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Un traité sur la vénération des saintes images

Théodore Abu Qurrah, Évêque de Harran (755-830)

Table des matières

I - L'INTRODUCTION

Chapitre 1

1.1 L'abandon du culte des images
1.2 La raison de l'abandon du culte des images
1.3 La demande du Père Jean
1.4 La réponse d'Abu Qurrah

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II - LA SUPÉRIORITÉ DE LA FOI CHRÉTIENNE

Chapitre 2 - Les chrétiens ne devraient pas se laisser influencer par les étrangers

Résumé
2.1 Les mystères et les sacrements chrétiens sont des sottises pour les étrangers.
2.2 Le langage de la Croix est sottise pour ceux qui ne croient pas.

Chapitre 3 - La sagesse du christianisme dépasse la sagesse du monde

Résumé
3.1 La foi chrétienne est sottise pour les sages du monde.
3.2 Le Saint-Esprit suscite la vraie sagesse.
3.3 Conclusion

Chapitre 4 - Des éléments irrationnels trouvés dans les Écritures sont acceptés par les étrangers

Résumé
4.1 Exemples du Pentateuque
4.2 Exemples des livres prophétiques et historiques
4.3 Conclusion

Chapitre 5 - Les attributs de Dieu selon les juifs et les musulmans

Résumé
5.1 Quinze descriptions de Dieu dans le Pentateuque et dans les prophètes
5.2 Les attributs anthropomorphiques de Dieu présentés dans le Coran
5.3 L'incarnation : attribut pur de Dieu
5.4 Conclusion

Chapitre 6 - La vérité de la foi chrétienne est prouvée par des miracles

Résumé
6.1 La preuve des miracles et du témoignage prophétique et patristique
6.2 Le chrétien accepte par foi ce que l'intelligence refuse

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III - LA JUSTIFICATION DES IMAGES

Chapitre 7 - Argumentation basée sur la Tradition de l'Église

Résumé
7.1 Traditions qui ne sont pas confirmées par l'Écriture
7.2 La diffusion des images prouve leur antiquité

Chapitre 8 - Argumentation patristique

Résumé
8.1 Le témoignage de saint Athanase
8.1.1 Le culte de l'image est un signe d'amour pour le prototype
8.1.2 La force de Dieu accompagne les images
8.1.3 Satan a attaqué un moine qui se prosternait devant l'image de Marie
8.2 Le témoignage d'Eusèbe
8.3 Le témoignage de Grégoire le Théologien
8.4 L'importance de l'enseignement des pères de l'Église
8.5 Conclusion

Chapitre 9 - Argumentation scripturaire : Réfutation de l'interdiction scripturaire de ne se prosterner que devant Dieu

Résumé
9.1 Réponse aux juifs sur la base de l'ancien Testament
9.1.1 L'interdiction de ne se prosterner que devant Dieu n'est pas absolue
9.1.2 Les patriarches ont prophétisé le prosternement devant le Christ
9.2 Réponse aux musulmans sur la base du Coran
9.3 Conclusion

Chapitre 10 - Images dans l'Ancien Testament et chez les musulmans

Résumé
10.1 Dieu commande de faire des images
10.2 Images dans le Temple
10.3 Les musulmans sont en contradiction avec le hadit
10.4 Conclusion

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IV - LA JUSTIFICATION DU PROSTERNEMENT DEVANT LES IMAGES

Chapitre 11 - Définition du prosternement

Résumé
11.1 La vénération peut être une forme d'hommage, d'honneur
11.2 L'hommage du prosternement est tourné vers celui que l'on veut honorer
11.3 Les saints se sont prosternés devant l'endroit où le Seigneur s'est montré
11.4 L'hommage du prosternement n'est pas tourné vers ce qui peut être touché
11.5 Le témoignage d'Ézéchiel
11.6 Le témoignage de David et des prophètes
11.7 Conclusion

Chapitre 12 - Le lien réel, mais non matériel, entre l'image et le prototype

Résumé
12.1 L'arche de l'Alliance
12.2 Le pectoral d'Aaron
12.3 La fonction évocatrice de l'image
12.4 Conclusion

Chapitre 13 - Témoignage des prophètes sur le lien entre l'image écrite - un mot - ou peinte et leurs prototypes

Résumé
13.1 Le témoignage d'Isaïe
13.2 Le témoignage d'Ézéchiel
13.3 Le témoignage de Jérémie

Chapitre 14 - L'intercession et la médiation des saints

Résumé
14.1 L'intercession obtenue avec l'hommage du prosternement
14.2 Témoignage de l'Ancien Testament
14.3 Conclusion

Chapitre 15 - Les tables de la loi : symbole de Christ incarné

Résumé
15.1 Les tables de la loi : image de l'incarnation du Christ
15.2 Confirmation scripturaire
15.3 Exemples des choses inanimées qui symbolisent des choses spirituelles
15.4 Conclusion

Chapitre 16 - Les miracles opérés par les images

Résumé
16.1 Les miracles appuyaient la foi faible des juifs
16.2 La foi des chrétiens rend inutiles de telles manifestations
16.3 Miracles opérés pour les musulmans ou pour les chrétiens de foi faible.
16.4 La conversion de saint Antoine Ruwah[1]
16.5 Le miracle de Tibériade et l'origine du monastère d'Ananias
16.6 Conclusion

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V - L'EXPLICATION DE L'INTERDICTION SCRIPTURAIRE DU PROSTERNEMENT DEVANT LES IMAGES

Chapitre 17 - Critique des interprétations littérales de l'Écriture

Résumé
17.1 Les limites de l'interprétation littérale
17.2 Le culte de la pierre à Jérusalem

Chapitre 18 - Le contexte de l'interdiction de l'Ancien Testament

Résumé
18.1 L'interdiction de se prosterner préservait les Hébreux de l'idolâtrie.
18.2 L'Esprit répandu sur les chrétiens fait tomber la raison de l'interdiction
18.3 L'interdiction des nourritures « impures »
18.4 L'interdiction divine de confesser le Fils et l'Esprit Saint
18.5 La différence entre juifs et chrétiens
18.6 Le cas de l'autorisation de répudier son épouse

Chapitre 19 - Preuves scripturaires et rationnelles de caractère temporaire de quelques interdictions de l'Ancien Testament

Résumé
19.1 Le témoignage d'Ézéchiel
19.2 Comparaison entre Dieu et un roi de la terre
19.3 Les chrétiens ne sont pas assujettis à des interdictions temporaires
19.4 Le développement de la loi selon le dessin du salut
19.5 Conclusion

Chapitre 20 - La liberté de l'homme de foi de désobéir aux commandements de Dieu

Résumé
20.1 Les prophètes se sont prosternés devant des hommes
20.2 David et Salomon ont construit des images et des reproductions
20.3 David a mangé les pains d'oblation
20.4 Les Maccabées ont permis des combats le jour du Sabaot
20.5 Les prophètes ont jeûné le Sabaot
20.6 Le prophète Élie a sacrifié hors du Temple de Jérusalem
20.7 Conclusion

Chapitre 21 - L'homme dont l'image de Dieu est déformée en lui ne mérite pas d'honneur

Résumé
21.1 L'homme pécheur est une image déformée de Dieu
21.2 Les saints sont à honorer parce qu'ils sont habillés de l'homme nouveau
21.3 Les miracles des restes mortels du prophète Élisée

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VI - L'ARGUMENTATION RATIONNELLE SUR LE LIEN ENTRE L'IMAGE (LE TYPE) ET LE PROTOTYPE (LA PERSONNE REPRÉSENTÉE)

Chapitre 22 - La valorisation de la matière

Résumé
22.1 L'argile sur laquelle est gravé le sceau du roi
22.2 La matière sur laquelle est écrite la Parole de Dieu

Chapitre 23 - L'honneur ou le mépris rendus à l'image atteint la personne représentée [le prototype]

Résumé
23.1 L'image du Christ à Édesse
23.2 Celui qui méprise une image insulte la personne représentée [le prototype]
23.3 Conclusion

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VII - LA CONCLUSION

Chapitre 24 - Récompense promise à ceux qui se prosternent devant les images

Résumé
24.1 Le Christ, le roi humble
24.2 La récompense de celui qui n'est pas scandalisé par la Croix
24.4 La croix du Christ est le plus grand scandale pour les musulmans
24.5 Conclusion du chapitre
24.6 Conclusion du traité

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I - L'INTRODUCTION

Chapitre 1

1.1 L'abandon du culte des images

Père Jean, notre saint frère, lorsque tu étais ici avec nous à Édesse, tu nous as informé qu'un grand nombre de chrétiens désavouent le prosternement devant l'image du Christ notre Dieu qui, lui-même, a ouvert la possibilité d'avoir une image de son incarnation, par le Saint-Esprit et la Vierge Marie, laquelle incarnation était une miséricorde pour notre salut, et [d'avoir aussi] des images de ses saints. Ces derniers se fortifiaient[2] par le Saint-Esprit et ont marché sur le chemin que le Christ avait déjà parcouru et ils ont participé avec Lui à ses souffrances. Par leur persévérance, ils se sont ornés de la patience de sa croix et sont devenus chefs vénérables des croyants. Le souvenir de ces martyrs encourage les fidèles à imiter leur exemple et à gagner une couronne de victoire comme la leur.

1.2 La raison de l'abandon du culte des images

Les adversaires[3] des chrétiens, surtout ceux qui prétendent posséder un livre envoyé de Dieu, réprimandent les chrétiens parce que ces derniers se prosternent devant les images. À cause de ce geste, ces adversaires accusent les chrétiens d'adorer des idoles, ce que Dieu a interdit dans la Thora et dans les prophètes, et ils se moquent d'eux.

1.3 La demande du Père Jean

Tu m'as demandé d'écrire sur ce sujet, de retourner la honte contre ceux qui nous accusent de faire quelque chose qui n'est pas du tout honteux, de convertir le cœur de ceux qui craignent de se prosterner devant les saintes images et de ramener ceux-ci à se prosterner devant elles, d'une manière correcte que nos pères bénis ont établie et approuvée par le Saint-Esprit qui a enseigné à ces derniers la sagesse céleste, celle qui est cachée dans les ténèbres épaisses et voilée de la pensée des sages de ce monde, car la meilleure sagesse de ceux-ci n'est que la folie pure, la plus basse et la plus stupide, par rapport à la sagesse céleste.

1.4 La réponse d'Abu Qurrah

Je loue ta sollicitude croyant qu'il est tout à fait approprié de faire ce que tu demandes, mais je n'ai pas pour autant confiance en moi-même pour guider quiconque des chrétiens sur une question de leur religion ni pour les protéger de la moindre blessure, lorsque le diable fait agiter la langue de l'un des étrangers - qui sont des gens de perdition, d'erreur et de caractère grossier - pour semer le doute parmi les fidèles. Je mets ma confiance plutôt dans tes prières, celles que le Christ ne méprise certainement pas à cause de ta sollicitude pour son Église, qu'il a rançonnée en répandant son sang, et à cause du fait que tu nous réveilles de la dissipation de notre propre négligence afin que ses biens ne soient réduits à rien à cause de quoi je mériterais sa colère. Qu'il me révèle sa lumière et expulse l'obscurité qui existe à cause de mes péchés[4].

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II - LA SUPÉRIORITÉ DE LA FOI CHRÉTIENNE

Chapitre 2 - Les chrétiens ne devraient pas se laisser influencer par les étrangers[5]

Résumé : Quelqu'un qui refuse de se prosterner devant les images parce que cette pratique répugne aux étrangers, celui-là doit aussi désavouer les autres mystères du christianisme qui sont également répugnants aux mêmes gens.

2.1 Les mystères et les sacrements chrétiens sont folie pour les étrangers.

Avant tout, je commencerai en exprimant mon étonnement face à ces chrétiens, dont le cœur est transpercé par les moqueries des étrangers, à tel point qu'ils se détournent de la vénération des images et du prosternement devant elles. Comment se fait-il que ces chrétiens n'agissent pas de la même façon envers les autres doctrines chrétiennes que les étrangers vilipendent aussi ? Ces mêmes chrétiens sont contents de ces autres doctrines de la foi que les étrangers ridiculisent, au-delà de toute mesure, et pourquoi n'ont-ils pas la même attitude envers ces autres doctrines ? Pour montrer l'erreur de ces chrétiens et l'aveuglement profondément ancré de leurs pensées, il est suffisant de dire qu'ils ne sont pas conséquents, car ils ne jugent pas de la même manière les choses parallèles. Pourquoi dis-je « choses parallèles » ? N'est-ce pas vrai que les autres doctrines chrétiennes, selon les adversaires, sont beaucoup plus répugnantes.[6] Qui parmi ces derniers, en entendant les chrétiens dire que Dieu a un Fils qui est l'égal de son être même et de sa même substance (ousia), ne dira pas que les chrétiens sont fous ? Et si un des étrangers les entend dire que ce Fils a été engendré de Dieu et que Dieu n'existait pas avant lui, cet homme ne pensera-t-il pas que ces chrétiens sont les plus insolents de tous les hommes ?

Et si les chrétiens disent que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, chacun d'eux, est Dieu parfait, sans qu'il y ait trois Dieux, mais un seul Dieu, pour les étrangers, une telle affirmation n'est-elle pas le début de la démence ? Et si les chrétiens mentionnent le Fils éternel qui habitait le sein de Marie dans les derniers jours, son incarnation et sa naissance d'elle et s'ils continuent à parler de son allaitement, ensuite de sa croissance à partir de la petite enfance, de la fuite loin d'Hérode en Égypte, de sa soumission à son Père, de son jeûne, de sa prière, de sa demande adressée à son Père de lui laisser passer la coupe de la mort, de son arrestation par les juifs, de leur manière de le traiter, de leur crucifixion de lui et de ses paroles sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46), les étrangers, en entendant toutes ces choses, ne penseront-ils pas que les chrétiens sont en train de babiller et que les paroles incompréhensibles bredouillées dans le sommeil sont plus raisonnables que leur discours ?[7]

Que diraient les étrangers s'ils voyaient les chrétiens apporter du pain et du vin à leurs autels, dire des paroles sur ces dons et ensuite en communier, les chrétiens disant que ceci est le corps du Christ et cela son sang. Mais [les étrangers] verront que rien n'a changé, que le pain et le vin sortent comme ils sont entrés ? Et [que diraient-ils] s'ils nous voyaient verser de l'eau dans un bassin, la bénir avec des paroles [prononcées sur elle], puis plonger un homme dans cette eau et l'en faire sortir, nous [les chrétiens] disant que cet homme était vieux et une créature corrompue avant son baptême dans cette eau, mais qu'après son baptême il est devenu une créature nouvelle et saine ainsi qu'un fils de Dieu tandis qu'avant il était un fils de la chair ? Alors, il y a encore d'autres choses semblables qui font peur aux étrangers et les font fuir très loin du christianisme.[8] Il faut que les chrétiens qui perdent la raison et qui prêtent l'oreille au discours fou de ces étrangers doivent désavouer non seulement le prosternement devant les saintes images mais aussi tout le reste du christianisme dont nous avons parlé, à cause de leurs reproches.

2.2 Le langage de la Croix est sottise pour ceux qui ne croient pas.

En effet, saint Paul ne parle pas en vain lorsqu'il dit : « Le langage de la croix est folie à ceux qui se perdent. » (1 Co 1, 18) Comment ce langage ne pourrait-il pas être folie pour eux ? Il contredit ce qui est juste, selon les pensées de leurs sages et de leurs ignorants. Car, pour cette raison, saint Paul crie et dit : « Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ? Car puisque le monde, avec sa sagesse, n'a point connu Dieu dans la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication. »(1 Co 1, 20 21)

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Chapitre 3 - La sagesse du christianisme dépasse la sagesse du monde

Résumé : Le christianisme est la sagesse divine que la pensée des sages de ce monde tient pour folie et puisque ceux-là estiment, dans leur folie, que leur sagesse est de la plus haute science, ils disent que le christianisme est folie parce qu'il est contraire à leur sagesse.

3.1 La foi chrétienne est sottise pour les sages du monde.

Ne vois-tu pas qu'il [Paul] appelle la prédication du christianisme « folie » ? Mais il l'appelle ainsi, pas parce que la foi chrétienne est vraiment folie, mais parce que la sagesse de ce monde la désigne ainsi. Par contre, la sagesse de ce monde n'aurait pas appelé cette prédication « folie » si Dieu n'avait pas rendu folle la sagesse de ce monde, mais Dieu l'a rendue folle parce qu'elle dépassait toute limite et parce que la supériorité d'esprit de ses adeptes s'élevait au-dessus de la compréhension de tous les hommes. Voilà pourquoi, parmi le peuple, on donnait à ces hommes le nom de sages. Mais lorsque Dieu a révélé la prédication du christianisme, cette dernière se trouvait en contradiction avec leur sagesse au-delà de laquelle ces sages pensaient qu'il n'existait plus de sagesse, car cette prédication ne valait, selon eux, que d'être appelée folie parce que tout ce qui est en contradiction avec leur sagesse est folie. En vérité, par contre, la prédication du christianisme est la sagesse véritable, par rapport à laquelle la sagesse du monde est folie, lorsqu'on compare les deux. Comme saint Paul le dit : « Pourtant, c'est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d'une sagesse de ce monde […] ce dont nous parlons, au contraire, c'est d'une sagesse de Dieu, mystérieuse… » (1 Co 2, 6-7) et « car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu... » (1 Co 3, 19) Alors, si c'est ainsi, les chrétiens ne devraient pas s'émouvoir si les gens du monde prennent leur croyance pour folie et ils devraient savoir que ces gens tiennent le christianisme pour folie à cause de leur propre folie, car la foi chrétienne est la sagesse parfaite que leur compréhension ne peut pas atteindre.

