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Réfutation et destruction des arguments d’Eusèbe et d’Épiphanide, sottement avancés contre l’incarnation du Christ notre Sauveur[1]

Nicéphore de Constantinople

Chapitre 1

Épiphanide faisait partie de l’hérésie des docètes et de l’impiété des manichéens

D’un côté, le titre d’un des textes qui [m’] ont été apportés montre clairement le nom Épiphane, porteur de Dieu et guide de l’Église des Chypriotes, mais de l’autre côté, le corps de l’ouvrage introduit manifestement des éléments de l’hérésie trompeuse des docètes ainsi que la pensée de l’impiété des manichéens. Cela n’a rien d’étonnant puisque les hérétiques aiment bien porter des masques étrangers — ils en ont l’habitude — et feindre la piété afin de pouvoir attirer les plus simples ou les plus ignorants par de plausibles apparences. Ainsi donc, les disciples d’Apollinaire, déraisonnable et insensé qu’il était, et encore plus ceux d’Eutychès, haï de Dieu, falsifièrent certaines déclarations des saints pères et entraînèrent quelques-uns avec eux pour établir leur doctrine abominable. Tel fut le cas du grand Grégoire le Thaumaturge, d’Athanase, digne de louange, et certes aussi de Jules, qui avait été désigné hiérarque de l’Église des Romains. Ceux qui s’enquièrent de ces questions démasquent facilement la ruse et la fourberie de ces disciples.

Néanmoins, il est certain qu’ils [falsificateurs, les iconoclastes] proposent [maintenant] un testament qui donne des prescriptions aux citoyens. « Épiphane » y recommande de ne pas placer des images dans les églises ni dans les cimetières.

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Chapitre 2

Le grand Épiphane, évêque de Chypre, réfute toutes les hérésies dans ses écrits

[1er argument] Il est évident que le Testament n’est pas d’Épiphane.

D’abord, l’auteur, qui a des opinions ariennes, croit ce qui s’accorde avec Eusèbe. Mais Épiphane s’opposait à toutes les hérésies, et encore plus à la folie d’Arius. Je dirais que ceci n’échappe à personne doué d’intelligence.

[2e argument] Deuxièmement, Épiphane termina son existence en rentrant de Byzance, chez lui. C’est clairement indiqué dans sa Vie qu’à ce moment-là, précisément pendant le voyage, Épiphane conseille ses disciples, leur enseignant les éléments de la vie supérieure. Dans ses conseils, il ne dit rien à ses concitoyens ; de même, il ne dicte pas de testament dans lequel il mentionne des choses défendues par l’Église. Mais si nous confessons — précisément comme nous le confessons et le croyons — qu’extraordinaire est la grâce que Dieu donne aux saints de prévoir la fin de leur vie, nous devrons recevoir les prescriptions contenues dans un tel testament. Si, à un autre moment, Épiphane avait rédigé un [tel] testament, il se serait complètement écarté de la grâce. Ce serait même absurde de le dire tant il est vrai que l’homme se montrait théophore par la pureté de sa vie et par la force de ses miracles.

[3e argument] Ensuite, il semble qu’Épiphane ne recommande une telle chose nulle part dans ses œuvres qui sont véritablement reçues dans l’Église comme authentiques. Certainement, il écrivit beaucoup sur les images et les idoles des anciens, et sur le fait qu’on les trouve dès le début parmi les nations. S’il avait eu un tel point de vue et s’il avait vu, à l’égard de la divine piété, l’Église du Christ faire fausse route sur le culte des divines images — lui, plus que tout autre, avait un grand zèle pour ces questions — Épiphane se serait mis à écrire pour corriger l’Église et il aurait composé un grand nombre de telles œuvres. Car, en ce qui concerne le mal, la dernière chose [l’idolâtrie] est la pire et la plus impie de toutes les hérésies. Mais, comme la parole véritable témoigne, l’Église catholique et apostolique n’a pas fait fausse route et elle ne s’est jamais livrée à la souillure des idoles. Et Épiphane voyait plus clairement que tous que le Saint-Esprit ne peut mentir. C’est l’Esprit qui, parlant par les prophètes et par à peu près toutes les Écritures inspirées par Dieu, annonçait que le Christ Sauveur de nous tous apparaîtrait aux hommes sur la terre dans la chair non seulement pour faire cesser l’adoration des idoles, mais aussi pour faire disparaître de la terre le nom de leurs idoles, comme le savent ceux qui ont appris à connaître les voix prophétiques.

[4e argument] Épiphane aurait dû écrire de telles choses surtout lorsqu’il donnait des explications contre l’hérésie des carpocratiens alors que cette hérésie, pire que toutes, est née au début de la divine prédication. Voici ce qu’il a écrit, entre autres : « Les carpocratiens se sont donné le nom de chrétiens. Satan avait préparé ceci afin de scandaliser les nations et de les détourner du secours de la sainte Église de Dieu et de la véritable prédication, par l’œuvre inique des carpocratiens. » [Panarion 27, 3, 3] À partir de ce moment, ils avaient confiance à cause du nom usurpé de chrétiens.

Voilà pourquoi ils ont des images du Christ faites de plusieurs sortes de matières. Ils disent que ces images sont de Jésus, fabriquées par Ponce Pilate, lorsque Jésus vivait parmi les hommes. Ils ont aussi des images des philosophes Pythagore, Platon, Aristote et d’autres. Et après les avoir érigées, ils les adorent. Et ils célèbrent les mystères des nations. [Panarion 27, 6, 9]

Cependant, dans son œuvre, Épiphane ne dit rien à propos de la question qui nous occupe maintenant. Il ne demande pas non plus de jeter les images sacrées hors des saintes églises, ni d’endommager ces églises elles-mêmes ou les saints autels. Mais au contraire, si quelqu’un veut vraiment étudier cette question, il verra clairement qu’Épiphane non seulement ne dit rien pour réfuter l’enseignement chrétien, mais plutôt il le prouve davantage. Car en disant que les carpocratiens se sont eux-mêmes donné le nom de chrétiens, Épiphane soutient l’avis que placer ces vénérables images [dans les églises] est une pratique chrétienne. Puisque les carpocratiens voyaient que des symboles [images] étaient propres aux chrétiens et à leur culte, ils s’efforçaient de se montrer chrétiens afin de convaincre beaucoup par la présence des images. Voilà pourquoi il est connu à tous et évident pour tous que les paroles avancées ne sont pas de saint Épiphane, mais d’un disciple de ceux qui ne reconnaissent pas la divine incarnation et qui imaginent sottement que l’incarnation ne se serait produite qu’en apparence. Car on ne voit pas, dans les choses qu’Épiphane a écrites, quelqu’un qui rejetait la production des images, mais quelqu’un qui reconnaissait plutôt le double caractère de l’image : d’une part, ce qui est selon la nature ; d’autre part, la représentation faite par les couleurs.[2] Et pour cette raison, Épiphane, en reconnaissant ce double caractère d’une image, acceptait qu’on modèle les choses et les personnes en vue de [en produire] l’image et que la copie [existe] par l’imitation de ce que voient les yeux.

[5e argument] Voici un autre point : même jusqu’à aujourd’hui, nulle part dans le diocèse d’Épiphane, les articles de ce testament impie ne se sont jamais fait voir, et l’écrit lui-même n’y a jamais été reçu.

[6e argument] Et ici se rencontre l’argument le plus convaincant de tous : depuis l’origine des temps, et même encore de son temps — selon la Vie du très saint Épiphane — et jusqu’à maintenant, toutes les églises [de Chypre] consacrées à Dieu brillent d’éclat par la parure de l’imagerie sacrée. Là-bas, aucun prêtre, aucun homme n’ont jamais entendu parler d’une telle prédication.

[7e argument] Mais si l’on juge ce qui est douteux par ce qui est accepté de tous, examinons ce que saint Épiphane expose au sujet de l’économie du Sauveur dans son livre qui s’appelle Ancoratus. Tous sont d’accord que ce livre est authentique et fait partie de ses œuvres véritables. Il y dit ceci :

Car le Fils unique est venu et a assumé ce qui est compris dans l’homme, le fait d’être homme et tout ce qui se rapporte à l’homme, afin que dans l’homme parfait, lui qui est Dieu, accomplisse entièrement la totalité du salut. Il n’a rien négligé qui appartienne à l’homme afin que la partie négligée ne devienne pas à son tour et de nouveau la nourriture du diable.[3]

Si donc aucune partie de l’homme n’a été oubliée — et le corps fait partie de l’homme — il convient au corps surtout d’être dessiné et représenté, car si l’on ne dessine pas le corps, ce n’est pas un corps. Puisque donc le Christ portait notre corps, il est absolument nécessaire de le dessiner et de le représenter corporellement. Ceci est l’enseignement du docteur porteur de Dieu. Et si l’on affirme que ce texte et l’opinion exprimée ici sont d’Épiphane, les autres opinions leur sont tout à fait étrangères parce qu’elles les contredisent, car l’auteur du testament n’affirmé pas que le Christ a pris en vérité un corps ; il affirmait que le Christ est apparu seulement dans la forme et selon l’apparence d’un corps. Par des citations d’Épiphane, nous montrerons ceci avec encore plus de force. Il ne faut pas prêter attention aux questions de langage si l’on trouve des éléments de style communs entre les œuvres d’Épiphane et le document, car ce dernier est très différent quant à la doctrine.

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Chapitre 3

Le saint métropolite de Sidès témoigne que la lettre, dite d’Épiphane, est un faux

[8e argument] Outre les arguments précédents, je vais en proposer un autre qui vise à établir la pleine certitude de ce qui a déjà été dit. Il me semble bon de le confier aux oreilles de tous et de ne pas le négliger pour les générations futures. Un homme parmi les prêtres chez nous, pas un inconnu ni l’archevêque d’une ville inconnue, mais quelqu’un qui vit toujours, est arrivé à une très grande vieillesse et est vénéré pour ses cheveux blancs. Le fait d’être toujours vivant est, selon moi, une œuvre de l’économie divine pour faire connaître la méchanceté des impies. Il a été choisi pour occuper le siège de la métropole de Sidès au moment où la fumée commençait déjà à s’élever, laquelle se montrait comme prélude du feu de la tyrannie qui allait tomber sur nous. Ce métropolite siégeait souvent avec nous dans les synodes. Alors une fois, il se leva de son siège, se plaça au milieu de la sainte assemblée et dit ceci :

C’était à Nacoleia, une petite ville de Phrygie, où autrefois l’épine de l’apostasie a poussé contre nature pour introduire un très grand mal et a fait croître le bourgeon de la méchanceté. Alors moi, adolescent, j’y faisais mes études en sciences sacrées et en vie spirituelle et lors de mes moments libres, j’allais à l’église. C’était l’église catholique du quartier et dans son sanctuaire, je suis tombé par hasard sur un livre ouvert dans lequel se trouvaient des doctrines impures et blasphématoires. J’ai failli être séduit par l’impiété. De là, je me suis précipité chez le responsable qui s’appelait Daucos. J’ai ensuite rapporté les choses que j’avais lues. Celui-ci m’a ordonné de retourner une autre fois à l’église et de chercher avec diligence et empressement le titre du livre. [Il craignait que] j’aie été peut-être dépouillé de la raison et emporté par le feu de la jeunesse, que je n’aie pas eu la capacité de discerner ce qui est utile et que je me sois écarté de la vraie doctrine. Moi, sans hésitation, je suis parti immédiatement. Là, j’ai pris le livre dans mes mains, j’ai cherché soigneusement pour trouver la preuve [de mes soupçons] et j’ai compris tout de suite la perfidie du titre. Car j’ai vu l’endroit où le nom avait été écrit, certes non comme il aurait dû l’être. J’ai aussitôt observé les premières lettres du titre figurant en dessous ; ces lettres m’ont clairement fait voir la méchanceté de celui qui a exécuté cette œuvre. Car le nom Épiphanide figurait encore dans le titre, clairement visible.

Se tenant là où les saints hommes réunis pouvaient l’entendre, le métropolite — comme un témoin de Dieu et avec une conscience pure pour établir la pleine certitude dans l’Église — proclama ces faits non seulement une fois, mais au cours de deux ou trois réunions. C’était un homme qui, pour nous, portait en lui la dignité de la foi, par sa vieillesse, par son sacerdoce et par sa vie irréprochable ; il était un témoin que personne ne pouvait discréditer, un témoin de ce que nous cherchions à connaître. Ayant ainsi montré qu’Épiphane n’est pas l’auteur de ces propos, nous devrions mettre fin à notre discours, car ce ne sont pas les doctrines qui incitent les ennemis à faire la guerre contre l’Église, mais plutôt la marque distinctive de la personne qui a falsifié le titre. Cependant, ce n’est pas nous qui refuserons de réfuter les vaines affirmations. Que dit alors Épiphanide ?[4] Une fois que les ruses sont démasquées, il n’est plus permis de dire qu’Épiphane ait produit ces écrits.

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Chapitre 4

Contre le testament d’Épiphanide

Il n’est pas permis à un chrétien de se distraire par les yeux ou par l’agitation de l’esprit, mais vous tous, inscrivez et gravez les choses de Dieu dans votre for intérieur.

L’auteur délire complètement et imagine que l’incarnation du Verbe ne s’est faite qu’en apparence et non en vérité. S’il examinait par contre la peinture des images sacrées, comme preuve de sa propre folie et de sa propre impiété, il verrait que cette peinture montre que l’incarnation s’est véritablement produite. Il serait en quelque manière plus modéré et désormais, il ne montrerait pas si manifestement la fausseté de son opinion. Il fait semblant d’être bienveillant envers la doctrine et la confession des chrétiens, mais en réalité, il attaque notre pensée droite et pieuse. Il établit comme loi qu’« il n’est pas permis à un chrétien de se distraire par les yeux ou par l’agitation de l’esprit. » Cet homme dépourvu d’intelligence ne comprend pas que les images n’égarent pas l’esprit, mais qu’elles l’élèvent davantage vers la contemplation. Les choses perçues par la vue sont plus évidentes que les choses dites et entendues. Par conséquent, elles gravent dans l’âme, en quelque manière par elles-mêmes, les « paroles » des choses montrées, afin que les souvenirs déposés dans la mémoire y restent plus longtemps. Et ceci est vrai d’autant plus que la vision est plus efficace que l’ouïe, et en ce qui concerne la foi, elle a un plus grand pouvoir de persuasion. Par contre, si, selon l’opinion de l’auteur et de ceux qui participent à la même tromperie, les saintes images présentent à la vue une vaine distraction et une agitation de l’esprit, alors c’est précisément pour cette raison que ce sera comme les juifs, les barbares et les Grecs. Car lorsque le Christ a été prêché comme crucifié, il était […]

[…] scandale pour les juifs et folie pour les nations ; la parole de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour nous qui nous sauvons, elle est puissance de Dieu. (1 Co 1, 23-24)

Et aussi, je voudrais volontiers affirmer ceci : en disant ces choses, ces hommes se remplissent l’esprit de ténèbres et d’infidélité, et ils s’obscurcissent les pensées et deviennent presque aveugles à l’égard de la grâce qui habite les saintes images — laquelle fait de ces dernières des types[5]. Et encore :

Si cependant notre Évangile demeure voilé, il est voilé pour ceux qui se perdent, pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne perçoivent pas l’illumination de l’Évangile de la gloire du Christ, lui qui est l’image de Dieu. (2 Co 4, 3-4)

Car si quelqu’un demandait à ces hommes, lorsqu’ils voient les images, à qui ils pensent, que diraient-ils d’autre que « du Christ, tout à fait » ? Car s’ils disaient avoir pensé à un autre, ils seraient devenus fous et parfaitement insensés. Quel est donc leur problème ? Qu’ils aient le courage de le dire ! En vérité, le Christ est pour eux un fardeau : qu’il s’agisse du Christ rappelé dans la mémoire ou du Christ vu sur une image. (Nous sommes chrétiens ; nous sommes sauvés par la grâce de Dieu ; ce que nous voyons, nous le connaissons ; ce que nous entendons, nous le comprenons.) Pour les chrétiens, l’image du Christ ne saurait produire ni distraction ni l’agitation de l’esprit. (Comment cela serait-il possible : l’image montre si manifestement le souvenir du Christ ?) Mais en toute vérité, l’image nous retrace la divine incarnation du Christ, elle nous incite à nous souvenir des miracles qu’il accomplit pour nous et des afflictions qu’il souffrit pour nous. Vu que l’image produit de la componction et de la piété dans l’âme des fidèles qui la regardent, que faut-il dire ? Elle élève leurs sentiments pour qu’ils offrent des hymnes de louange et d’action de grâces. Nous avons ces sentiments par la grande et bienveillante condescendance du Christ, grâce à ses grands et admirables actes de bienveillance. Et nous attribuons la grâce au Christ et non pas aux couleurs. Car nulle part parmi les chrétiens, ceci [attribuer la grâce du Christ aux couleurs] n’a jamais été reçu ni pensé. Voilà, c’est assez pour la citation mentionnée plus haut.

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Chapitre 5

Une définition dogmatique d’Épiphanide

Et en outre, voici une autre citation provenant de la lettre dogmatique d’Épiphanide ; elle dit à peu près ceci :

Si quelqu’un s’occupe de représenter les traits divins du Verbe de Dieu dans l’incarnation en se servant de couleurs matérielles…

Il est évident pour chacun que ces paroles ne sont pas d’Épiphane le porteur de Dieu, mais qu’à travers elles, un autre Eusèbe se fait connaître à nous. Je dirais que nulle personne qui possède toute sa raison ne peut nourrir quelque incertitude que ce soit à ce propos. Comme Eusèbe déclare[6] que la forme tout entière du serviteur [le Christ] a été complètement changée, il conclut, selon cette affirmation, que son corps et sa chair n’avaient pas d’existence substantielle et, pour cette raison, ne pouvaient pas être peints. Ainsi, ou bien Eusèbe a complètement dépouillé le Christ de l’incarnation ; ou bien, il a absolument réduit à rien la différence [entre l’humanité et la divinité] en ce qui concerne la forme du serviteur. D’un côté comme de l’autre, il en abolit autant, de sorte qu’absolument aucune caractéristique de la chair ne reste au Christ ; de la même manière, aucune particularité de la chair ne lui demeure non plus. Par conséquent, Eusèbe ne nomme qu’une seule nature du Verbe de Dieu, ne faisant nullement mention du caractère composé de la personne du Christ. Même s’il prétend croire à l’incarnation, il ne la confesse pas comme existant réellement ni comme ayant une existence permanente, mais comme complètement inexistante. À partir de cette déclaration, Eusèbe nie qu’on puisse se servir de couleurs matérielles pour représenter les traits du Verbe divin, lui qui ne parle que de l’unique caractéristique [nature] du Verbe, la nature n’étant pas commune avec nous. Et finalement, il refuse la nature même de la chair.

À ce propos, nous avons récemment polémiqué contre Eusèbe[7]. Mais maintenant, nous n’affirmons que ceci : comme l’enseignent nos théologiens, Dieu s’est fait homme par l’incarnation, devenant un, c’est-à-dire le Christ, à partir de deux opposés. Certes, la doctrine de vérité le proclame de même. Selon l’incarnation, le Christ a assumé notre chair et s’est fait voir parmi les hommes, devenu homme hormis le péché. Alors, ce sont ses traits physiques — c’est-à-dire ceux de sa personne — qui sont représentés par le moyen de couleurs matérielles. Sinon, c’est sa divinité qui serait représentée par elles, en tant que Logos de Dieu. Car autrement, comment et en quoi la différence serait-elle préservée, ainsi que la doctrine des opposés ? Donc, Eusèbe et Épiphanide sont tombés d’une absurdité dans une autre encore plus grande. Ceci leur est arrivé parce qu’ils disaient que la chair et Dieu se sont unis dans la même nature. Ou bien la chair n’aurait pas été entièrement conservée, ou bien elle n’aurait pas été assumée dès le début. Quoi de plus absurde ou de plus impie ! C’est pourquoi il faut chasser loin de l’Église catholique du Christ leurs doctrines illicites et leurs paroles sacrilèges. Quant à nous, qui possédons la foi droite et irréprochable, nous confessons et croyons que « l’image de la personne du Père », c’est-à-dire le Verbe divin, est un et demeure le même après l’incarnation, car il est de notre terre et de notre matière. Voilà pourquoi le Christ est peint comme un homme avec des couleurs matérielles de telle sorte que le Verbe de Dieu, entièrement insaisissable et incompréhensible, préserve en lui-même à la fois la dualité des natures et l’unicité de la personne. Alors, que dirons-nous puisqu’un anathème se rattache aux affirmations de cet halluciné ? Quant à nous, nous n’ajouterons rien, mais nous et nos saints pères qui siégeaient au saint synode œcuménique d’Éphèse ainsi que d’autres de nos saints pères, [nous disons ceci] :

Si quelqu’un ne confesse pas que notre Seigneur Jésus-Christ est circonscrit quant au corps, mais ajoute à lui [au corps] une caractéristique circonscrite[8] qui est aussi incirconscrite et infinie quant à la divinité, qu’il soit anathème.[9]

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Chapitre 6

Contre ceux qui disent qu’il ne faut pas faire une image du Christ et de la sainte Mère de Dieu

Procédons maintenant à un autre texte d’Épiphanide dont le titre se présente ainsi : Extrait du

Traité de saint Épiphane contre ceux qui, selon une pratique idolâtre, font des images en vue de reproduire la ressemblance du Christ, de la Mère de Dieu, des anges et des prophètes.

Contre de telles sottises et propos futiles, nous devrions préférer le silence, car nous apprenons dans les saintes Écritures à ne pas répondre à un insensé selon sa propre folie. Cependant, nous ne devrions pas craindre de parler à cause de ceux qui sont trompés par ces sottises parce que, à partir de ce titre même — comme étant inspiré d’un objectif impie — l’auteur s’emporte contre l’Église catholique et contre la connaissance divine des chrétiens. Je ne me pense pas obligé de prononcer un discours sur ce sujet pour ceux qui ont entendu ces sornettes. Car en violant le mystère de l’économie divine, l’auteur ne veut pas confesser l’immense grâce et les multiples bienfaits qui ont été répandus sur nous par cette source [le mystère de l’économie divine] ; il refuse aussi le fait que, par la manifestation de notre Sauveur, l’Église se préserve pure et a été libérée de toute coutume idolâtre et de toute conduite infâme des Grecs[10]. Par conséquent, il est évident que l’auteur est d’accord avec les paroles vides d’Eusèbe et s’y associe intimement. Car comme Eusèbe nous reproche l’usage des nations, de la même manière Épiphanide nous reproche la pratique idolâtre. Qui donc irait jusqu’à ce point de grossièreté et de folie pour soupçonner que ce bavardage puisse être d’Épiphane le porteur de Dieu ? Mais laissons de côté la plupart des histoires fabuleuses, comme venant de gens ivres sur la place publique, lesquels racontent de sots discours d’une manière à la fois impie et très insensée, et examinons à fond pour un moment l’essentiel des arguments. Épiphanide parle ainsi en portant le masque des hommes pieux et il présente cet argument : « Nous faisons les images des saints, disent-ils, en leur mémoire et en leur honneur.[11] »

Et bien, le fou ne devrait-il pas se calmer en entendant « en leur mémoire » et « en leur honneur » ? Car il n’a pas entendu ces paroles d’une personne, ni de deux, ni de cinq, ni de dix, mais de l’Église catholique qui s’étend jusqu’aux confins de la terre. Et s’il y a quelque part deux ou trois personnes réunies en son nom, le Christ a promis d’être au milieu d’eux ; et ceux qui ont revêtu le Christ, ainsi que toute l’Église qui est d’accord avec lui et pieuse, combien plus auront-ils le Christ au milieu d’eux ? Mais alors, Épiphanide a dit que les saintes images sont faussement nommées [images, types], visant ainsi à détruire l’argument fondé sur des archétypes. Car si, comme il pensait, les images sont erronément nommées [images, types], il n’existe pas alors d’archétypes [modèles, prototypes]. [Il n’existe pas donc] de vraies choses auxquelles on peut comparer les images. Par conséquent, en comparant les images chrétiennes à la vanité des idoles, en disant ainsi qu’elles sont semblables à des fantômes et qu’elles n’ont pas d’existence réelle, il déclare également — selon ses propres idées — que nos mystères sont semblables à ceux des idolâtres. [Il raisonne ainsi] pour prouver que les paroles sur l’incarnation du Sauveur et les luttes des martyrs sont vides et qu’il est vain de les raconter aux hommes. Mais c’est à Eusèbe, à partir de sa propre compréhension, de dire comment les os et les nerfs sur l’image de l’archange sont devenus si bien ajustés les uns aux autres.[12] Alors, nous apprenons que ceux qui se proclament maintenant les disciples d’Eusèbe s’inspirent de la même gaucherie et proclament avec confusion et sans élégance : « Que soient brisés les os des images. » C’est ainsi mot à mot ce qu’ils avancent. Mais si quelqu’un prétend que les anges ne doivent pas être dessinés parce qu’ils sont incorporels et invisibles, on en a déjà parlé abondamment. Cependant, nous dirons quand même quelques mots dans ce présent texte. [Nous savons] que les justes ont vu les anges. Dieu l’a décidé ainsi et il a envoyé ces derniers. [Nous savons également que] les anges se sont manifestés clairement sous des formes visibles selon les circonstances de leur fonction et de leur service. Ainsi les artistes ont peint ces formes afin que ce qui a été réellement vu à un moment donné ne tombe pas dans l’oubli. Mais comme l’écriture dans les livres raconte une histoire [moyennant l’encre et le papier], de même l’image la raconte [moyennant des couleurs et une planche]. Ensuite, n’ayant rien d’autre à dire, Épiphanide lance contre les saints le mot indescriptible [agraphon] qu’il a attribué ailleurs à l’incarnation du divin Logos. Il s’est trompé complètement en pensant que cette dernière n’a eu lieu qu’en apparence, comme une illusion d’optique. Alors, il se lance dans une pensée sotte et insensée en disant ceci :

Ceux qui croient honorer les apôtres en faisant cela [peindre leur image], qu’ils se rendent compte que, au lieu de les honorer, ils les déshonorent bien plus, car Paul, en insultant celui que se faisait faussement appeler prêtre, l’a appelé « muraille blanchie » [muraille enduite de plâtre]. (Ac 23, 3)

Puisque la construction du discours de Paul, ainsi que la puissance de ses pensées, sont tout à fait extraordinaires et remplies d’harmonie, Épiphanide, en se servant de ces qualités littéraires, s’efforce d’enlever de l’Église catholique la plus ancienne tradition.[13] Car il pense que saint Paul a lancé l’insulte au prêtre pour prouver ses propres idées [celles d’Épiphanide]. Mais, même pour plaire aux enfants et amuser un cœur enfantin, personne n’écouterait dans l’Église de tels enfantillages et à de telles broutilles. Alors, comme preuve de la folie et de la sottise de son esprit irréfléchi, qu’est-ce qui est plus remarquable que ces paroles d’Épiphanide ? Il n’a même pas prévu les déductions absurdes et étranges qui découlent logiquement de ce qu’il a proclamé, car il a dit plus haut :

que ceux qui ont enduit le mur de plâtre représentaient [peignaient] les images par des couleurs différentes[14].

En disant cela, Épiphanide détourne l’histoire de l’insulte lancée par l’apôtre contre le prêtre afin de montrer que, à partir d’un tel reproche, les images étaient aussi insultées. Mais qu’est-ce qu’il y de plus honteux que cette sottise ? Comment peut-il logiquement associer les saintes images à cette histoire d’insulte ? Car une image est une chose ; un mur enduit de plâtre en est une autre. Et encore, on ne peint pas les images seulement sur les murs, mais on les voit sur des planches et aussi sur d’autres matières. Donc, puisque Épiphanide s’est permis de dire des paroles sacrilèges et inconvenantes, il serait préférable d’interpréter cette histoire [comme une incitation à] la destruction des murs dans les saints temples puisque presque tous les murs sont enduits de plâtre. Car l’apôtre n’a pas dit que le mur lui-même avait été peint d’images, mais enduit de plâtre. Même si Paul avait parlé ainsi simplement, il n’aurait pas enlevé par là les ornements des saintes maisons, à moins d’avoir ajouté et spécifié quels ornements et quelles maisons. N’est-ce pas ?

Qu’est-ce qu’il faut répondre à ces choses ? Puisque le Christ a parlé des Pharisiens comme des malheureux, les comparant à des tombeaux enduits de plâtre, violerons-nous par conséquent tous les tombeaux des saints ? (Mt 23, 27) Ou encore, puisque le Christ a dit que les Pharisiens étaient aveugles et les guides des aveugles, tuerons-nous un aveugle si par hasard nous en rencontrons un ? (Mt 15, 14) Ou bien, puisque Paul a condamné certains impies qui vénéraient ou adoraient la création au lieu du Créateur, faut-il à cause de cela désormais nous lever contre toute créature ? (Rm 1, 25) Mais non ! Puisque certains se sont mal servis des choses de la création, adorant le créé à la place du Créateur, il ne nous est pas permis de dénigrer la création parce que, dans ce cas, l’absurde tomberait de nouveau sur le Créateur et rien ne nous distinguerait de leur impiété. Mais même si nous appelons les idoles et les abominations des nations « pierre et bois », ainsi les insultant, renverserons-nous par conséquent toute pierre et tout morceau de bois ? Et où sera construite notre maison de Dieu ? Ou bien, le temple divin où sera-t-il vénéré ? Ou encore, le bois de la vivifiante Croix, digne de vénération, où sera-t-il honoré si le vain discours d’Épiphanide est accepté ? Est-ce donc à cause de l’argument d’Épiphanide qu’il faut insulter les choses saintes et devrions-nous passer pour des gens qui servent des idoles et ainsi imitent une coutume idolâtre — selon la folie d’Épiphanide ? Ah ! Quelle langue impie ! Ah ! Quel outrage lancé contre les choses saintes ! Car il ne sait pas ce qu’il dit et sur les questions dont il fait des déclarations, il ne sait strictement rien non plus. Mais voilà les arguments iniques et impies qu’Épiphanide présente dans son discours, et de ces choses, il y en a encore plus si quelqu’un veut tout simplement les chercher. Mais, ayant déjà avancé tant de futilités et de niaiseries, il continue :

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Chapitre 7

Concernant le texte : « Lorsqu’il apparaîtra, nous lui serons semblables. »

Jean dit : « Car nous savons que lorsqu’il apparaîtra, nous lui serons semblables. » (1 Jn 3,2) Et Paul a proclamé les saints conformes au Fils de Dieu. (Rm 8, 29) Comment, donc, veux-tu voir les saints, qui vont resplendir en gloire, représentés en quelque chose de vil, de mort et de muet, puisque le Seigneur a dit ceci au sujet des saints : « Ils seront comme les anges de Dieu »? (Mt 22, 30)

Lorsque les hérétiques veulent légitimer leur propre impiété, ils ont l’habitude de se servir de certaines expressions trompeuses et de paroles qui créent une bonne impression et de parler d’une manière persuasive par des voix habiles et suaves. Par ces moyens, ils tentent — amèrement — d’une part, de voiler leur méchanceté naturelle et, d’autre part, d’altérer frauduleusement la disposition d’esprit de ceux qui les écoutent. Et notre auteur montre qu’il est en train de faire précisément cela maintenant, car, étant bon manipulateur, il a suscité la haine contre les saints et il dessine et représente en anticipation la gloire qui sera la leur, en mettant de son côté ce qui semble persuasif dans certains passages des saintes Écritures. Mais, à partir de la gloire future, il répand maintenant la honte et le mépris sur les saints. Car s’il ne haïssait pas les saints, il manifesterait son amour envers eux en honorant leurs images. Mais puisque les images sont viles et muettes — y a-t-il quelque chose de plus diffamatoire — ? il lance sur elles cette accusation : « une pratique idolâtre ». Évidemment, il s’est présenté lui-même comme celui qui suscite la haine contre les saints. C’est pourquoi Épiphanide a dit : « Paul a proclamé les saints conformes à la forme du Fils de Dieu. » (Rm 8, 29) Mais alors, il se montre semblable au falsificateur de la vérité et au faussaire sacrilège de l’Écriture apostolique en rejetant, comme adversaire et ennemi, le mot même. Car Paul n’a pas parlé ainsi, mais il a dit : « il a prédestiné ceux qu’il a connus à être conformes à l’image de son Fils. » (Rm 8, 29) Oui, certes, Paul n’indiquait pas les images faites de main d’homme ; cependant, Épiphanide enlève le mot image comme étant contraire à ses idées. Mais même si Épiphanide approuvait les paroles de l’apôtre concernant la vie future, il s’est bien écarté de la pensée apostolique. Car nous observerons encore facilement que le passage de Paul vise la vie présente, et cela à partir de témoins que Mamon lui-même[15] (Mt 6, 24) a cités à la barre. Et nous montrerons encore qu’Épiphanide est mensonger et imposteur aussi bien qu’ignorant et étranger à toute connaissance de l’Église. Jean (Chrysostome), le grand docteur de l’Église, a commenté ce passage et il a dit textuellement ceci[16] :

Ce que le Fils unique était par nature, ils le sont devenus par grâce, c’est-à-dire qu’ils se sont montrés identiques en forme et semblables comme frères du Premier-né, mais on a dit ceci au sujet de l’économie [de l’incarnation]. Car ce que Dieu est, le Fils unique l’est aussi, mais nous ne connaissons pas la sollicitude de Dieu seulement à partir de ces choses, mais aussi parce qu’elles étaient préfigurées.

(et avant de les avoir vécues, car l’expérience enseigne que […])

les hommes ont l’expérience des idées dans le vécu de la vie quotidienne. Mais il a rendu les hommes justes par l’eau baptismale et il les a glorifiés par la grâce et l’adoption comme fils.

Voilà l’enseignement du docteur.

Et encore, le digne Cyrille accorde sa voix à cette doctrine en disant[17] :

Ceux qui sont honorés et dont on garde la mémoire sont aussi ceux qui ont été prédestinés à avoir la même forme que l’image de son Fils. Donc, tous ceux-là ont triomphé de la chair, ayant leur mère patrie dans le ciel ; ils imitent l’image du Christ, c’est-à-dire la vie de sainteté qui est le genre de vie irréprochable à tous les points de vue. Donc, tous ceux qui ont été prédestinés à être imitateurs du genre de vie du Christ, selon ce qui est possible à la nature de l’homme, ceux-là sont appelés ; ils ont été justifiés, glorifiés et appelés à devenir fils adoptifs, bien qu’ils ne soient pas encore nés. Et ils ont été comptés parmi les enfants et ils se glorifient comme étant dans le Christ le Premier-né, celui qui pour nous est devenu comme nous, afin qu’ils se comportent en frères. Ils sont néanmoins des serviteurs de Jésus qui a fait toutes choses comme Dieu par la préscience de celui qui connaît toutes choses comme si elles étaient dans le présent, et qui voit les choses futures comme si elles étaient dans le présent, bien qu’elles ne soient pas encore nées. Donc, nous disons que même ceux qui ne sont pas encore nés sont appelés à devenir fils adoptifs.

Voilà les paroles des pères. Mais quant à la gloire des saints de l’âge futur, l’apôtre l’explique ailleurs, car il écrit aux Philippiens à peu près ceci :

Mais notre mère patrie est dans les cieux d’où nous attendons ardemment le Sauveur, Jésus le Christ, lui qui transformera notre corps d’humiliation, afin qu’il soit conforme au corps de sa gloire. (Ph 3, 20)

Car bien que le corps du Christ soit soumis à des souffrances supportées pour nous, il a été glorifié par la passion et la résurrection des morts. Car il a foulé aux pieds la mort, a abattu la corruption et a anéanti le diable qui avait le pouvoir de la mort ; car, dit-il, nous voyons Jésus « pour un peu de temps inférieur aux anges », celui qui a été « couronné de gloire et d’honneur » (He 2, 7-14) par la passion de la mort. Il a agi pourtant en qualité de prémices de notre humanité. (1 Co 15, 20-23) Alors, étant exposé à d’innombrables et à de terribles souffrances et blessures, et à la corruption, les corps des saints deviendront semblables à celui du Christ. Ils se transformeront de la corruption à l’incorruption et deviendront semblables en forme à celui qui s’est assis à la droite de la gloire du Père, au-dessus de toute puissance et autorité, semblables en forme à celui qui est adoré par toute puissance, lorsque arrivera celui, le Christ, qui viendra des cieux. C’est alors que les saints seront semblables au Christ quant à la forme, brillant avec lui, étant transformés de la présente humiliation en choses élevées et établies en haut et possédant la mère patrie dans les cieux. Donc, le docteur des mensonges s’égare grandement, lui qui s’éloigne de toutes parts de la vision des choses spirituelles. Il dit :

Comment donc veux-tu voir les saints qui vont resplendir en gloire représentés en quelque chose de vil, de mort et de muet ? Le Seigneur a dit ceci à leur sujet : « Car ils seront, dit-il, comme les anges de Dieu. » (Mt 22, 30)

Que dirons-nous donc en réponse à ces paroles, nous qui condamnons la vanité d’Épiphanide et qui soutenons la droiture des pieux ? [Nous disons] que, comme la vérité même et la vue claire des choses, la certitude et la foi se trouvent parmi nous ; et voici les paroles des pères :

« Par l’image, il est possible de connaître l’archétype. »

Et : « Les images sont comme les archétypes. »[18]

Et : « Entre une image qui reproduit un modèle avec exactitude et le modèle lui-même dessiné sur une image très ressemblante, il n’y a pas de différence. Je dis que c’est la même chose selon la ressemblance et la forme. »

Et : « Comme l’image du roi dirait si elle pouvait parler : “Celui qui me voit, voit le roi, et le roi et moi sommes un.” »

Et : « Puisque le peintre fait un double de la personne représentée et montre la vérité en la ressemblance, l’archétype est dans l’image — la personne peinte et l’image, chacune est dans l’autre, exception faite de la différence de substance. »[19]

Et ensuite : « Les images partagent la même dénomination et le même nom avec les saints. »

Et encore : « Les images incitent ceux qui les regardent à se souvenir des saints représentés et elles font connaître leurs combats et leur céleste genre de vie. »

Et : « Les images sont érigées en général dans des lieux saints. »

Mais Épiphanide a entendu dire parmi les chrétiens, comme il l’a dit tout à l’heure, que « nous faisons les images des saints en leur mémoire et en leur honneur ». Alors, par ces citations, il est évident et connu de tous que l’on voit les saints à travers leur ressemblance puisque les images des saints aussi sont saintes. Qui est à ce point insensible et stupide ? Qui, voyant une image, ne dirige pas l’esprit aussitôt vers le semblable, et ne compte pas la personne absente comme présente ? Donc, puisque les images sont faites ainsi et puisque nous voyons les saints en elles, ne seront-elles pas pour cette raison aussi honorées ? Mais puisque l’ennemi des saints, Épiphanide, ne soutient pas que les images sont ainsi et proclame viles et outrageuses les images dans lesquelles les saints sont vus et par lesquelles il est possible à ceux qui les regardent de se souvenir d’eux, les saints courent un danger encore plus grand d’être tournés en dérision et d’être méprisés. Car si la gloire des saints n’était pas suffisante pour glorifier les images dans lesquelles ils sont vus, les saints manqueraient de gloire parce qu’ils ne seraient pas déjà habitués à participer à la gloire et il faudrait remettre leurs gloire et splendeur à l’avenir. Mais il est évident que l’on accorde des honneurs à ceux qui en sont dignes, de même qu’on accorde le mépris à ceux qui en sont indignes. Mais si ce n’est pas ainsi, les honneurs et la gloire — selon Épiphanide — seront accordés à des hommes ignobles et vils. Voilà ce qu’il y a à dire concernant la folie d’Épiphanide.

Comment donc le maudit appelle-t-il « mortes », et encore « muettes et viles » les ressemblances des saints ? [Il les appelle ainsi] parce qu’il met [les images chrétiennes] dans la même catégorie que les images honorées par les Grecs, afin que rien ne distingue le christianisme de la religion grecque. « Car les idoles des nations ont une bouche et ne parlent pas ; elles ont des yeux et ne voient pas » (Ps 134, 19) et la suite comme le chante le grand David. Les pieux pourtant ne voient pas les choses de cette façon, car, selon les docteurs de l’Église, comme les historiens ornent les vertus des meilleurs hommes par la parole, marquant ainsi d’une empreinte l’âme de ceux qui écoutent, de même les artistes qui peignent des planches, par la représentation des exploits, montrent aussi ces actes à ceux qui regardent. Chacun, l’historien et l’artiste, propose la même histoire par son propre art. Car, de la même manière, les deux hommes incitent et poussent ceux qui écoutent et qui regardent à faire du progrès et à être consolés. En effet, comme les paroles ne sont pas muettes, les images ne sont pas non plus sans voix. Car les images sont des discours dans les lieux où elles sont érigées, comme le disait en sens contraire un saint homme : « Il n’y a pas de discours dans un temple où il n’y a pas de statue. »[20] Ceci n’est pas dépourvu de sens parce que, lorsque nous voyons des images, notre intelligence et notre raison sont stimulées et réveillées. L’esprit et la raison par conséquent sont liés à des images matérielles qui gravent des impressions dans notre esprit, comme ils sont liés à des paroles qui verbalement annoncent quelque chose. Les images ne sont donc pas muettes, même si en elles-mêmes elles ne produisent pas de son, car les écrits sont aussi muets. Néanmoins, en étant silencieuses, elles sont des hérauts, et les paroles naissent. Et à partir de ces images et paroles, le souvenir et la compréhension [des personnes et des événements représentés] sont déposés dans le lieu secret et interdit du trésor de l’âme. Et les images sont dignes d’honneur et illustres à cause des choses honorables et glorieuses qui sont reconnues et observées en elles.

Mais comme ce semble être le cas, le criminel Épiphanide ne craint pas d’agiter la langue contre les saints par toutes sortes de moyens. Et les maisons sacrées des saints sont très certainement estimées chez nous, ainsi que celles qui sont consacrées à leur nom. Elles sont pourtant viles — selon lui — et à fuir parce qu’elles sont muettes et mortes — encore selon lui — et elles incitent ceux qui les regardent à se souvenir des saints, comme font leurs images. Ceci est pour lui une chose très pénible. Et quoi dire des livres sacrés des saints, ceux qui rapportent leurs luttes jusqu’à la mort — des luttes qu’ils ont supportées pour le Sauveur, le Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour nous tous ? Et ces livres rapportent aussi leur angélique genre de vie. Mais il n’y a rien de plus répugnant et de plus vil, n’est-ce pas, — selon lui — puisqu’en réalité les livres sont liés ensemble à partir de corps morts et sans vie ? Par conséquent, les adeptes de cette doctrine ont insulté même les reliques sacrées des saints et les ont livrées au feu. Les pieux ont donc oublié les saints et ne demandent plus leur intercession, et tout ce que Dieu a annoncé est méprisé et conspué.

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Chapitre 8

Ce que dit saint Épiphane contre les collyrites et concernant les femmes en Arabie

« Comment donc en quelque chose de vil, de muet et de mort ? » dit Épiphanide. Là, comme en beaucoup d’endroits, l’auteur ne rougit pas de qualifier les images sacrées des saints de « mortes ». Mais, voyons maintenant si ces paroles sont de saint Épiphane en les comparant à ses paroles authentiques et reconnues de tous. Voyons si cette citation s’accorde avec ses paroles authentiques. Alors, saint Épiphane présente ses opinions dans son œuvre contre les hérétiques où, en donnant des explications contre les collyrites, il s’exprime ainsi au sujet des idoles :

Comment la pratique n’est-elle pas idolâtrique et l’entreprise, diabolique ? Car sous le masque d’un juste, le diable, qui se glisse toujours dans la pensée des hommes et divinise la nature mortelle aux yeux des hommes, a dessiné par une variété d’arts des statues semblables aux hommes. Et certes, les hommes qui sont adorés sont morts, mais leurs statues n’ont jamais été vivantes, car on ne peut pas appeler « mort » ce qui n’a jamais vécu. Ces hommes introduisent ces images pour être adorées et leur pensée commet l’adultère en s’éloignant du seul et unique Dieu.[21]

Mais voilà l’histoire de quelques femmes près de l’Arabie : par la naïveté des mœurs, elles offraient du pain au nom de la Théotokos et en recevaient comme une sorte de communion. Comment donc ce deuxième texte[22] peut-il refléter le premier cité[23] où saint Épiphane n’a pas jugé convenable d’appeler les idoles mortes parce qu’elles n’ont jamais vécu ? Car si quelqu’un accepte qu’Épiphane soit l’auteur de la première citation, il sera obligé de dire qu’Épiphane, le porteur de Dieu, se contredit, et encore de dire que sa propre déclaration est une contradiction. Mais il est absurde de dire cela. Alors, il est évident que celui que l’on entend dans la première citation n’est pas le vrai Épiphane, mais un imposteur et quelqu’un qui porte un faux nom. Mais il faut noter que saint Épiphane, suivant la croyance des anciens, pensait réellement que les hommes morts d’autrefois avaient jadis existé et que leurs statues avaient été illicitement adorées plus tard. Et par conséquent, il est permis d’observer quelque chose d’encore plus absurde. Car si Épiphane est la personne qui nous parle dans le premier texte, il met l’image du Christ dans la même catégorie que les idoles. Mais puisque les hommes adorés sont morts, il sera d’autant plus obligé par le deuxième texte de classer le Christ — et aussi les anges divins — parmi ceux qui ont goûté la mort et qui sont toujours morts, tout en déclarant que les anges n’ont jamais vécu, s’il est vrai qu’une seule personne ait écrit la deuxième et la première citations. Les démons criminels eux-mêmes, par contre, n’auraient pas l’audace de dire cela. Mais il faut considérer que le vrai Épiphane réfère aussi aux personnes représentées l’adoration rendue aux statues, car il montre lui-même ce qui est reconnu comme vrai par tous, à savoir que l’honneur rendu à l’image passe au prototype.

Alors, à travers tous ces points, la différence entre les auteurs saute aux yeux, car le vrai Épiphane n’avait pas de telles idées. Plutôt, un autre Eusèbe montre son opinion à l’égard des morts, car Eusèbe et Épiphanide se montrent ainsi d’accord sur d’autres questions aussi. Car comme le corps du Christ n’était pas préservé, le tout se transformant complètement en divinité, Eusèbe enseignait, à partir de cette idée, qu’il ne faut pas faire une image du corps du Christ. Épiphanide enseigne certainement la même chose. Il a frauduleusement imaginé la gloire future des saints, mais il leur attribue maintenant la honte. Et, pour cette raison, il dit qu’il ne faut pas les représenter en images et il ne se cache pas de lancer plusieurs insultes aux saints. Car les fidèles pieux, en voyant les saints représentés en images, s’élèvent vers eux par des pensées dignes ; ils se conduisent vers la gloire future des saints à travers leurs images. Ils font de même par les saints livres qui rapportent les exploits et les luttes des saints qui dépassent tout discours. Celui qui méprise ces images nuit énormément à lui-même, à cause de son infidélité et de sa folie. Car l’homme impur ne sait rien pour distinguer le pur de l’impur.

Outre cela, il accuse et la matière et l’art, et jette la honte sur Dieu et sur l’artisan. Car de la matière, Dieu est le créateur, comme le démiurge ; [et] l’artisan est le fournisseur, comme Prométhée qui était habile en tout. Mais quel est ce mépris et quelles sont ces sottises de porter une accusation contre celui qui a créé les choses du présent et du passé à cause de la condition des choses futures ? Coupable est celui qui se moque d’un homme qui a froid en hiver parce que celui-ci sera tout à fait réchauffé lorsque l’été sera arrivé. Ou encore est coupable celui qui se moque du fermier qui, pour semer la semence au bon moment du printemps, se sert des outils propres à l’agriculture du printemps, par lesquels il laboure le champ, mais ne se sert pas d’outils qui conviennent à la récolte lorsqu’il s’apprête à semer la semence pour obtenir la récolte. Comment donc n’est-il pas complètement stupide, à cause de la gloire future des saints, d’accuser les artistes qui représentent en images les combats et les exploits des saints dans cette vie présente, les gestes qui sont si nombreux et extraordinaires ? Car ainsi seront dessinés en détails les exploits qui sont racontés dans leurs livres parce qu’ils n’ont pas été dessinés à partir des futures splendeurs des saints, mais à partir des expériences pénibles et tristes du passé. Et dans ces souffrances, ils ont quitté la vie présente, ceux qui ont été menés à travers toutes sortes de mauvais traitements et de déshonneur, ainsi qu’à travers d’innombrables et étranges morts. Mais la splendeur future et les choses bonnes et inexprimables auprès de Dieu, qui préside les jeux, surpasseront en eux le chagrin.

Ainsi, le fait que les souffrances des saints étaient remplies de déshonneur et d’insolence[24] est faussement devenu pour l’insensé Épiphanide l’occasion d’attribuer aux saints la gloire future. Puisque les écrits racontent des événements réels et perçus visiblement, et non des histoires des événements futurs qui se révéleront et seront connus plus tard, nous faisons des représentations à partir de la forme de l’existence des saints et de leurs gestes nobles et extraordinaires. Car quelqu’un n’est pas représenté tel qu’il sera, mais tel qu’il était et tel qu’il est.

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Chapitre 9

Comment les anges sont représentés selon les textes des prophètes

Examinons bien la suite du discours de celui qui pense sans réflexion. Épiphanide dit ceci :

Comment te prosternes-tu devant les anges, qui sont des êtres spirituels et toujours vivants, en dessinant leurs images dans la matière morte puisque le prophète a dit : « Celui qui fait de ses anges des esprits et de ses serviteurs une flamme de feu » ? (Ps 103, 4 ; He 1, 7)

Alors, après avoir lu ces paroles, qui comprendrait et saurait qu’elles sont de saint Épiphane, si ce n’est celui qui aime bien les controverses et les disputes ? Voilà pourquoi, en reconnaissant qu’elles ne sont pas d’Épiphane, toute controverse sur la question devrait arrêter et cesser, car Épiphane savait ce que Dieu avait commandé à Moïse à propos des chérubins. Il savait également que ces derniers s’appelaient « les saints des saints », et bien que les chérubins aient été faits de matière sans vie — même de la plus coûteuse — Épiphane ne les a ni rejetés ni repoussés. Au contraire, il les connaissait très bien et les traitait avec le plus grand respect et il n’a jamais cessé de les honorer, comme certes il était du peuple juif et ayant lui-même reçu l’appel céleste, il est devenu chrétien, si toutefois l’auteur de sa vie n’est pas menteur.[25] Mais Épiphanide semble être noble en acceptant pour lui-même ce que le prophète dit des anges. Mais il parle contre Dieu et Moïse : d’abord, contre Dieu qui a « sottement » prescrit des choses qu’Épiphanide ne croyait pas être permises de prescrire ; ensuite, contre Moïse qui a servi à la légère et qui a vainement travaillé à façonner les chérubins et tant d’autres choses que Dieu a ordonné de faire. Mais Épiphanide aurait été tout à fait sur le bon chemin s’il s’était laissé guider par le sens littéral et par les décrets d’autrefois, car il était plus rigide et plus difficile à instruire que les juifs eux-mêmes parce qu’il ne voulait pas voir que celui qui « fait de ses anges des esprits et de ses serviteurs une flamme de feu » est aussi celui qui a ordonné au législateur Moïse de façonner les chérubins en or pur. Quoi, alors ? Les chérubins ont-ils été rejetés et dédaignés ? Mais [si oui] Paul ne se serait pas permis d’appeler ces chérubins « saints des saints » et « chérubins de gloire » ? (He 9, 5) Ils étaient assurément des choses pleines de gloire, les chérubins avaient été jugés dignes de beaucoup de gloire en même temps que les vases rassemblés dans le tabernacle. (He 9, 1-5) Mais nous avons déjà parlé des chérubins, ailleurs et plus longuement.

Alors, quelles sont les sottises qu’Épiphanide dit sur les anges ? « Mais je dis que les anges ne veulent pas non plus que l’on se prosterne devant eux. » Quoi donc ? Ils veulent plutôt que l’on les insulte ? Est-ce que l’impie Épiphanide répand tant d’outrages sur les anges — tout en prescrivant de ne pas se prosterner devant eux — parce qu’ils veulent être insultés ? N’est-ce pas plutôt du fait qu’Épiphanide jugeait bon d’être méchamment et sottement disposé envers leur gloire ? N’est-il pas évident qu’il se présente lui-même comme celui qui refuse leur dignité ? Car qui ne se presserait pas d’honorer et de vénérer ceux à qui on offre des supplications et par qui on demande d’obtenir de l’aide et du secours très excellents auprès de Dieu. Voilà pourquoi Épiphanide, l’ennemi des saints, qui lui-même délirait, a rassemblé des injures contre les saintes images des saints, et il ne pouvait que difficilement satisfaire sa faim pour de telles insultes. Et luttant par des blasphèmes pour devenir toujours pire que lui-même, il se lance avec fureur contre les archétypes, les insultant et portant contre eux l’excès d’un ivrogne. Mais il pensait se justifier par un argument impie fondé sur l’Apocalypse du divin Jean. Il raconte que l’apôtre, en se prosternant devant l’ange qui lui était apparu dans sa vision, a entendu ceci :

« Garde-toi de le faire ! Je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui sont les témoins de Jésus. Prosterne-toi devant Dieu », dit-il. (Ap 22, 8-9) Mais les apôtres ne voulaient pas que l’on se prosterne devant eux ; ils ont été envoyés pour évangéliser. Ils ne voulaient pas que l’on se prosterne devant eux, mais devant le Christ qui les a envoyés. Car Pierre, qui a reçu du Christ le pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans les cieux, a dit à Corneille : « Je suis un homme de la même nature que toi » et il a enseigné de ne pas se prosterner devant lui, mais devant le Christ le Sauveur » (Ac 10, 26)

Alors, qu’est-ce que nous y répondons ? Voilà précisément pourquoi nous devions réagir et publier la folie d’Épiphanide qui, partout et stupidement, devance lui-même le sot et s’est tenu ouvertement auprès des plus rustres, étant tout à fait un non-initié à notre science divine et ignorant complètement le pouvoir de nos mystères. Néanmoins, il a marché grossièrement et follement contre les idées communes qui ont acquis la bienveillance de tous, car il ne savait pas que l’archétype se distingue de l’image et il ne discernait pas non plus comment séparer le pur de l’impur ; ainsi il n’est pas initié à la grande différence à l’égard du prosternement. Il pensait que le prosternement devant Dieu, devant les anges divins et devant les hommes saints était une seule sorte de prosternement. Et sa confusion est évidente à partir des paroles que lui-même a écrites ; il n’a besoin d’aucun accusateur autre que lui-même. Il parle à peu près comme ceci :

Au sujet des anges, les pères qui se sont réunis à Laodicée précisément à cause de cette question, ont dit : « si quelqu’un abandonne l’Église de Dieu et invoque les anges, qu’il soit anathème parce qu’il a abandonné notre Seigneur Jésus-Christ et s’est adonné à l’idolâtrie. »

Il est évident, à partir de ces paroles, qu’Épiphanide ne comprend rien concernant les différentes sortes de prosternements, ne sachant rien de ce qu’il dit, ni rien du sujet dont il est si affirmatif. Car les chrétiens ont appris, une fois pour toutes, la foi glorieuse et inaltérée. Alors, abandonner cette foi et prendre part à l’idolâtrie, jamais ils ne se laisseraient être pris par une telle chose. Ils ont été initiés à la grâce divine et ils ont cru correctement et sans mentir, sachant se prosterner devant le Dieu vivant et véritable, le servir et porter l’adoration [sebas] à lui seul. Par contre, aux anges divins et aux saints dans la chair — comme aux serviteurs de Dieu et aux dévoués — ils attribuent l’honneur selon la dignité : un honneur qui est dirigé à travers eux vers Dieu. Car l’honneur que l’on accorde aux compagnons de service, disent nos hiérarques, montre la bienveillance envers le maître commun. Voilà précisément la leçon que le criminel n’a pas apprise.

Mais s’il n’est pas nécessaire de chercher la nature du prosternement — non seulement à partir de ce devant quoi on se prosterne, mais aussi à partir du désir de ceux qui se prosternent — comment se fait-il qu’Épiphanide n’ait pas accusé le grand théologien, Jean, d’avoir agi illégalement si, au sujet de tout prosternement, comme ce semble être le cas, le même geste est interprété sans distinction ? En effet, Jean s’est prosterné devant un compagnon de service. Un homme [Jean] si grand et important dans le domaine des choses divines devrait, dans ce cas, porter l’accusation d’idolâtrie. N’est-ce pas ? Il devrait être encore plus facile, aux yeux de l’insensé Épiphanide, de remonter dans le temps et de lancer des accusations encore plus absurdes contre certains des anciens. Comment se fait-il, alors, qu’Épiphanide n’ait pas accusé celui qui a succédé à Moïse à la direction du peuple — je parle de Josué, fils de Noun — lui qui est tombé par terre la tête la première et s’est prosterné devant le commandant des puissances divines ? Ou pourquoi n’a-t-il pas accusé l’ange lui-même de tyrannie, lui qui désirait que Josué se prosterne devant lui, usurpant ainsi le culte qui convient à Dieu seul ? (Jos 5, 13-15) Ou bien, comment se fait-il qu’Épiphanide ait absout Gédéon et Manoah de l’accusation et du blâme sur cette question — ou les anges divins qui sont apparus à eux — parce que Gédéon et Manoah se sont prosternés, d’une part, mais, d’autre part, ils n’ont pas été réprimandés ? Mais l’un des deux anges [celui de Gédéon], d’une part, a organisé le sacrifice et en a aussi disposé ; alors l’ange a touché de l’extrémité de sa baguette des viandes et des pains sans levain et le feu, s’étant allumé et jaillissant du roc, a dévoré le sacrifice. (Jg 6, 11 24) Mais l’autre ange [celui de Manoah] (Jg 13, 2-24), bien qu’un peu contre son gré, suivant l’usage et la coutume habituelle, a ordonné d’offrir l’holocauste là où il monterait au ciel. Maintenant, que la femme de Moïse, Çippora, soit pardonnée à cause de la légèreté de sa nature et de la facilité avec laquelle les femmes se laissent emporter. Et Barlaam, qu’il soit pardonné parce qu’il était un étranger : Çippora s’est prosternée devant les pieds de celui qu’elle avait rencontré et qui menaçait de faire périr l’enfant ; elle a circoncis son fils et s’est jetée à terre. (Ex 4, 25-26) Barlaam s’est prosterné devant celui qui est apparu sur le chemin, qui bloquait la route et qui portait une épée ; il a méchamment frappé l’âne qu’il reprochait. (Nm 22, 22-35)

Que dira le discours de l’impie au sujet des saints anges ? Alors, est-ce qu’il les libérera de l’accusation, ou plutôt est-ce qu’il introduira chez nous les anges rebelles : ceux qui, comme le mauvais ange et apostat de jadis [le diable], se sont révoltés contre le Créateur et le Seigneur, qui couvrent la divine gloire d’injures, qui suscitent maintenant l’adoration et qui n’empêchent pas que l’adoration leur soit rendue ? Ce serait une chose très dangereuse à dire, qu’on devrait fuir à tout prix. Épiphanide pourrait bannir aussi Élie le Thesbite, certainement un homme de Dieu, tout à fait loin du chœur des saints : le dernier de trois capitaines des cinquante s’est approché d’Élie et est tombé à genoux devant lui ; ce capitaine et les cinquante hommes sous ses ordres ont été sauvés de la foudre du ciel, mais les autres qui sont venus avant sont devenus de la matière combustible, par le feu venu du ciel, à cause de paroles pleines de présomption. (2 R 1, 9-15) De la même manière sans doute, il aurait promptement raillé le serviteur d’Élie, Élisée, même si celui-ci s’est fait attribuer une double portion des grâces de l’esprit qui était sur son maître Élie parce qu’Élisée ne s’était pas fâché contre la Sunnamite qui s’était prosternée devant lui. Lorsque l’enfant était déjà mort, Élisée l’a réanimé et l’a rendu vivant à sa mère. (2 R 4, 8-37) Qu’est-ce que, finalement, Épiphanide saurait objecter à Daniel à propos de ce qui s’est accompli chez les Chaldéens ? Ne pourrait-il pas reprocher à Daniel, un des grands prophètes, en lui lançant de semblables accusations parce que Daniel ne s’est pas fâché contre le prosternement de Nabuchodonosor, mais il a supporté que le roi se soit prosterné devant lui lorsque Daniel avait exposé plus clairement à Nabuchodonosor les visions qui étaient apparues au roi ? À cause des explications qui l’avaient stupéfait, le roi s’est empressé de faire une offrande au prophète et de l’honorer par de l’encens et par d’autres cadeaux. Et Daniel, ayant accepté ce qui lui a été offert, le roi l’a promu chef des satrapes sur toute la Babylonie et chef de tous les sages. (Dn 2, 46) Épiphanide supprimerait aussi la sainteté du prédicateur de l’Évangile, saint Paul, celui qui non seulement n’a pas repoussé le geôlier qui s’était prosterné devant lui, mais aussi l’a persuadé par la divine prédication et par les merveilleux événements accomplis dans la prison. Paul l’a jugé digne, lui et toute sa maisonnée, du bain divin et purificateur, tous se réjouissant spirituellement. Et Dieu a reçu ces œuvres qui s’étaient accomplies chez ses serviteurs, car c’est Dieu lui-même qui les a accomplies. Mais Épiphanide l’impie, lorsqu’il est devenu hostile à Dieu et a commencé à être le très grand ennemi des saints, les a supportées avec peine et s’en est éloigné. Mais Dieu a triomphé de lui à travers ces événements et ne voulait pas faire oublier, à quiconque ayant la raison, la stupidité d’Épiphanide.

« Les saints, dit-il, ne veulent pas que l’on se prosterne devant eux. » Qu’il y ait consensus. Quoi alors ? Est-ce que nous ne voudrons pas nous prosterner ? Ou bien, en nous prosternant, tâcherons-nous d’imposer notre propre volonté et résisterons-nous à leur volonté ? Une telle idée est remplie de beaucoup de sottises. Qui croirait encore Paul, lorsqu’il prescrit : « Rendez à tous ce qui leur est dû. » ? (Rm 13, 7) Mais quoi d’autre devons-nous aux saints hormis l’honneur ? Et ensuite, Paul dit : « …chacun regardant les autres comme plus méritants. » (Rm 12, 10) Et cet honneur se montre par un prosternement convenable. Également, depuis longtemps et jusqu’à présent, la loi juste [d’honorer quelqu’un par un prosternement convenable] règne, surtout à l’égard de ceux qui sont proéminents en vertu, qui sont près de l’éclat de vie et qui se distinguent par la sainteté. Et il est prescrit que toute personne soit soumise aux autorités supérieures et en outre aux terrestres. Il ne semble pas bon à l’insensé Épiphanide que l’on honore tous ceux qui sont attachés et unis à Dieu par la vertu. Mais, par des arguments tout destinés à appuyer son point de vue, Épiphanide veut prouver qu’il faut mettre fin à la vénération des images et finalement au prosternement devant les saints eux-mêmes. Alors, si les saints ne voulaient pas que l’on se prosterne devant eux, il serait beaucoup plus juste de détourner l’honneur de leurs images afin que, si les images ne sont pas à vénérer, les archétypes non plus ne soient pas vénérés.

Dans ce cas, la structure et la proposition majeure de l’argument tourneraient contre les saints d’une manière éclatante. Et ce qui prouve l’argument, c’est qu’en détruisant l’un des deux, on détruit l’autre aussi et qu’en maintenant la vénération des uns, on maintient également la vénération des autres. Alors qu’est-ce que l’on présentera contre les arguments de cet insensé ? C’est que lorsque l’image du Christ n’est pas digne d’être honorée, il s’ensuit que le Christ lui-même ne sera plus digne d’être honoré, car la logique est arrivée à ce point d’impiété, par les arguments du lutteur contre le Christ. Mais quelque chose qui n’est pas inférieur en blasphème sortira de lui [si l’on suit sa logique] parce que lorsque le Christ a entendu « bon maître » de la part du jeune homme riche, il a refusé le titre comme si personne sauf Dieu n’était bon. Mais dans son discours, il parlait très humainement jusqu’au point de cacher la grandeur de sa divinité. Il n’était pas nécessaire que le Christ confesse qu’il était bon, ayant refusé le mot bon une seule fois. Et qu’est-ce qu’il y a de plus impie dans tout cela ? Telles sont les absurdités de la pensée du lutteur contre Dieu et il y en a encore plus si l’on veut explorer avec plus de curiosité l’impiété des blasphèmes. Mais nous, étant dirigés vers la vérité, nous disons d’abord que si quelques-uns des saints avaient interdit le prosternement devant eux, ce n’est pas pour cela que nous ne soyons pas obligés à nous prosterner devant eux, puisque le prosternement est d’autant plus convenable parce qu’il est juste. Les saints sont de véritables serviteurs de Dieu et pour cela, il est encore plus nécessaire de les honorer.

Ensuite, aucune loi interdisant d’honorer les saints n’a été transmise à l’Église, mais les coutumes montrent absolument le contraire. Cependant, il faut examiner attentivement les occasions où certains saints ont refusé le prosternement, et admirer quand même leur modération, leur sagesse et leur intelligence, comme ceux qui se disposaient avec circonspection à l’égard du respect de ceux qui s’approchaient. Car, d’une part, le saint apôtre a montré de l’honneur convenable au divin ange, surtout à cause des miracles il opérait. D’autre part, jugeant que Jean le Théologien était son égal en rang, l’ange voyait le prosternement d’un œil hostile et il a appelé Jean « compagnon de service » et l’a désigné comme l’un des frères qui avaient le ministère de témoigner de Jésus : tout cela parce que l’ange voyait Jean comme celui que le chef des anges [le Christ] aimait et qui était le plus familier avec lui. Voilà pourquoi Jean est le très-divin, car il s’est couché sur la poitrine de la Sagesse et, dès lors, supérieur à tous ceux qui ont été introduits parmi les anges et qui ont annoncé divinement les paroles de Dieu. Et particulièrement, à cause de l’excellence des paroles dont l’ange était le serviteur, il ne voulait pas donner l’impression de saisir l’honneur pour plaire à lui-même. Ainsi il pensait qu’il était nécessaire de dire ce qu’il a dit[26] :

Les paroles de révélation ne sont pas de moi, ni les prophéties de ma compétence. Le témoignage est de Jésus, ou en vérité la grâce, et le don spirituel des choses annoncées. Mais moi, je n’ai reçu qu’en dépôt le ministère de ces choses, seulement comme serviteur et intermédiaire qui a été envoyé de la part du Seigneur de tous et je suis arrivé à te faire comprendre la révélation des choses qui ont été entreprises. Attention, ne te prosterne pas devant moi ni ne m’attribue des choses au-dessus de moi. Prosterne-toi, dit-il, devant Dieu. Attribue la grâce des mystères à celui qui les a entrepris.

Donc, l’ange a repoussé le prosternement par modestie à l’égard du théologien et de la piété des paroles qui ont été transmises et rendues par oracles. C’est précisément pourquoi nous ne refusons pas de vénérer les saints parce que nous avons reçu des leçons du grand Jean et nous avons été persuadés par lui. Mais d’autres [hommes saints], comprenant la faiblesse de la nature humaine, repoussent l’honneur loin d’eux parce que le plus souvent ils méprisent leur propre honneur. Ceux-là ont acquis, par les grâces de l’Esprit, l’attitude peu hautaine connaissant parfaitement le danger des affaires humaines et le penchant de la pensée vers le pire, selon le passage qui dit : « Dès la jeunesse, la pensé de l’homme pousse intensément vers les mauvaises choses. » (Gn 8, 21) ; également : « Celui qui pense se tenir debout, qu’il veille à ne pas tomber. » (2 Co 10, 12) [Ils ont acquis cette attitude] d’autant plus parce qu’ils savent très bien la fin de la vie humaine ; [d’autres] sont incertains quant à leur fin. Voilà pourquoi Pierre, le chef des apôtres, alléguant qu’il était semblable à Corneille, vu qu’il partageait la même nature, a fait lever le suppliant Corneille qui était tombé à ses pieds. Pierre ne pouvait pas laisser Corneille prosterné longtemps à ses pieds, car, en réalité, l’apôtre se méfiait de vouloir se réjouir de l’amour de l’honneur ou chercher la gloire en laissant Corneille prolonger son prosternement devant lui. (Ac 10, 25) C’est précisément cela qui est abominable aux saints. Ainsi, Pierre a réprimandé ceux qui s’étaient réunis pour voir l’impotent de naissance qui avait été guéri parce qu’il n’était pas nécessaire de fixer le regard sur ceux qui ont produit le signe, comme s’ils avaient agi par leur propre pouvoir ou piété. (Ac 3) Mais il faut plutôt référer le miracle au nom de celui qui l’a opéré.

« Mais Pierre enseignait, dit Épiphanide, de ne pas se prosterner devant lui, mais devant le Christ Sauveur. » Précisément à cause de son attitude, il faut honorer Pierre encore plus ; il est tout à fait digne de vénération. Si ce n’est pas comme cela, comment pourrait être maintenue la citation suivante : « Je glorifierai ceux qui me glorifient. » ? (Is 60, 7) Voilà pourquoi il faut accorder aux saints une plus grande gloire : parce qu’ils ont passé après tous les autres et ont préféré que la vénération passe à Dieu. D’autres ont envoyé loin d’eux l’honneur de l’opinion et du discours de ceux qui s’avançaient lorsque, chez les athées [les païens], comme on dirait, par ignorance de Dieu, ils ont vu ce qui a été fait [et l’ont interprété] d’une manière païenne. Tel certes est ce qui s’est passé chez les Lycaoniens dont nous avons appris l’histoire dans les Actes sacrés des apôtres (Ac 14) puisque les divins prédicateurs ont fait briller la lumière de la connaissance de Dieu sur eux et ont accompli la grande œuvre des miracles. À cause de ces derniers, les Lycaoniens ont été frappés de stupeur et les nombreux spectateurs ont jugé bon de crier dans la langue lycaonienne : « Les dieux en forme humaine sont descendus parmi nous » (Ac 14, 11) et ils ont naturellement aussi désigné Paul et Barnabé par les noms de leurs dieux. Et l’archiprêtre de leurs dieux a amené des taureaux et a apporté des guirlandes pour organiser, avec la foule, un sacrifice.

Mais les prédicateurs étaient fortement accablés par les événements et ils ont déchiré leurs vêtements. Ils ont empêché ceux qui avaient été égarés par un désir absurde et insensé et ils ont confessé être des hommes de la même nature que les Lycaoniens. Ils ont annoncé la parole salvatrice et ont enseigné l’abandon des choses vaines. Il vaut mieux certes repousser et détourner de tels honneurs et de tels prosternements. Ainsi donc, nous savons que d’autres saints se sont servis d’une règle de modération et ne se sont pas détournés vers la gloire de ce monde. Ils se sont pressés, par contre, vers la future gloire et ont accompli des choses dignes de celle-ci, afin d’obtenir la gloire du monde à venir. En tout cas, les lutteurs dans le domaine des vertus ont souvent tendance à cacher les choses qu’ils ont bien accomplies, et à rendre publics leurs défauts. À cause de cela, Paul est devenu un dur accusateur pour lui-même et n’a pas passé sous silence l’absurdité des choses qu’il avait faites auparavant. Et Matthieu s’est méprisé lui-même pour son ancien genre de vie (Mt 20, 28) et d’autres ont montré autrement un esprit humble, eux qui ont suivi le chemin supérieur qui a été enseigné par le cœur de leur doux et humble maître. Tels et nombreux sont les chemins des secrets de la divine économie que connaissent les initiés et les prêtres des mystères de Dieu. Mais si le Christ, étant venu dans ce monde, ne voulait pas être servi, mais voulait servir, il n’est pas nécessaire donc de servir le Christ, selon l’argument de l’impie. Et Paul se glorifie vainement, comme le serviteur du Christ (Rm 15, 16) et il annonce en vain, par lui-même, qu’il est le ministre du service. (1 Tm 1, 12)

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Chapitre 10

Concernant les choses incompréhensibles et incirconscrites

Mais où encore ce lutteur contre Dieu envoie-t-il la langue, lui qui est transporté par le délire vers des fantaisies manichéennes ? Il était outrageux envers les saints et, ensuite, d’un esprit puéril, il a balbutié quelques contes et histoires confuses. Voilà pourquoi il poursuivait encore le Dieu même des saints par les blasphèmes habituels en écrivant ceci :

Comment peut-on dire que Dieu, étant incompréhensible, inexprimable, insaisissable par l’esprit et incirconscriptible peut être représenté, lui sur qui Moïse n’a pas pu fixer les yeux ?

Nous devons réfléchir sur ce point pour connaître, avec exactitude, l’esprit de cet Épiphanide qui choisit de lutter pour la vérité et de triompher de l’erreur monstrueuse du mensonge.[27] Car, en même temps, on observera clairement tout le blasphème de ce criminel. Dans ce qu’il écrit, on découvre toute sa doctrine fantaisiste et mensongère. De toutes ces choses, qu’est-ce qui pourrait être plus clair ou plus frappant que ces paroles comme démonstration de sa pensée à l’égard de l’économie salvatrice du Christ ? C’est la pensée de quelqu’un qui annonçait l’abolition de cette économie — comme [s’il déclamait] dans un théâtre public, ouvert à tous, et au son strident d’une trompette. S’il y a quelqu’un qui n’est pas insensé, qui n’est pas couvert de ténèbres à l’égard de la lumière, qui n’est pas ignorant et sans éducation à l’égard de la sagesse, qui n’a pas endurci l’âme, qui n’a pas les yeux du cœur aveuglés contre la lumière de la foi droite, qui embrasse avec amour la vérité et qui a en horreur le mensonge, alors cette personne comprendra l’erreur des arguments vides avancés contre le mystère divin, dans lequel sont contenues toute la force et la renommée de ceux qui enseignent la doctrine aujourd’hui.

Nous acceptons les mots incompréhensible, inexprimable et incirconscriptible. Mais que faut-il dire de la condescendance ou de l’incarnation ? L’auteur estime que le Verbe n’a jamais été vu ou fait [en incarnation]. Voilà pourquoi il veut proposer que le Christ ait été incirconscriptible et insaisissable par l’esprit, afin de supprimer l’incarnation du Logos dont nous avons déjà dit beaucoup dans d’autres écrits. Voilà pourquoi, procédant à partir de Moïse et des anciens, comme s’il s’agissait toujours d’ombres et de figures, Épiphanide enseigne la manifestation du Logos parmi les hommes comme dénuée d’épaisseur et de chair. Et je ne vois pas comment [on peut affirmer, d’une part] que le Verbe nous est semblable en nature, et [d’autre part] que la doctrine de la croix et de la passion salvatrice du Christ sera comprise et crue à la lumière des mots incompréhensible et incirconscriptible. Car, d’une part, Épiphanide cite Moïse qui ne pouvait pas fixer les yeux sur Dieu, mais, d’autre part, concernant les paroles suivantes : « "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie — car la vie s’est manifestée : nous l’avons vue et nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle" (1 Jn 1, 1) pour que nous mangions et buvions ensemble avec lui », il ne se souvient pas que cela s’est passé aussi après la résurrection du Christ d’entre les morts. Dès le début, [par contre], les témoins oculaires et ceux qui sont devenus les serviteurs du Logos nous ont transmis un grand nombre d’autres témoignages par les paroles évangéliques. Dans ces dernières — selon la vérité et non en apparence ou en imagination, comme le disent les sottises de l’auteur — le séjour parmi les hommes et le droit de cité [du Logos] ont été présentés parmi les chrétiens, et ont été reçus et crus véritablement, mais Épiphanide ne juge pas que c’est un message conforme à la vérité.

Ainsi, il se présente très clairement comme celui qui a nié le mystère de l’incarnation du Logos. Et ce qui suit est encore plus manifeste. Qu’ajoute-t-il ? Il dit :

Certains disent que, puisque le Verbe est devenu homme parfait de Marie toujours vierge, nous le représentons comme homme.

Qu’est-ce qui, dans ces paroles, est plus indicatif de la rage manichéenne et fantaisiste ? Il dit : « Certains disent […] », car lui, il ne le dit pas, ni ne supporte que d’autres le confessent. Ensuite, il ajoute :

Est-ce que le Verbe s’est incarné afin que tu puisses représenter de ta main l’Incompréhensible par qui tout a été fait ?

Et il dit « Est-ce que le Verbe s’est incarné […] » sur un ton moqueur, car c’est précisément comme cela qu’il accuse ceux qui pensent ainsi [que le Verbe s’est réellement incarné], en se moquant de ce qu’ils disent et en le raillant, parce que « vous, les chrétiens, vous dites qu’il est devenu homme, alors que moi, je ne le dis pas. Puisque le Christ est incompréhensible, comment serais-tu disposé à avoir la force de le représenter par tes propres mains ? » Car, étant inspirés par le mot indescriptible [agraphon : non descriptible], l’auteur et d’autres l’interprètent à partir de leur imagination ; habilement et par tous les moyens, ils s’efforcent d’ébranler la doctrine de l’incarnation du Sauveur.

Ensuite, concluant précisément ce qu’il a assemblé comme arguments, d’une manière mauvaise et impie, il ajoute :

Et bien alors, le Christ n’est-il pas semblable au Père et ne rend-il pas la vie aux morts ?

Qu’est-ce que ces paroles peuvent vouloir dire ? Elles signifient ceci : si le Verbe peut être représenté, il est compréhensible. S’il est compréhensible, il s’est incarné. S’il s’est incarné, il n’est pas semblable au Père. Et comment ceci n’est-il pas absurde, car le Fils est semblable au Père et, puisque le Père est incompréhensible et indescriptible, le Fils aussi ? Ainsi donc, le Fils ne s’est pas incarné pour qu’il ne soit pas compréhensible ; il n’est pas devenu compréhensible afin qu’il ne puisse pas être représenté. Donc, à partir d’une telle analyse du mot indescriptible, on reconnaîtra très clairement le blasphème. Il dit : « Donc, il n’est pas semblable au Père. » Et bien, puisqu’il n’est pas compréhensible pour toi, Épiphanide, tu ne peux pas le représenter par tes mains ; par conséquent, il ne s’est pas incarné et il n’est pas semblable à sa mère. Alors, elle n’est pas sa mère, selon toi, mais Marie est certainement sa mère. Car comment peut-il en être autrement ? Donc, il s’est incarné. C’est pourquoi il est compréhensible ; alors donc, absolument, il peut aussi être représenté puisque sa mère peut être représentée.

Ainsi, on pourrait dire, en répondant d’avance [en anticipant une objection] : Il serait mieux de dire que le blasphème de ses paroles sans mesure se retourne plutôt contre l’auteur lui-même puisqu’il ne veut pas donner une mère au Christ. Il dit : « Mais c’est comme si vous disiez : S’il est représenté, c’est alors que le Christ ne donne pas la vie aux morts. » Mais c’est la même chose de dire : « s’il s’est incarné […] » comme le texte a conclu, parce qu’il dit « s’il donne la vie ». Donc, le Logos ne s’est pas incarné, selon lui. Mais nous voyons comment le Christ donne la vie. Alors, n’est-ce pas vrai que lorsqu’il était mort dans le corps et ressuscité des Enfers, il a ressuscité ceux qui étaient enchaînés depuis des siècles par les liens de la mort ? S’il est certes mort, comment se fait-il qu’il ne se soit pas incarné ? Comment n’est-il pas compréhensible par le fait même d’être incarné ? Comment donc ne peut-il pas être représenté ? Mais le corps du Christ donne la vie, car la chair de Dieu est aussi le corps de la vie : sur ce point, précisément, l’auteur s’est complètement trompé en violant en réalité la vie ; le Christ qui est toujours vivant, est aussi celui qui est mort. Alors, que signifie l’argument pour lui ? Ou bien il signifie que l’auteur ne croit pas, véritablement et réellement, que le Logos a pris un corps — s’étant incarné plutôt par la tromperie séduisante de l’apparence — ou bien il signifie qu’en acceptant que le Logos avait un corps réel, le Christ s’est séparé de la ressemblance au Père. Désormais, tout ce qu’il dit ressemble à une fantaisie imaginée parce que l’auteur a adhéré à la doctrine des manichéens. Il refuse l’incarnation du Sauveur et se débarrasse de tout le mystère de l’économie.

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Chapitre 11

Contre ceux qui disent : « Où le Christ a-t-il ordonné de faire des images et de se prosterner devant elles ? »

Ensuite Épiphanide dit :

Pendant son séjour sur terre, où [le Christ] t’a-t-il ordonné de faire une image de lui, de te prosterner devant elle et de la regarder ?

Mais là, sa croix et beaucoup d’autres choses parmi nous sont dignes de vénération et nous nous prosternons devant elles bien que le Christ ne l’ait pas ordonné. Car c’est sur nous que la grâce de l’Évangile a brillé et il revient à ceux qui sont motivés, non par une loi, mais par la foi et l’amour, d’offrir à ces objets des marques d’honneur. La foi a préséance sur la loi, car rien n’est plus fort que la foi ni plus ardent que l’amour. Voilà pourquoi ce qui est proposé à partir d’une loi ne pourrait plus être préféré à une si grande grâce. Mais comment n’est-il pas juste pour ceux qui ont été guidés par la bienveillance de répondre volontiers au bienfaiteur par des dons aussi importants, splendides et dignes d’admiration ? Ainsi donc, les bons serviteurs accordent tous les honneurs et toute la vénération au Seigneur, sans avoir besoin d’entendre la voix des autres, mais ils ont en eux-mêmes l’amour qui les pousse à honorer et à vénérer. Car les chevaux de bonne race et très ardents n’ont pas besoin d’être fouettés ni éperonnés. Du reste, ceux qui sont éveillés par la vigilance et l’intelligence envers les choses ardemment aimées sont dignes d’être loués. Car le Seigneur a dit : « Bienheureux soit ce serviteur que le Seigneur, lorsqu’il arrivera, trouvera en train de veiller. » (Lc 12, 37) Mais toi, Épiphanide, tu es le serviteur méchant et ignorant précisément parce que tu es alourdi par l’infidélité de l’indifférence et du sommeil, car tu n’as pas été frappé par le fouet. Car tu vois la bienveillance fervente des bons serviteurs qui [t’] encourage [à chercher] le désir du Créateur et ce qui est noble. Mais tu voudrais que tous négligent la bienveillance du Seigneur, suivant ton exemple. Et voilà pourquoi, en évoquant [la nécessité] d’ordonnances et le manque [d’ordonnances], tu cherches des excuses à tes péchés (Ps 140, 4) pour lesquels tu seras jugé digne d’être appelé malheureux.

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Chapitre 12

Concernant Abgar et les images non faites de main d’homme : l’une d’Édesse et l’autre de Rome

Abgar désirait avec foi voir l’archétype [le Christ], mais il n’a pas réussi. A-t-il été empêché [dans son désir de voir le Christ] une seconde fois ? Si Abgar avait été réprimandé, son histoire aurait trouvé une place dans le texte de l’insensé Épiphanide. Mais puisque Abgar a été accueilli par bonté [dans son désir de voir l’archétype, le Christ] et puisque le Christ, de sa propre main, a satisfait le désir d’Abgar, quel principe faudra-t-il établir pour les fidèles ? Mais si cette histoire choque certains de ceux qui maintenant ne sont pas fidèles à la vérité, que les choses vues puissent rendre témoignage et les choses faites, convaincre. Et de ces choses vues et faites, même aujourd’hui, la ville des Édesséniens se glorifie et la ville ancienne des Romains se pare. Mais Abgar ne savait pas que l’histoire de l’œuvre [l’image], racontée à répétition, ainsi que le fait d’avoir donné l’ordre [concernant l’image] lui procureraient la plus haute dignité et la plus grande crédibilité. Un passage de l’Évangile dit : « Car bienheureux est celui qui fera et qui enseignera. »[28] (Jn 13, 17) Car si le malheureux Épiphanide avait compris les images non faites de main d’homme [dans ce cas-ci, l’image faite par] le Sauveur — des images qui ont été modelées par rapport à la beauté divine — il les aurait estimées comme sacrées parmi toutes choses. Il aurait accepté les miracles splendides et manifestes qui s’accomplissaient là-bas [à Édesse] et en aurait été intimidé, car ces merveilles sont chantées même jusqu’à notre époque, par un grand nombre de récits. Mais l’œuvre [l’image] a été reçue, même avant [que] l’histoire [n’ait été répandue]. Et puisque, en général, les œuvres confirment les histoires, tout comme les choses vues sont plus dignes de foi que les choses sues par ouï-dire, Épiphanide n’aurait pas dû parvenir à une si grande folie et à un si grand et fol orgueil puisqu’il a vu que l’œuvre [l’image] a été faite par [le Christ], celui qui lui-même a pris l’initiative d’agir. Néanmoins, Épiphanide cherche des lois et des ordonnances superflues. Mais il aurait [en plus] reconnu que le Seigneur ne fournit pas, à ceux qui lui en font la demande, des choses extraordinaires et trois fois désirées afin qu’elles soient outragées, mais pour qu’elles soient vues comme dignes de vénération et d’honneur. Donc, lorsque la grâce est apparue, nous les chrétiens, nous avons reconnu le Créateur et nous avons été rachetés de l’adoration idolâtre. Nous confessons celui qui est sans péché et qui pour nous s’est manifesté réellement et est vraiment homme : le Fils de Dieu, Dieu même, qui a assumé la forme d’un esclave et a porté l’image de la terre. Et maintenant, par conséquent, nous le reconnaissons figuré en image et dessiné.

Voilà pourquoi, nous qui sommes purifiés par la grâce, nous n’avons pas besoin de commandements ni de prescriptions. Car nous agissons librement en étant inspirés par la beauté et la justice ; nous proclamons publiquement les bienfaits obtenus pour nous, lesquels sont répandus sur nous par son incarnation véritable ; nous dessinons l’image de son très saint et divin corps par lequel il a été vu sur la terre ; et nous nous prosternons devant elle. Que faut-il dire concernant les ressemblances et les images ? Celui qui rejette la manifestation même de l’archétype le fait parce qu’il s’imagine que cette manifestation n’a eu lieu qu’en pensée. Il faut noter ce qu’Épiphanide dit : « Pendant son séjour sur terre » ; cet homme fantomatique [Épiphanide] n’a fait aucune mention de la chair et du corps. Certes, Abgar aurait préféré voir celui qui a été représenté et vénéré en image, à cause de laquelle [nous savons qu’] il [le Christ] est homme. Mais Épiphanide a attribué [au Christ dans l’incarnation], comme à Dieu, ce qui est incompréhensible et incirconscriptible. Mais puisqu’il se trouvait tout à fait étranger au culte des chrétiens, comment a-t-il osé s’exprimer à propos des choses honorables et merveilleuses chez les chrétiens dont le Sauveur et Dieu de nous tous est le seul auteur ?

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Chapitre 13

Contre ceux qui disent que l’ordre lui-même est de l’esprit malin

Regardez où et à quel haut niveau Épiphanide élève le blasphème. Les mauvaises choses sortent du mauvais trésor du cœur de celui qui lutte contre Dieu. (Mt 12, 35) Ces paroles sont précisément celles que la mauvaise force cachée en lui n’a pas osé prononcer. Il est très effrayant même d’y penser. Épiphanide dit :

L’ordre lui-même [de faire des images et de se prosterner devant elles] est de l’esprit malin afin que tu méprises Dieu.

Au-delà de l’impiété, quelle mesure de folie et de stupidité ne dépasse-t-il pas pour apporter une accusation de mépris de Dieu contre ceux qui traitent les choses divines avec gravité ? Il vaut la peine de lui poser des questions embarrassantes et de l’interroger. Celui qui « a marché sur la terre » et qui étant Dieu s’est réellement incarné — comme nous le croyons — où t’a-t-il interdit de faire quelque chose qui lui ressemble et de te prosterner ?[29] Ou bien, à quel endroit l’a-t-on entendu ordonner le contraire des choses que lui-même il a faites ? Dire une telle chose serait la plus grande des absurdités. Ou encore, où est-ce que le législateur, par des lois écrites, contraint ceux qui agissent pieusement ? Mais où t’a-t-il ordonné de purifier les saints temples, d’endommager les autels divins ou de transformer tous les biens sacrés en bois de chauffage ?[30] Encore, ton comportement et tes ordres, qui luttent contre le Christ, ne viennent-ils pas du mauvais et impur esprit qui habite réellement en toi ? Mais puisque nous savons que les enseignements des apôtres sont des commandements de leur maître, et du Sauveur de nous tous, il est très clairement dit en d’autres textes concernant ceux qui — étant inspirés par l’infidélité — demandent des ordres, comme les prédicateurs de la parole l’ont ordonné.[31] Ensuite, à ces paroles [déjà citées], Épiphanide ajoute ceci :

Car Dieu, dans tout l’Ancien et le Nouveau Testament, supprime ces choses disant exactement : « Tu te prosterneras devant le Seigneur et tu rendras un culte à lui seul. » (Mt 4, 10)

Dégrisez-vous, vous qui êtes ivres de votre vin d’incrédulité et d’ignorance et comprenez à travers ces paroles que la voix déjà entendue n’est pas celle d’Épiphane mais d’Eusèbe. Car Épiphanide, qui les a dites, est semblable à Eusèbe et il ignore la force de l’Ancien et du Nouveau Testament puisque les deux hommes ensemble [Eusèbe et Épiphanide] se mettent à concevoir une seule adoration égale et semblable à partir de deux adorations comprises différemment. De même que les commandements du culte de l’adoration selon la loi ont été répudiés, de même le mystère du culte divin en esprit des chrétiens a été nié. Donc, ni les juifs ne se comportent avec pureté ni les chrétiens, assurément, car Eusèbe et Épiphanide n’ont pas su discerner entre le saint et le profane. Ces deux hommes mettent ensemble, dans une seule et unique chose — avec impiété et d’une manière indigne de Dieu — la représentation du Christ et l’image des démons. Ou bien, ils ne font aucune différence entre la piété envers Dieu et l’adoration en esprit des chrétiens, d’une part, et la superstition grecque, d’autre part ; ou bien, ils voient une quelconque différence entre les diverses sortes de prosternements, tout en mélangeant les choses qui ne se combinent pas. Ils s’inspirent des symboles de l’Ancien Testament pour réfuter les symboles de grâce du Nouveau Testament.

Voilà pourquoi, leur folie est manifestement rendue publique, une folie qui va au-delà de l’impiété. Maintenant, à la suite de ces paroles et contre tout l’Ancien Testament — au sujet duquel ils se vantent et s’enorgueillissent grandement, bien qu’ils soient totalement aveugles — ils ignorent que l’Ancien Testament avait des images. Nous aussi, nous connaissons les chérubins en or, ordonnés [d’être produits] par le commandement du Dieu de tous, qui ont été placés au-dessus de l’arche dans le tabernacle d’autrefois et qui, encore plus tard, convenaient au temple construit [par Salomon]. Donc, les autres choses qui se conforment à ce jugement-là, qu’elles se maintiennent maintenant chez nous, car les fruits [de la conception, les nouveau-nés, c’est-à-dire les iconoclastes] sont d’un cœur horrible et frappés de démence et à leur sujet il vaut mieux se taire que de s’opposer. Mais nous arrivons déjà à d’autres sujets.

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Chapitre 14

Contre ceux qui disent que le diable a réintroduit l’idolâtrie dans le monde

Même si nous préférons ignorer tout le contenu [de la Lettre à Théodose] à cause de la folie qui s’y trouve, nous ne pourrons cependant pas passer volontairement à côté de ce qui paraît dans la Lettre adressée à l’empereur Théodose, ou contrefaite, parce que nous ne pouvons pas supporter l’outrage lancé contre notre religion. Voilà les paroles telles que présentées [dans la Lettre à Théodose] :

Par son habileté mauvaise, le diable a machiné l’idolâtrie dans le monde où il l’a semée et l’a établie sur un fondement solide, et il a détourné les hommes loin de Dieu. Et maintenant encore, après les hérésies et les idoles, il a entraîné les fidèles vers la vieille idolâtrie et il les a séduits.

Personne — je dirais — de ceux qui sont intelligents et qui ont un esprit sensé ne comprendrait que ces paroles impures et opposées au Christ sont d’Épiphane le porteur de Dieu. Et comme il est possible d’examiner à fond [la question de l’authenticité de la Lettre à Théodose], [commençons] d’abord avec ce qui a été composé sur sa vie, car il est dit qu’Épiphane avait une correspondance épistolaire avec l’empereur Théodose et qu’il lui a demandé de chasser, par des ordonnances impériales, les très impures hérésies qui poussaient sur l’île des Chypriotes et de le faire le plus promptement possible.[32] Ces hérésies sont les suivantes : celles des simoniens, des valentiniens, des nicolaïtes et des orphites ainsi que des basilidiens et des carpocratiens. L’auteur Épiphane a énuméré ces hérésies et aucune autre. Alors, Théodose a acquiescé sur la question des ordonnances et a aussitôt accordé la demande [d’Épiphane de chasser les hérésies]. Comment se fait-il donc que les impiétés que contient la Lettre à Théodose ne soient pas exprimées parmi les choses demandées [dans la pétition] ? Épiphane aurait certes versé beaucoup plus [d’encre] et avant les autres hérésies s’il avait détecté l’idolâtrie [à Chypre]. Car qu’est-ce qu’il y a dans cette Lettre à Théodose de plus insensé ou de plus abominable ? Et pour quelle raison Épiphane se serait-il battu contre des moindres maux et aurait-il négligé les plus grands ? Mais nous voyons qu’Épiphane a dénoncé toute hérésie en notant [dans son livre le Panarion] le nom des fondateurs de chaque secte, l’endroit où l’hérésie s’est enracinée et encore aussi ceux qu’elle a infectés.

Donc, si Épiphane avait jugé que l’honneur manifesté aux choses saintes était idolâtre, comment se fait-il qu’il ne l’ait pas mentionné — bien que cet honneur soit pire que toutes les autres hérésies — et qu’il n’ait identifié justement ni le lieu où il a commencé ni le pays où il a été reçu ? Car si Épiphane avait compris une telle chose [que l’idolâtrie était réapparue à Chypre], il aurait composé d’innombrables livres et aurait prononcé des discours sans nombre [pour la combattre]. Voilà donc pourquoi le moment est arrivé de nous élever de nouveau contre ces paroles en nous servant des écrits authentiques d’Épiphane. Alors, ayant terminé — comme nous l’avons dit — le livre volumineux et interminable contre toutes les hérésies [le Panarion] et ayant suffisamment dénoncé ces dernières, Épiphane n’a rien dit dans la conclusion de son livre au sujet de l’idolâtrie ni n’a accusé les fidèles d’idolâtrie. Il s’adonne par contre à de grandes et extraordinaires louanges de l’Église et il donne le titre de la conclusion du livre [le Panarion] comme ceci : Un bref et vrai exposé sur la foi de l’Église catholique et apostolique. La conclusion du livre [le Panarion] commence comme ceci : « Les choses variées et diverses » et après avoir dit certaines choses il continue comme ceci :

Par la puissance de Dieu, nous avons taillé en pièces leurs blasphèmes et, ayant traversé l’agitation tumultueuse des flots, nous nous sommes approchés des calmes lieux de la vérité, contemplant le port de la paix.

Et encore ajoutant à ce qui précède des paroles à peu près semblables à celles-ci, il continue :

Ensemble nous voyons la ville ; hâtons-nous donc vers elle, la sainte Jérusalem, la vierge et épouse du Christ, qui a une base solide et qui est un roc inébranlable, notre vénérable mère, l’épouse du Christ. Et d’une manière fort opportune, nous disons ceci : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob et il nous annoncera son chemin, etc. » (Is 2, 3) Allez donc, vous les enfants du Christ et fils de la sainte Église de Dieu, vous qui avez passé à travers cette composition de 80 hérésies — ou une partie d’elles — et qui vous êtes joints à moi pour traverser une telle masse d’enseignements péniblement répandus, vous avez marché à travers un si grand désert.

À la suite de ces paroles, et après quelques lignes, Épiphane dit ceci :

Invoquons immédiatement en témoignage les choses qui s’accordent avec l’époux, comme serviteurs, et nous disons à l’épouse : « Viens du Liban, ô fiancée, viens du Liban, parce que tu es belle ; il n’y a pas de tache en toi. » (Ct 4, 7-8) Le paradis du grand artisan, la ville du roi, l’épouse sans tache du Christ, la pure vierge, celle qui a été fiancée à un seul homme dans la foi (2 Co 2, 2), « la brillante, celle qui se montre comme le point du jour, belle comme la lune, remarquable par la beauté comme le soleil, redoutable comme des bataillons » (Ct 6, 9-10), celle estimée heureuse par les rois et chantée par les concubines, celle qui est louée par les filles, « et celle qui monte du désert étant devenue toute blanche et qui s’appuie sur son neveu, celle qui dégage une odeur d’huiles parfumées et qui monte du désert » (Ct 3, 6), comme des colonnes de fumée, celle qui se parfume de myrrhe, d’encens et des poudres du parfumeur, qui donnent d’eux-mêmes la bonne odeur. Et prévoyant, il a dit ceci : « Ton nom est huile-parfumée-répandue ; c’est pourquoi les filles t’aiment » (Ct 1,3), celle qui a pris place à la droite du roi, habillée de vêtements à franges, vêtue de tissu multicolore et tissé d’or (Ps 44, 9), n’ayant en elle rien de ténébreux, « mais alors elle est devenue noire, maintenant elle est belle et devenue blanche » (Ct 1, 5), afin que, venant à toi, nous soyons guéris des horribles plaies des hérésies qui nous affligeaient auparavant.

Et un peu plus loin, Épiphane dit encore ceci :

Mais je commencerai à décrire les merveilles de la sainte ville de Dieu, car glorieuses sont les paroles qui ont été dites d’elle, comme le dit le prophète : « On a dit de toi des choses glorieuses, cité de Dieu. » (Ps 86, 3) À tous les hommes, ce sont des choses qui les dépassent ; pour les hommes sans foi, des choses étranges, mais pour les hommes de foi et de vérité, ce sont des choses désirables ; en promesse de l’accomplissement, ce sont des choses qui seront accordées par leur maître, dans le royaume des cieux, là où elle, qui est la sainte vierge et l’héritière, partage avec son époux dans le ciel le patrimoine et l’héritage. D’abord parce que Dieu qui règne sur nous tous règne sur ceux qui sont engendrés par cette sainte Église. Voici donc la première preuve de la vérité et de la base solide de foi de cette seule colombe vierge, sainte et sans méchanceté. Concernant cette dernière, le Seigneur a fait une révélation à Salomon, en Esprit, dans le Cantique des cantiques et il a dit ceci : « Soixante sont les reines, quatre-vingts les concubines et les jeunes filles dont il n’y a pas de nombre ; unique est ma colombe et ma parfaite » (Ct 6, 7) en répétant le mot ma.

Et Épiphane continuait de chanter comme cela. Comment donc et par quel moyen ces blasphèmes, [contenus dans la Lettre à Théodose] inventés contre les chrétiens et contre l’Église du Christ, seront-ils harmonisés avec les paroles précédentes [du Panarion] et comment seront-ils attachés les uns aux autres [pour former un ensemble cohérent] ? [Comment harmoniser la Lettre à Théodose avec le Panarion] si Épiphane appelle l’Église du Christ la sainte Jérusalem, vierge et épouse du Christ, belle et n’ayant aucune tache, ayant le Christ pour époux et fiancée à un seul homme, la montagne du Seigneur, la maison de Dieu où grandissent les enfants du Christ, le paradis et la cité de Dieu, belle comme la lune et remarquable par la beauté comme le soleil et chantée par des rois et certes même blanche et s’appuyant sur son neveu, et habillée de vêtements à frange tissés d’or, des choses glorieuses ayant été dites d’elle par les prophètes et cohéritière avec l’époux au royaume des cieux ? Et Épiphane y a ajouté des paroles semblables, lesquelles s’opposent absolument à ce qui est écrit dans la Lettre à Théodose. Où alors, dans les œuvres d’Épiphane, se trouve la mention d’une deuxième idolâtrie dans l’Église du Christ ?

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Chapitre 15

À partir de leur histoire familiale, il est manifeste qu’Épiphanide se présente faussement sous le nom d’Épiphane

Mais la pensée haïe de Dieu présentée [au nom d’Épiphane] n’est très certainement pas de lui [et] on montrera encore plus clairement la différence entre les deux hommes, qui sera examinée et jugée à partir de leur histoire familiale. D’une part, Épiphanide se présente lui-même dans la Lettre à Théodose comme ayant été guidé, dès sa tendre enfance, par la foi des pères de Nicée, et comme ses parents avaient été engendrés dans cette foi, il a aussi tenu fermement la même confession. Mais, d’autre part, saint Épiphane, comme nous le savons, est né Hébreu des Hébreux, et ses parents sont morts dans la religion des Hébreux. Et lui, Épiphane, à l’âge de seize ans, s’est initié à la foi des chrétiens et a reçu le saint baptême. S’il faut dire un lieu commun : « Celui qui lance [un javelot] sera aussi soigné », il est bien d’ajouter ceci : « Celui qui a écrit a aussi effacé », car celui qui était dans le passé [dont parle la Vie] est celui qui confesse [maintenant dans la Lettre à Théodose].[33] D’abord, il [Épiphane selon la Lettre à Théodose] a provoqué le rire moqueur chez beaucoup à la suite des sottises [qu’il avait dites] ; ensuite, parce qu’il conseillait aux autres évêques et concélébrants d’enlever les images, il n’a pas été écouté. Ainsi donc, étant découragé, il s’est éloigné de « nous » [des autres évêques].

Alors, de toutes parts, de faux documents attribuent ces choses à Épiphane et ces paroles insensées et des méfaits sont publiés. [Il n’est pas possible que] la raison de quelqu’un soit frappée à ce point-là par l’impiété de ces paroles ou par la si grande stupidité de celui qui a ramassé ces documents et qui les a présentés comme plaidoyer. Certes, en effet, l’auteur de la Lettre à Théodose ne savait pas ce que Théodose avait déjà commandé ou à quel point l’empereur aimait ardemment la piété, tant en Orient qu’en Occident, et [comment] partout sur terre et mer, il était chanté. L’auteur n’en a jamais entendu parler. Comment se fait-il donc que l’adversaire et l’ennemi de la pensée et de la foi de Théodose [l’auteur de la Lettre à Théodose] fasse appel à la mémoire de ce dernier ? Mais encore plus, pourquoi l’auteur de la Lettre, celui qui a une opinion contraire à celle de Théodose, ne dénonce-t-il pas l’empereur ? Si l’auteur n’avait rien fait d’autre, il aurait dû se méfier des œuvres de Théodose qui les a achevées si bien par la foi, et l’empereur s’appliquait avec zèle pour accomplir tant de choses pour les saints temples, dans lesquels brille [en images] la tradition de l’histoire évangélique. Mais telle est la tyrannie, étant arrivée par l’ignorance et par l’impiété à aveugler ceux qu’elle a saisis, afin de ne pas dire ou faire voir ce qu’elle prépare. À partir de ce qui est écrit dans la Lettre, l’erreur sur l’auteur est clairement manifeste, ainsi que l’ignorance et la stupidité de celui qui s’en sert, de sorte qu’il n’est nullement possible de manquer le fait que les points de vue sont irréconciliables.

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Chapitre 16

Épiphanide avait les mêmes idées que Valentin

Alors, puisque nous avons montré que ces paroles et ces idées sont étrangères à Épiphane, identifions maintenant leur source et leur genre. D’abord, comme nous le savons, Valentin, le haï de Dieu, a introduit [l’idée que l’incarnation n’en était une] qu’en apparence et qu’en imagination, pour réfuter l’incarnation du Verbe de Dieu. C’est lui qui a imaginé sa propre doctrine impie en dénaturant un certain nombre de phrases de l’apôtre Paul. Valentin a dit : « Le Seigneur a assumé la forme d’un serviteur, mais il n’était pas un serviteur ; il a été trouvé sous la forme de l’homme, mais il n’a pas assumé l’homme lui-même. Il a été trouvé dans la ressemblance de la chair. » Valentin n’a pas ajouté « de la chair du péché ». Et voici le plus pénible de tout : il pensait que la divinité pouvait souffrir, et il lui référait les passions. De Valentin, cette opinion criminelle — comme quelque chose qui tue l’âme — s’est abattue sur les sans-Dieu, Marcion, Mani et le très impie Arius, parmi d’autres. Ceux [les iconoclastes] qui se sont rassasiés de ces idées des docètes, imaginaient qu’il ne faut pas représenter le Sauveur en image puisqu’ils ne savaient pas que le Christ a sauvé la totalité de la nature humaine. Ceux [les iconoclastes] qui participent à cette impureté sont aussi ceux qui ont composé les textes attribués à Épiphane [parce qu’] ils ont cru à des doctrines semblables [à celle de Valentin].

Voilà pourquoi les iconoclastes, ayant vu l’image du Christ selon la forme humaine, ne croyaient nullement avoir [vu] sa ressemblance ni une représentation semblable à lui. Cette image [selon eux] ne préservait aucun rapport [à l’humanité du Christ], aucune caractéristique naturelle [de l’humanité du Christ] ; elle se trouvait entièrement étrangère à lui. Et ils avaient l’audace d’appeler cette image idole, d’une manière impie et selon la croyance des Grecs. Dès lors, le mot idole a été introduit dans l’Église du Christ, car ceux qui consultaient ces docteurs [Valentin, Marcion, Mani et Arius] ainsi que ceux qui se manifestent dans notre temps [les iconoclastes] luttent énergiquement pour prouver leur propre doctrine. Mais, à partir de ce qu’Épiphane a composé dans son livre intitulé le Panarion, contre cette hérésie [celle de Valentin] qui combat Dieu, il est très évident qu’Épiphane haïssait l’impiété de Valentin, de Marcion et de Mani. Dans son livre, il a produit un très long discours. Et si quelqu’un lit ces paroles, il le verra clairement, et puisque Épiphane a examiné cette hérésie à fond dans le chapitre contre les dimœrites, il est possible de l’entendre parler grâce à ce texte. Épiphane a écrit ceci :

Mais d’autres nous ont dit que le Seigneur n’a pris ni notre chair ni rien de semblable lorsqu’il est venu sur terre, mais une chair autre que la nôtre. Oh, si seulement ils parlaient pour la gloire et la louange [du Christ]. Car nous aussi, nous disons que le corps est saint et sans souillure, « car il n’a pas fait de péché ; il n’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche » (1 P 2, 22) et ceci est bien évident à celui qui pense pieusement à l’égard du Christ et qui lui porte [dans son cœur] de bons sentiments. Mais même si nous parlons de son corps — comme aussi il a pris notre corps — nous disons que son corps était sans souillure. Mais notre corps est inférieur au sien et altéré, non parce que son corps était étranger [au nôtre] et différent [du nôtre] mais à cause de nos péchés et de nos fautes. Le Seigneur n’a pas pris une sorte de corps tandis que nous en avons une autre sorte ; le sien est resté un corps et a été maintenu sans souillure. Mais il y en a d’autres parmi eux [les hérétiques], et même aujourd’hui, qui sont portés par l’amour des disputes et excités par des idées étrangères, des gens qui ne suivent pas l’enseignement des pères ni « ne s’attachent à la tête de la foi [le Christ] dont tout le corps est fourni de jointures et de ligaments et est maintenu ensemble afin de grandir dans la croissance de Dieu », comme le dit l’apôtre Paul. (Col 2, 19) Mais aussitôt que leurs oreilles sont troublées par quelques étrangers, plus proches de Valentin, de Marcion et de Mani, ils imaginent tout de suite des choses en l’honneur du Christ au lieu de dire la vérité. Et après avoir entendu chez nous que le Christ a notre corps, ils se tournent aussitôt vers leurs propres histoires fabuleuses, lesquelles aiment raconter les querelles. Ils disent que le Christ avait des ongles, de la chair, des cheveux et toutes sortes d’autres choses, mais pas tels que nous les avons. Mais, selon eux, le Christ avait une autre sorte d’ongles, une autre sorte de chair et le reste mais pas tels que nous les avons, différents, c’est-à-dire à l’opposé des nôtres. Et encore, ces hommes-là veulent être agréables au Christ par de vaines paroles racontées en sophiste, comme celles de Valentin et d’autres hérésies déjà mentionnées.[34]

Donc, si ces paroles-ci sont d’Épiphane — comme certes elles sont de lui — comment se fait-il que les paroles [citées au début du chapitre et attribuées à Épiphane], étant si contraires et partout discordantes [à celles citées du Panarion], soient attribuées à Épiphane ? Et encore, les données écrites dans sa Vie [nous] informent sur ces questions. Il y est raconté ceci : pendant une rencontre qu’Épiphane avait avec un certain évêque de l’hérésie de Valentin et grâce aux doctrines droites de la vérité qu’Épiphane avait prononcées contre l’évêque (Aétios était son nom), Épiphane l’a condamné à une mort douloureuse en le réprimandant.[35] Car par des liens, le saint homme a lié la langue d’Aétios en lui infligeant l’extinction de voix pendant six jours entiers, et le septième jour, Aétios est mort misérablement. Mais, quant à l’incarnation du Sauveur, voyons ce qui paraît bon à Épiphane. Mais si quelqu’un veut lire les nombreux livres écrits par Épiphane, il se fatiguera beaucoup parce qu’Épiphane lui-même a ramassé une quantité de documents sans fin et dans ces livres, il nous expose clairement toute la doctrine et la pensée de l’Église catholique et apostolique. Mais nous nous contenterons de résumer en peu de mots, bien qu’il y en ait beaucoup, parce qu’un résumé peut établir le sens de toute l’œuvre et un extrait est suffisant pour montrer la nature de ce que Dieu le Verbe a assumé pour nous. Alors, dans son livre intitulé Ancoratus, Épiphane dit textuellement ceci :

Quel que soit le nombre de choses dont l’homme est constitué et quelle que soit la nature des choses qui constituent l’homme, le Fils unique, qui est Dieu, les a assumées [lorsqu’il] est venu [sur terre] afin que la totalité du salut soit parfaitement achevée dans l’homme complet. Aucune particularité de l’homme n’a été oubliée pour qu’une part ayant été séparée d’une autre part devienne encore nourriture pour le diable.[36]

Alors, puisque Épiphane savait que le Fils unique n’avait abandonné aucune particularité de l’homme mais qu’il les avait toutes assumées, voici cet homme, celui qui est représenté en image. Ceux qui n’ont pas perdu la raison n’en douteront pas. Ainsi, Épiphane voyait que le Christ pouvait véritablement être représenté en image, selon son humanité. Alors, tous confessent et s’accordent à dire que les paroles [trouvées dans l’Ancoratus] sont authentiquement celles d’Épiphane. Bon, ces paroles-ci ressemblent-elles à celles exposées auparavant [au début du chapitre] ou s’éloignent-elles les unes des autres, et se contredisent-elles les unes les autres ? De ceux qui ont la raison, qui ne dirait pas que les deux textes n’ont absolument rien en commun l’un avec l’autre ; qui ne verrait pas spontanément et sûrement la contradiction et l’opposition des doctrines contenues dans l’un et dans l’autre. Ainsi Épiphane n’est pas le père de la Lettre, mais le plus noble vanneur de doctrines, car personne ne se permettrait de contredire Épiphane ; en effet cela serait de mauvaise augure. Il reste donc que celui qui a dit ces absurdités et ces paroles sacrilèges [du début du chapitre et attribuées à Épiphane] est tout à fait autre qu’Épiphane. Ces dernières l’appellent [crie le nom d’] Épiphanide, celui qui réussit à atteindre l’impudeur et la compagnie de Valentin, de Marcion et de Mani.

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Chapitre 17

Contre ceux qui disent que le diable a de nouveau traîné les hommes dans l’idolâtrie

Mais il dit — pas Épiphane — plutôt celui qui parle contre la manifestation du Verbe de Dieu, laquelle s’est réalisée pour les hommes.

Après les idoles et les hérésies, Satan a entraîné les hommes dans l’idolâtrie[37].

Alors, pourquoi tout cela a-t-il été entouré de silence ? Et comment se fait-il que tous les livres d’histoire et tous les autres documents ne rapportent pas cette affaire insensée et impie ? Comment se fait-il qu’un tel développement ne résonne pas partout sur terre et sur mer, car les saintes images sont partout et les chrétiens les vénèrent partout ? Ce noble homme, Épiphane, a eu l’expérience de tant de choses concernant les idoles. Qu’est-ce qu’il n’a pas présenté dans ses propres œuvres où il a délimité le sujet des idoles ; qu’est-ce qu’il a oublié lui-même ? Les fêtes religieuses, les libations, les sacrifices, les graisses offertes en sacrifice, les offrandes de sang et les autres choses par lesquelles les idolâtres ont coutume de servir les démons et de dire que les œuvres stupides de l’idolâtrie, inspirées par le diable, sont nobles ? Mais le silence règne et, nulle part, personne ne se souvient du sacrilège des idoles [qu’Épiphanide déclare être entré dans l’Église] ; on n’en entend jamais parler et on ne le voit jamais. Donc, toutes ces paroles ne sont qu’égarement de l’esprit et des choses sans substance et irréelles, inventées par la ruse du diable. Car qu’y a-t-il de plus absurde, de plus outrageux envers la condescendance du Fils unique, que cette impiété ? Quelle sorte d’enfer a fait entendre de tels propos ? Quelle sorte de tombeau les a vomis ?

[Alors, selon Épiphanide] le blasphème des idoles a pris la place du souvenir et du nom du Christ qui faisaient frissonner même les démons. De qui viennent de telles affirmations ? [Elles viennent] de tous les écuyers de la pire hérésie [l’iconoclasme] : ceux qui en vérité ont glissé dans l’abîme du diable et qui ne rougissent même pas d’accuser le Christ de l’impuissance et de le priver de son héritage que le diable lui a enlevé afin d’entortiller l’Église catholique elle-même une seconde fois dans une idolâtrie. C’est cette Église qui a déjà été rançonnée des idoles par le sang précieux et immaculé du Christ, moyennant la grâce. Et le mal a crû à cause de ces hérétiques puisque l’activité [des choses ou d’êtres qui existent réellement] est le contraire de l’apparence [de l’action de ces choses ou êtres], et à travers les saintes images, l’activité [réelle du Verbe véritablement incarné] établit la vérité de l’incarnation du Verbe — tandis qu’eux, ils se remplissent de haine envers l’incarnation pensant qu’elle est à éviter tout en s’imaginant en même temps qu’ils ne sont pas des blasphémateurs. Ils [nous] insultent en échangeant les noms [idole pour image] et ils s’infectent la langue, très maudite, de la souillure des idoles, devenant ainsi des fous furieux. [Le diable] a disposé ces derniers, qui ont atteint un si haut degré d’impiété, à laisser glisser le mot incirconscrit[38] et par conséquent les hérétiques se mettent à persuader ceux qui s’égarent par leur impiété afin qu’ils obscurcissent complètement la lumière et la clarté de notre prédication et afin qu’ils parlent librement [pour répandre] l’obscurité de leur fantaisie.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il y ait ainsi des hommes disposés, d’une manière sacrilège, à enseigner et à écrire des choses pareilles. Mais nous écouterons l’homme en délire [Épiphanide], le défenseur de ce mal, [pour montrer] que, à cause de son infidélité, son raisonnement s’est couvert de ténèbres et qu’il ne voulait pas distinguer le saint du profane, le pur de l’impur. Car le dieu de cet âge a aveuglé ses pensées afin que la lumière de l’Évangile ne croisse pas [en lui]. (2 Co 4, 4) Car en réalité, ayant perdu la raison, il s’est bouché les oreilles et il préfère ne pas entendre les paroles de l’Esprit. Un des saints prophètes a déclaré : « J’effacerai le nom des idoles de la terre et il ne sera plus tenu en mémoire. » (Za 13, 2) Et un autre prophète a dit : « Tous me connaîtront, du petit jusqu’au grand d’entre eux. » (Jr 31, 34) Et le héraut de l’Évangile [Paul] crie ceci : « Immaculée et sans tache est l’Église que le Christ a prise auprès de lui-même. » (Ep 5, 2) Et d’autres ont proclamé de la même manière des choses semblables. Le Sauveur lui-même a annoncé que « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. » (Mt 16, 17) Mais Épiphanide est devenu un homme qui méprise toutes ces paroles et il a écouté ceux qui s’inspiraient d’un mauvais esprit. Il a accusé notre droite doctrine et a insulté la grâce divine et salvatrice. Voilà pourquoi il faut condamner son infidélité et sa niaiserie, mais puisque certains disent que la lettre a été adressée à Théodose, empereur et autocrate absolu, nous tournerons notre discours naturellement vers lui.

Alors, il est manifeste que Théodose était fidèle, connu pour sa piété et zélé pour la construction de saints temples, arrangeant bien en eux la sainte disposition de l’Évangile[39] et d’autres saints ornements. Comment se fait-il donc que celui qu’ils [les iconoclastes] appellent Épiphane, ayant une si grande considération pour celui qui a accompli ces œuvres — Théodose — ait pu supporter un tel renversement, et, en plus, n’ait pas porté d’accusation d’idolâtrie contre lui ni ne l’ait condamné courageusement ? Mais dans la [véritable] Lettre à Théodose[40], Épiphane élève continuellement des éloges [à Théodose] et [loue] les œuvres pieuses accomplies par l’empereur envers Dieu, dès sa tendre enfance et dès son adolescence. Il louange toute la maison impériale et il applaudit bruyamment par des acclamations celui qui a définitivement anéanti l’idolâtrie et il l’admire profondément. D’une part, certains citoyens s’égarent sur les idoles et Théodose se met en lutte [contre eux]. Ils deviennent un embarras pour Théodose et il les pousse vers le zèle de la piété envers Dieu. Mais, d’autre part, Théodose accueille d’autres citoyens comme des pieux, quoique entortillés dans l’erreur, il les laisse partir sans leur donner aucun médicament.[41] D’un côté, Théodose veut corriger ceux qui chancellent, les encourageant autant que possible. De l’autre, il ne fait pas attention à ceux qui gisent dans l’erreur. Ceci est bizarre à la fois à dire et à entendre. Comment se fait-il qu’il ait pu corriger quelqu’un, tout en restant lui-même sans correction ?

Et ensuite, Épiphane seul se souciait du salut de ceux qui se perdaient. Mais où étaient tous les autres hiérarques et docteurs de l’Église, ceux qui fleurissaient en même temps [qu’Épiphane], en très grand nombre et très éminents, les premiers de ligne et très distingués parmi les pères ? À leurs yeux, le fait qu’un tel sacrilège ait été commis était-il tenu pour supportable et léger ? Et quelle accusation Épiphane n’aurait-il pas portée contre eux ? D’une part, Épiphane, vu qu’il était loin [à Chypre], a encouragé l’empereur à agir. D’autre part, les évêques, étant plus proches, sont restés tranquilles tandis qu’un si grand mal s’abattait sur le monde. Alors, pourquoi les évêques ont-ils continué à guider et à diriger le peuple au milieu de tout cet enseignement moral et dogmatique ? Parmi eux, il n’y avait pas de vignoble d’une veuve facilement méprisée, lequel aurait pu être saisi.[42] D’un côté, ils ont démasqué avec ardeur d’autres hérésies naissantes. Ils sont avancés pour lutter et se sont assemblés en synodes pour affermir la piété et pour faire disparaître les hérésies, surtout les impiétés arienne et macédonienne — ces dernières concluant à l’adoration de la création. Et les évêques les ont vaillamment chassées. Mais, de l’autre, ils laissent passer même l’idolâtrie. Malgré toute leur autorité comme docteurs de la foi, ils la laissent passer sans l’examiner, sans la corriger ; ils ne se sont jamais souvenus d’elle, si peu que ce soit, contre laquelle beaucoup de conciles et un grand nombre de travaux auraient été nécessaires, d’autant plus que ce mal était pire et plus funeste [que les autres]. Comment donc pourra-t-on se tourner maintenant vers eux pour les appeler pères et docteurs ?

[Même en supposant que la situation soit vraie] un tel développement n’a pas exempté Théodose de l’obligation de corriger la situation ; il n’avait donc pas le droit de négliger ses citoyens, de laisser tomber des hommes misérables dans la perdition, de soutenir le culte des démons et de porter un tel outrage envers Dieu sans le moindre remords. Mais pourquoi faut il nous occuper vainement des paroles vides et des sornettes injurieusement racontées, que nous voyons comme des histoires de vieille femme et étrangères à notre science divine, et que nous conspuons et repoussons comme abominables ? Car les chrétiens se tiennent si loin de l’idolâtrie qu’ils n’ont pas besoin d’une telle correction, d’un tel enseignement, mais même les saints docteurs et prédicateurs, qui dirigent l’Église, honorent ces saintes images, sachant, véritablement et très grandement, accomplir des œuvres pieuses sur ce point.

Ayant dit cela, nous tournerons notre regard vers les paroles suivantes, car puisque ce criminel Épiphanide brûlait de dire pas mal de choses contre notre sainte religion, il ne lui restait que de falsifier [une autre lettre à] Théodose et en même temps de l’accuser. Ainsi, Épiphanide propose ceci :

Car votre piété verra s’il est convenable pour nous d’avoir Dieu peint avec les couleurs[43].

Ceci est le levain de la pâte arienne ! Car Eusèbe l’arianisant est d’accord avec lui ; Eusèbe, cette citadelle des ariens, a écrit ceci à l’impératrice Constantia :

Je ne crois pas qu’il soit juste de marcher ça et là, portant en procession notre Dieu en image, selon l’usage des idolâtres.

Car voici la croyance des ariens : mélanger la chair à la divinité et confondre les deux et, par conséquent, ne pas représenter le Christ en image. Alors, voyant que la voix d’Eusèbe est suffisante pour montrer qu’il [Épiphanide] partage cette même absurde opinion, nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit de plus. Gardons seulement ceci à l’esprit, comme le dit Épiphanide :

J’ai entendu aussi que certains annoncent que même l’incompréhensible Fils de Dieu est représenté en image[44].

Et il a écrit quelque part ailleurs :

Je ne me souviens pas d’avoir vu une telle chose[45].

Maintenant, il ajoute lui-même que Dieu a été représenté en couleurs.

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Chapitre 18

Contre ceux qui disent : « Qui parmi les anciens a peint une image du Christ ? »

Ainsi, l’auteur de cette [fausse] Lettre à Théodose se montre en désaccord avec lui même et avec la vérité [parce qu’] on ne conserve nulle part l’écho d’une opinion semblable — comme l’affirme celui qui aime chercher querelle. Alors il introduit comme témoins les pères et dit :

Qui, parmi les pères anciens, a peint une image du Christ dans une église ou l’a placée dans sa propre maison ou sur les tentures de portes ? Qui, parmi les évêques anciens, a peint le Christ en le déshonorant [ainsi] ? Et Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ainsi que Pierre, André, Jacob, Jean ou les autres apôtres : qui les a ainsi exposés et portés en procession[46] ?

Et pourtant, c’est lui, Épiphanide, qui a dit que ceux qui peignent les images disent :

Nous faisons [les images] en honneur et en mémoire des saints[47].

Il semble, par contre, qu’il ne reconnaisse pas ses propres paroles [dans ce texte] et qu’il les ignore.

Mais toi, Épiphanide, si tu ignores ces choses, maintenant et par ces paroles-ci, je te dirai : Reçois immédiatement la réfutation de ton absurdité et de ton mensonge. Je commence d’abord avec ton point de vue et avec celui de ceux qui font partie de ton école de pensée. Je t’exposerai ton Eusèbe, lui qui se tenait contre la vérité, mais qui [quand même] est parvenu à un peu de vérité en rapportant le témoignage irréfutable et incontournable des faits historiques.[48] Eusèbe a lui-même écrit avoir vu la statue d’airain érigée par la femme à qui le Christ avait fait un si grand bienfait [l’hémorhoïsse]. Elle l’a érigée afin de répandre le souvenir de son étonnante guérison. Mais y aurait-il quelque chose de plus ancien que cette statue pour montrer la manifestation [épiphanie] du Sauveur ? Alors, Eusèbe avait de bons sentiments à l’égard des merveilles opérées auprès de la plante sacrée, divinement germée, qui avait poussé là-bas, comme si elle était un remède pour tous contre les maux. Et encore, plus tard, il dit :

Et nous avons observé des images des apôtres eux-mêmes, Paul et Pierre — et par surcroît, du Christ lui-même — préservées en représentations de couleurs ; les anciens, sans arrière-pensées, avaient coutume de les honorer de cette façon comme sauveurs selon l’habitude des nations.[49]

Et bien, voici Eusèbe, un ancien parmi les plus anciens, qui a observé les saintes images du Christ et des saints qui existaient à son époque et il en a écrit un récit. Ainsi, et en toute vérité, le désaccord règne visiblement entre eux [Eusèbe et Épiphanide]. Mais que soient appelés d’autres défenseurs contre le mensonge rencontré chez Eusèbe et Épiphanide, celui qui est commun aux deux. