans le sanctuaire et il m’ordonna prêtre. Après le congé de l’église, je tombai sur mon lit à cause d’une grande crainte et je ne pouvais plus me lever jusqu’au moment où Épiphane vint. Il pria et aussitôt je me levai.

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Chapitre 77

Un jour, un certain diacre arriva de Jérusalem et il annonça à Épiphane des nouvelles concernant Jean, l’évêque de Jérusalem. Le diacre dit que Jean aimait l’argent et qu’il enfermait ses biens sans venir en aide aux pauvres. Ce Jean avait vécu au monastère du grand Hilaire lorsque Épiphane demeurait avec lui. Épiphane écrivit une lettre à Jean l’exhortant à avoir pitié des pauvres. Jean n’y répondit rien. Après un peu de temps, Épiphane me parla.

Épiphane à moi :

— Mon enfant, allons à Jérusalem pour vénérer les saints lieux et nous reviendrons.

À Jérusalem

Alors, nous partîmes de Chypre et naviguâmes jusqu’à Césarée de Philippe. Nous montâmes ensuite à Jérusalem. Avançant et priant, nous marchâmes jusqu’à la résidence épiscopale et quand Jean vit Épiphane, il se réjouit grandement.

Épiphane à Jean :

— Donne-moi une résidence, mon enfant, où je peux demeurer.

Jean nous donna une très belle résidence. Le lendemain, il appela Épiphane à table et déploya sur la table une abondance de nourriture et de boisson, mais les pauvres n’y avaient pas part.

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Chapitre 78

Un jour, Épiphane dit à Jean :

— Donne-moi, ô père Jean, de l’argent pour payer mes serviteurs. Je dois nourrir des Chypriotes. Je leur montrerai ton argent. Fournis à ton serviteur les plus belles choses dans ta maison, pour ta gloire, et je vanterai tes œuvres. Seulement, garde en mémoire ce que tu me donnes et plus tard, je te rendrai ce qui convient.

Jean fit apporter devant Épiphane beaucoup d’argent.

Épiphane à Jean :

— Mon père, as-tu encore de l’argent en réserve ?

Jean à Épiphane :

— Pour le moment, cet argent suffit à tes besoins, mon père.

Épiphane à Jean :

— Apporte cela, mon père, afin que nous soyons accueillis d’une manière hospitalière.

Et Jean fit apporter aussi le reste.

Épiphane à Jean :

— Donne-moi les choses qui apparaissent bonnes et belles aux hommes libres.

Jean à Épiphane :

— Reçois toutes les choses qui charment tes hommes et sers-les au déjeuner.

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Chapitre 79

Alors, Épiphane prit l’argent, cinquante mille livres, et nous allâmes dans la maison que Jean nous avait donnée comme résidence. [Nous rencontrâmes] un vendeur d’argent, Astérios, qui était venu de Rome à Jérusalem pour des affaires. Épiphane lui montra l’argent, négocia avec lui, tomba d’accord avec lui pour le prix, lui vendit l’argent et prit les pièces d’or. Il les porta avec lui nuit et jour il les distribua aux pauvres. Quelques jours plus tard, Jean parla à Épiphane.

Jean à Épiphane :

— Rends-moi l’argent que je t’ai prêté pour subvenir à tes besoins.

Épiphane à Jean :

— Sois patient avec moi, mon enfant, parce que j’ai des gens à nourrir et je te rendrai le tout.

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Chapitre 80

Encore quelques jours plus tard, Jean parla à Épiphane.

Jean à Épiphane :

— Nous sommes dans l’église où repose le bois du salut et je t’ai déjà dit de me rendre l’argent que je t’ai prêté.

Épiphane était tout en paix.

Épiphane à Jean :

— Je t’ai dit, père; je te le rendrai.

Étant saisi d’une grande colère, Jean prit et tint le manteau d’Épiphane, étreignant celui-ci sur lui.

Jean à Épiphane :

— Tu ne sortiras pas, tu ne t’assiéras pas et tu ne seras pas en paix jusqu’à ce que tu me donnes l’argent que tu m’as emprunté, ô Épiphane l’imposteur. Rends à l’Église ce qui est à l’Église.

Après toutes ces paroles, Épiphane n’était pas le moindrement agité, mais il gardait en lui son habituel état d’esprit tranquille. Alors, pendant deux heures, Jean continuait à invectiver et d’insulter Épiphane. Tous ceux qui furent présents s’attristèrent en étant obligés de se tenir immobiles si longtemps et en entendant les dures paroles de Jean, mais Épiphane n’étant agité en rien, souffla au visage de Jean et à l’instant même ce dernier devint aveugle, ce qui fit tomber une grande peur sur tous les fidèles dans l’église. Jean tomba aux pieds d’Épiphane, le suppliant de faire qu’il recouvre la vue.

Épiphane à Jean :

— Pars et vénère l’auguste croix et cela te suffira.

Jean continua à supplier Épiphane qui l’enseigna, et lorsque Épiphane eut placé sa main sur Jean, l’œil droit de ce dernier s’ouvrit. Jean demanda à Épiphane de faire quelque chose pour l’œil gauche.

Épiphane à Jean :

— Mon enfant, ceci ne vient pas de moi. Dieu a fermé et Dieu ouvrira. Il fait comme il veut pour nous rendre modestes.

Alors, ayant été puni et convaincu par le juste Épiphane de son erreur, Jean devint saint en toutes choses.

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Chapitre 81

Nous sortîmes de la ville pour naviguer à Chypre et [à la porte de la ville] se trouvaient deux imposteurs. L’un d’eux dit à Épiphane :

— Saint père Épiphane, regarde le mort et jette un linceul sur lui.

Lorsque Épiphane eut entendu ces paroles, il se tourna vers l’orient, et offrit une prière pour le mort. Il enleva son manteau et s’en servit pour couvrir le mort. Alors, Épiphane continua sa marche et celui qui lui avait parlé dit à son compagnon qui faisait semblant d’être mort.

Un imposteur à l’autre :

— Lève-toi ; l’homme rude et rustre a passé.

Le mort ne donnant aucune réponse, son compagnon l’appela une deuxième fois, mais il constata que l’homme était mort.

L’imposteur :

— Je marcherai et j’annoncerai à l’étranger la faute afin qu’il ressuscite ce mort.

Mais le compagnon nous poursuivit et tomba par terre, suppliant Épiphane.

L’imposteur à Épiphane :

— Je supplie ta paternité et je te demande : secours-nous et sois indulgent envers notre folie, car ce que je t’ai dit, « Revêts le mort », je l’ai dit de connivence avec mon ami et tu nous as secourus, ô père, mais tu as passé vite. Alors, moi, j’ai parlé à mon compagnon, mais il ne parle ni n’entend. Maintenant, père, ressuscite mon ami et reprends le manteau que tu nous as prêté.

Épiphane à l’imposteur :

— Pars, mon enfant, et enterre ton compagnon, car d’abord il mourut et ensuite tu as demandé le linceul.

À Chypre

Alors, continuant notre descente à Césarée, nous naviguâmes à Chypre et les frères se réjouirent grandement en nous accueillant.

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Chapitre 82

Il y avait un certain docteur de la loi juive, nommé Isaac, un homme pieux qui observait strictement la loi de Moïse. Isaac s’attacha fortement à Épiphane et ayant été instruit par lui, il reçut le baptême. Nous fûmes alors trois à demeurer dans une maison.

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Chapitre 83

Un jour, la sœur d’Arcadius et d’Honorius, les empereurs, souffrait d’une maladie — elle était à Rome. Elle entendit dire que par Épiphane Dieu guérissait les malades. Alors, elle avait envoyé des messagers à Chypre pour amener Épiphane à Rome. Lorsque ces derniers furent arrivés à Chypre, ils montrèrent la lettre à Épiphane. Il y avait là un homme, un riche païen, qui bégayait beaucoup. Il s’appelait Faustinianos. C’est lui qui avait accueilli les hommes envoyés à Épiphane, à qui il était fortement antipathique.

Faustinianos aux messagers :

— Pourquoi vous attachez-vous à un imposteur comme [s’il était] Dieu, car il ne dit que des paroles froides, rien d’autre.

Il y avait un très grand malaise à cause de ces paroles. Un jour, Épiphane s’approcha du chantier où les ouvriers travaillaient sur l’église. Faustinianos y était aussi ainsi que les messagers de Rome qui se tenaient près d’Épiphane au même endroit. Tout d’un coup, l’un des architectes tomba de très haut sur la tête de Faustinianos. L’architecte ne souffrit rien de grave, mais Faustinianos tomba face contre terre, mort. Alors, Épiphane, s’approchant de lui, lui saisit la main.

Épiphane à Faustinianos :

— Lève-toi, mon enfant, au nom du Seigneur, et va chez toi en bonne santé.

Et aussitôt, Faustinianos se leva et il rentra chez lui. Lorsque la femme de Faustinianos eut appris la nouvelle, elle prit mille drachmes et les apporta à Épiphane.

Épiphane à la femme :

— Va, mon enfant, donne l’argent aux ouvriers dans l’église et tu auras un trésor auprès du Très-Haut.

Et elle obéit.

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Chapitre 84

Alors, les messagers impériaux persuadèrent Épiphane d’aller à Rome. [À Chypre], il y avait un certain clerc parmi les orateurs, du nom de Philon, un homme saint. La ville de Carpasios avait besoin d’un évêque pour siéger sur le trône. Philon était diacre. À la suite d’une révélation de Dieu, Épiphane l’ordonna évêque sur le trône de la ville et de l’Église de Carpasios. Puisque Épiphane devait aller résider à Rome, il envoya chercher l’évêque Philon et lui transmit l’autorité sur l’Église de Constantia afin que, s’il y avait besoin de clercs, il puisse les ordonner.

À Rome

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Chapitre 85

Épiphane nous prit, Isaac et moi, et nous naviguâmes à Rome. Alors, en y arrivant, il y avait un grand deuil et une grande lamentation dans le palais impérial, car la sœur des empereurs, Arcadius et Honorius, souffrait à la main droite. Les médecins firent beaucoup de choses, mais ils ne lui étaient d’aucune utilité. Sa maladie dévorait sa chair. Après beaucoup d’affliction, elle fit venir les empereurs, je dis Arcadius et Honorius, pour qu’ils persuadent le médecin de lui donner du poison afin d’en finir aussi vite que possible. Ceux qui nous avaient amenés à Rome entrèrent et leur annoncèrent la présence d’Épiphane et ils lui commandèrent d’entrer. Épiphane, qui n’entrait pas comme les autres hommes, s’approcha des empereurs sans aucune crainte ni tremblement. Leur sœur était couchée sur le lit.

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Chapitre 86

Alors, lorsque les empereurs eurent vu Épiphane, ils se levèrent aussitôt de leurs trônes.

Épiphane aux empereurs :

— Mes enfants, donnez cet honneur à Celui qui est bienveillant et vous verrez votre sœur en excellente santé. Ne vous fiez pas, mes enfants, au pouvoir politique et vous serez les protégés du Seigneur.

Après ces paroles d’Épiphane, les empereurs, étant dans l’incertitude, s’inquiétaient.

Épiphane aux empereurs :

— Pourquoi doutez-vous, mes enfants, de ce que je viens de dire ? Vous verrez la grâce de Dieu à travers de telles paroles.

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Chapitre 87

Et Épiphane, dont le visage montrait sa bienveillance, s’approcha du lit où gisait leur sœur.

Épiphane à la sœur :

— Ne doute pas, mon enfant, concernant la maladie. Aie de l’espoir en le Dieu vivant et tu verras la santé à cette heure même. Crois au Fils de Dieu, le Crucifié, et tu pourras marcher à cette heure même. Mon enfant, la souffrance de ton corps est supprimée. Glorifie Dieu qui donne la grâce. Garde-le toujours dans tes pensées et il sera pour toi un mur de protection pour toujours.

Ayant dit cela, Épiphane lui prit la main, fit trois fois le signe de la croix sur elle et la sœur fut aussitôt libérée de ses souffrances. Lorsque les empereurs eurent vu ce qu’avait fait Épiphane, leur cœur se remplit d’amour pour lui et, l’écoutant et croyant à tout ce qu’il disait, ils le supplièrent de rester avec eux à Rome et de devenir leur père. Alors, tous les jours, Épiphane les enseigna et les fortifia.

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Chapitre 88

La sœur des frères empereurs, celle qui avait souffert et qui fut guérie par Épiphane, avait un fils malade et il arriva de le trouver mort sur son lit. Un grand deuil tomba sur le palais.

Les empereurs à Épiphane :

— Intercède, père, pour l’enfant afin de le rendre vivant à sa mère.

Épiphane à eux :

— Croyez-vous que je peux le faire ?

Les empereurs à Épiphane :

— Nous croyons que, comme tu as supprimé la souffrance de sa mère, tu peux aussi rendre l’enfant vivant à sa mère.

Épiphane à eux :

— Si le fils de votre sœur ressuscite, croirez-vous et serez-vous baptisés au nom du Crucifié ?

Les empereurs à Épiphane :

— Si tu ressuscites l’enfant, nous croirons et nous serons baptisés.

Alors, s’étant approché du lit de l’enfant et l’ayant signé du signe de la croix partout sur le corps, Épiphane pria Celui qui est mort et qui a reprit la vie.

Épiphane :

— Lève-toi, mon enfant, au nom de Jésus-Christ le Crucifié.

Et aussitôt, l’enfant se dressa sur son séant.

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Chapitre 89

Alors, les empereurs virent qu’Épiphane avait ressuscité l’enfant par ses prières. Ils lui demandèrent de les baptiser.

Épiphane à eux :

— Voyons, j’accepte votre piété en toutes choses. C’est Dieu qui vous a poussés à croire, mais sans l’autorisation de l’évêque de Rome, je ne peux pas vous baptiser. Je ne veux pas qu’il s’irrite contre moi.

Les empereurs envoyèrent aussitôt chercher l’évêque de l’Église des Romains et ils lui exposèrent le tout. L’évêque se réjouit grandement en entendant les nouvelles des empereurs et il ordonna qu’Épiphane les baptise.

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Chapitre 90

Alors, lorsque les empereurs — avec toute la cour — entrèrent dans le baptistère pour être baptisés par Épiphane, Arcadius fut le premier. Il s’approcha et trois hommes habillés de vêtements brillants se tinrent autour d’Épiphane : l’un à droite, le deuxième à gauche ; et le troisième derrière Épiphane. Une grande crainte remplit Arcadius et Épiphane sut, en voyant le visage de l’empereur, qu’il avait eu une vision.

Épiphane à lui :

— Prends garde à toi-même, mon enfant, et sois vigilant.

Épiphane avait l’habitude d’attendre que l’eau s’agite avant de mettre quelqu’un dans la piscine baptismale. Après le baptême d’Arcadius, Épiphane mit Honorius dans l’eau et ce dernier eut la même vision. Et le fils de la sœur des empereurs entra également dans l’eau et même leur sœur Procliane qui fut la femme d’un des patriciens.

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Chapitre 91

Après tous les baptêmes, Épiphane passa sept jours avec les nouveaux chrétiens et les enseigna. Alors, les nouveau-baptisés enlevèrent leurs vêtements de nouveau-baptisés.

Épiphane aux empereurs :

— Restez, mes enfants, dans la paix, car ainsi, le loup ne deviendra jamais votre maître. La douleur, la tristesse et le gémissement ont fui. Restez attachés à la résurrection et ne soyez pas attristés pour ceux qui quittent cette vie, car en croyant au Christ, ils ont revêtu le Christ et ils l’ont pour défenseur. L’enfant qui était mort et qui a été ressuscité est sur le point de partir auprès du Sauveur et vous verrez l’enfant en une grande gloire, consolé par les anges. Le lendemain matin, lorsque Épiphane enseignait les empereurs dans le palais impérial, nous tous qui étions présents sentîmes une bonne odeur parmi nous.

Épiphane aux empereurs :

— Debout, priez, vous qui êtes fils de la lumière.

L’enfant à ce moment fut couché sur son lit et lorsque Épiphane eut terminé sa prière, tous ceux qui étaient dans le palais impérial entendirent « amen », comme si une immense foule le criait. Et aussitôt l’enfant rendit l’esprit.

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Chapitre 92

Nous restâmes toute une année à Rome et Épiphane y fit beaucoup d’autres miracles, mais il décida que ce fut le moment pour nous de partir à Chypre.

Les empereurs à Épiphane :

— Ô père, prends quelque chose pour les besoins de l’Église afin d’aider les pauvres.

Épiphane à eux :

— Mes enfants, faites vous-mêmes ce que vous m’avez demandé. Je me réjouis de votre don, mais ne m’accablez pas de fardeaux, car Dieu me fournit toutes choses. Il fait manger tout le monde dans cette vie.

Les empereurs apportèrent beaucoup d’or, mais Épiphane ne voulait rien accepter sauf quelques petits pains pour nous nourrir dans le navire. Alors, nous quittâmes Rome et après quarante jours nous arrivâmes à Chypre où les frères nous accueillirent avec une grande joie.

À Chypre

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Chapitre 93

Épiphane avait l’habitude de sortir la nuit dans les cimetières où se trouvaient les reliques des saints martyrs. Il y priait Dieu pour chaque personne dans le besoin, comme un ami demande à un ami d’intercéder pour lui en cas de malheur. Dieu exauçait les demandes d’Épiphane. Alors, un jour une grande famine tomba sur la ville et il n’y avait plus de pain au marché. Un homme sans cœur, Faustinianos, avait beaucoup de greniers remplis de blé et d’orge et bien protégés. Il acceptait de l’or, vendant à chaque pauvre trois mesures pour une drachme. Il y avait beaucoup de misère dans la ville.

Épiphane à Faustinianos :

— Donne-moi, ô très excellent Faustinianos, du blé pour nourrir les hommes qui ont faim et moi je te donnerai satisfaction pour eux tous.

Faustinianos le sans-cœur commença à parler à Épiphane, en disant des paroles telles que celles-ci :

Faustinianos à Épiphane :

— Va-t’en et supplie le Dieu que tu adores et il te fournira du blé pour nourrir tes amis.

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Chapitre 94

Une nuit, Épiphane sortit dans les cimetières et il supplia Dieu au sujet de la nourriture pour tous les miséreux. Il y avait là un temple ancien qui s’appelait le sanctuaire de Zeus-Protecteur. Et on disait que si jamais quelqu’un s’approchait de ce temple, la mort le saisirait aussitôt. Pendant qu’Épiphane priait Dieu pour les pauvres, il entendit une voix.

La voix :

— Épiphane, ne t’inquiète pas.

Épiphane :

— Que veux-tu, Seigneur ?

La voix :

— Va dans le temple qui s’appelle le sanctuaire de Zeus-Protecteur. En t’en approchant, les sceaux tomberont ; entre et tu trouveras beaucoup d’or. Prends-le et achète tout le blé de Faustinianos, ainsi que son orge. Ensuite, nourris les nécessiteux.

Alors, Épiphane alla vers le temple et s’approchant de l’entrée, aussitôt les sceaux tombèrent et les portes s’ouvrirent. Il entra et trouva beaucoup d’or.

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Chapitre 95

Il le prit et en donna à Faustinianos.

Épiphane à Faustinianos :

— Prends l’argent et donne-moi du blé.

Faustinianos, le maudit et l’avare, accepta l’or et donna du blé à Épiphane, mais seulement trois mesures. Épiphane fournit du blé à chaque personne dans le besoin et il y avait assez d’argent pour acheter tout le grain que Faustinianos avait engrangé. Épiphane remplit de blé et d’orge beaucoup de maisons. Et de tout le grain qu’il avait acheté de Faustinianos, il nourrit toute la ville, ou plutôt, Dieu le fit à travers Épiphane.

Il y avait une abondance de biens pour tous les hommes, mais chez Faustinianos, une grande réduction de son train de vie.

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Chapitre 96

Le méchant et violent Faustinianos, par son avarice, insulta Épiphane d’avoir demandé des provisions de son stock. Il avait ses propres navires et en en louant cinq autres et il envoya son très fidèle ami, Longin, en Calabre, avec de l’argent, pour acheter du blé afin de nourrir sa famille. Les navires rentrèrent à Chypre remplis de blé et d’autres grains, après un voyage de quatre mois. Alors, arrivant à une distance de cent stades de Constantia, directement en face du lieu appelé Dianeutérion, les navires portant le blé rencontrèrent une grande tempête de mer et ils étaient en grand danger. La mer rejeta tout le blé par-dessus bord et toute la cargaison se trouvait sur les rives. Lorsque Faustinianos entendit les nouvelles, il descendit aussitôt à la mer pour voir de ses propres yeux ce qui se passait. Ayant sa propre bouche ouverte comme un tombeau, le méchant démon Faustinianos commença aussitôt à blasphémer le Très-Haut et cria des insultes à Épiphane, telles que celles-ci :

Faustinianos à Épiphane :

— Regardez. Ce magicien et imposteur a non seulement suscité sur la terre ferme des maux à ma maison, mais il a aussi envoyé des démons sur la mer pour empêcher l’arrivée des provisions pour ma maison. Ô quel vent a poussé cet imposteur ici ?

Ayant prononcé ces paroles, et d’autres semblables, Faustinianos alla chez lui, menaçant Épiphane. Tous les hommes, femmes et enfants de la ville ensemble ramassèrent le blé et ils le transportèrent chez eux. Ils assumèrent aussi eux-mêmes la perte de Faustinianos, l’un payant pour un an, un autre pour deux ans. Alors, le méchant démon Faustinianos avait une femme qui accomplissait toutes sortes de bonnes œuvres. À l’insu de son mari, elle envoya deux mille drachmes à Épiphane pour nourrir sa maison.

Épiphane à la femme :

— Garde l’argent chez toi et prends des provisions pour ta maison et lorsque la terre donnera des récoltes, tu pourras me les rendre.

Et la femme agit ainsi.

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Chapitre 97

Un certain diacre, Sabinos, vivait dans la résidence épiscopale et il était copiste ; il savait très bien écrire. Il était doux et orné d’une vie droite. Nous étions quatre-vingts moines dans la résidence épiscopale et Sabinos nous dépassait tous. Épiphane l’avait nommé avocat pour les affaires de l’Église. Alors, un jour, deux hommes se disputèrent auprès de Sabinos : l’un, riche et l’autre, pauvre. La plainte du riche était plus fondée que celle du pauvre. Épiphane se cacha sur place pour entendre le procès. Il entendit Sabinos avoir pitié plutôt du pauvre et pencher de son côté dans la dispute. Épiphane se mit au milieu d’eux et dit à Sabinos qui avait une face bienveillante.

Épiphane à Sabinos :

— Va, mon enfant, et tu écris bien, souviens-toi des saintes Écritures. Sois parfait dans un procès et tu entendras le Bienfaiteur prononcer ces paroles et dire : « Tu ne favoriseras pas le miséreux dans son procès [

] ni ne te laisseras éblouir par le grand. » (Ex 23, 3 ; Lv 19, 15).

Et à partir de ce temps-là, Épiphane rendit justice à tous ceux qui lui en demandaient. Du matin jusqu’à la neuvième heure, il écoutait les disputants, mais de la neuvième heure jusqu’à l’aube, il n’arbitrait rien entre les hommes.

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Chapitre 98

Il y avait un frère dans la résidence épiscopale qui était très impudent. Il était scribe et s’appelait Rufinos. Il s’était laissé détourner par Faustinianos et proféra chaque jour des insultes contre Épiphane, mais ce dernier réprimanda son audace avec beaucoup d’indulgence. Alors, suivant la suggestion de Faustinianos et l’œuvre du méchant démon qui travaillait en les deux, Rufinos chercha à tuer Épiphane. Faustinianos fit remarquer au moine — c’était le méchant démon qui parlait par Épiphane.

Faustinianos au moine :

— Si tu tues cet imposteur, tu t’assiéras sur le trône.

Rufinos était le dernier diacre de l’Église et pour cette raison il convoitait le trône de l’évêque. Alors, ce charlatan, audacieux à outrance, prit une épée pointue et la plaça sur le siège du trône, dans une position verticale, et au-dessus de l’épée, il mit la couverture du trône. Épiphane, étant sur le point de s’y asseoir, parla à celui qui avait préparé l’embuscade.

Épiphane à Rufinos :

— Mon enfant, lève la couverture du trône.

Mais, Rufinos ne bronchant pas, Épiphane saisit la couverture qui cacha l’épée et cette dernière tomba sur les pieds de Rufinos le diacre (qui ne l’était pas vraiment) lui transperçant le pied droit.

Épiphane à Rufinos :

— Cesse, mon enfant, ton indiscipline pour que tu ne sois jamais en danger, et pas dans un avenir lointain. Sors donc de l’église, car tu n’es pas digne de prendre les divins mystères.

Rufinos sortit de l’église et allant dans la résidence épiscopale et se mettant lui-même au lit, il mourut après trois jours.

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Chapitre 99

En ce temps-là, l’empereur Théodose souffrait aux pieds, mais il n’en savait pas la cause et toute la partie du genou jusqu’aux pieds était paralysée. Il était au lit depuis sept mois. Il envoya des messagers à Épiphane à Chypre pour l’amener à Constantinople pour le secourir dans sa souffrance. Alors, lorsque les messagers de l’empereur furent arrivés, les frères voulaient empêcher Épiphane de quitter Chypre. Ils pleurèrent beaucoup, essayant fortement de le persuader de ne pas aller à Constantinople.

Épiphane aux messagers :

— Mes enfants, allez chez l’empereur et moi, je vous suivrai plus tard.

Les messagers à Épiphane :

— Ne te fâche pas, père, parce que c’est un ordre de l’empereur et nous ne pouvons pas faire autrement. Il n’y aura pas de danger pour nous. L’empereur est très malade et il attend l’annonce de ton arrivée.

Les messagers persuadèrent difficilement Épiphane de partir avec eux. Épiphane envoya chercher l’évêque Philon, aimé de Dieu, et le chargea de veiller aux affaires de l’Église. Tous les pères et frères se réunirent et recevant des instructions d’Épiphane, nous nous embrassâmes tous et partîmes pour la capitale.

À Constantinople

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Chapitre 100

Nous y arrivâmes et Théodose reçut l’annonce de l’arrivée d’Épiphane, commandant de nous faire entrer dans le palais. Épiphane y entra en grande paix intérieure. L’empereur Théodose, couché au lit, ne pouvait pas parler à cause de sa souffrance. Épiphane s’approcha de l’empereur.

L’empereur à Épiphane :

— Mon père, prie pour moi, que je recouvre la bonne santé.

Épiphane à l’empereur :

— Crois, mon enfant, au Crucifié et tu auras toujours la bonne santé. Garde Dieu dans tes pensées et ne permets pas au mal de te dominer. Sois miséricordieux envers les opprimés et tu recevras la miséricorde de Dieu. Deviens un empereur qui honore Celui qui t’a donné le pouvoir et il te donnera plus de grâce.

Alors, lorsque Épiphane eut dit ces paroles à l’empereur, il s’approcha de très près, lui toucha les pieds et le signa trois fois du signe de la croix.

Épiphane à l’empereur :

— Lève-toi du lit, mon enfant, car la souffrance est tombée de tes pieds.

En entendant ces paroles, Théodose se leva aussitôt du lit, n’ayant plus de mal aux pieds.

L’empereur à Épiphane :

— Mon père, commande et je te l’accorderai toujours.

Épiphane à l’empereur :

— Garde les paroles de Dieu dans ton âme et ne te soucie pas d’Épiphane.

Lorsque Épiphane eut dit ces paroles à l’empereur, et encore d’autres de semblables, le moment arriva de manger.

Épiphane à l’empereur :

— Va, mon enfant, à table et tu béniras le Bienfaiteur.

Alors, Épiphane était charmant et cultivé et il avait le discours assaisonné par le sel divin.

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Chapitre 101

Quand la fille de Théodose, la sœur d’Arcadius et d’Honorius, tomba malade à Rome, les deux jeunes empereurs y étaient et ils passèrent cinq ans avec elle parce qu’elle était l’épouse d’un homme[8]. Alors, ayant entendu qu’Épiphane avait été à Rome, qu’il avait guéri la princesse sa fille, qu’il avait redonné la vie à son petit-fils mort et qu’avec ce dernier Arcadius et Honorius étaient baptisés, Théodose se réjouit grandement. C’est pourquoi il écrivit à Épiphane comme à un père. Comme nous fûmes à Constantinople, Arcadius et Honorius arrivèrent de Rome et eux aussi, ils se réjouirent de rencontrer Épiphane.

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Chapitre 102

Sur l’ordre de l’empereur, des hommes amenèrent Faustinianos de Chypre à la capitale parce qu’il avait injurié l’empereur et il se trouva tenu sous bonne garde, encore par l’ordre de l’empereur. Ayant entendu ces nouvelles, Épiphane alla là où Faustinianos se trouva enfermé.

Épiphane à Faustinianos :

— [Que ferais-tu], mon enfant, si nous parlions pour toi à l’empereur pour que tu sois libéré de ces liens.

Faustinianos à Épiphane :

— Va-t’en, va errer çà et là, va égarer les hommes instables et ne dis pas de telles paroles à Faustinianos. Tu es venu ici pour te réjouir de ma condition par tes paroles. À l’avenir, tu fuiras Chypre. Va-t’en en Phénicie où tu pourras perdre ton temps tous les jours de la semaine.

Lorsque Faustinianos eut proféré à Épiphane ces insultes, ce dernier me prit et nous allâmes au palais impérial pour obtenir la permission de l’empereur de partir à Chypre. Ce dernier supplia Épiphane de rester encore quelques jours dans la capitale, mais même lorsque Épiphane lui eut expliqué la raison de notre départ, l’empereur persuada Épiphane de remettre un peu notre départ.

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Chapitre 103

Le lendemain matin, l’un des hérauts entra dans le palais impérial pour annoncer que Faustinianos de Chypre était mort. En entendant cette nouvelle, Épiphane pleura pour Faustinianos. L’empereur voulait saisir tous les biens de Faustinianos pour le trésor impérial et, en plus, éliminer de la terre tous ses enfants.

Épiphane à l’empereur :

— Attention, mon enfant, ne pèche pas, car la femme de Faustinianos est très pieuse dans son cœur. Sois persuadé par les paroles d’Épiphane et elle te sera reconnaissante auprès du Très-Haut.

Alors, l’empereur donna à Épiphane toute autorité sur les biens de Faustinianos.

Épiphane à l’empereur :

— Mon enfant, moi, j’ai Dieu pour subvenir à tous mes besoins et, selon la volonté de la femme de Faustinianos, nous donnerons le tout aux pauvres.

Lorsque Épiphane eut dit ceci, l’empereur reprit :

— Demande, père, ce dont tu as besoin et nous te les donnerons en priorité.

Épiphane à l’empereur :

— Agis toujours selon mes paroles et garde-moi dans tes pensées.

Quand Épiphane eut dit ces paroles, l’empereur sortit du palais avec nous et il demanda à Épiphane de le bénir. Épiphane pria, bénit l’empereur et l’embrassa après quoi ce dernier rentra dans son palais en paix.

À Chypre

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Chapitre 104

Nous naviguâmes à Chypre pendant neuf jours et les frères nous accueillirent avec une grande joie. En cherchant la femme de Faustinianos, nous la trouvâmes en pleurs pour son mari. Épiphane la consola sur toute son affliction et la persuada par ses paroles et elle le pria de lui donner le sceau du Christ. Épiphane la baptisa et l’ordonna diaconesse de l’Église et avec la bénédiction d’Épiphane, elle donna tous ses biens aux pauvres.

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Chapitre 105

Un jour, Épiphane parlait avec Aétios, l’évêque des valentiniens. Les adeptes de cette hérésie étaient nombreux à Constantia. Aétios aimait chercher querelle à travers beaucoup de mots et il proférait de multiples blasphèmes concernant le Très-Haut.

Épiphane à Aétios :

— Ô Aétios, toi qui es très impie, cesse de parler ; tu ne pourras plus dire des mots insensés.

Et aussitôt, la parole d’Épiphane réduisit Aétios au silence et à partir de ce jour-là, il ne pouvait plus dire un mot. Alors, les adeptes de l’hérésie d’Aétios, lorsqu’ils eurent vu qu’Épiphane, par sa parole, avait réduit leur évêque au silence, se jetèrent tous à ses pieds, anathématisèrent leur propre religion et devinrent orthodoxes. Mais Aétios resta muet pendant six jours et le septième jour, il mourut. Il y avait beaucoup d’autres hérésies à Chypre : les ophites, les sabelliens, les nicolaïtes, les simoniens, les basilidiens, et les carpocratiens.

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Chapitre 106

Concernant ces hérésies, Épiphane écrivit une lettre à l’empereur Théodose afin que ce dernier, par une ordonnance impériale, les chasse de l’île, car il y avait parmi eux des hommes riches qui s’étaient attribué des fonctions publiques et qui humiliaient les orthodoxes. L’empereur accueillit favorablement la lettre d’Épiphane et émit ce décret :

Si quelqu’un n’obéit pas au père Épiphane, évêque de Chypre, par des paroles divines [en confessant la foi orthodoxe] qu’il quitte l’île et qu’il s’installe là où il veut. Mais si certains se montrent amis et enfants du repentir et confessent au père de tous qu’ils ont erré et veulent marcher sur le chemin de la vérité, que ceux-là restent sur l’île et qu’ils soient enseignés par le père de tous.

Alors, un soldat prit ce décret et la publia et Épiphane en persuada beaucoup parmi les hérétiques. Les autres furent chassés de l’île.

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Chapitre 107

Il y avait un évêque à Alexandrie du nom de Théophile. Il connaissait très bien Épiphane. Il y avait aussi à Alexandrie trois frères, fils de Héracléon, le gouverneur de la ville. Lorsque le père, Héracléon, fut mort, les trois frères, d’un commun accord, voulurent devenir moines. Ils allèrent dans le désert, y vivant en grande tranquillité, ornés d’une vie convenable. Ils connaissaient très bien Théophile, l’évêque d’Alexandrie. C’est ce dernier qui les fit venir à la ville, sous un faux prétexte, et les y retint. Et Théophile fit du frère aîné l’évêque d’une ville égyptienne et des deux autres, des diacres et économes de l’Église. Ces derniers accomplirent leurs travaux d’économes pendant trois ans, mais ils perçurent eux-mêmes qu’ils mouraient par rapport à la grâce divine et qu’ils perdaient la tranquillité. Alors, d’un commun accord, les deux frères diacres demandèrent à Théophile la permission de retourner là où ils avaient vécu auparavant, dans le désert, mais Théophile refusa leur demande. Encore, d’un commun accord, les deux frères se retirèrent pour aller dans le désert où ils avaient vécu auparavant.

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Chapitre 108

Théophile les exclut de l’Église et de la communion pour trois ans. Ils le supplièrent maintes fois d’être réintégrés à l’Église et de recevoir les divins mystères, mais Théophile refusa toujours. Alors, les frères furent forcés d’aller à la capitale et ils tombèrent aux pieds de Jean, surnommé « bouche d’or » [Chrysostome]. Lorsque Jean eut appris la raison de leur présence, il écrivit une lettre à Théophile, le priant d’absoudre les deux frères, mais la supplique de Jean ne persuada pas Théophile. Alors, il écrivit une seconde lettre dans laquelle il fit la même demande, mais encore Théophile n’était pas persuadé. Jean absolut donc les deux frères de l’excommunication et c’est cet événement qui causa une énorme friction entre Théophile et Jean.

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Chapitre 109

En ce temps-là, il y avait un sénateur appelé Théognoste, chrétien, qui toujours craignait Dieu et qui était aimé de l’empereur. Il y avait un autre sénateur nommé Dorothée, arien, qui accusa Théognoste d’avoir insulté l’empereur. Sur les mensonges de deux faux témoins, l’empereur Théodose exila Théognoste et confisqua ses biens. La femme de Théognoste ne garda qu’une propriété dans un faubourg, laquelle lui fournissait un revenu. Alors, Théognoste mourut en exil. L’impératrice Eudoxie, sortant un jour au temps de la vendange, là où se trouvait la propriété de la femme de Théognoste, coupa une grappe de raisin — je ne sais pas pourquoi elle était entrée dans le vignoble de la femme.

Des serviteurs à l’impératrice :

— Maîtresse, le vignoble où tu as coupé une grappe de raisin appartient à quelqu’un d’autre.

Selon la loi, si l’empereur ou l’impératrice marchaient sur la propriété de quelqu’un d’autre et s’ils prenaient du fruit d’un arbre fruitier, le terrain n’appartiendrait plus au propriétaire mais à l’empereur.

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Chapitre 110

Lorsque la femme de Théognoste eut entendu que l’empereur avait saisi sa propriété, elle écrivit une longue lettre et l’envoya à Jean, car l’empereur et l’impératrice l’aimaient beaucoup. En entendant ces nouvelles, Jean envoya, [auprès de l’impératrice] son archidiacre, Eutychès, un homme érudit et orné d’une vie droite. Eutychès entra auprès de l’impératrice et lui communiqua la supplique de Jean.

L’impératrice à Eutychès :

— La loi, c’est la loi. Je donnerai à la veuve un terrain dans une autre région, selon son choix.

Eutychès partit et rapporta à Jean la réponse de l’impératrice. Jean alla dans le palais impérial.

Jean à l’impératrice :

— Rends le champ à la veuve.

L’impératrice à Jean :

— Mon père, apprends la raison de l’affaire et alors tu te rangeras contre la plainte de la veuve et contre le tort que tu dis que je lui ai fait. Veux-tu que j’en parle à l’empereur ? J’espère que non.

Jean à l’impératrice :

— Je te dis encore : rends le champ de la veuve. Tu as entendu dans les saintes Écritures comment, jusqu’à aujourd’hui, Jézabel a été condamnée et comment le saint homme l’avait pointée du doigt pour son méchant coup concernant un vignoble. (1 R 21)

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Chapitre 111

Lorsque l’impératrice eut entendu ces paroles de Jean, elle l’ordonna de quitter le palais impérial. Alors, après être sorti, il alla dans l’église.

Jean à Eutychès :

— Quand l’impératrice arrivera dans l’église, prends avec toi des serviteurs et mets-toi dans l’entrée là où on a l’habitude d’entrer. Tu ne lui permettras pas d’entrer et tu lui diras ceci : « Jean m’a chargé de te dire : “Tu n’entreras pas dans l’église.” »

Alors, Eutychès agit ainsi et dès lors, l’impératrice chercha à envoyer Jean en exil.

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Chapitre 112

Lorsque Théophile eut entendu que l’impératrice voulait exiler Jean, il commença lui-même à comploter au-delà de toute mesure. Il écrivit à Épiphane beaucoup de traités contre Jean dans lesquels il disait que Jean était origéniste. Et donc l’impératrice fit tout pour exiler Jean. Théophile persuada facilement Épiphane qui pourtant ne savait pas que Théophile haïssait Jean. Il arriva que pour des affaires urgentes Épiphane voulait aller à la capitale. Puisqu’il avait entendu de Théophile les accusations contre Jean, il se hâta d’autant plus de partir, pas pour se battre contre Jean mais pour le secourir. Alors, Épiphane nous prit, Isaac et moi, et nous partîmes pour Constantinople

À Constantinople

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Chapitre 113

En y arrivant, nous trouvâmes qu’il y avait une grande agitation autour de Jean parce que beaucoup de citoyens l’aimaient. Il y avait des monastères et des chapelles de martyrs auxquels l’impératrice donnait des provisions, mais Jean n’en reçut pas. Nous entrâmes dans l’un de ces monastères et [les moines] forcèrent Épiphane d’ordonner quelqu’un parce qu’il était nécessaire pour les affaires de l’Église. Et Épiphane ordonna l’homme désigné. Alors, Jean, en entendant les nouvelles, s’irrita grandement contre Épiphane et il lui écrivit une lettre exprimant sa peine. De même, Épiphane écrivit à Jean.

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Chapitre 114

L’impératrice entendit que Jean s’était fâché contre Épiphane et elle convoqua ce dernier au palais.

L’impératrice à Épiphane :

— Mon père, tout l’empire des Romains est à moi et tout le sacerdoce des Églises de mon empire est à toi. Jean est étranger au bon ordre de la prêtrise ; d’une manière indisciplinée, il s’est porté contre l’empereur et contre moi ; et on dit qu’il est tombé dans une hérésie quelconque. À cause de tout cela, ma pensée est agitée depuis beaucoup de jours sur la question de convoquer un synode, de déposer Jean de la prêtrise parce qu’il en est indigne et d’en trouver un autre qui accepterait la prêtrise et qui siègerait sur le trône. [Il est nécessaire de faire cela] pour que mon empire en toutes choses soit en paix.

Ayant dit ces paroles à Épiphane, elle s’agita d’une grande émotion.

Encore l’impératrice à Épiphane :

— Puisque ta paternité est ici, avec Dieu, il n’est pas nécessaire que les autres pères se donnent de la peine, mais celui que Dieu t’aura révélé, consacre-le évêque et chasse Jean de l’Église.

Épiphane à l’impératrice :

— Mon enfant, écoute avec résignation ton père.

L’impératrice à Épiphane :

— Si ta paternité commande quelque chose, annonce-le-moi et je m’occuperai de ce que commande mon père.

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Chapitre 115

Épiphane à l’impératrice :

— Si, au sujet de l’hérésie dans laquelle tu dis que Jean est tombé, l’accusation s’avère fondée, et s’il ne confesse pas avoir péché, alors il est indigne de la prêtrise. Dans ce cas, si votre autorité commande quelque chose, je le ferai. Par contre, si c’est à cause de l’insulte [que tu as reçue de lui] que tu cherches à exclure Jean de l’Église, alors moi Épiphane je n’y consentirai pas. Et encore, mon enfant, il est le lot des empereurs d’être insultés et de pardonner puisque vous aussi, vous avez un royaume céleste contre lequel vous péchez continuellement et vos péchés sont pardonnés si vous pardonnez à ceux qui vous insultent. Comme il est dit dans les évangiles : « Devenez miséricordieux comme votre père céleste. » (Lc 6, 30)

L’impératrice à Épiphane :

— Si tu t’opposes, mon père Épiphane, à ce que Jean soit exilé, j’ouvrirai les temples des idoles et je commanderai que les hommes les adorent et je ferai les dernières choses inférieures aux premières.[9]

Et comme elle disait ces choses, rouge de colère, des larmes jaillirent de ses yeux.

Épiphane à l’impératrice :

— Mon enfant, je suis innocent de ce jugement.

Lorsque Épiphane eut dit ces paroles, il me prit et nous sortîmes du palais impérial.

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Chapitre 116

À ce moment, Isaac était malade, donc il n’alla pas avec nous auprès de l’impératrice. Alors, la nouvelle courut dans toute la ville : « Le grand prêtre Épiphane, l’évêque de Chypre, est allé voir l’impératrice et il a obtenu l’exil du grand Jean. » Même Isaac entendit cette rumeur et par conséquent il fuit loin d’Épiphane et allant dans un monastère, il y demeura, à notre insu. Épiphane pleura sa disparition et pria Dieu de lui révéler où se trouvait Isaac. Lorsque Épiphane eut obtenu l’information, nous allâmes auprès d’Isaac, mais ce dernier se détourna d’Épiphane avec dégoût.

Isaac à Épiphane :

— Je ne veux plus être avec toi parce que tu as péché contre Jean.

Nous passâmes trois jours dans ce monastère et avec difficulté Épiphane convainquit Isaac [de son innocence]. Alors, nous quittâmes le monastère avec Isaac.

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Chapitre 117

La rumeur persuada même Jean qu’Épiphane avait consenti à son exil et Jean lui écrivit une longue lettre.

Jean écrivit à Épiphane : « Ô sage Épiphane, tu as consenti à mon exil. Donc, que tu ne sièges plus sur ton trône. »

Épiphane lui écrivit une réponse semblable :

Ô athlète, bats-toi et sois victorieux. Puisque tu crois que j’ai consenti, moi, à ton exil, ne quitte pas le lieu de ton exil. J’ai écrit ces choses, frère, pour que personne ne jette la blâme sur Épiphane au sujet de ton exil. Est-ce possible que celui qui a accompli autant de grandes et belles œuvres descende dans un si profond gouffre de mal ? À Dieu ne plaise !

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Chapitre 118

Nous entrâmes dans le palais impérial et Épiphane, à cause de notre départ pour Chypre, fit ses adieux aux empereurs. L’empereur Arcadius interrogea Épiphane sur son âge.

Épiphane à Arcadius :

— J’ai cent quinze ans et trois mois. Alors, je suis devenu évêque à soixante ans et je suis dans l’épiscopat depuis cinquante-cinq ans et trois mois.

Ensuite, l’empereur lui demanda quand nous comptions partir. Nous montâmes dans le navire et Épiphane s’assit dans la cale du navire, et nous aussi avec lui. Il avait l’habitude de tenir continuellement les saints évangiles entre ses mains. Et trois fois, en gémissant et en pleurant, il ouvrit les saints évangiles et encore les ferma en pleurant. [Montant sur le pont], il pria et après la prière il s’assit dans la cale du navire et il commença à pleurer et à nous parler.

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Chapitre 119

Épiphane à nous, Isaac et Polybios :

— Si vous m’aimez, mes enfants, observez mes instructions et l’amour de Dieu demeurera en vous. Vous savez que j’ai passé à travers bien des afflictions dans cette vie et que je n’ai dirigé aucun mal [contre personne], mais j’ai toujours été joyeux, ayant mes yeux fixés sur Dieu et Dieu ne m’a pas abandonné. Il m’a protégé contre tous les complots du malin : « Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien. » (Rm 8, 28)

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Chapitre 120

Alors, mes enfants bien-aimés, lorsque j’étais dans le désert accomplissant ma prière au Christ pour être protégé de tout complot du diable, beaucoup de démons se tenaient près de moi, m’ont déchiré par terre, m’ont saisi les pieds et m’ont mis en pièces par terre. Certains d’entre eux m’ont infligé des blessures. Ils m’ont assailli pendant une dizaine de jours et depuis lors je n’ai plus vu de démons en face devant moi, tous les jours de ma vie. Les hommes méchants, par contre, j’ai vu les maux qu’ils ont accomplis contre moi. Tant de maux sont arrivés en Phénicie de la part des simoniens insolents ; en Égypte, de la part des gnostiques impurs ; à Chypre, de la part des valentiniens iniques ; et de la part de toutes les autres hérésies. Sachez bien, mes enfants, et écoutez les paroles d’Épiphane le pécheur. Ne devenez pas des hommes qui aiment l’argent et beaucoup d’argent vous sera donné. Ne haïssez personne et soyez les amis de Dieu. Ne parlez pas contre un frère et aucune passion diabolique ne vous dominera. Détournez-vous de toutes les hérésies, comme des bêtes féroces et venimeuses. Quant à ces hérésies, je vous en ai parlé dans le livre que je vous ai transmis du nom du Panarion. Détournez-vous des plaisirs du monde et gardez-vous-en, parce qu’ils chatouillent toujours le corps et la pensée. L’expérience montre que le superflu est du diable ; donc, apprenez par cette expérience, car souvent la chair est tranquille, mais la pensée, remémorant les chutes et des redressements du passé, fait apparaître la vision des choses honteuses. Lorsque notre esprit veille, il a toujours Dieu en mémoire et nous pouvons facilement vaincre l’ennemi.

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Chapitre 121

Ayant dit ces choses, et encore d’autres, Épiphane supplia tous ceux qui étaient dans le navire.

Épiphane aux voyageurs et à l’équipage :

— Il est nécessaire, mes frères, de demander à Dieu, l’Ami de l’homme, [de nous protéger] contre toute violence et personne dans le navire ne périra parce qu’un très grand danger nous guette, mais prenez courage et aucune affliction ne tombera sur nous.

Et ayant dit ces paroles, Épiphane me dit :

— Mon enfant Polybios.

Moi à Épiphane :

— Qu’est-ce qu’il y a, père ?

Épiphane à moi :

— En arrivant à Constantia, passes-y sept jours, ensuite prends un navire pour l’Égypte, va dans la Haute-Thébaïde et pais les brebis du Christ. Pourtant, fais attention, mon enfant, je prends à témoin pour toi le ciel et la terre, ne fais pas autrement. Si quelqu’un contrefait mes paroles, ne le suis pas pour ne pas [te] faire périr par la perte [de la vérité] et toutes les choses que tu auras construites deviendront pour toi de vaines œuvres et tu seras inutile devant tous les hommes. Par contre, si tu écoutes mes paroles et gardes les commandements que m’a donnés le Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, tu seras béni devant lui tous les jours de ta vie.

Et m’ayant dit ces paroles, Épiphane m’embrassa.

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Chapitre 122

Alors, il s’adressa à Isaac.

Épiphane à Isaac :

— Isaac, mon enfant.

Isaac à Épiphane :

— Qu’est-ce qu’il y a, père ?

Épiphane à Isaac :

— Et toi, mon enfant, reste à Constantia jusqu’au moment où tu auras reçu l’ordre de marcher sur le chemin des justes [de la ville de Citium].

Lorsque Épiphane eut dit ces paroles à Isaac, il l’embrassa et appela tous les matelots [auprès de lui].

Épiphane aux matelots :

— Mes enfants, ne criez pas, car il y aura une grande tempête de mer. Priez Dieu, plutôt, et il vous viendra en aide.

C’était la onzième heure du jour lorsque Épiphane nous informa de ces choses.

Épiphane à un des matelots :

— Ne tente pas afin que tu ne sois pas tenté.

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Chapitre 123

Vers le coucher du soleil, une grande tempête de mer s’abattit sur nous et Épiphane était dans la cale du navire et eut les mains déployées et les évangiles sur sa poitrine. Il eut les yeux ouverts mais il ne dit rien. Une grande peur nous saisit et nous imaginâmes qu’Épiphane suppliait Dieu à cause de l’agitation de la mer. Nous passâmes deux jours et, deux nuits dans la tempête et le troisième jour, Épiphane me parla.

Épiphane à Polybios :

— Polybios, mon enfant, parle aux matelots et dis-leur de préparer du bois et de faire des charbons ardents. Prends de l’encens et apporte-le ici.

Je fis comme il avait commandé. Et il dit.

Épiphane à moi :

— Approche, mon enfant.

Et j’y approchai.

Épiphane à moi :

— Jette de l’encens sur le charbon de bois.

Et j’en jetai.

Épiphane à Polybios et à Isaac :

— Priez, mes enfants.

Il fit une prière se dressant sur son séant et après la prière, il nous embrassa.

Épiphane à Polybios et à Isaac :

— Soyez sains et saufs, mes enfants, car Épiphane ne vous verra plus dans cette vie.

Il rendit aussitôt l’esprit et à l’instant même, la mer se calma.

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Chapitre 124

Alors Isaac et moi tombâmes sur le cou d’Épiphane et nous pleurâmes amèrement. À ce moment-là, les ténèbres tombèrent sur nos yeux. L’un des matelots, celui à qui Épiphane, toujours vivant, avait dit « Ne tente pas pour que tu ne sois pas tenté » s’approcha des pieds d’Épiphane et il voulait lever sa tunique pour voir s’il était circoncis. Alors Épiphane, mort et étendu, leva le pied droit pour lui donner un coup de pied au visage et le matelot se trouva projeté hors de la cale du navire sur la poupe, mort et étendu. Il passa deux jours comme cela, mais le troisième jour, les matelots l’apportèrent près d’Épiphane. Comme ils le placèrent près des pieds d’Épiphane, le matelot mort toucha les pieds d’Épiphane et aussitôt il ressuscita et une grande peur tomba sur les passagers et sur l’équipage.

À Chypre

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Chapitre 125

En arrivant à Constantia au lieu appelé Dianeutérion, les matelots débarquèrent du navire et parcoururent la ville en annonçant ceci à grands cris.

Les matelots :

— Hommes, frères, vous tous qui habitez la grande et populeuse ville de Constantia, descendez à la mer à l’endroit appelé Dianeutérion et prenez les vénérables restes de notre saint père Épiphane, car il a quitté la vie humaine.

À ce moment, des ténèbres tombèrent sur toute la ville et tous les citoyens se dirigèrent vers la mer, se frappant la poitrine en lamentation. Tous les gens de la campagne entrèrent aussi dans la ville versant des larmes sur le chemin.

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Chapitre 126

Alors, trois aveugles du village appelé Stortuké se lancèrent sur le chemin, mais personne ne leur donna la main pour pouvoir arriver en ville avec les autres. Proséchios, l’un des trois aveugles, cria.

Proséchios à Épiphane :

— Ô Saint de Dieu, bienheureux Épiphane, rends-nous la vue pour que nous puissions vénérer tes saintes reliques.

Et aussitôt ils recouvrèrent la vue et allèrent dans la ville où ils se prosternèrent devant les vénérables reliques du saint père. Là ils annoncèrent ce qui leur était arrivé sur le chemin. Lorsque tous eurent entendu ces nouvelles, ils louèrent Dieu qui accomplit de telles merveilles par ceux qui en sont dignes.

Polybios en Égypte

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Chapitre 127

Alors, avec beaucoup de respect, les citoyens enlevèrent du navire les restes [d’Épiphane] et les portèrent dans l’église. Après trois jours, personne ne les avait encore enterrés, à cause d’une grande dispute entre eux. Le quatrième jour, ils les placèrent dans un cercueil en y ajoutant du miel. Moi, je passai sept jours dans l’église auprès des restes qui n’étaient pas enterrés. Le huitième jour, selon l’instruction du saint père, je trouvai un navire en route pour l’Égypte. Je montai à bord et je quittai Chypre. En Égypte, j’allai dans la Haute-Thébaïde où je passai une année. Un jour, le grand Héracleion, le gouverneur de l’Égypte, visita Rhinocouroura dont il était habitant. Lorsqu’il entendit que j’avais été un disciple du grand Épiphane, lui et ses soldats m’enlevèrent de force ; moi, je ne voulais pas y aller. Il m’amena, moi assis sur un chameau, à Rhinocouroura. Il arriva que l’évêque de cette ville était mort et je fus consacré l’évêque de l’Église de Rhinocouroura.

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Chapitre 128

Lettre de Polybios évêque de la ville de Rhinocouroura à Sabinos évêque de Constantia

À Sabinos, honoré de Dieu, digne seigneur dans la prêtrise, saint père évêque de la ville de Constantia à Chypre ; de Polybios le pécheur : salutations dans le Seigneur. Les mages participèrent à la grâce — je dis avant que l’étoile ne leur ait montré le chemin à prendre pour aller à Jérusalem et à Bethléem afin de vénérer le grand roi Jésus-Christ notre Seigneur — car s’ils n’avaient pas eu de connaissance de Dieu auparavant, ils n’auraient pas pu atteindre leur but de voir Dieu [incarné]. Mais la connaissance du Dieu que les mages cherchaient est aussi la connaissance du Dieu qui par une étoile se montra aux mêmes mages à Bethléem. Mais moi, je cherche la connaissance du saint homme qui honorait Dieu : le même Dieu que les mages cherchaient, qu’ils trouvèrent à Bethléem et qu’ils y adorèrent. Je parle d’Épiphane le grand archiprêtre, le mur des Chypriotes. Saint père, à cause de la multitude de mes péchés, je ne suis pas devenu digne de voir le lieu où les vénérables reliques de notre saint père l’évêque furent enterrées. Le fait de ne pas le savoir est pour moi une lourde peine. Je prie, donc, ta sainte paternité de nous informer par des lettres quand et où Épiphane a été enterré. J’ai envoyé un homme qui a le don de connaître l’avenir ; il est estimé de Dieu, le vénérable diacre Calippos, qui m’a informé que c’est vous, votre Sainteté, qui siégez maintenant sur le trône de l’Église de Constantia. Moi, je pleure et je me lamente au sujet du sépulcre du saint homme. Puisque je ne savais pas qui siégeait sur le trône, je [voulais] m’informer par lettres, mais le vénérable diacre Calippos, qui a le don de connaître l’avenir, me dit que Sabinos, l’higoumène du monastère, a succédé à notre saint père Épiphane. Voilà pourquoi nous avons envoyé Calippos sur un tel chemin, si difficile, et sur la mer afin de pouvoir nous entretenir avec votre Sainteté sur les questions mentionnées auparavant. Veuillez saluer de notre part les très purs clercs ainsi que tous ceux qui sont sous votre Sainteté. Priez pour moi, saint père, digne du sacerdoce.

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Chapitre 129

Lettre de Sabinos, évêque de la ville de Constantia à Chypre à Polybios, évêque de la ville de Rhinocouroura

Je rends grâces à Dieu et à votre esprit ardent, ô serviteur de Dieu et digne prêtre, saint père Polybios, parce que tu suscites en moi de si beaux souvenirs. J’ai reçu vos très saintes lettres comme la terre desséchée par une longue sécheresse où les herbes mourantes reprennent vie après une pluie envoyée du ciel. Ainsi, tes très saintes lettres, après Dieu, ont redonné vie à notre esprit. Qui, ayant tes souvenirs, saint père, ne serait pas affligé de douleur ? Et puis, qui, saint père, ne verserait pas de larmes à cause de ta séparation ? Il y avait certes beaucoup de lamentations et de détresse intolérables à cause de toi, saint père. Les Chypriotes parcoururent non seulement l’île de Chypre, cherchant ta Sainteté, afin que tu sièges sur le trône, mais aussi beaucoup allèrent en Phénicie te cherchant à tel point que l’Église demeura veuve pendant quatre mois tandis que tout le monde te cherchait.

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Chapitre 130

Du jour et du lieu où notre père et évêque Épiphane, de sainte mémoire, a été enterré, je l’indiquerai à mon père par ma lettre.

Pendant dix jours, ses précieuses reliques étaient dans l’église. Nous avons ajouté du miel dans le cercueil et beaucoup de ceux qui souffraient et qui ont touché les reliques se sont trouvés guéris. Longin et Pétronios, diacres, qui ne s’étaient convertis de l’hérésie valentinienne qu’en apparence, voulaient empêcher l’enterrement du saint père, disant : « Il n’est pas permis d’enterrer un mort dans une église de la ville pour éviter que par hasard la ville subisse un malheur. » Alors des bruits se sont fait entendre ainsi qu’une agitation violente. Par conséquent, quelques-uns étaient prêts à enlever les reliques. Et il y avait un grand tumulte dans toute la ville. Nous, les higoumènes des monastères, étions tous dans la ville. Après dix jours, lorsque Sabinos, le très vénérable diacre, a prit la houe, ils ont commencé à creuser au lieu où seraient placées les précieuses reliques du saint père. Et ayant vu cela, le révérend Dracon a consenti lui-même, mais Longin et Pétronios ont répondu : « Il n’est pas permis d’être enseveli dans l’église. » Alors, le vénérable Dracon a prit la houe et a creusé en même temps que Sabinos, disant : « Les reliques du saint père seront enterrées dans ce lieu et j’en demanderai [la permission] à l’empereur. »

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Chapitre 131

Les artisans sont venus et ont fait un cercueil pour les précieuses reliques de notre saint père et évêque, le très consciencieux et scrupuleux Épiphane, d’autant plus parce que beaucoup disaient vouloir enlever les reliques secrètement [et les apporter] à Rome, à Constantinople ou en Phénicie.

Alors, on a fait un cercueil à la droite de la sainte église, là où le constructeur était tombé sur Faustinianos et les citoyens ont prit les reliques de notre saint père et les ont déposées dans le cercueil, mais les impies et les indignes, je dis Longin et Pétronios, se sont emparé des reliques et, influençant d’autres qui pensaient méchamment, ont empêché l’enterrement des reliques. Il y avait donc une grande tension et le vénérable diacre Sabinos a crié d’une grande voix et d’une amère détresse : « Ô saint père Épiphane, je sais et je crois que tu agis toujours dans cette vie. Dieu t’écoute et certes maintenant tu peux faire quelque chose, et même beaucoup plus. Frappe Longin et Pétronios qui s’égarent grandement parce que, à cause de leur injuste jalousie, ils ne permettent pas que tu sois enterré ici. » Et lorsque le diacre Sabinos a dit cela, le jugement de Dieu est tombé. Et de fait, Longin est tombé par terre, mort, et la main de Pétronios est devenue paralysée, et il ne pouvait plus parler, là où il se tenait. Après avoir préparé Longin, on l’a enterré. Portant Pétronios chez lui, on l’a placé sur son lit. Après quatre jours, il est mort aussi. Alors, les citoyens ont pris les précieuses reliques de notre saint et vénérable père et évêque Épiphane et avec tous les honneurs, ils les ont déposées en ce lieu.

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Chapitre 132

Aussitôt le lendemain matin, le vénérable Dracon, devant tous les clercs assemblés et avec beaucoup de nobles de la ville, a apporté la demande à l’empereur. Trois clercs et trois nobles l’accompagnaient. Des clercs, il y avait le premier, l’honorable Sabinos diacre ; le très honorable diacre Paul, cousin de Dracon ; et l’honorable diacre Athanase. Des nobles, il y avait le révérend Marianos, frère de Synésios ; le révérend Jean, son cousin ; et le fils de Dracon appelé aussi Dracon, qu’Épiphane par la grâce de Dieu avait guéri d’une très grave maladie. Ils sont allés tous à la capitale et ont présenté leur demande à l’empereur Arcadius. Ce dernier, en recevant la demande et entendant les nouvelles, a été grandement affligé à cause de la mort d’Épiphane. L’empereur a dit à ceux qui avaient présenté la demande : « Restez dans la capitale pendant quarante jours pour que je fasse le deuil de mon père. Ensuite, je vous enverrai en paix. » Les délégués ont agi ainsi. L’empereur Arcadius était dans le deuil pour la sainte mémoire de notre père et évêque Épiphane pendant quarante jours, après quoi il a ordonné d’envoyer avec les délégués un homme pieux, un soldat appelé Maxime. Ce dernier avait un esprit malin. En arrivant à Constantia, aussitôt Maxime, selon l’ordre reçu, est entré dans le lieu où étaient placées les reliques de notre saint père. Il s’est prosterné par terre et a exprimé ses prières sur le cercueil, disant : « Ô saint Épiphane, digne de Dieu, expulse de moi l’esprit malin et je mettrai en évidence ce type [image] comme une action de grandes grâces. » Et aussitôt, l’esprit malin sortit de Maxime. Le lendemain, il a dévoilé le type [image] dans le lieu public et tous sentaient une grande joie à cause de ce geste. J’inclus une copie du type[10] dans ma lettre que j’envoie à votre piété, laquelle lettre contient ainsi une seconde page. Voilà ce que l’empereur Arcadius dit concernant le saint père : « Lui qui a vécu au-dessus de notre loi, nous ne voulons pas qu’il soit enseveli selon nos lois. »

Voilà, ô saint père Polybios, la suite générale des événements, tant par paroles que par gestes, que j’ai exposés à votre honneur et saint esprit dans la lettre que nous avons envoyée par le vénérable diacre Calippos. Souviens-toi toujours de moi dans tes prières à Dieu, saint père, et veuille saluer tes saints clercs de ma part, ô saint père et digne prêtre. Prie pour moi, ô homme très pieux.


Notes

[1] La traduction française a été faite sur Bios tou hagiou Epiphaniou episkopou poleôs Kônstantias tés Kyprou, PG 41, col. 23-114. Ce texte grec a été comparé à celui que Dr Claudia Rapp nous a fourni, un texte non publié, mais critique à 90 %. Nous remercions Dr Rapp pour sa générosité.

[2] Certains manuscrits disent : « Nous en étions alors huit en tout. »

[3] Un nom diminutif que nous avons créé.

[4] Référence inconnue.

[5] Hésiode, Théogonie : la naissance des dieux, Annie Bonnafé, trad., Paris, Flammarion, 1993.

[6] C'est-à-dire, dans la région des pâtres, de la Haute-Égypte.

[7« kai polun kopon pareichon kakei Epiphanio(i) dia tés syntychias. »

[8« hoti ekei én zeuchtheisa andri. »

[9] C’est-à-dire, remplacer le christianisme par le paganisme.

[10dynamin tou typou.

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