3.2 Le Saint-Esprit suscite la vraie sagesse.

Et on n'acquiert cette sagesse que par le Saint-Esprit, comme le dit saint Paul : « …et nul ne peut dire : ‘‘Jésus est Seigneur'', s'il n'est avec l'Esprit Saint. » (1 Co 12, 3) Le Saint-Esprit ne juge pas approprié de descendre que là où il y a humilité et renonciation de toute présomption. Sans doute, chacun qui est versé dans la sagesse du monde croit qu'il n'y a pas de sagesse au-dessus de celle-ci, comme saint Jacques l'apôtre le dit : « Est-il quelqu'un de sage et d'expérimenté parmi vous ? Qu'il fasse voir par une bonne conduite des actes empreints de douceur et de sagesse. Si vous avez au cœur, au contraire, une amère jalousie et un esprit de chicane... Pareille sagesse ne descend pas d'en haut : elle est terrestre, animale, démoniaque. » (Ja 3, 13-15) Ne vois-tu pas que la sagesse terrestre est animale et ce qui est animal ne comprend pas ce qui est spirituel. Plutôt les choses spirituelles sont folie pour sa pensée, comme saint Paul le dit :

Or, nous n'avons pas reçu, nous, l'esprit du monde, pour connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits. Et nous en parlons non pas avec des discours enseignés par l'humaine sagesse, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit exprimant en termes spirituels des réalités spirituelles. L'homme psychique n'accueille pas ce qui est de l'Esprit de Dieu : c'est folie pour lui... (1 Co 2, 12-14)

3.3 Conclusion

Par conséquent, les chrétiens ne devraient pas s'émouvoir si les étrangers prennent pour folie les mystères spirituels, divins et célestes du christianisme. Car celui qui est très versé dans leur sagesse n'est qu'animal, diabolique et très fou et les chrétiens ne devraient pas céder à l'intimidation de ceux qui sont tels et désavouer le prosternement devant l'image du Christ, notre Dieu incarné, et celles de ses saints, car ce prosternement a été établi dans l'Église par le Saint-Esprit et y est devenu une pratique coutumière, comme nous le démontrerons, si Dieu le veut.

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Chapitre 4 - Des éléments irrationnels trouvés dans les Écritures sont acceptés par les étrangers[9]

Résumé : Nous nous étonnons du fait que les étrangers qui croient aux livres de l'Ancien Testament doutent des mystères du christianisme parce que la compréhension selon la chair [des étrangers] les répugne. Car la compréhension selon la chair répugne de la même manière à beaucoup de ce qui se trouve dans leurs livres, mais ils n'en doutent aucunement.

4.1 Exemples du Pentateuque

Il faut s'étonner beaucoup de ces étrangers qui croient en une partie des livres révélés par Dieu. [Pourquoi ?] Parce que des choses semblables se trouvent dans leurs livres, des choses comparables aux articles de l'enseignement chrétien que nous avons déjà mentionnées. Pourtant, les sages de ce monde, dont l'intelligence ne s'humilie jamais à la foi, les tiennent pour insensés à un degré beaucoup plus haut que les articles de l'enseignement chrétien que ceux-là déclarent répugnants. Et leur intelligence accepte ces choses malgré le fait qu'ils désavouent de semblables choses en christianisme. Qui ne rirait pas de ceux-là dont l'intelligence méprise la foi en entendant que Dieu a crée de rien tout ce qui existe et que lorsqu'il voulait créer quelque chose, il n'a fait que dire : « Qu'il soit » et la chose a reçu son existence ? Qui de ceux-là ne se moquerait pas en entendant qu'Ève a été créée d'une côte d'Adam (Gn 2, 21-22) ? Que penseraient-ils en entendant les histoires suivantes qui se trouvent dans les Écritures ?

Le serpent et l'âne de Barlaam qui ont parlé (Gn 3, 1 et Nm 22, 28) ;

La femme de Lot a été transformée en une colonne de sel (Gn 19, 26) ;

Le bâton de Moïse s'est changé en serpent (Ex 4, 3) ;

Sarah, qui était stérile, a conçu un enfant à un âge très avancé d'un homme qui lui aussi avait dépassé l'âge de la procréation (Gn 18, 11-12 et 21, 2) ;

La mer a été séparée par le bâton de Moïse (Ex 14, 21) ;

De l'eau a jailli du roc par le bâton de Moïse (Ex 17, 6) ;

Le buisson où Dieu se trouvait s'est enflammé mais n'a pas brûlé (Ex 3, 2).

4.2 Exemples des livres prophétiques et historiques

Jonah était dans le ventre de la baleine pour trois jours après quoi elle l'a vomi sain et sauf (Jon 1, 7 et 2, 10) ;

Naamân le Syrien a été purifié de la lèpre après s'être baigné dans l'eau du Jourdain en suivant la parole du prophète Élie (2 R 5, 13-14) ;

Du bois s'est enfoncé et du fer a flotté dans l'eau (2 R 6, 6) ;

Le soleil s'est arrêté, puis a recommencé son cours (Jos 10, 12-13) ;

Et encore beaucoup d'autres.

4.3 Conclusion

Ceux qui croient en ces choses ne savent-ils vraiment pas qu'à cause de ce qu'ils affirment, les sages de ce monde, qui s'élèvent hautainement au-dessus de la foi, les accuseront de folie plus que les chrétiens s'ils affirment ce que nient ces sages ? Alors ces étrangers devraient accepter ce qu'ils rejettent [de la foi chrétienne] ou rejeter ce qu'ils acceptent [de leur propre foi].

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Chapitre 5 - Les attributs de Dieu selon les juifs et les musulmans

Résumé : Dans l'Ancien Testament, on dit des choses de Dieu qui sont - du point de vue rationnel, aux yeux de ceux qui nient la foi [les sages de ce monde] - bien plus répugnantes que celles qu'on dit du Christ. Les dépositaires de l'Ancien Testament [les juifs] affirment que le Christ ne peut pas être Dieu. On entend une critique semblable de ceux-là - à part les juifs - qui prétendent avoir la foi [les musulmans]. Les chrétiens ont raison d'accepter l'Ancien et le Nouveau Testament, en les comprenant selon leur sens droit; tandis que ceux qui croient aux prophètes, mais qui considèrent comme horrible ce qui est dans l'Évangile, ils ne se sont pas rendus compte que les livres des prophètes disent les mêmes choses concernant Dieu, lesquelles choses, à leurs yeux, horrifient encore davantage l'intelligence naturelle.

5.1 Quinze descriptions de Dieu dans le Pentateuque et dans les prophètes

Quel homme dont l'intelligence ne veut rien savoir de la foi [un sage de ce monde] accepterait les paroles suivantes de l'Écriture ?

Dieu marche dans le jardin d'Éden (Gn 3, 8) ;

Il sent l'odeur de quelques mesures de graisse brûlée, ce qui le rend bienveillant envers le monde (Gn 8, 21) ;

Il regrette avoir créé Adam (Gn 6, 6) ;

Il descend à Babel pour diviser les langues (Gn 11, 7) ;

Il visite Abraham et il mange et boit avec lui (Gn 18) ;

Il dit à Abraham : « La clameur de Sodome et de Gomorrhe est devenue très grande et leurs fautes sont très graves. Je descendrai donc, et je verrai s'ils font le mal conformément à la clameur qui les accuse, arrivé jusqu'à moi : sinon, je veux le savoir. » (Gn 18, 20-21) ;

Il se place en haut d'une échelle et de là il parle à Jacob (Gn 28, 13) ;

Il descend sur le mont Sinaï disant que « personne ne peut me voir et vivre » (Ex 33, 30) puis il converse avec Moïse face à face comme fait un homme avec son ami ;

Il descend dans une nuée qui recouvre la tente du témoignage (Ex 40, 34) ;

Moïse dit que notre Dieu est « un feu dévorant » (Dt 4, 24) ;

Il dit que Dieu marche dans le camp des Israélites et qu'il veut que le camp soit propre, sans excrément, à cause du fait qu'il y marche (Dt 23, 12-15) ;

Dieu est « l'Ancien des jours » et « ses cheveux sont comme la laine pure », selon Daniel (Dn 7, 9) ;

Il est assis sur un trône, ayant l'aspect d'un homme et la partie supérieure de son corps est comme du lapis-lazuli et la partie inférieure, comme du feu (Ez 8, 2) ;

Le prophète Amos (sic) le voit debout au bord de la rivière Mas (Dn 10, 4 ; 12, 6) ;

Dieu, selon Ézékiel, se marie à Jérusalem, puis elle commet l'adultère contre lui. Donc il divorce d'avec elle, mais, selon le prophète Osée, il lui promet de se remarier à elle (Ez 16 et Os 2)

Et d'autres choses semblables.

Tu ne t'en souviens de rien, ô juif ? Tu devrais donc te couvrir la tête [de honte] avant de railler la foi des chrétiens.

5.2 Les attributs anthropomorphiques de Dieu présentés dans le Coran

Et si quelqu'un, autre que toi, [ô juif] de parmi ceux qui prétendent avoir la foi [les musulmans] dit qu'il n'accepte rien de tout cela, un tel homme doit sans doute affirmer que Dieu est assis sur un trône, qu'il a des mains (Yûnus X, 3) et un visage (Âl ‘Imrân III, 73 ; ar-Rûm XXX, 38) ainsi que d'autres choses sans fin si nous voulons les énumérer toutes. Si, à cause de ces paroles, il attribue à Dieu un corps, il accepte donc, qu'il le veuille ou non, qu'encore d'autres choses que celles-ci, liées à une nature corporelle, peuvent être dites de Dieu. Et s'il croit que cette attribution concerne Dieu seulement dans un sens figuré, et non dans un sens propre - tant mieux - et s'il dit que ceci est dit de Dieu au sens propre, il concède qu'on dit de Dieu au sens propre encore d'autres choses que ceci - ce qu'il nie lui-même. Et cette déclaration doit concerner les juifs aussi bien que les autres qui prétendent avoir la foi au sujet des attributs de Dieu qui ont cours chez eux. Comment pouvez-vous trouver juste d'accuser les chrétiens de quelque chose de semblable à ce que vous avez chez vous, et qui est encore plus déraisonnable ? C'est de la dureté et de la grossièreté [d'esprit], n'est-ce pas ?

5.3 L'incarnation : attribut pur de Dieu

Mais quant à nous les chrétiens, nous croyons, par la grâce du Saint-Esprit, à l'Ancien et au Nouveau Testament et nous savons que l'origine et la source des deux sont une et la même et nous comprenons tout à partir de ce point de vue. Dans notre pensée, nous consacrons à Dieu des attributs purs et nous reconnaissons que, dans sa miséricorde, il est descendu vers quelque chose [vers l'humanité] qui ne ressemble aucunement à la pureté transcendante de sa substance et à ce qui lui appartient en propre. C'est là [dans l'incarnation] que se trouve notre salut et nous lui en rendons grâces.

5.4 Conclusion

Mais voilà ce qui est étonnant chez quelques-uns de nos chrétiens insensés : si les chrétiens, par la finesse de leur compréhension spirituelle, n'avaient pas accepté les livres des juifs, ils seraient devenus l'objet de risée pour tous les hommes[10] et cependant les juifs n'en doutent pas [de leurs Écritures] même si les gens les appellent insensés d'y croire. Mais ces chrétiens fous se détournent le visage du prosternement devant les saintes images parce que les juifs et d'autres les appellent insensés.

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Chapitre 6 - La vérité de la foi chrétienne est prouvée par des miracles

Résumé : Le christianisme est accepté uniquement à cause de miracles, mais Dieu ne cesse de susciter ceux qui prouvent sa vérité par la raison. Il convient, pour chaque chrétien, de soutenir tout ce qu'il accepte dans la religion par des preuves de foi.

6.1 La preuve des miracles et du témoignage prophétique et patristique

Chaque chrétien qui se comporte de cette manière sait bien que le christianisme, pour ceux qui l'ont accepté, a été certifié vrai seulement à cause des miracles que les disciples ont opérés au nom de Jésus-Christ et que, ensuite, la raison les a amenés correctement à la conclusion que tout l'enseignement des disciples méritait d'être accepté. À ceci s'ajoutent, d'un côté, les prophètes dont les livres sont en possession des juifs, ennemis de leur prédication, qui témoignaient de ce que les apôtres allaient prêcher sur le Christ, et, de l'autre, les philosophes [les pères de l'Église] qui méritent d'être justifiés par Dieu pour leur recherche intellectuelle de la vérité avec intention juste, parce qu'ils parlent et écrivent avec finesse comme Dionysios, Clément, Hiérothée et d'autres. Alors, puisant dans les plus subtiles paroles des saints pères, qui nous sont très profitables, nous avons osé écrire plusieurs traités et avons prouvé dans ces derniers qu'aucun livre aujourd'hui, sauf l'Évangile, n'est prouvé à partir de la saine raison. Donc, [nous avons prouvé] que les hommes devraient se soumettre par conviction à tout ce qui est attesté par l'Évangile - et précisément parce que l'Évangile l'atteste - [c'est-à-dire] à tout ce qui est contenu dans l'Évangile, qu'ils le comprennent ou non. Et nous savons que le Saint-Esprit se révèle toujours à ces chrétiens qui « expriment en termes spirituels des réalités spirituelles » (1 Co 2, 3) comme le dit saint Paul et nous sommes obligés par la raison (par la pensée logique) de reconnaître tout ce que nous avons mentionné plus haut ainsi que le fait que ce sont les juifs et les autres, par l'aveuglement de leur intelligence, qui sont effrayés par le christianisme.

6.2 Le chrétien accepte par foi ce que l'intelligence refuse.

Mais tous ceux qui atteignent l'état d'un homme qui comprend les choses spirituelles doivent construire sur le fondement de la foi et se conformer fidèlement et intelligemment à tout ce qui, depuis les apôtres, est devenu une pratique coutumière dans l'Église, par exemple la vénération des images des saints et d'autres choses. Si, par contre, quelqu'un commence par accepter une partie puis, dans son intelligence selon la chair, à mettre ensemble non seulement ce qu'il a accepté mais aussi ce qu'il a rejeté, alors cette homme prouve, à ses dépens, qu'il n'a aucune compréhension de sa religion et qu'il ne sait pas pour quelle raison il y reste attaché.

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III - LA JUSTIFICATION DES IMAGES

Chapitre 7 - Argumentation basée sur la Tradition de l'Église

Résumé : La preuve que les images ont un fondement solide dans le christianisme se trouve dans le fait qu'elles sont dans toutes les églises et par le fait que quiconque désavoue la vénération d'elles parce que les apôtres n'ont rien ordonné à leur sujet dans l'Ancien et le Nouveau Testament doivent rejeter aussi les autres mystères du christianisme qui sont semblables.

7.1 Traditions qui ne sont pas confirmées par l'Écriture

Il se peut que quelqu'un parmi ceux-là[11] dise : Comment savons-nous que la vénération des images dans l'Église avait son origine au temps des apôtres, car nous ne trouvons aucun texte scripturaire qui en parle ? Nous lui répondons : Beaucoup de choses que nous possédons et qui sont d'une grande importance, nous les avons reçues comme héritage, par droit de succession, sans en avoir trouvé de preuve dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, ceux que les apôtres ont transmis. La première [des coutumes reçues] est les paroles que nous prononçons sur l'offrande et par lesquelles cette dernière devient le corps et le sang du Christ. Ensuite nous avons la liturgie du baptême et de la chrismation, la consécration des églises, l'imposition des mains pour les ordinations, l'annonce de l'heure en frappant le semantron, la vénération de la croix et encore d'autres choses. Si l'un d'entre nous accepte de se prosterner devant les images des saints, seulement s'il en trouve une preuve dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament[12], il devra donc désavouer toutes les autres choses que nous avons mentionnées et alors, il verra ce qui lui reste du christianisme.

7.2 La diffusion des images prouve leur antiquité

Et celui qui accepte cette sorte de choses [les pratiques coutumières], excepté le prosternement devant les images, celui-là devrait accepter le prosternement devant les images et savoir que de toutes les diverses choses [pratiques coutumières], rien n'est plus généralement répandu dans l'Église que les images. Qu'il sache - sur ma vie - qu'il n'existe aucun pays où il y a des églises sans images. Et si la présence partout d'images n'en est pas pour lui une preuve légitime du fait qu'elles sont une coutume d'origine, celui-là est déjà sur le point de désavouer tout le reste des usages coutumiers généralement répandus, s'imaginant que les images sont une simple invention. Si cette brèche se produisait dans le christianisme, ce dernier serait tombé en ruines. Mais c'est loin du Christ de l'abandonner. Pour ceux qui se laissent persuader de désavouer le prosternement devant les saintes images, cet exposé devrait suffire pour les ramener encore vers ce qu'ils ont méprisé.

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Chapitre 8 - Argumentation patristique

Résumé : [Il y a le] témoignage des docteurs qui prouvent qu'il y a des images dans l'Église à cause d'une disposition des apôtres. [Il y a une preuve] qu'il est nécessaire de se prosterner devant elles, que les docteurs sont hautement placés dans l'Église et que sans doute les chrétiens doivent leur obéir.

8.1 Le témoignage de saint Athanase

Malgré tout ce qui précède, si tu veux savoir si le prosternement devant les images du Christ et des saints remonte à l'origine de l'Église de Dieu, alors écoute ce que le célèbre saint Athanase en dit, lui qui est le plus ancien parmi les docteurs, celui qui a été couronné cinq fois dans la lutte pour l'orthodoxie[13], lui qui est la ferme colonne parmi les colonnes de l'Église.

8.1.1 Le culte de l'image est un signe d'amour pour le prototype

Il a répondu à la question de l'archonte Antiochos concernant des choses que, du point de vue de ce dernier, contredisent la doctrine chrétienne de l'Église. Antiochos pose la question : « Par les prophètes, Dieu a ordonné de ne pas nous prosterner devant les choses faites de main d'homme. Pourquoi donc nous prosternons-nous devant les images et la croix qui sont des œuvres d'artistes, comme ils [les païens] font devant les idoles ? » Saint Athanase lui répond, disant :

Nous les fidèles, nous ne nous prosternons pas devant les images comme devant des dieux, comme le font les païens. À Dieu ne plaise ! Nous manifestons seulement la disposition et l'amour de notre âme envers les traits de l'image. C'est pourquoi nous brûlons l'image lorsque les traits sont effacés, comme un morceau de bois qui ne vaut plus rien. Et comme Jacob, sur le point de mourir, s'est prosterné devant Joseph sur le bout de son bâton [celui de Joseph], il n'honorait pas le bâton mais celui à qui celui-ci appartenait. Ainsi, nous les fidèles, nous n'embrassons pas les images à cause de quelque sentiment autre que l'amour pour ceux que nous représentons en elles. Et en faisant cela, nous les embrassons comme des pères et des amis. Et de même, les juifs d'autrefois se prosternaient devant les tables de la loi, les deux chérubins sculptés en or, sans honorer la pierre et l'or en soi, mais le Seigneur qui avait commandé de les fabriquer[14].

8.1.2 La force de Dieu accompagne les images

Et ceux qui, par leur jactance, se détournent de se prosterner devant la croix et les images, que ces insensés expliquent comment les saintes images suintent souvent de la myrrhe, par la puissance du Seigneur ? Comment se fait-il qu'une statue sans vie qui avait été atteinte par un projectile ait étrangement saigné, comme un être vivant ? Comment se fait-il que les démons fuient souvent criant, loin des tertres, des reliques et des images ?

8.1.3 Satan a attaqué un moine qui se prosternait devant l'image de Marie

Afin que les insensés se sentent encore plus honteux, écoutons l'histoire que nos pères ont racontée au sujet d'une image : Le méchant démon troublait et assaillait un des ascètes de Jérusalem. Un jour alors, l'esprit s'est manifesté visiblement à lui et lui a dit : « Si tu veux que je ne me batte plus contre toi, cesse de te prosterner devant cette image et je partirai loin de toi. » Alors c'était une image de la Mère de Dieu. Alors, au sujet de ces choses, que disent ceux qui ordonnent de ne pas se prosterner devant les traits des saints que nous représentons seulement pour nous souvenir d'eux et pour aucune autre raison ? Et voilà ce qu'il y a à dire brièvement sur les images, mais il est évident que nous les fidèles nous nous prosternons devant la croix à cause du Christ qui a été crucifié sur elle. Voici ce que saint Athanase avait à dire.

8.2 Le témoignage d'Eusèbe

Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine, qui a écrit l'histoire de l'Église à partir de la naissance de notre Sauveur à Bethléem jusqu'à l'époque de l'empereur Constantin le Grand. Dans le Livre 7, chapitre 17 [sic : chapitre 18], il parle de la femme que notre Seigneur a guérie d'un flux de sang et croit qu'elle était de Panéas.

Mais puisque j'ai évoqué le souvenir de cette ville, je ne crois pas juste d'omettre un récit digne d'être rappelé même à ceux qui seront après nous. En effet, l'hémorrhoïsse qui, les saints évangiles nous l'ont appris, trouva auprès du Sauveur la guérison de ses souffrances, était, dit-on, originaire de là : on montre sa maison dans la ville, et il subsiste d'admirables monuments de la bienfaisance du Sauveur à son égard. En effet, sur une pierre élevée, devant les portes de sa maison, se dresse une statue féminine en airain ; elle fléchit le genou et, les mains tendues en avant, elle ressemble à une suppliante. En face d'elle est une autre image de la même matière, la représentation d'un homme debout, drapé d'un manteau et tendant la main à la femme ; à ses pieds, sur la stèle même, semble pousser une plante étrange qui s'élève jusqu'à la frange du manteau d'airain ; c'est l'antidote de maladies de toutes sortes. On disait que cette statue reproduisait les traits de Jésus ; elle a subsisté encore jusqu'à nous, de sorte que nous l'avons vue nous-même, lorsque nous sommes allé dans cette ville. Et il n'y a rien d'étonnant à ce que des païens d'autrefois, qui avaient reçu des bienfaits de la part de notre Sauveur, aient fait cela, alors que nous avons appris que les images des apôtres Pierre et Paul et du Christ lui-même ont été conservées, par le moyen des couleurs, dans des tableaux.[15]

Eusèbe ne confirme-t-il pas que ces représentations et ces images étaient continuellement entre les mains des chrétiens depuis le temps des apôtres ? Et s'il dit - par ma vie - que les images qui représentaient les apôtres ainsi que l'image du Christ existaient jusqu'au son temps, c'est donc une preuve que ces images étaient certainement reconnues [ressemblantes parce qu'elles portaient les traits] du visage de ces mêmes apôtres et du Christ. Et saint Athanase te commande de te prosterner devant les images et il nous informe que ces dernières déjà avant lui étaient en usage et ceci est une commande qui sans doute vaut pour tous les chrétiens parce qu'il est le chef des docteurs parmi lesquels personne n'est plus éminent que lui.

8.3 Le témoignage de Grégoire le Théologien

Et Grégoire le Théologien, dans son traité sur la nativité [du Christ][16], te commande de te prosterner devant la crèche que le Christ avait comme un berceau, et de même devant la pierre [sur laquelle reposait la crèche] à cause de son contact avec le Christ, car tout prosternement lui est dû. Ceci contredit ta position folle selon laquelle il ne faut se prosterner que devant Dieu.

8.4 L'importance de l'enseignement des pères de l'Église

Depuis le temps de ces docteurs que personne ne dépasse, on sait que les docteurs occupent une très haute dignité et que leur rang dans l'Église dépasse toutes les autres dignités, après les apôtres et les prophètes, comme saint Paul le dit : « Et ceux que Dieu a établis dans l'Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs. » (1 Co 12, 28) Et plus tard, en première place, les thaumaturges tiennent le plus haut degré de dignité, suivis par les docteurs[17] et pour cette raison ces derniers ont une telle autorité dans l'Église. Mais qui parmi les chrétiens rejetterait leur commande sans qu'il ne devienne un exclu de l'Église, [s'exilant] loin du troupeau de l'Église ? Car la parole des apôtres et des prophètes ressemble au levain dont le peuple ne profite pas aussi longtemps qu'il est bon et les docteurs ressemblent à un homme qui se décide de moudre ce levain, de le pétrir, de le faire cuire et de révéler sa force qui est voilée à ceux qui n'ont pas de connaissance et qui n'ont vu que le levain inachevé. Si le levain est préparé, alors on peut s'en servir. Pour cette raison, Dieu a donné une prééminence à la dignité [des docteurs] et a permis aux fidèles de les appeler pères.

8.5 Conclusion

Les chrétiens qui se prosternent devant les saintes images peuvent se réconforter en sachant qu'ils suivent ces mêmes docteurs au sujet du prosternement devant les images, mais ceux qui ont la tête dure et qui se détournent du prosternement devant les images doivent se sentir honteux simplement du fait qu'ils sont en contradiction avec ces docteurs, une honte qui est pour eux une preuve de leur aliénation complète du christianisme. Dans ce fait [que les docteurs approuvent le prosternement devant les images], nous avons un étendard avec lequel nous pouvons guider tous les chrétiens vers le prosternement devant les images.

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Chapitre 9 - Argumentation scripturaire

Réfutation de l'interdiction scripturaire de ne se prosterner que devant Dieu

Résumé : Controverse avec les étrangers. Réfutation de ces derniers au sujet de l'interdiction prononcée par Dieu : « Tu ne feras pas pour toi d'idoles […] et tu ne te prosterneras pas devant elles. » (Ex 20, 4-5 ; Dt 2, 8-9) Preuve que ce n'est pas la volonté de Dieu de ne se prosterner que devant lui et devant rien d'autres que lui. Je sais pourtant que tous les enfants de l'Église sont désireux d'entendre notre argumentation sur ce sujet avec ceux qui sont morts à cause de leur opposition à l'enseignement chrétien. Parmi les chrétiens qui plaident en faveur du prosternement devant les saintes images, il y en a qui, à cause de celles-ci, disputent avec les morts et nous devons faire de même afin de marcher devant nos frères avec quelque chose de merveilleux, avec lequel nous voulons les réjouir, autant que nous pouvons le faire par le Saint-Esprit, car dans nos péchés nous ne voyons pas clair et nous manifesterons que notre effort leur est utile même si l'insuffisance spirituelle nous empêche d'accomplir notre désir. Alors, avec l'aide de Dieu, nous commençons notre argumentation avec ceux-là et nous leur disons :

9.1 Réponse aux juifs sur la base de l'Ancien Testament

9.1.1 L'interdiction de ne se prosterner que devant Dieu n'est pas absolue

- Donne-nous une explication ! Pourquoi désapprouvez-vous du fait que nous nous prosternons devant les images du Christ et de ses saints ?

Alors, ils disent :

- « Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage ; il n'y aura pas pour toi d'autres dieux que moi.—Tu ne feras pas pour toi d'idole, ni de ressemblance de rien de ce qui est dans le ciel, en haut, ni de ce qui est sur la terre, en bas, ni de ce qui est dans les eaux, au-dessous de la terre ; tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne leur rendras pas un culte ; car moi je suis le Seigneur, ton Dieu... » (Ex 20, 2-5) Et concernant la parole de Moïse dans le 2e commandement : « Tu dois te prosterner devant le Seigneur, ton Dieu, et l'adorer lui seul. » (Dt. 6, 13 ; 10, 20). Voilà pourquoi, par les prophètes, Dieu portait toujours plainte contre les Israélites qui se prosternaient devant les statues et les idoles.

Mais nous leur répondons :

- En vérité, Dieu a commandé ce que vous citez et vous pouvez très bien assembler encore d'autres témoignages semblables, mais donne-moi une explication : Par le passage, « Tu ne devrais pas te prosterner... », Dieu veut-il dire qu'on ne devrait se prosterner que devant lui et devant rien d'autre ? Mais si vous affirmez cela, vous accusez les pères et les prophètes de pécher. Comment pouvons-nous alors tenir Abraham pour l'ami de Dieu ? (Is 41, 8 ; Jc 2, 23 ; an-Nisa' IV, 125). Il s'est prosterné devant les fils de Khet (Gn 23, 7) lorsqu'il leur a demandé de lui vendre un tombeau pour enterrer Sara (Gn 33, 3) et Jacob s'est prosterné jusqu'à terre sept fois devant son frère Ésaü. (Gn 42, 6) Les frères de Joseph se sont prosternés devant la pointe du sceptre de Joseph (Gn 43, 26 ; He 11, 21) et les fils de Joseph, lorsqu'ils ont vu Israël, se sont prosternés jusqu'à terre devant lui, leur grand-père, (Gn 48, 12) et Moïse s'est prosterné devant son beau-père. (Ex 18, 7)

Quelqu'un dira peut-être :

- Ces actes de prosternement auxquels tu as fait référence ont eu lieu avant que Dieu n'ait donné le commandement de ne se prosterner que devant lui et devant personne d'autre.

Nous disons :

- L'instruction que Moïse a reçue de Dieu concernant la loi a précédé le prosternement que Moïse a fait devant son beau-père, c'est-à-dire lorsque Dieu lui avait commandé de transformer l'eau amère par un morceau de bois, car il est ainsi écrit dans la Thora, que, pendant l'exode des Israélites : « Moïse cria vers le Seigneur ; et le Seigneur lui montra un morceau de bois ; il le jeta dans l'eau, et l'eau fut adoucie. Là il lui imposa des règles du droit et des procédures... » (Ex 15, 25) Cependant nous vous amenons vers ce qui est arrivé après que Dieu avait prescrit de ne se prosterner que devant lui et devant personne d'autre, comme tu le supposes.

La mère de Salomon, le fils de David, ne s'est-elle pas prosternée devant David ? (1 R 1, 16)

Le prophète Nathan n'est-il pas entré chez David, ne s'est-il pas jeté par terre en voyant David et ne s'est-il pas prosterné devant lui [ne l'a-t-il pas vénéré] ? (1 R 1, 23)

N'est-il pas aussi dit expressément dans le livre des Rois : « Bethsabée s'agenouilla, la face contre terre, se prosterna devant le roi... » ? (1 R 1, 31)

Adonias, le fils de David, s'est prosterné devant Salomon et lorsque la mère de Salomon est entrée chez lui afin d'intercéder pour Adonias, le roi s'est mis debout et s'est prosterné devant elle.

Dans le livre des Chroniques, il est dit : « Puis David dit à toute l'assemblée : ‘Bénissez donc le Seigneur votre Dieu !' Et toute l'assemblée bénit le Seigneur, Dieu de ses pères et s'agenouilla pour se prosterner devant Dieu et devant le roi. » (1 Ch 29, 20)

Et les fils des prophètes ne se sont-ils pas prosternés devant Élisée le prophète ? (2 R 2, 15)

9.1.2 Les patriarches ont prophétisé le prosternement devant le Christ

Tout cela, ô juif, prouve que si c'est la volonté de Dieu qu'on ne devrait se prosterner que devant lui et devant personne d'autre, tous ces prophètes ont péché : et une telle chose est loin de la volonté de Dieu. Et en plus, tu feras mentir Dieu si tu réduis au niveau de ton point de vue sa Parole, que lui, comme il est dit, a donnée aux Israélites comme commandement. Car Isaac a béni Jacob sous forme de prédiction, en disant : « Que des chefs se prosternent devant toi […] et les fils de ton père se prosterneront devant toi. » (Gn 27, 29, la Septante) Si tu veux appliquer cette parole à Jacob, alors prends-la comme cela et si tu veux l'appliquer au Christ, nous ne le contesterons pas, mais quelle que soit ton interprétation, elle contredit - par ma vie - ton enseignement, car tu crois que le Christ n'est pas Dieu mais simplement un homme. Jacob a aussi fait une prédiction concernant Juda, mais il pensait au Christ et a dit : « Les fils de ton père se prosterneront devant toi. » (Gn 49, 8) Et David a prophétisé du Christ que tous les rois de la terre se prosterneront devant lui. (Ps 71, 11, la Septante) Explique-nous, ô juif, si tu reconnais que le Christ est Dieu, car, selon l'ordre de Dieu, il mérite que tous les hommes se prosternent devant lui et alors tu deviendras chrétien. Ou bien, [dis-nous] si tu affirmes que le Christ est un homme et alors tu reconnais que ce n'est pas la volonté de Dieu qu'on ne se prosterne que devant lui et devant personne d'autre, mais qu'il a interdit de se prosterner exclusivement devant les idoles des dieux païens, c'est-à-dire devant ceux qui sont des démons, comme le dit le prophète David : « Tous les dieux des nations sont des démons. » (Ps 95, 5) Sache que le prosternement peut être soit un geste d'adoration soit un geste de quelque chose d'autre.

9.2 Réponse aux musulmans sur la base du Coran

Les autres - pas toi, ô juif - qui disent que qu'il n'est pas permis de se prosterner devant quelqu'un autre que Dieu, qui font honte aux chrétiens parce qu'ils se prosternent devant les images et les hommes et qui croient que le prosternement est uniquement un geste d'adoration, ceux-là disent que Dieu a commandé à tous les anges de se prosterner devant Adam et qu'ils l'ont fait tous, sauf le diable qui a refusé et est devenu un apostat. (al-Baqarah II, 33) Si le prosternement avait été un geste d'adoration, alors, selon ta position, Dieu aurait sans doute commandé aux anges de rendre un culte d'adoration à Adam. Loin de Dieu de faire cela ! Et si ce n'est pas le cas, ces autres devraient donc savoir que le prosternement a été fait d'une manière honorifique et ils devraient cesser de faire honte aux chrétiens lorsqu'ils voient ces derniers se prosterner devant leur évêque et ils devraient se rappeler qu'il est aussi dit de Jacob et de ses fils qu'« ils se sont jetés à terre (sujjadan) en vénération » devant Joseph. (Yûsuf, XII : 100) Par conséquent, ils ne peuvent pas blâmer ceux qui accomplissent ce qu'ont fait les prophètes.

9.3 Conclusion

Ceci est vrai pour les juifs et pour d'autres : Il n'est pas la volonté de Dieu qu'on ne se prosterne que devant lui et devant personne d'autre. C'est la gloire suprême du christianisme de permettre à ses fidèles de se prosterner devant quelqu'un d'autre que Dieu, et cela sans être en contradiction avec lui.

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Chapitre 10 - Images dans l'Ancien Testament et chez les musulmans

Résumé : Ce n'est pas la volonté de Dieu d'interdire à ceux qui croient en lui de faire des représentations ou des images. Réprimande contre ceux qui affirment que celui qui dessine quelque chose de vivant devra, au jour de la résurrection, insuffler l'esprit dans son image.

10.1 Dieu commande de faire des images

Dans la loi, Dieu dit : « Tu ne feras pas […] ni de ressemblances de rien de ce qui est dans le ciel, en haut, ni de ce qui est sur la terre, en bas, ni de ce qui est dans les eaux, au-dessous de la terre. » (Ex 20, 4) Par cela, il ne voulait pas interdire aux hommes de faire une image de ce qui est aux cieux ou sur la terre ou dans les eaux. Quiconque maintient que Dieu voulait dire cela affirme immédiatement que Dieu se contredit, car il a commandé à Moïse de faire la tente du témoignage en reproduisant le modèle qu'il avait vu sur la montagne et Dieu lui dit : « Tu me feras un sanctuaire, et je me ferai voir au milieu de vous. Tu le feras pour moi selon tout ce que je te montre sur la montagne, le modèle de la tente et le modèle de tous ses accessoires ; ainsi feras-tu. » (Ex 25, 8-9) Dans un autre passage, il lui dit : « Vois, tu feras selon l'image qui t'a été montrée sur la montagne. » (Ex 25, 40) Ces choses Dieu a donc commandé de faire, comme tu le vois. Et si tu veux savoir si Dieu a commandé de faire des faces et d'autres membres corporels, alors écoute ce qu'il dit à Moïse : « Et tu feras deux chérubins en or, ciselés, et tu les placeras des deux côtés du propitiatoire. » (Ex 25, 18) Et un peu plus loin, il dit : « Les chérubins auront leurs ailes étendues vers le haut, ombrageant de leurs ailes le propitiatoire, et leurs faces l'une vers l'autre et les faces des chérubins seront tournées vers le propitiatoire. » (Ex 25, 20) Ne vois-tu pas que Dieu a commandé à Moïse de faire des visages et des ailes, de parfaites reproductions, semblables à ce que Moïse a vu sur la montagne ? Par ses paroles dites aux Israélites, « Tu ne feras pas […] ni de ressemblances de rien de ce qui est dans le ciel, en haut, ni de ce qui est sur la terre, en bas, ni de ce qui est dans les eaux, au-dessous de la terre. » (Ex 20, 4), Dieu ne voulait pas signifier à ceux qui croient en lui qu'ils ne devraient pas faire des images ou des représentations. Il leur a interdit, plutôt, de faire quelque chose qu'ils adoreraient et qui les détournerait de la connaissance de Dieu et de son culte d'adoration.

10.2 Images dans le temple

Lorsque Salomon, le fils de David, a construit le temple de Dieu à Jérusalem pour que Dieu y demeure comme [il avait fait] dans la tente dans le désert, il a fait faire deux chérubins comme ces deux mentionnés dans le livre des Chroniques avec leurs ailes, visage et pieds. (2 Ch 3, 10-13) Et Dieu a commandé à Moïse de faire un serpent en bronze (Nm 21, 8) et Salomon a fait façonner dans le temple des palmiers et des lys et il y a fait des représentations de lions et de bœufs. Et il a aussi fait faire un grand bassin en bronze dans le temple et y a placé douze bœufs. (1 R 7, 19, 23, 25, 29 et 36) Ézéchiel a vu Dieu, concernant la construction du temple, comment il a mis sur les murs internes et externes des chérubins et des palmiers en métal poussé. Les chérubins avaient chacun deux visages : l'un d'un homme et l'autre d'un lion et, de tous les côtés, du plancher jusqu'au plafond, le temple était complètement couvert de chérubins et de palmiers sculptés. (Ez 41, 15-20)

10.3 Les musulmans sont en contradiction avec le hadit

Toutes ces choses sont des reproductions et des représentations de ce qu'il y a dans le ciel et sur la terre. Mais où sont alors ceux qui disent que celui qui fait une représentation d'un être vivant devra au jour de la résurrection lui insuffler l'esprit ? Pensez-vous que Salomon et Moïse devront insuffler l'esprit dans les images qu'ils ont faites ? Loin de Dieu d'avoir l'intention d'imposer un tel mal sur ses serviteurs. Quant à ceux qui disent cela, il est étonnant de noter qu'eux-mêmes, ils dessinent des arbres, mais ils ne comprennent pas que si ceux qui dessinent des images d'êtres vivants devront insuffler l'esprit dans les images qu'ils ont faites, eux aussi, ils devront modeler leurs images [en vrais arbres] et ensuite les faire pousser et les faire porter du fruit. Les deux choses sont la même pour le pouvoir des hommes. Ces personnes devront donc être punis pour l'éternité parce qu'ils ont fait des images d'arbres et ils ne pourront pas faire [vivre] ces images, comme nous l'avons mentionné. Leur affirmation se retourne contre eux-mêmes et non contre nous. Conformément à leur propre position, ils devraient reconnaître que, à cause des images d'arbres, ils sont en contradiction avec la parole de Dieu dans la loi : « Tu ne feras pas […] ni de ressemblances de rien de ce qui est dans le ciel, en haut, ni de ce qui est sur la terre, en bas, ni de ce qui est dans les eaux, au-dessous de la terre. » (Ex 20, 4) Car Dieu ne dit pas : « Tu ne feras pas ce qui ressemble à un être vivant [à un homme ou à un animal] », mais il étend son interdiction sur l'image de toutes choses. Les étrangers appellent « criminels » ceux qui agissent comme ils font eux-mêmes, sans en être conscients.

10.4 Conclusion

Nous avons donc prouvé ces deux choses, c'est-à-dire que lorsque Dieu dit à Israël : « Tu ne feras pas […] ni de ressemblances de rien de ce qui est dans le ciel, en haut, ni de ce qui est sur la terre, en bas, ni de ce qui est dans les eaux, au-dessous de la terre pour te prosterner devant elles et les adorer. » (Ex 20, 4), il n'exprimait pas sa volonté d'interdire aux croyants de faire toute image et toute représentation et de prescrire qu'ils ne se prosternent que devant lui et devant rien d'autre. Et en même temps, nous avons montré que c'est eux qui devraient avoir honte quand ils diffament les chrétiens à cause des images du Christ et des saints dans leurs églises et à cause du fait qu'ils se prosternent devant des hommes.

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IV - LA JUSTIFICATION DU PROSTERNEMENT DEVANT LES IMAGES

Chapitre 11 - Définition du prosternement

Résumé : Définition du prosternement. On doit se prosterner devant les images et les toucher en se prosternant. Dieu ne se manifestait aux prophètes qu'en représentations.

11.1 Le prosternement peut être une forme d'hommage ou d'honneur

Mais quelqu'un parle maintenant :

- Ô toi, là, tu as bien justifié la création d'images dans les églises et le prosternement devant les hommes. Donne-nous une explication maintenant : Comment justifies-tu le prosternement devant les images.

11.2 L'hommage du prosternement vise celui que l'on veut honorer

Nous lui répondons :

- Il a déjà été montré que le prosternement peut être un geste d'adoration ou différent d'un geste d'adoration. Le prosternement qu'on fait d'une manière différente d'un geste d'adoration est défini comme un geste d'honneur.

Alors, nous lui demandons :

- Donne-nous une explication : En te prosternant, [vises-tu] uniquement la chose que touchent les genoux et le front ou la chose vers quoi, par le toucher des genoux et du front et par l'inclinaison, l'intention est dirigée ? Et s'il dit que le prosternement vise uniquement la chose que touchent les genoux et le front ou quelque chose de semblable à ce que touchent les genoux et le front de celui qui se prosterne, alors il s'agenouille aussi devant des choses ordinaires qu'il peut voir, néanmoins en s'inclinant devant le mur ou devant quelque chose de semblable, il le vénère. Sa thèse retourne contre lui, pas contre nous et pour lui il est une assez grande honte d'avoir fait une telle chose, lui qui s'est toujours prosterné, et se prosternera toujours devant ce que nous avons mentionné. C'est la doctrine la plus honteuse que quelqu'un puisse accepter concernant le prosternement ; un tel serait plutôt digne d'être un animal. Par conséquent, le prosternement doit plutôt viser la chose vers laquelle l'intention est dirigée par le fléchissement des genoux, par l'inclinaison du front jusqu'au plancher et par le lieu en face duquel on se met. Mais si c'est ainsi, celui qui pose une question doit savoir que Jacob s'est prosterné devant la pointe du sceptre de Joseph (Gn 47, 31, la Septante ; He 11, 21) en ayant l'intention de rendre un hommage à Joseph. Il doit savoir aussi que Moïse s'est prosterné devant l'arche au-dessus de laquelle se trouvait le propitiatoire entre deux chérubins. Alors, Dieu lui dit : « C'est de là que je me ferai connaître à toi ; je te parlerai d'au-dessus du propitiatoire, au milieu des deux chérubins placés sur le coffre du témoignage et pour tout ce que je te commanderai à l'intention des fils d'Israël. » (Ex 25, 22) Mais comme Moïse a fait son prosternement devant des visages et des ailes représentés et faits en travail repoussé et devant des choses que les mains d'homme ont faits, de la même manière son prosternement avait comme raison fondamentale ce que visait son intention, non ces images et l'œuvre d'art en soi qu'il voyait devant lui. De la même façon, nous les chrétiens, nous nous prosternons devant les images du Christ et des saints, non devant des planches de bois et des couleurs, mais seulement devant le Christ qui de tous les points de vue est digne de recevoir le prosternement ; nous nous prosternons aussi devant les saints qui sont dignes du même prosternement, c'est-à-dire d'un culte d'honneur.

11.3 Les saints se sont prosternés devant l'endroit où le Seigneur s'est montré

Lorsque les Israélites fuyaient devant leurs ennemis, pendant qu'ils étaient loin de Jéricho, Josué, fils de Noun, a déchiré ses vêtements, s'est jeté à terre, face contre le sol, devant l'arche du Seigneur, jusqu'au soir, lui et les anciens d'Israël, et là, ils ont supplié le Seigneur. (Jo 7, 6) Ils se sont modelés sur l'exemple de Moïse, lorsqu'il a fait la même chose, conformément à la parole de Dieu dite à Moïse : « Et c'est de là que je me ferai connaître à toi. » (Ex 25, 22) C'était la coutume de tous les saints qu'ils ont fait leurs prosternements en vue du lieu où Dieu se manifestait aux hommes, bien qu'ils n'aient pas douté qu'il existe dans tout endroit, comme David le dit : « Vers ton saint temple j'adorerai, pénétré de ta crainte. » (Ps 5, 8) Et plus loin, il dit : « Écoute la voix de ma prière […] quand j'élève mes mains vers ton temple saint. » (Ps 27, 2) Et encore : « Nous nous prosternerons au lieu où il a posé ses pieds. » (Ps 131, 7) Et lorsque Daniel était à Babylone, il avait la coutume d'ouvrir la fenêtre de sa chambre dans la direction de Jérusalem afin de se prosterner tourné vers Jérusalem. (Dn 6, 10) Il avait en effet entendu le psaume : « Car le Seigneur a choisi Sion, il l'a élue pour demeure. C'est ici mon repos pour les siècles des siècles, j'y habiterai, car je l'ai choisie. » (Ps 131, 13-14) Ne vois-tu pas que les saints ne se prosternaient que devant Dieu en vue du lieu où il se manifeste tout en sachant qu'aucun lieu ne peut le contenir, comme il est aussi dit dans la Thora au sujet des Israélites pendant l'exode : « Et Moïse, prenant sa tente, la planta hors du campement, loin du campement, et elle fut appelée tente du témoignage ; et il arriva que quiconque cherchait le Seigneur sortait vers la tente, hors du campement. Et tout le peuple voyait la colonne de nuée qui se tenait à la porte de la tente et tout le peuple se mettait debout et ils se prosternaient, chacun depuis la porte de sa tente. » (Ex 33, 7-10) Ne vois-tu pas que lorsque Dieu parle à Moïse de la colonne de nuage, les Israélites vénèrent Dieu en se tournant vers cette colonne ? Il est évident aux intelligents que Dieu ne soit pas contenu dans cette colonne de nuage. Les Israélites considèrent par conséquent que leur prosternement est selon l'intention. Comment donc n'est-il pas acceptable que les chrétiens se tournent en prosternement vers chaque image du Christ et de ses saints lesquelles images sont dignes d'un tel prosternement ?

11.4 L'hommage du prosternement ne vise pas ce qui peut être touché

Quelqu'un pourrait dire :

- Les chrétiens ne se limitent pas au prosternement devant ces images, car même ils les touchent pendant leur prosternement devant elles.

Cet homme devrait se rappeler ce que nous avons déjà dit au sujet du prosternement que Jacob a fait sur le sceptre de Joseph et au sujet du fait qu'il l'a touché pendant son prosternement (Gn 47, 31), ce qu'il voulait référer comme vénération seulement à Joseph. De plus, il pourrait se rappeler ce que nous en avons déjà dit : le prosternement de celui qui se prosterne devant Dieu en se pliant les genoux qui certes ne touchent que le sol ou un tapis se réfère seulement à ce prosternement qu'il a l'intention de montrer à Dieu. De la même manière, le fait que les chrétiens touchent les images en les vénérant a une relation à l'honneur qu'ils veulent manifester au Christ, leur Dieu, à ses saints, aux prophètes, aux apôtres, aux martyrs et aux autres.

11.5 Le témoignage d'Ézéchiel

Mais non seulement ces hommes que nous avons mentionnés se sont prosternés devant les images portant des visages, mais Ézéchiel croyait, lorsqu'il voyait le char de feu, qu'il se trouvait des visages : d'un homme, d'un lion, d'un bœuf et d'un aigle et au-dessus du char il y avait quelque chose comme un trône et au-dessus du trône, il y avait quelque chose qui avait l'apparence d'un homme. (Ez 1, 4-28) Alors, Ézékiel dit : « C'était quelque chose qui ressemblait à la gloire du Seigneur. Je regardai et je tombai la face contre terre. » (Ez 1, 28) Et il répète cela plusieurs fois dans son livre. Ne vois-tu pas qu'Ézéchiel, le prophète de Dieu, s'est jeté à terre en vénération devant la forme de la gloire de Dieu qui portait divers visages ? Donc, il ne faut pas mépriser les chrétiens s'ils se prosternent devant les images du Christ ou de ses saints en voulant faire seulement ce que voulaient faire les prophètes lorsqu'ils se sont prosternés devant des images et des formes portant des images. Personne ne peut faire des reproches à Ézéchiel d'avoir pensé que la forme qu'il avait vue était vraiment l'essence de Dieu et que cela était la raison pourquoi il s'est prosterné jusqu'à terre devant elle, sinon il ferait une variété de dieux ou un seul Dieu qui dans son essence est un être mais qui se transforme en d'autres états. Car Daniel a vu Dieu, mais pas dans cette apparence ; Isaïe n'a pas non plus vu cette dernière. Ézéchiel savait tout à fait que ce qu'il avait vu était une forme en images, comme il l'a appelé. Loin des saints prophètes d'imaginer que leur conception de Dieu était comme ce que nous venons de mentionner.

11.6 Le témoignage de David et des prophètes

Le prophète David a dansé devant l'arche de Dieu lorsqu'il l'a transférée dans la tente qu'il avait préparée pour elle (2 S 6, 14) et David a désigné les fils de Lévis pour qu'ils louent Dieu et jouent des instruments de musique devant lui. Même si David et les autres prophètes ont manifesté leur vénération à l'arche, en dansant et en chantant des hymnes de gloire, ils n'ont offert leur vénération qu'à quelque chose de caché qu'ils imaginaient dans leurs pensées et dont cette arche n'était qu'une image, et cette arche en était une image, comme nous l'avons mentionné au début : Dieu en effet a dit à Moïse qu'il devrait la faire pour être un composant de la tente du témoignage semblable au modèle qui lui avait été montré sur la montagne.

11.7 Conclusion

Donc, les chrétiens ne devraient pas être méprisés s'ils imaginent le Christ et ses saints dans leurs pensées et alors montrent de l'honneur à leurs images. On devrait savoir que Dieu s'est manifesté aux prophètes seulement en formes imagées, pas dans son essence véritable. Écoute ce que Dieu dit à Moïse : « Un homme ne peut voir ma face et vivre. » (Ex 33, 20) Écoute Isaïe qui dit : « ...mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur Sabaoth. » (Is 6, 5) Encore, écoute comment Dieu parle au prophète Osée : « Je parlerai aux prophètes et j'ai multiplié les visions et par les moyens prophétiques je me suis fait représenter. » (Os 12, 10, la Septante) Alors, si Ézéchiel s'est prosterné devant Dieu, comme il l'avait vu dans la forme d'un homme sur le trône au-dessus du char, il s'est donc prosterné seulement devant une forme, mais cette forme était une image.

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Chapitre 12 - Le lien réel, mais non matériel, entre l'image et le prototype

Résumé : Réfutation de ceux qui disent que les images devant lesquelles se prosternent les chrétiens ne sont pas liées aux personnes qu'elles représentent comme la forme vue par Ézéchiel était liée à Dieu.[18] Les noms et les images sont équivalents, lorsqu'ils indiquent quelque chose, et à travers les noms et les images, ce qui est indiqué, soit mépris soit respect, atteint ce qu'indiquent les noms et les images.

12.1 L'arche de l'Alliance

Si quelqu'un dit que les images [typoi] devant lesquelles se prosternent les chrétiens ne sont pas liées à leurs prototypes comme ces formes que tu as mentionnées, à travers lesquelles, Dieu s'est manifesté aux prophètes, qu'il sache que l'arche sainte du Seigneur et les meubles dans la tente du témoignage n'étaient pas liées aux choses dont ils étaient les images et les formes. Néanmoins, ces dernières ont reçu un honneur dont il n'existe pas de plus haut, comme nous l'avons déjà dit.

12.2 Le pectoral d'Aaron

Si tu veux savoir si Dieu a fait des formes qui ne sont pas liées à ce qu'elles représentent, mais qui sont quand même liées à elles à cause de ce qui est fait avec elles, alors écoute ce que Dieu dit à Moïse : « Et tu prendras les deux pierres, pierres d'émeraude, et tu y graveras les noms des fils d'Israël, six noms sur une pierre et les six autres noms sur la deuxième pierre, selon leurs générations. Œuvre de l'art du lapidaire, en gravure de sceau, tu graveras les deux pierres aux noms des fils d'Israël. Et tu mettras les deux pierres sur les épaules du scapulaire ; elles sont pierres de mémorial pour les fils d'Israël ; et Aaron emportera les noms des fils d'Israël devant le Seigneur sur ses deux épaules, en mémorial pour eux. » (Ex 28, 9-12) Et un peu plus loin, Dieu dit à Moïse : « Et tu feras un rational des jugements, œuvre de brodeur ; sur le mode du scapulaire tu le feras : en or, hyacinthe, pourpre, cramoisi retors et fin lin retors tu le feras. Il sera carré, double, d'un empan de long et d'un empan de large. Et tu tisseras sur lui un tissu garni de pierres sur quatre rangs. Un rang de pierre sera de sarde, de topaze et d'émeraude, le premier rang ; le deuxième rang : escarboucle, saphir et jaspe ; le troisième rang : pierre de Ligurie, agate et améthyste ; le quatrième rang : chrysolithe, béryl et onyx ; que leur pourtour se trouve recouvert d'or, qu'elles soient fixées dans l'or rang par rang. Et que les pierres soient aux noms des fils d'Israël, douze selon leurs noms... » (Ex 28, 15-21a) Et alors il dit : « ...qu'elles aient des gravures de sceaux, chacune selon le nom, pour les douze tribus. » (Ex 28, 22b) Et alors, il dit : « Et Aaron prendra les noms des fils d'Israël sur le rational du jugement, sur la poitrine ; à son entrée dans le lieu saint, ce sera un mémorial devant Dieu […] et Aaron portera les jugements des fils d'Israël, sur la poitrine, devant le Seigneur, perpétuellement. » (Ex 28, 29-30) Ne vois-tu pas que le Seigneur, qui connaît toutes choses avant qu'elles ne soient, veut avoir les noms des fils d'Israël pour un mémorial devant lui, comme si, lorsqu'il regardait leurs noms, ils seraient debout devant lui en train de le supplier. Alors Dieu, dans sa miséricorde, aurait pitié d'eux, [même si] ces noms n'étaient pas liés aux fils d'Israël eux-mêmes.

12.3 La fonction évocatrice de l'image

Alors, comment blâmer les chrétiens qui représentent le visage du Christ aux moments de sa vie lorsqu'il accomplissait l'œuvre de salut ainsi que les visages des saints en train de faire leurs exploits ? [N'ont-ils pas fait ces images] pour se souvenir du Christ [et des saints] et de lui rendre grâces d'avoir souffert pour notre salut et pour imiter les saints qui ont souffert par amour de lui ? Car regarder leurs images, c'est comme regarder le Christ et les saints eux-mêmes, même si les images ne sont pas liées à eux. Si quelqu'un dit que les noms ne sont pas comme les images, il parle à partir de son ignorance, car il ne sait pas que les lettres, les formes écrites, des noms sont la forme et la représentation pour les mots, que les mots sont les formes pour les pensées et que les pensées sont les formes pour les choses, comme le disent les philosophes. Les images ne sont autres choses qu'une écriture claire que tous peuvent comprendre, qu'ils sachent lire ou non. Voilà pourquoi elles sont par conséquent meilleures que l'écriture, car l'écriture et les images sont des souvenirs des choses qu'elles représentent et les images sont plus efficaces que l'écriture, car elles permettent à ceux qui ne savent pas lire de comprendre et elles font comprendre plus facilement que les livres. Il est surprenant la lourdeur d'esprit des juifs et des autres qui reprochent aux chrétiens d'honorer les images des saints, même si elles ne sont pas liées aux saints, car ces gens-là ne se rendent pas compte qu'ils font la même chose que les chrétiens auxquels ils font des reproches. D'ailleurs, qu'un juif ou un autre, qui prétend avoir la foi, nous disent : Si quelqu'un écrit sur un papier le nom Abraham l'ami de Dieu et les noms Isaak, Jacob, Moïse, David et les prophètes de Dieu, et si un ennemi des saints prophètes prend ce papier, crache dessus, le foule aux pieds et le souille à cause de sa haine des prophètes, l'homme qui a commis de tels actes ne serait-il pas, à leurs yeux, passible de la peine de mort, comme s'il avait commis ces crimes contre les prophètes eux-mêmes ? Il n'en existe aucun doute. Par contre, il est bien connu que ces noms ne sont pas liés aux prophètes. Alors, si ces hommes étaient doués d'intelligence, ils honoreraient et embrasseraient ce papier, en en prenant soin et en l'imbibant de parfum. Comme nous l'avons montré, les images sont supérieures à l'écriture et donc elles ont une préséance sur les noms.

12.4 Conclusion

Donc, si les chrétiens se prosternent devant les images des saints, pas pour les adorer mais pour les honorer, un honneur dont les saints sont les plus dignes de tous les croyants, ces chrétiens ne font qu'honorer les saints eux-mêmes. Et ceci suffit pour montrer la justesse des chrétiens qui se prosternent devant les images des saints.

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Chapitre 13 - Témoignage des prophètes sur le lien entre l'image écrite - un mot - ou peinte et leurs prototypes

Résumé : Témoignage des prophètes du fait que l'image est l'équivalent de l'écrit et que ce qu'on fait aux images et aux noms atteint ceux qui sont représentés par les images ou désignés par les noms.

13.1 Le témoignage d'Isaïe

Si, à partir de la parole de Dieu, tu veux savoir si les images sont l'équivalent de l'écrit en leur capacité de fonctionner comme des mémoriaux, écoute sa manière de parler au prophète Isaïe : « Sion a dit : ‘Le Seigneur m'a abandonnée ; le Seigneur m'oubliée.' Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas. Vois, j'ai gravée tes remparts sur les paumes de mes mains, tu es devant moi sans cesse. Et tu seras bientôt reconstruite par ceux qui t'ont détruite et ceux qui t'ont dévastée te quitteront. » (Is 49 14-17) Ne vois-tu pas ceci : Comme les noms des fils de l'Israël gravés sur la pierre les rappelaient au Seigneur pour qu'il leur soit miséricordieux, de la même façon aussi, à cause de l'image de Sion que Dieu avait gravée sur ses mains, il se souvenait d'elle pour lui être miséricordieux et lui rendre la prospérité ? Et il a fait cela en regardant l'image de Sion comme si c'était Sion elle-même. Par conséquent, nous disons ceci très correctement : Si les chrétiens se prosternent devant les images des saints, ils ne se prosternent que devant les saints eux-mêmes, exactement comme l'homme qui honore ou méprise les noms des prophètes écrits sur un papier honore ou méprise les prophètes eux-mêmes. Également, comme un homme qui méprise les noms est justement passible de la peine de mort, de la même manière aussi le chrétien qui méprise les images des saints mérite la mort spirituelle, mais s'il les honore, il mérite sans doute la vie éternelle.

13.2 Le témoignage d'Ézéchiel

Si, à partir de la Parole de Dieu, tu veux savoir que l'image et l'écrit sont égaux, et que ce qui est fait à l'image et à l'écrit atteint ceux qui y sont représentés ou nommés, comme nous l'avons mentionné au début, alors écoute comment Dieu parle au prophète Ézéchiel :

Quant à toi, fils d'homme, prends une brique et mets-là devant toi : tu y graveras une ville, Jérusalem. Puis tu entreprendras contre elle un siège : tu construiras contre elle des retranchements, tu élèveras contre elle un remblai, tu établiras contre elle des camps et tu installeras contre elle des béliers, tout autour. Alors, prends une poêle de fer que tu installeras comme une muraille de fer entre toi et la ville. Puis tu fixeras sur elle ton regard et elle sera assiégée : tu vas en faire le siège. C'est un signe pour la maison d'Israël. (Ez 4, 1-3)

Ne vois-tu pas que le prophète a représenté devant lui la ville comme Dieu le lui avait ordonné et que tout ce qui a été fait à l'image a atteint la ville elle-même ? Et tout ce qui a été fait à l'image de la ville, la même chose a été fait à la ville ? Voilà ce qui concerne l'image.

13.3 Le témoignage de Jérémie

Quant à l'écrit, il est de ce point de vue l'équivalent de l'image. Ce qui est fait au mot ou au nom écrits atteignent ce qu'ils désignent comme ce qui est fait à une image atteint celui qui y est représenté. Il est écrit dans le livre de Jérémie le prophète :

Voici l'ordre que donna le prophète Jérémie à Seraya, fils de Nériyya, fils de Mahséya, quand celui-ci partit pour Babylone avec Sédécias, roi de Juda, en la quatrième année de son règne. Seraya était grand chambellan. Jérémie avait mis par écrit dans un seul livre tout le malheur qui devait survenir à Babylone, toutes ces paroles qui avaient été écrites contre Babylone. Jérémie dit donc à Seraya : « Quand tu arriveras à Babylone, tu auras soin de lire toutes ces paroles-là. Et tu diras : ‘‘Seigneur, toi-même as déclaré à propos de ce lieu qu'il serait détruit, de sorte qu'il ne s'y trouve plus d'habitant, homme ou bête, mais qu'il soit une désolation perpétuelle.'' Une fois achevée la lecture de ce livre, tu y attacheras une pierre et le lanceras au milieu de l'Euphrate en disant : ‘‘Ainsi doit s'abimer Babylone pour ne plus se relever du malheur que je fais venir sur elle.'' » (Jr 51, 59-64)

Alors, tout ce qui a été fait à ce livre concernant Babylone a été fait à la ville elle-même, comme ce que le prophète Ézéchiel a fait à l'image de Jérusalem a été fait à la ville elle-même.

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Chapitre 14 - L'intercession et la médiation des saints

Résumé : L'homme qui se prosterne devant l'image d'un saint amène le saint à intercéder pour lui. Les saints sont en effet des médiateurs entre Dieu et les hommes. Et pendant leur vie et après leur mort, les saints font que Dieu leur soit favorable.

14.1 L'intercession obtenue avec l'hommage du prosternement

Voici ce qui est prouvé : Lorsque les chrétiens se prosternent devant les images des saints, ayant l'intention d'honorer les saints, l'honneur rendu à travers le prosternement atteint en vérité les saints eux-mêmes. Et celui qui honore les saints mérite sans doute la plus grande récompense de la part du divin Seigneur des saints et ces derniers deviennent ses avocats devant le trône de Dieu, faisant monter ses prières, les rendant plus fortes et implorant le Seigneur de les exaucer pour lui. Ainsi, dans sa bonté, Dieu a fait des saints des médiateurs entre lui et ses serviteurs afin d'honorer les saints et d'encourager les autres à réjouir de leur bonheur auprès de lui. Car il arrive que Dieu s'irrite contre ses serviteurs et refuse de les exaucer jusqu'à ce que les saints le supplient.

14.2 Témoignage de l'Ancien Testament

Les témoignages sur le sujet sont légions. Qui ne sait pas que Dieu s'est irrité contre les Israélites quand ils ont adoré le veau et qu'il voulait les exterminer ? Mais Moïse est monté vers lui [pour l'implorer] et Dieu s'est détourné de sa colère et s'est réconcilié avec eux. Dieu lui dit : « Et le Seigneur fut clément à propos du mal qu'il disait qu'avait fait son peuple.[19] » (Ex 32, 14) Et qui ne sait pas que [lorsque] Dieu a parlé de Sodome à Abraham, ce dernier a intercédé auprès de Dieu pour la ville et ainsi, par Abraham, Dieu s'est montré miséricordieux envers la population ? Et le prophète Élie, Dieu n'a-t-il donné au prophète le pouvoir de fermer et d'ouvrir le ciel comme si Dieu en avait cédé l'autorité pour la conférer au prophète ? Et Dieu n'a pas repoussé la parole de son saint prophète mais a agi selon ses décisions à tel point que les hommes avaient l'habitude de venir implorer, pas Dieu - bénie soit sa majesté - mais le prophète. La magnanimité de Dieu dépasse toutes les attentes, mais il a retenu sa miséricorde envers ses serviteurs jusqu'à ce que ses amis l'obtiennent de lui pour eux, comme si le même éloge qui lui est dû était dû à eux aussi, et encore plus. Et Dieu agit de cette manière non seulement pendant la vie de ses amis mais aussi après leur mort en laissant durer leur honneur auprès des hommes de sorte que les hommes s'adressent à Dieu à travers leur médiation. Combien de fois est-il mentionné dans les Écritures que Dieu a fait du bien à cause d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, même après leur mort. Combien de fois a-t-on imploré leur intercession auprès de Dieu, après leur mort ? Combien de fois Dieu a-t-il sauvé la sainte Demeure grâce à David, après sa mort ? Ceci est bien connu de ceux qui lisent les Écritures.

14.3 Conclusion

Les chrétiens disposent donc d'un grand bienfait quand ils se prosternent devant les images des saints, car cette vénération atteint les saints eux-mêmes. Par ma foi, personne ne s'approche de l'image d'un saint pour s'y prosterner sans que le saint qui est représenté dans l'image soit amené à intercéder pour lui. Et celui qui se prosterne ne se préoccupe pas de dire un long discours. Par ma vie, le saint sait ce dont cet homme a besoin. Ceci est une grande bénédiction qu'obtient entièrement celui qui se prosterne. Qui ne voudrait pas l'avoir ? Après avoir parlé de Dieu, ne voulons-nous pas évoquer l'exemple des rois terrestres ? Les hommes honorent les compagnons, les serviteurs, les ministres du roi, tous ceux qui sont en faveur autour de lui. Ces derniers agissent comme intercesseurs auprès du roi pour qu'il réponde aux pétitions des suppléants, qu'il soit dans le palais ou absent.

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Chapitre 15 - Les tables de la loi : symbole du Christ incarné

Résumé : On accordait aux tables de la loi le plus haut honneur à cause des mots que le Seigneur y avait écrits. Elles étaient une image [préfiguration] de l'incarnation du Verbe de Dieu.

15.1 Les tables de la loi : image de l'incarnation du Christ

Mais comment oublier l'image célèbre, la plus extraordinaire : les tables de la loi placées dans l'arche du Seigneur sur lesquelles le Seigneur lui-même avait écrit de son doigt même les dix paroles que Dieu a adressées aux fils d'Israël ? N'est-ce pas ici une image du Verbe substantiel de Dieu, celui qui s'est incarné par l'opération du Saint-Esprit et de la Vierge Marie à la fin des temps ? Et le Verbe substantiel de Dieu y était représenté par les dix paroles parce qu'il est parfait et personnel et le numéro dix est le plus parfait de tous les numéros, car les numéros commencent à un et montent jusqu'à dix. Alors, ils reviennent à un et répètent le cycle continuellement. Quant au doigt de Dieu, il est bien connu que le Saint-Esprit est le doigt de Dieu comme le dit notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Évangile : « Mais si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons... » (Lc 11, 20) L'autre évangéliste clarifie le verset quand il dit en reportant les paroles de Jésus Christ sur ce point : « Mais si c'est par le Saint-Esprit que j'expulse les démons... » (Mt 12, 28) Et l'arche du Seigneur, c'est Marie en qui a demeuré le Verbe de Dieu incarné, celle qui a été déifiée et qui n'avait pas été corrompue par le péché comme l'arche était faite d'un bois qui n'a pas pourri, couvert d'or à l'intérieur et à l'extérieur. Mais ici n'est pas l'endroit où nous devons discuter des prototypes de ces images [types] en remontant à leurs modèles [prototypes] qui sont bien connus. Quant aux Hébreux, par leur stupidité, ils pensent que ce que nous avons mentionné au sujet de ces signes n'est que radotage et ils ne savent pas - les pauvres - que ces choses sont sans doute des signes et des images pour autres choses, comme Dieu le dit à Moïse : « Vois, tu feras selon l'image qui t'a été montrée sur la montagne. » (Ex 25, 40) Et ces signes et images, pourtant, n'ont pas de relation plus haute qu'à l'économie du Christ qui est pour nous et pour eux le but ultime de l'espoir. Alors, chaque prophétie par son explication se réfère à cette économie et l'indique selon toutes les relations. Puisque c'est ainsi, comme nous l'avons déjà dit, à savoir que les paroles représentées sur les deux tables n'étaient qu'une préfiguration de l'incarnation du messie, l'éternel Verbe de Dieu, les prophètes se sont donc prosternés en vénération devant l'arche, les lévites ont fait leur vénération devant elle et la nuée de la gloire du Seigneur est descendue sur elle.

15.2 Confirmation scripturaire

Voilà pourquoi David dit : « Lève-toi, Seigneur, pour entrer dans ton repos, toi et l'arche de ta sainteté. » (Ps 131, 8) Mais penses-tu, ô juif, que l'arche, faite de bois, s'est levée lorsque quelqu'un lui a dit de se lever ? Non, c'est plutôt une référence à ce que l'ange dit à Joseph à Bethléem : « Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte […] Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. » (Mt 2, 13) Donc, il s'est levé, le Verbe de Dieu incarné, lui et l'arche de sa sainteté, c'est-à-dire Maria, et il a fui l'iniquité des juifs et leur désir de le tuer vers son repos en Égypte. David avait déjà mentionné Bethléem sur ce point en disant : « Nous en avons entendu parler à Ephrata »[20] (Ps 131, 6) Et le prophète dit : « Voici que le Seigneur, monté sur un nuage léger, vient en Égypte. » (Is 19, 1)

15.3 Exemples de choses inanimées qui symbolisent des choses spirituelles

Mais si tu doutes que ces choses inanimées puissent être l'image de choses vivantes, alors quelle attitude assumes-tu devant Josué, fils de Noun ? Il a pris une grosse pierre, l'a placée sous le térébinthe devant le Seigneur et a parlé aux Israélites : « Cette pierre sera un témoin contre nous parce qu'elle a entendu toutes les paroles que le Seigneur nous a adressées ; elle sera un témoin contre vous pour vous empêcher de renier votre Dieu. » (Jos 24, 26-27) Crois-tu vraiment, ô juif, que la pierre ait entendu les paroles du Seigneur et qu'elle aille témoigner à la fin des temps contre les fils de l'Israël ? Ce serait folie pure si elle n'était pas une image par laquelle Josué voulait signifier quelque chose de différent, de vivant, quelqu'un qui écoute et qui sera témoin.

15.4 Conclusion

C'est ainsi donc, comme nous l'avons dit, concernant les paroles représentées sur les tables : elles sont l'image de l'incarnation du Fils éternel de Dieu. Une parole écrite n'est rien d'autre que l'image de la parole entendue ? Et à son tour, cette dernière est une image du Verbe raisonnable et substantiel, comme nous l'avons dit au début.[21] On ne devrait pas s'étonner du juif qui ne comprend pas ces choses parce qu'il est lourd d'esprit et sot, comme les prophètes ont déjà témoigné à son sujet et l'aveuglement est enraciné dans son cœur, comme saint Paul le dit : « Jusqu'à ce jour en effet, lorsqu'on lit l'Ancien Testament, ce même voile demeure. » (2 Co 3, 14) Mais ce qui est étonnant, c'est que des chrétiens fous refusent de se prosterner devant les images du Christ et des saints. Ces gens ne doutent aucunement que les images, dont l'existence nous avons établie à partir de l'Ancien Testament, s'accordent avec ce que nous avons déjà dit. Ils croient que les images anciennes [les tables de la loi et l'arche] méritent le plus haut honneur, mais ils refusent de vénérer les saintes images.

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Chapitre 16 - Les miracles opérés par les images

Résumé : À cause de l'entêtement des premiers hommes, Dieu leur révélait à leurs yeux ses mystères seulement à travers les miracles. Mais les chrétiens n'ont pas besoin de rien de tels, même si Dieu continue, dans le cas des étrangers et des chrétiens naïfs, à opérer des miracles qu'on réfère aux mystères du christianisme et au lien étroit qui existe entre les images et ce qu'elles représentent [entre le type et le prototype].

16.1 Les miracles appuyaient la foi faible des juifs

Nous supposons que ces chrétiens disent : L'honneur que Dieu rendait aux tables de la loi s'est manifesté lorsque la nuée de sa gloire est descendue sur elles, comme il est écrit dans le livre des Rois (1 R 8, 10-11) ; par contre, nous ne voyons rien de pareil manifesté aux images qui se trouvent dans les églises. Alors, nous leur répondrons : À cause de l'entêtement des premiers hommes, les mystères du christianisme ne seraient pas apparus grandioses s'ils n'en avaient pas vu la grandeur vraiment de leurs propres yeux. Voilà pourquoi lors de la première offrande présentée dans la tente du témoignage, du feu est descendu sur elle (Lv 9, 24) ; il en est descendu également sur l'offrande présentée dans le temple de Jérusalem, quand Salomon l'a construit.

16.2 La foi des chrétiens rend inutiles de telles manifestations

Mais nous les chrétiens, qui avons reçu la connaissance par l'œuvre de l'Esprit Saint, nous n'avons pas besoin de telles choses. En effet, lorsque notre Seigneur a donné son corps et son sang à ses disciples dans la chambre haute à Jérusalem, il ne leur a offert que du pain et du vin, disant : « Ceci est mon corps et ceci est mon sang. » (Mt 26, 26 28 ; Mc 14, 22-24) Mais la certitude de sa parole a pénétré dans leurs pensées, sans qu'ils n'aient vu aucune manifestation visible de la majesté de ce qu'il leur avait été offert. Et ceci a continué à se produire parmi les chrétiens qui communient à cette offrande ; ils sont certains que cette dernière soit le corps et le sang du Christ, même si après la consécration, ils voient qu'elle est restée comme elle était lorsqu'ils l'ont introduite avant d'être consacrée. C'est ainsi pour leurs autres mystères. Quant aux saintes images, il faut qu'elles soient considérées de la même manière que les autres mystères du christianisme et qu'elles soient honorées comme sont honorés ceux-là, même si, par rapport aux images, rien de terrifiant ni de majestueux n'apparaît.

16.3 Miracles opérés pour les musulmans ou pour les chrétiens de foi faible.

Il est vrai toutefois que, à l'intention des étrangers ou à cause de la lourdeur d'esprit des chrétiens des plus modestes rangs en matière de religion, Dieu a souvent manifesté la majesté des mystères du christianisme - nous entendons parler chaque jour de telles manifestations - dont l'entendement ne doute pas, si on sait comment faire avec elles, et comme saint Athanase le dit plus haut : Dieu se manifeste dans les os et les images des saints.[22] Nous-mêmes, en effet, nous avons vu des vases pleins de chrême sacré qui avait suinté de leurs os et qui guérit les maladies dont la gravité dépasse la capacité de la médecine humaine. Et devant leurs tombes, beaucoup de gens ont aussi vu les démons punis et violemment chassés.

16.4 La conversion de saint Antoine Ruwah[23]

Et encore dans notre temps, il y avait un martyr, provenant des étrangers, un homme de haut lignage, dont l'histoire est grandement répandue - que Dieu se rappelle de nous par ses prières. Il s'appelle saint Antoine et il avait l'habitude de raconter à tous ceux qu'il rencontrait qu'il avait cru à la foi chrétienne seulement parce qu'il avait vu un miracle opéré autour de l'image de saint Théodore le Martyr.

16.5 Le miracle de Tibériade et l'origine du monastère d'Ananias

Et encore, l'image qu'autrefois les Hébreux avaient exécutée dans leur ville de Tibériade représentait le Christ crucifié et ils avaient l'intention de se moquer de lui. L'un d'eux a frappé cette image avec une lance et il en jaillit du sang et de l'eau. Alors, un aveugle qui était présent s'est approché et l'Esprit Saint a inspiré la foi dans son cœur, grâce à sa disposition d'esprit, et l'aveugle dit : « Posez ma main sur le lieu de la blessure de sorte que même moi, je partage avec vous l'offense ! » Quand ils ont mis sa main là, l'aveugle a essuyé du sang et de l'eau et en a enduit les yeux qui se sont ouverts. Ensuite il a enlevé tout ce qu'il pouvait de la grâce [de ce liquide] suintant de l'image et il l'a transportée à des endroits différents, où se sont fondés des monastères et des églises dans lesquels, grâce à cette bénédiction, des miracles s'opèrent, comme nous en entendons dire de beaucoup d'étrangers et de chrétiens. Un de ces monastères se trouve dans la région d'Alep et il s'appelle le monastère de Saint-Ananias, du nom du juif croyant qui y a transporté la bénédiction. L'histoire de cette image, que nous avons rappelée, est célèbre et racontée dans toutes les églises chrétiennes.

16.6 Conclusion

Alors, personne ne devrait se scandaliser parce que nous disons que les images méritent l'honneur, car, à travers les images du Christ et des saints, nous voyons le Christ et les saints, comme si nous les voyions eux-mêmes, parce que nous entendons Paul qui dit que les images sont les personnes. Quant à la roche, par exemple, de laquelle l'eau a jailli pour les Israélites (Ex 17, 6 ; Nm 20, 11), il dit que c'était le Christ. (1 Co 10, 4) Et il est connu que cette pierre n'était pas le Christ en personne mais une image du Christ. L'évangéliste dit ainsi à propos du Christ « Pas un os ne lui sera brisé.) (Jn 19, 36), mais ceci a été écrit seulement de l'agneau que les Israélites ont sacrifié à Pâques en Égypte (Ex 12, 46) et ceci était une image du Christ. Mais cela est une justification suffisante, de l'Ancien et du Nouveau Testament, que les images des saints méritent que nous nous prosternions devant elles en signe d'honneur. Il vaudrait mieux pour tous les chrétiens qui n'en sont pas satisfaits de devenir juifs, et ceci à cause de leur lourdeur d'esprit.

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V - L'EXPLICATION DE L'INTERDICTION SCRIPTURAIRE DU PROSTERNEMENT DEVANT LES IMAGES

Chapitre 17 - Critique des interprétations littérales de l'Écriture

Résumé : Critique adressée au juif du fait qu'il a été commandé de ne se prosterner que devant Dieu. Et s'il se prosterne devant la pierre, il doit se prosterner même devant les quatre fleuves qui sortent du Paradis, comme il doit accomplir ses prosternements vers Orient. (Gn 2, 10-14)

17.1 Les limites de l'interprétation littérale

Mais toi, ô juif, toi qui maintiens qu'il ne faut se prosterner que devant Dieu, en t'obstinant à une parole de Dieu dont tu ne comprends pas le sens et dont tu ne comprendras jamais le sens, tant que tu es juif - que te fais-tu du prophète David qui t'ordonne de te prosterner devant l'escabeau des pieds du Seigneur, lequel est pour toi la terre ? (Ps 98, 5) Car tu ne comprends pas le sens spirituel de l'Écriture, comme le Seigneur le dit dans le livre du prophète Isaïe : « Le ciel est mon trône et la terre l'escabeau de mes pieds. » (Is 66, 1) Alors, pour toi, il est juste de te prosterner devant la terre même, selon ces paroles, mais tu te moques des chrétiens parce qu'ils se prosternent devant l'image du Christ et des saints, tandis que toi, tu acceptes de te prosterner devant chaque morceau de poussière parmi les ordures!

17.2 Le culte de la pierre à Jérusalem

Et en t'approchant de la pierre[24] qui se trouve dans la ville sainte (celui qui lit comprendra), pourvu que tu sois permis d'aller jusqu'à le ce point[25], tu seras trouvé en train de l'embrasser et de la toucher. En effet, c'est ton devoir de la vénérer, car il a été prouvé que la vénération peut être une forme d'honneur. Dis-nous donc, qu'est-ce qui t'a imposé ce devoir vis-à-vis de cette pierre ? Je sais que tu diras : « Car elle est sortie du Jardin, je m'applique avec zèle à lui rendre honneur. » Mais tes paroles : « Car elle est sortie du Jardin... » ne sont pas une preuve, car rien n'en est mentionné dans tes Écritures ni dans tes prophètes. Mais si tu as décidé de rendre tout cet honneur à cette pierre parce qu'elle est sortie du Jardin, comme tu l'as affirmé, alors nous tournons ton raisonnement contre toi. Alors, honore et vénère l'Euphrate et le Tigre et les deux autres fleuves qui, selon l'Écriture, coulent du Jardin. (Gn 2, 11-14) Quant à ce discours, c'est ton devoir d'accomplir la vénération exclusivement vers l'Est, car le Jardin est à l'est, comme le dit la Torah : « Dieu a planté un jardin en Éden, à l'est. » (Gn 2, 8) Mais pourquoi, ô juif, agis-tu ainsi envers la pierre comme nous l'avons mentionné - pour autant que tu puisses le faire - mais ne vénères pas ces fleuves et ne fais pas ta vénération vers l'est ? Ceci n'est pas juste. C'est plutôt un aveuglement qui s'est installé dans ton cœur, lequel ne te permet pas d'agir de la même manière pour des choses semblables.

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Chapitre 18 - Le contexte de l'interdiction de l'Ancien Testament

Résumé : Explication de la raison pour laquelle Dieu a interdit le prosternement devant les images et pourquoi il a explicitement dit : « Tu ne te prosterneras pas devant elles et tu ne leur rendras pas un culte. » (Ex 20, 5)

18.1 L'interdiction de se prosterner préservait les Hébreux de l'idolâtrie.

Un chrétien pourrait dire peut-être : Mais pourquoi dans l'Ancien Testament Dieu a-t-il interdit l'acte du prosternement : « Tu ne feras pas pour toi d'idole, ni de ressemblance de rien de ce qui est dans le ciel […] ; tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne leur rendras pas un culte. » (Ex 20, 4-5) Nous lui répondrions : Les Israélites étaient des adorateurs acharnés des idoles. Si Dieu avait permis le prosternement devant les images, ils se seraient servis de sa permission comme prétexte et ils seraient obstinément restés liés à l'idolâtrie. Mais Dieu s'est comporté avec eux simplement comme un parent sage avec un fils rebelle et ignorant, conscient du fait que si le fils avait eu une épée à sa disposition, il aurait frappé ses frères et autres membres de la famille. Le roi aurait voulu mettre à la disposition du fils une épée pour combattre ses ennemis, mais il savait bien que si le fils était arrivé une épée à la main, il aurait frappé avec elle les gens de sa maison. Alors il lui a ordonné de ne jamais saisir d'épée. Ainsi, Dieu aussi, sachant bien que les Israélites n'étaient pas capables de distinguer le prosternement justifié du prosternement injustifié, il leur a interdit de se prosterner devant n'importe quelle image.

18.2 L'Esprit répandu sur les chrétiens fait tomber la raison de l'interdiction

Dans ses saintes Écritures, Dieu a maintenu l'interdiction du prosternement jusqu'à ce qu'arrivent les chrétiens, auxquels il donne la capacité de compréhension et de la finesse d'esprit grâce à l'Esprit Saint, par qui ils approfondissent [le sens du prosternement], le connaissent et ils s'en servent. Comme l'ange le dit au prophète Daniel : « Toi, Daniel, serre ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la Fin. » (Dn 12, 4) Voilà pourquoi Dieu a interdit aux Israélites de se prosterner devant toute image, interdiction au sens strict des mots, un sens qui ne peut pas échapper même à celui qui n'a pas de la capacité de compréhension. Mais les apôtres ont compris tout ceci et ils ont permis qu'il y ait des images dans les églises chrétiennes. Ainsi donc, elles sont honorées et on se prosterne devant elles. Ils savaient qu'il n'était pas à craindre chez les chrétiens ce qu'il était à craindre chez les Israélites [l'idolâtrie].

18.3 L'interdiction des nourritures « impures »

De la même manière, Dieu se comportait avec les Israélites en ce qui concerne les nourritures: Il en a interdit lui-même beaucoup, en les déclarant illégales et en leur appliquant le nom impur afin que les fils d'Israël s'abstiennent de ce qu'il leur était vraiment devenu détestable à cause de ce nom, car l'appétit les écrasait et ils étaient incapables de freiner leur désir de manger étant semblables à des chiens, comme Dieu les appelle dans le livre du prophète Isaïe : « Les chiens sont voraces, insatiables, ce sont eux, les bergers incapables de comprendre. Ils suivent tous leur propre chemin, chacun, jusqu'au dernier, cherchant son intérêt. » (Is 56, 11) Ne vois-tu pas que Dieu, selon sa sagesse, voulait appliquer le nom impur à certaines choses qu'il avait créés, en se souciant comme d'habitude du bien des Israélites à cause de leur stupidité ? Il a ouvertement déclaré impur ce qu'il voulait désigner comme choses interdites, mais il est bien connu qu'il n'y a rien d'impur parmi tout ce que Dieu a créé, comme il est dit dans la Torah : « Et Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites et voilà, elles étaient très bonnes. » (Gn 1, 31) Et ce qui est bon ne peut pas être impur. Comme le dit saint Paul : « Car tout ce que Dieu a créé est bon et aucun aliment n'est à proscrire, si on le prend avec action de grâces. » (1 Tm 4,4) Alors, comme Dieu a ouvertement déclaré ces choses illicites et impures pour les Israélites et a tenu caché la pureté et la légalité dans les Écritures pour être comprises au bon moment, de la même manière, pour eux, il a ouvertement déclaré horrible le prosternement devant les images. Par contre, nous les chrétiens, nous le reconnaissons pour avoir reçu l'Esprit Saint, qui n'a pas été donné à ceux-là. Comme le dit notre Seigneur dans l'Évangile :

« Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi - selon la parole de l'Écriture - de son sein couleront des fleuves d'eau vive. » Il parlait de l'Esprit que devraient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. (Jn 7, 38-39)

18.4 L'interdiction divine de confesser le Fils et l'Esprit Saint

En outre, Dieu a limité pour les Israélites les pratiques du prosternement et le culte et il ne les a pas laissé franchir ces restrictions. En effet, il dit : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu, tu lui rendras un culte... » (Dt 6, 13) Aux Israélites, Dieu [le Père] a tenu caché le Fils et l'Esprit, chacun des deux Dieu parfait comme lui et consubstantiels à lui et dignes, comme lui, du prosternement, pour que cela ne représente pas pour eux une justification d'adopter avec Dieu d'autres divinités vu qu'ils s'acharnaient à adorer diverses divinités et à se prosterner devant elles. Et il a ainsi tenu caché la connaissance de tout ceci dans toutes les Écritures afin de le manifester à son heure. Quant aux chrétiens, par contre, il leur a proclamé à la grande voix que Dieu a un Fils et un Esprit, chacun des deux Dieu comme Dieu [le Père] même et consubstantiels avec lui. Alors, ils adorent le Fils et l'Esprit avec Dieu [le Père] et ils n'adorent pas diverses divinités, mais ils disent que Dieu [le Père], le Fils et l'Esprit sont un seul Dieu unique, [et ceci est possible] parce que les chrétiens possèdent une finesse d'esprit qui leur permet de comprendre ce mystère parce que l'Esprit Saint a été abondamment versé sur eux grâce à la croix du Christ, qui est sa gloire, comme nous l'avons dit.

18.5 La différence entre juifs et chrétiens

Donc, on ne peut pas nier que Dieu ait interdit aux Israélites de se prosterner devant toute image, pour la raison que nous avons rappelée[26], ni qu'il n'ait inspiré les apôtres de permettre ce culte aux chrétiens pour lesquels l'idolâtrie n'était pas à craindre comme elle était à craindre pour ceux-là. En effet, quel chrétien avez-vous jamais vu adorer une de ces images ? À Dieu ne plaise ! Quant aux Israélites, par contre, ils ont adoré le serpent de bronze que Moïse avait fait dans le désert et ils ont brûlé de l'encens en son honneur, jusqu'à ce que le roi Ézéchias l'ait détruit, comme il est écrit dans le livre des Rois. (2 R 18, 4) Mais Moïse et ses successeurs l'avaient préservé comme mémorial parce que Dieu était glorifié par lui. En effet, dans le désert, Dieu avait sauvé les Israélites qui regardaient le serpent de la morsure des serpents venimeux. Mais les Israélites ont cessé de glorifier Dieu à travers lui et dans leur faute ils l'ont adoré, même s'il leur avait été rigoureusement interdit d'adorer toute représentation ou image. Alors qu'est-ce qui serait arrivé s'ils avaient aussi obtenu permission sur ce point ?

18.6 Le cas de l'autorisation de répudier son épouse

Ceci n'est qu'un exemple parmi beaucoup dans les saintes Écritures qui montrent que Dieu avait établi ce type de règle pour les Israélites seulement par rapport à leur capacité à cette époque et pas selon sa volonté réelle. Comme le dit le Seigneur aux Scribes concernant la répudiation d'une épouse, ce que Moïse leur avait permis :

Alors Jésus leur dit : « C'est en raison de votre dureté de cœur qu'il a écrit pour vous cette prescription. Mais dès l'origine de la création Il les fit homme et femme. Ainsi donc l'homme quittera son Père et sa mère, et les deux ne feront qu'une seule chair. » (Gn 1, 27 ; 2, 24) Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Et bien ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le séparer. (Mc 10, 5-9)

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Chapitre 19 - Preuves scripturaires et rationnelles du caractère temporaire de quelques interdictions de l'Ancien Testament

Résumé : La justesse de ce raisonnement est fondée sur l'Écriture et sur des choses semblables prises de la raison.

19.1 Le témoignage d'Ézéchiel

Il y a une indication que les choses sont comme nous l'avons dit, c'est-à-dire que Dieu a établi des règles pour les Israélites, pas selon ce qu'il voulait, mais selon leur capacité. Elle se trouve dans les paroles du livre du prophète Ézéchiel : « Et j'allais jusqu'à leur donner des lois qui n'étaient pas bonnes et des coutumes dont ils ne pouvaient pas vivre. » (Ez 20, 25) Et peu avant, il dit : « Mais les fils se rebellèrent contre moi, ne se conduisirent pas selon mes lois, n'observèrent pas et ne pratiquèrent pas mes coutumes, que l'homme doit pratiquer pour en vivre. » (Ez 20, 21) Ne vois-tu pas qu'il dit de ces commandements qui n'étaient pas bons et de ses lois qu'on ne trouve pas la vie avec elles mais ailleurs qu'on trouve la vie avec elles ? Voici une comparaison entre Dieu et un roi terrestre.

19.2 Comparaison entre Dieu et un roi de la terre

En son comportement envers les Israélites, Dieu ressemble à un roi dont un fils qui voulait jouer tout le temps et le fils ne réussissait pas à se restreindre, pas parce qu'il ne pouvait pas, mais parce qu'il ne voulait pas. Il jouait avec les couteaux, mais son père craignait qu'un jour il se tue en se frappant avec un couteau. Le garçon cependant ne supportait absolument pas qu'on lui interdise de jouer. Ainsi, le père lui a dit : « Mon fils, ne joue pas avec un couteau, joue plutôt avec une balle. » Il tâchait ensuite de louanger le jeu à balle, de sorte que le fils s'y intéresse. Il est évident que le père ne voulait pas vraiment que son fils joue à la balle, mais qu'il laisse tout jeu et il se consacre aux lettres, au savoir, aux choses sérieuses et utiles. Alors, ce comportement du père envers son fils n'est pas bon en soi ; en effet, le fils oubliera le jeu une fois que sa maturité intellectuelle soit atteinte. De la même manière, Dieu se comportait avec les Israélites.

19.3 Les chrétiens ne sont pas assujettis à des interdictions temporaires

Ensuite, quant à ces bêtes de chrétiens parmi nous qui ne se prosternent pas devant les images des saints, elles ne peuvent pas se justifier en citant les paroles adressées aux Israélites : « Tu ne feras pas pour toi d'idole, ni de forme de quoi que ce soit, de ce qui est dans le ciel, en haut, ni de ce qui est sur la terre, en bas, ni de ce qui est dans les eaux, au-dessous de la terre. Tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne leur rendras pas un culte … » (Dt 5, 8-9) Car le mépris évident de Dieu face au prosternement devant ces images est semblable à son mépris des animaux qu'il déclare illégaux ; il affirme qu'ils sont impurs et qu'ils rendent impurs ceux qui les mangent. Il est clair dans les Écritures, pour celui qui sait comprendre, qu'il n'y a rien d'impur parmi toutes les choses que Dieu avait créées et qu'il a permis que soit appliqué le nom impureté à ce qu'il avait déclaré illégal pour quelque raison, pas parce qu'elles sont réellement impures. D'une manière semblable, Dieu rend clair dans les Écritures, à celui qui est doué d'intelligence, qu'il approuve le prosternement devant l'image de celui qu'il en digne, comme nous l'avons montré, et qu'il l'a déclaré horrible et qu'il l'a interdit non parce qu'il est répugnant en soi, mais pour une certaine raison.

19.4 Le développement de la loi selon le projet du salut

Si un juif dit que ce qui est permis Dieu ne le rend pas illégal, ni ne l'appelle impur, nous retournerons son argument contre lui et dirons : Alors, il ne permet pas ce qui est illégal ; il ne l'appelle pas bon non plus. Comment donc a-t-il pu permettre à Noé et à ses fils de manger chaque type de viande et comment, au début, a-t-il pu appeler bon ce que, après, il a déclaré horrible et impur ? S'il ne savait pas que les choses dont nous avons parlé étaient impures, alors (qu'il soit béni), il n'aurait pas de connaissance [parfaite] ni de discours conséquent, mais il vacillerait dans sa capacité de connaître. Que Dieu ne veuille pas qu'il soit ainsi. Mais notre affirmation correspond à la vérité : Dieu a méprisé certains animaux, ainsi que le prosternement devant des images, non parce que pour lui ils sont méprisables en soi, mais parce qu'il avait un projet, celui du salut dont nous avons parlé, pour les Israélites et à cause de leur immaturité. Comme le dit saint Paul dans la Lettre adressée à eux :

En effet, alors qu'avec le temps vous devriez être devenus des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous en êtes venus à avoir besoin de lait, non de nourriture solide. Effectivement, quiconque en est encore au lait ne peut goûter la doctrine de justice, car c'est un tout petit enfant : les parfaits, eux, ont la nourriture solide, ceux qui, par l'habitude, ont le sens moral exercé au discernement du bien et du mal. (He 5, 11-14)

Alors, les Israélites étaient encore enfants [même] après une longue période pendant laquelle ils avaient été instruits. Comment donc ne pas considérer croyable que Dieu leur ait seulement parlé comme on parle à de petits enfants, comme il les a appelés ? Comme une mère qui veut sevrer son enfant du lait maternel, elle appelle le lait par des noms horribles, pas parce qu'il mérite de tels noms, mais pour induire l'enfant à s'en abstenir et pour l'en éloigner, car à l'âge qu'il a atteint, le lait maternel ne lui convient plus. De la même façon, Dieu a appliqué des noms horribles au prosternement devant les images et aux animaux qu'il a déclarés illégaux, pas parce qu'ils méritent de tels noms, mais parce que ces choses ne convenaient pas aux Israélites à cette période de leur vie. Mais quand le temps a été accompli, le Christ notre Sauveur parle clairement dans son Évangile, d'une manière différente de celle dont il s'était anciennement servi dans la Loi, en disant à la foule : « Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme... » (Mt 14, 11) Et il a permis aux apôtres de se prosterner devant des images et il a dévoilé des choses qui étaient cachées aux anciens dans le mystère en allégories.

19.5 Conclusion

C'est pour nous une satisfaction d'avoir passé beaucoup de temps sur les témoignages des Écritures et de les avoir étudiés afin de prouver la justesse du prosternement devant les images des saints. Et il est certainement une bonne chose de n'avoir oublié aucune objection qu'un disputeur pourrait avancer comme preuve du contraire et d'en avoir apporté la réfutation pour qu'aucun chrétien ne ferme son cœur à ce prosternement extrêmement utile.

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Chapitre 20 - La liberté de l'homme de foi de désobéir aux commandements de Dieu

Résumé : La réfutation de celui qui affirme que Dieu ait le pouvoir de commander ceci et cela, mais qu'il n'appartienne pas aux hommes de contrevenir à des paroles claires de Dieu, [sauf] s'il leur a commandé de le faire. Mais nous avons déjà affirmé au début que bien que Dieu ait commandé ouvertement aux Israélites de ne faire aucune image, il a quand même ordonné à Moïse de faire les deux chérubins et le serpent; et en ce faisant, il a indiqué que, pour sa part, cette interdiction était un commandement qui n'était pas conforme à sa volonté ultime.

20.1 Les prophètes se sont prosternés devant des hommes

Quelqu'un pourrait dire peut-être : Dieu a le pouvoir d'imposer des commandements, tandis que les hommes n'ont pas l'autorité de contrevenir à ce que Dieu a ordonné, [sauf] si Dieu l'ordonne. Nous lui répondrons : Dieu a certes ordonné de ne se prosterner que devant lui, mais les prophètes se sont prosternés devant les hommes, sans que Dieu ne leur ait commande manifestement de le faire, car ils comprirent le sens des paroles de son interdiction.

20.2 David et Salomon ont fabriqué des images et des reproductions

Salomon, fils de David, a aussi fait beaucoup d'images dans le temple qu'il a construit en honneur de Dieu à Jérusalem : chérubins, taureaux, lions et d'autres, sans avoir été explicitement ordonné de les faire. En outre, le livre des Chroniques dit que David a donné à Salomon le modèle du temple et des objets pour l'intérieur dont il a indiqué le nom (1 Ch 28, 11-19) mais David n'affirme pas que ce soit Dieu qui lui a dit tout cela. Au contraire, il décrit le modèle à Salomon seulement selon sa capacité de comprendre. Ces deux prophètes ont fait ces choses seulement parce qu'ils ont compris le sens des paroles de Dieu, c'est-à-dire de ne pas faire une image de quelque chose. Ils savaient que cette interdiction n'était pas en accord avec sa volonté ultime.

20.3 David a mangé les pains d'oblation

David a aussi mangé les pains d'oblation, placés devant le Seigneur que personne, sauf les prêtres, ne pouvait manger, sans avoir été commandé par Dieu de les manger. (1 S 21, 5-7)

20.4 Les Maccabées ont permis des combats le jour du Sabaot

Les Maccabées se sont permis de combattre en leur propre défense le jour du Sabaot sans avoir reçu de Dieu le commandement de le faire. Maintenant personne ne peut dire que David ou les Maccabées se soient dispensés de l'obligation des commandements de Dieu et qu'ils les aient enfreints parce qu'ils étaient obligés. (1 M 1-2) Oui, il est vrai que le roi des Grecs Antiochos a torturé les sept Maccabées et leur vieux maître Éléazar, et il leur a imposé chaque type de torture, pour leur faire manger la viande de cochon, mais ils ne voulaient pas et ils sont morts sous les tortures. (2 M 6, 18-7, 41) Mais ces saints se sont dispensés des commandements de Dieu concernant cette période et le respect du Sabaot seulement parce qu'ils savaient que Dieu avait donné ce commandement au peuple seulement dans le cadre de son projet de salut, pas parce que Dieu pensaient que le commandement avait une validité permanente.

20.5 Les prophètes ont jeûné le Sabaot

Le Christ a aussi reconnu qu'ils comprenaient selon la vérité quand il a aboli l'observance et le temps du Sabaot, tandis que le Sabaot était communément considéré par les juifs comme une « joie », selon ce que dit le prophète Isaïe. (Is 58, 13) Alors, Moïse, Élie et Daniel ont jeûné le Sabaot, plutôt que de le célébrer comme une joie : le premier a jeûné pour quarante jours, deux fois ; le second, pour quarante jours, une fois ; et le troisième pour vingt-et-un jour. Alors, ces trois prophètes ont enfreint la prescription de la Loi, valide pour le peuple, sans un commandement de Dieu de le faire, parce qu'ils connaissaient le sens de la parole de Dieu. C'est que Dieu a fait du Sabaot une joie pour les juifs à cause de l'appétit de leur ventre. Il voulait les inciter à l'observer et ainsi en observant le Sabaot, ils reconnaîtraient leur Dieu, créateur du ciel et de la terre et ils n'adoreraient rien d'autre que lui. Comme il dit dans la Thora dans le livre de l'Exode des Israélites : « Et le Seigneur parla à Moïse en ces termes : ‘‘Toi, donne cet ordre aux fils d'Israël en disant : ‘Veillez à garder mes sabbats : c'est un signe auprès de moi et chez vous, pour vos générations, afin que vous sachiez que je suis le Seigneur, qui vous sanctifie.''' » (Ex 31, 12-13) Et il continue un peu plus loin : « Les fils d'Israël garderont les sabbats, pour les pratiquer au long de leurs générations : alliance perpétuelle. Chez moi et les fils d'Israël, c'est un signe perpétuel, car en six jours le Seigneur fit le ciel et la terre, et le septième jour, il se reposa et s'arrêta. » (Ex 31, 16-17)

20.6 Le prophète Élie a sacrifié hors du temple de Jérusalem

Ainsi Élie a enfreint la loi en offrant un sacrifice à Dieu à un endroit hors du temple de Jérusalem et en le préparant selon une coutume différente de celle écrite dans la loi (1 R 18, 30-35), sans que Dieu ne le lui ait ordonné, car Élie connaissait le sens des mots de Dieu dans la loi : c'est-à-dire que Dieu a interdit aux Israélites d'offrir des sacrifices en n'importe quel lieu seulement parce qu'ils avaient l'habitude de sacrifier aux démons. Comme il est dit dans le livre de Lévitiques : « Et tu leur diras : Un homme, tout homme des fils d'Israël et des fils des immigrants installés parmi vous qui sacrifiera un holocauste ou une offrande, et qui ne le portera pas à la porte de la tente du témoignage pour le sacrifier au Seigneur, cet homme sera retranché de son peuple. » (Lv 17, 8-9) Et juste avant, il dit : « Et ils n'offriront plus leurs offrandes aux êtres vains auxquels en s'attachant à eux ils se prostituent. » (Lv 17, 7) De cette manière, Dieu a également restreint les sacrifices des Israélites à la sainte Demeure, afin que, lorsqu'il l'aurait démolie par les mains des Romains après la venue du Christ, leurs sacrifices, ayant été abolis, seraient abominables aux yeux de Dieu, comme savent bien les connaisseurs des Écritures. Ainsi, le prophète Élie, en connaissant ces motifs, a enfreint la loi qui avait été donnée au peuple, sans que Dieu ne le lui ait ordonné. D'une manière semblable, les saints aussi, en faisant des images et des reproductions, ont ouvertement enfreint la loi : « Tu ne feras pas pour toi d'idole, ni de ressemblance […] et tu ne te prosterneras pas devant eux et tu ne leur rendras pas un culte... » (Ex 20, 4-5)

20.7 Conclusion

Alors, que peut-il nous répondre, celui qui affirme que Dieu a le pouvoir de donner des ordres mais que les hommes ne peuvent pas s'y opposer ouvertement sans son ordre ? En effet il a vraiment été montré que les saints, en connaissant les raisons de l'agir de Dieu, ont ouvertement enfreint ses ordres, n'ayant pas pourtant reçu d'instructions en ce sens. Tout ce que j'ai dit montre que le prosternement devant les images des saints est un devoir pour tous ceux qui connaissent les Écritures de Dieu.

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Chapitre 21 - L'homme dont l'image de Dieu est déformée en lui ne mérite pas d'honneur

Résumé : Réponse à celui qui affirme : Si vous approuvez le prosternement devant l'image de celui qui est digne d'honneur, alors vénérez-moi aussi, parce que je suis l'image de Dieu. Il y en a aussi qui disent : Si les images des saints méritent que l'on se prosterne devant elles pour les honorer, alors je dis, prosternez-vous devant moi aussi, car moi, je suis l'image de Dieu.

21.1 L'homme pécheur est une image déformée de Dieu

Nous lui répondons: Tu as défiguré l'image de Dieu en toi. L'image de Dieu ressemble à une princesse, la plus belle des créatures dont l'image était la plus belle des images. Mais un homme a pris cette image pour cible et il en a effacé les yeux, en a coupé les oreilles et le nez, en a amputé les pieds, en a coupé les doigts des mains, en a noirci la couleur et l'a défigurée à tel point qu'elle est devenue une image horrible. Ou elle ressemble aussi à de la cire dans laquelle une très belle représentation était modelée, reproduisant exactement [les traits de] la fille du roi, mais un homme l'a prise et il l'a transformée en image d'un cochon. Et comme la cire peut être déformée si la représentation gravée en elle est transformée, ta nature peut aussi être déformée, à cause de la liberté, et si tu veux, elle peut être l'image de Dieu, ou, encore si tu veux, elle peut devenir une image d'un démon ou d'une bête. Dis-moi donc, si ces reproductions avaient été présentées à toi, après avoir connu la fille du roi, n'aurais-tu pas dit : Rien ne ressemble à la fille du roi ? Sur ceci il y n'a pas doute. D'une manière semblable, aussi, tu refuses de ressembler à Dieu en tes qualités, la magnanimité et le pardon, la miséricorde et la justice, en t'éloignant de la voie du savoir et des actions louables, semblables à celles que nous avons rappelées. Tu restes plutôt attaché à leurs opposées, afin de ressembler à un démon ou à une bête et à toi nous disons : Tu n'es pas l'image de Dieu.

21.2 Les saints sont à honorer parce qu'ils sont habillés de l'homme nouveau

Donc, nous ne nous prosternerons pas devant toi comme nous faisons devant les saints ou devant leurs images, lesquels saints ont conservé en eux l'image de Dieu parce qu'ils se sont déshabillés de l'homme vieux avec toute sa conduite, comme le dit saint Paul, et ils se sont revêtus de l'homme nouveau qui se renouvelle en le rendant semblable à son créateur. Ces saints-là, tu peux bien voir comme nous nous prosternons devant eux, même devant leurs os après leur mort, parce qu'ils sont devenus vases de l'Esprit Saint, et ce dernier ne les abandonne pas ni en vie, ni après mort.

21.3 Les miracles des restes mortels du prophète Élisée

Il y a un témoignage en le prophète Élisée, dont les os, après sa mort, ont ressuscité un mort. (2 R 13, 21) Et les chrétiens possèdent toujours ces reliques qui sont une source d'un chrême sacré qui en coule et qui guérit les lépreux, comme nous l'avons vu avec nos propres yeux. Ces saints os se trouvent dans un village nommé Salqin, dans la région d'Antioche, et ailleurs. Ceci correspond aux autres prodiges qu'aujourd'hui nous voyons opérés par les os des saints et ceux qui sont sages comprennent que l'Esprit Saint habite en eux.

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VI - L'ARGUMENTATION RATIONNELLE SUR LE LIEN ENTRE L'IMAGE (LE TYPE) ET LE PROTOTYPE (LA PERSONNE REPRÉSENTÉE)

Chapitre 22 - La valorisation de la matière

Résumé : La raison atteste que la matière, avant qu'y soit apposé un signe d'écriture ou une image, n'a pas pour nous la même importance qu'après [avoir reçu l'écriture ou l'image]. Avec ceci, nous réfutons les justifications que les ignorants, essayant de tirer des prétextes des saintes Écritures, déduisent d'elles. Maintenant nous voulons nous servir de la raison pour considérer l'image et pour comprendre si l'honneur ou le mépris dont elle est objet apporte joie ou tristesse à la personne représentée [au prototype].

22.1 L'argile qui porte le sceau du roi

Il faut que ceux qui considèrent ce sujet sachent [oui ou non] si la matière, lorsqu'y est apposée une inscription ou une image, a pour les hommes la même importance qu'avant [d'avoir reçu l'écriture ou l'image]. La preuve se trouve dans le fait que le roi pourrait apposer sur de l'argile un sceau qui libère cent mille hommes, déjà condamnés à la peine capitale. Alors, considérée en elle-même, l'argile ne vaut rien, mais quand le sceau du roi y est apposé, un sceau qui signifie le salut de tant d'hommes, sa valeur est incalculable. C'est la même chose pour une feuille de papier, où est écrit l'ordre dont nous avons parlé, lorsque le roi y appose sa signature.

22.2 La matière sur laquelle est écrite la Parole de Dieu

Que celui qui a des doutes sur le sujet réfléchisse sur les tables de la loi de Dieu qui étaient de pierre. Mais quand la main du Seigneur y a apposé des signes d'écriture, les pierres ont reçu le plus haut honneur qu'elles puissent recevoir de Dieu et des hommes. La Torah et l'Évangile sont écrits ainsi sur parchemin, mais avant d'y écrire la Parole de Dieu, les feuilles ne méritent l'honneur de personne. Mais quand la Parole sainte y est écrite, elles sont l'objet de la plus haute estime et du meilleur honneur, de façon que, si un homme osait les brûler ou les piétiner, ne croyant pas à ce qui y est écrit ou le méprisant, il mériterait la mort aux yeux de ceux qui croient. Et ceci est connu à tous.

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Chapitre 23 - L'honneur ou le mépris rendus à l'image atteint la personne représentée [le prototype]

Résumé : Reproche fait à celui qui dit que l'honneur ou le mépris fait à l'image du Christ, notre Dieu, n'apporte pas de joie, ni respectivement de tristesse, au Christ, comme [l'honneur ou le mépris fait à] l'image du père et de la mère nous apporte par contre joie ou douleur.

23.1 L'image du Christ à Édesse

Quant à l'image du Christ notre Dieu, incarné dans le sein de la Vierge Maria, nous rappelons ici parmi ces images celle que l'on honore en se prosternant devant elle dans notre ville bénie d'Édesse, spécialement à certains moments de fêtes et de pèlerinages qui lui sont dédiés. Alors, si un chrétien se refuse de se prosterner devant elle, je voudrais beaucoup représenter son père sur la porte de l'église de l'image du Christ. J'inviterais ensuite tous ceux qui se prosterneraient devant l'image de Christ, en sortant de l'église, à cracher sur l'image de son père, spécialement si ce dernier avait dit à son fils de ne pas se prosterner devant la sainte image. [Je voudrais] savoir si cet homme s'en fâcherait ou non. Mais il est sûr que le fils aurait envie de repayer celui qui se serait ainsi comporté envers l'image de son père, jusqu'à même le tuer. Nous dirions ceci à cet homme : Si la colère qui te prend à cause du mépris rendu à l'image de ton père te fait arriver à un tel point, sache que l'honneur rendu à l'image du Christ apporte à lui la joie, d'une manière semblable. Et il récompensera avec beaucoup de bien celui qui se prosterne devant son image, une récompense équivalente au mal que tu ferais à celui qui aurait craché sur l'image de ton père, mais le Christ sera encore plus bienveillant, selon la mesure de sa magnanimité qui transcende tout entendement.

23.2 Celui qui méprise une image insulte la personne représentée [le prototype]

Supposons, par exemple, que l'on accuse publiquement, mais à tort, la mère d'un roi d'avoir commis l'adultère avec un pauvre va-nu-pieds ; en outre, que le peuple connaisse les traits habituels de la mère du roi et ceux de l'homme avec qui elle est accusée à tort d'avoir eu des relations intimes ; encore, qu'un homme représente sur un tableau la mère du roi dans l'acte sexuel avec ce pauvre va-nu-pieds et que l'artiste expose l'image dans la ville en la portant sur les places publiques et dans les rues, avec l'intention de diffamer la reine, que croyez-vous que le roi ferait de lui ? Le roi ne réduirait-il pas cet homme sans aucun doute en morceaux ? Et si l'artiste qui a peint cette image allait s'excuser auprès du roi en disant : « Je n'ai rien fait à ta mère, mais seulement à un tableau et avec des couleurs », il ne ferait qu'augmenter la colère du roi contre lui à cause de l'insolence et de la provocation à son raisonnement.

23.3 Conclusion

Donc, le Christ notre Seigneur, Roi céleste, honorera celui qui répand [la renommée de] son image et qui se prosterne devant elle, comme il réprimandera d'une manière semblable celui qui méprise son image et il éloignera de son royaume celui qui refuse par insolence de se prosterner devant elle, comme nous l'avons dit.

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VII - LA CONCLUSION

Chapitre 24 - Récompense promise à ceux qui se prosternent devant les images

Résumé : Les chrétiens qui représentent le Christ et les saints dans leurs églises et qui se prosternent devant leurs images accomplissent un acte de bienveillance envers le Christ, et méritent de lui la meilleure récompense. Mais, par contre, celui parmi eux qui abandonne cette pratique se prive de ce que les autres méritent du Christ. Sachez, mes frères, que les chrétiens ne se montrent en rien plus bienveillants envers le Christ que lorsqu'ils le représentent dans leurs églises et qu'ils se prosternent devant son image, surtout lorsqu'ils le représentent honteusement crucifié.

24.1 Le Christ, le roi humble

Voici une parabole : un roi gouvernait le monde entier et sa sagesse était telle que toute autre sagesse semblait ignorance, par rapport à la sienne. Il était la créature la plus glorieuse et la plus sublime. Il s'habillait de pourpre, il avait la tête ceinte d'une couronne étincelante ; il avait une beauté supérieure à toute autre beauté dont la brillance dépassait toute brillance, que personne ne pouvait regarder directement. Beaucoup hommes se dévouaient à lui et ils recouraient à lui en cultivant son amour et en lui rendant le plus grand honneur. Alors, ce roi, dans sa sagesse, a conçu un projet qu'il voulait réaliser, le cachant pourtant de ceux qui l'entouraient. Il s'est déguisé, a ôté la pourpre, a enlevé la couronne de sa tête, est descendu du trône et s'est revêtu d'un vêtement méprisable, lâche et usée. Il s'est livré à ses ennemis, qui l'ont frappé, l'ont honteusement outragé, l'ont soumis à toute infamie, se sont moqués de lui, se sont réjouis de son mauvais sort, l'ont raillé et l'ont injurié criant à haute voix. Après tous ces événements, presque tous ceux qui s'étaient réfugiés auprès de lui, déçus, l'ont abandonné. Il en restait par contre certains qui ont maintenu leur amour qu'ils prétendaient avoir pour lui. Ils persévéraient avec lui dans son infamie, en marchant avec lui pendant qu'il était soumis à l'outrage honteux de ses ennemis. Et ces derniers ont calomnié ses compagnons en disant : « Ô malheureux, n'avez-vous pas honte d'appeler celui-ci votre roi ? ». Mais ses fidèles amis ont crié à haute voix : « Nous n'avons pas de roi, ni de seigneur, ni joie autre que celui-ci. » Ensuite, eux aussi, ils étaient crucifiés avec lui, en supportant sa même infamie, en partageant ses souffrances, jusqu'à qu'il ait accompli son projet secret et ait récupéré son royaume, la joie et la splendeur. Le roi, une fois toutes ces choses accomplies, ne convoquera-t-il pas ses fidèles amis en sa présence et ne mettra-t-il pas tout son royaume à leurs pieds en disant : « Vous qui avez partagé avec moi mon humiliation, à vous sera accordée ma joie. Par ma foi, vous êtes les chers amis et dans votre amour il n'y a pas de duperie ; vous m'honoriez quand je régnais, pas pour l'amour des biens que vous auriez pu obtenir de moi, mais par tout l'amour de cœur que vous avez pour moi. »

24.2 La récompense de celui qui n'est pas scandalisé par la croix

On peut dire la même chose pour nous les chrétiens qui représentons dans nos églises le Christ honteusement crucifié. Si quelqu'un le voit et nous dit : « Ô malheureux, n'avez-vous pas honte d'avoir celui-là pour votre Dieu ? », nous dirons à forte voix : « Celui-ci est notre Sauveur, notre espoir et notre joie » et, selon la mesure de sa magnanimité, il nous donnera lui-même une récompense, pas inférieure à celle réservée aux martyrs, s'il n'exagère pas en ce qu'il dit de ceux qui se glorifient de sa croix et de son humiliation [en confessant] devant des rois. (Ga 6, 14 ; Mt 10, 18) Tandis que ceux qui ont honte de son image, se détournent d'elle et refusent de se prosterner devant elle, ceux-là n'auront pas cet honneur que grâce à sa miséricorde nous obtiendrons. Un tel comportement leur privera de ce qu'ils pourraient autrement mériter s'ils avaient partagé l'humiliation du Christ et les autres conséquences de celle-ci, car en méprisant son image, ils apportent mépris à lui-même.

24.3 Comme nous pouvons être généreux avec le Christ

Puis personne ne peut nous condamner si nous affirmons que nous sommes généreux envers le Christ. En effet, l'Écriture de Dieu dit : « Qui donne aux pauvres prête à Dieu. » (Pr 19, 17) Alors, puisqu'il est possible de prêter à Dieu, il est ainsi possible d'être généreux envers lui.

24.4 La croix du Christ est le plus grand scandale pour les musulmans

Si quelqu'un dit que les étrangers nous reprochent aussi pour la croix du Christ sans avoir vu ces images, qu'il sache que la plus grande partie de ceux-ci - s'ils entraient dans nos églises et si ces images ne s'y trouvaient pas - ne penseraient même pas à ce que nous venons de dire. Mais ce sont vraiment ces images qui les poussent à nous reprocher. Nous qui mettons de telles images dans nos églises, nous ressemblons aux compagnons d'un roi qui, en connaissant bien son excellence, se glorifient de ce qui est cru être sa plus grande humiliation tandis que les autres se glorifient des qualités les plus nobles de leur roi. Puisque ses fidèles amis se réjouissent de leur roi et l'admirent énormément, ils dessinent le signe de son humiliation sur leur visage, sur leurs mains et sur leurs vêtements, en s'exposant à cause de lui à la moquerie de ceux qui le raillent. C'est, par contre, la joie de ceux-là de montrer clairement le signe horrible, lequel est vu par les plus sensés comme quelque chose de honteux, jusqu'à ce que leur amour pour lui, qui est plus luisant que le soleil, soit complété. Alors ils obtiendront le plus complet bonheur, que lui, il veut accorder à tous les hommes. Et il est inestimable combien ce comportement augmentera leur importance auprès du roi.

24.7 Conclusion du chapitre

Béni donc est celui qui fait une image de notre Seigneur et qui se prosterne devant elle, pour la raison que nous avons dite. Et béni est celui qui fait des images des saints, en se prosternant devant elles en signent d'honneur, en reconnaissant leurs exploits, pour solliciter leur intercession et pour les imiter. Malheur à celui qui abandonne cette pratique.

24.8 Conclusion du traité

Accepte, ô frère Jean, cette offre de notre petitesse. Que notre récompense de t'avoir obéi soit que tu te souviennes toujours de nous dans tes prières, et que tu demandes au Christ de stimuler notre intelligence par l'Esprit Saint, d'inspirer en nous la connaissance de sa nature divine et humaine, de l'unité de sa personne, ainsi que la vénération de l'image de son incarnation et des images des saints. Qu'il nous transforme en vérité en image de lui afin qu'ici, elle soit bien visible en nous, comme dans un miroir clair. Qu'il nous amène de ce monde jusqu'à la demeure des saints afin, un jour avec eux, de le voir face à face et nous réjouir de sa splendeur sans fin. À lui soient la gloire, l'honneur, la majesté et la révérence, avec son Père et son très pur Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

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BIBLIOGRAPHIE

Le texte arabe

Dick, Ignace, Thédore Abuqurra, Traité du culte des icônes, Patrimoine arabe chrétien 10, Rome et Jounieh, 1982.

Traductions

Arendzen, Johannes, De cultu imaginem libellus a codice Arabico nun primum editus Latine versus illustratus, Bonn, Typis Caroli Drobnig, 1897.

Graf, G., Die arabischen Schriften des Theodor Abu Qurrah, Bischofs von Harran, Paderborn, 1910.

Griffith, Sidney H., A Treatise on the Veneration of the Holy Icons, Louvain, Peeters, 1997.

Pizzo, Paolo, Teodoro Abu Qurrah, Difesa delle icone. Trattato sulla venerazione delle immagini, Milan, Bibliothèque Vicino Oriente, 1995.


Notes

[1] Il s'agit de Rawh al-Qurasi - la translittération exacte du nom - baptisé avec le nom d'Antonio.)

[2] Le texte arabe dit littéralement : « les saints ont fait le signe de la croix par le Saint-Esprit » Par cette tournure, Abu Qurrah voulait dire, au sens figuré, que les saints, les chrétiens, en faisant ce geste corporel, obtiennent par la croix la force de Dieu pour imiter le Christ, donc notre traduction « ils se fortifiaient ».

[3] C'est-à-dire les juifs et les musulmans.

[4] Texte difficile et obscure.

[5] Cette introduction existe dans le texte arabe de Dick et éclaircit la réponse de notre auteur, mais elle est omise de la traduction anglaise de Griffith et de l'italienne de Samir : « Une réponse principale Les objections des non chrétiens ne méritent pas notre considération parce que le christianisme dépasse l'entendement des non croyants. Si on considère les contestations des étrangers, alors obligatoirement on doit refuser les mystères les plus majestueux du christianisme. Pourquoi accepte-t-on les grands mystères du christianisme, que refusent ceux qui ne sont pas chrétiens, et s'affecte-t-on de leurs objections contre la vénération des images? »

[6] Il suit une introduction au paragraphe suivant, incluse dans le texte de Dick, mais omise dans les traductions : « Les mystères de la Trinité, de l'incarnation et de la rédemption, ce sont une divagation aux yeux des étrangers ».

[7] Cette phrase n'existe que dans quelques manuscrits : « Les effets des deux sacrements, l'eucharistie et le baptême, dépassent la compréhension de ceux qui ne sont pas croyants. »

[8] Introduction au paragraphe suivant, omise dans certains manuscrits : « Donc, les principes fondamentaux du christianisme sont des sottises aux yeux de ceux qui ne croient pas. »

[9] Il semble qu'il y ait trois « interlocuteurs » présents dans ce chapitre : les chrétiens, les étrangers (les juifs et les musulmans), et les sages de ce monde (ceux qui ne croient qu'à ce que la raison humaine peut prouver). L'argument procède comme ceci : les étrangers rejettent certaines doctrines chrétiennes parce qu'elles sont, selon eux, fantastiques et irrationnelles. Par contre, les sages de ce monde, en leur tour, critiquent les juifs et les musulmans parce qu'ils acceptent des choses « fantastiques et irrationnelles » de l'Ancien Testament, mais ces derniers ne prennent aucune considération de ce que disent les sages contre leur propre foi. De deux choses, l'une : soit les étrangers devraient rejeter certains éléments de leur foi contenus dans l'Ancien Testament, soit ils devraient cesser d'accuser les chrétiens de croire à des choses « fantastiques et irrationnelles ». Pour l'argumentation, Abu Qurrah place les trois groupes comme ceci :

les chrétiensles étrangersles sages de ce monde
Doctrines « fantastiques et irrationnelles »Choses « fantastiques et irrationnelles » dans l'Ancien TestamentContre tout ce qui est « fantastique et irrationnel » n'acceptant que ce que la raison humaine peut prouver.

Les étrangers se servent contre les chrétiens d'un argument dont les sages de ce monde peuvent se servir contre les étrangers. Dans les mains des étrangers, c'est un argument, une épée, à double tranchant. En coupant les chrétiens, ils se coupent eux-mêmes. Les étrangers devraient abandonner l'argument des « choses fantastiques et irrationnelles » et en trouver d'autres que les adversaires et des chrétiens et des étrangers - les sages de ce monde - ne peuvent pas tourner contre eux.

[10] Pourquoi ? Peut-être parce que sans l'Ancien Testament comme base, comme préparation, comme lien avec l'histoire, la proclamation de l'incarnation et des autres doctrines chrétiennes aurait donné l'impression d'être tombée de nulle part, d'être une nouveauté. Mais pour le monde antique, le nouveau avait peu de valeur ; seulement ce qui était ancien avait du prestige.

[11] Les chrétiens qui désavouent les images et le prosternement devant elles.

[12] Autrement dit, s'il rejette les images et le prosternement devant elles parce qu'il ne trouve pas de preuve dans la Bible, ...

[13] Il a été exilé cinq fois pour sa défense du concile de Nicée, 325.

[14] Attribué à tort à saint-Athanase : PG 28, 621 ABCD.

[15] Abu Qurrah ne cite pas la dernière phrase : « c'était naturel, car les anciens avaient coutume de les honorer de cette manière sans arrière-pensée comme des sauveurs, selon l'usage païen qui existait chez eux. » (Sources Chrétiennes 41, Gustave Bardy, trad., Paris, Les Éditions du Cerf, 1955 p. 192.)

[16] Discours 38 : Sur la Théophanie 17, Sources Chrétiennes 358, trad. Paul Gallay, Paris, Les Éditions du Cerf, 1990.

[17] C'est intéressant qu'Abu Qurrah semble remplacer les prophètes, qui ont disparu après la période apostolique, par les thaumaturges, les apôtres gardant naturellement la première place ; sa hiérarchie est donc celle-ci : apôtres, thaumaturges et docteurs.

[18] Il [Abu Qurrah] comprend ici une connexion réelle, même si pas matérielle, entre les images et le prototype. » Samir, le traducteur italien, note 245, p. 113.

[19] Texte arabe : « Je ne me suis réconcilié avec eux que grâce à toi. »

[20] Une autre version : « Nous avons entendu dire que son arche était à Ephrata. »

[21] Voir le début du chapitre.

[22] Voir chapitres 7 et 8.

[23] Il s'agit de Rawh al-Qurasi - la translittération exacte du nom - baptisé avec le nom d'Antonio.)

[24] Note 1 de Graf, Scriften, p. 316 : « Manifestement, il s'agit de la pierre que l'on appelle Eben satja, à laquelle les juifs rendent une vénération superstitieuse. Abu Qurrah livre ici un témoignage intéressant de cette tradition. Le pèlerin de Bordeaux connaît déjà en l'an 333 la vénération de cette pierre sur la place de l'ancien temple (Itinerarium a Bordigala Hierosolymja usque : ‘‘La raison pour la vénération de cette pierre liée à la lamentation et au deuil s'est trouvée dans le fait qu'elle était considérée comme un vestige du temple (cf. le mur de lamentation actuelle).'' Le traité du Mishna, Joma c. 5, v. 2, en parle également : ‘‘Là, une pierre était depuis les jours des premiers prophètes, et la pierre était une pierre de fondation. Elle était haute trois doigts sur la terre, et sur elle (le grand prêtre) a offert l'offrande de l'encens.'' Les rabbins expliquaient que la pierre s'appelait ‘‘pierre de la fondation'', parce que Dieu y a fixé le milieu du monde ou le centre de la terre. Selon d'autres, Dieu a crée de lui, pour ainsi dire, toute autre chose ; selon encore d'autres, le créateur a bouché avec elle l'ouverture du grand gouffre à l'époque primitive. Abu Qurrah a à l'esprit ces explications rabbiniques sur l'origine de la pierre, lorsqu'il laisse les juifs justifier leur vénération par une référence à l'origine de la pierre au Paradis. La crainte d'honorer cette pierre, en réalité ce rocher, est passée aussi chez les musulmans qui supposent qu'elle est accrochée dans l'air, disant que sous elle il y a un réservoir ou une caverne, dans lequel coulait le sang des animaux de l'holocauste sacrifiés sur l'autel qui était là. Aujourd'hui, le dome du rocher ou la mosquée d'Omar forme la voûte sur elle. »

[25] Note 2 de Graf, Scriften, p. 316 : « À ce temps-là [d'Abu Qurrah], les musulmans ont interdit aux juifs l'accès à cette pierre ou au moins le leur ont rendu difficile. »

[26] Leur penchant pour l'idolâtrie.

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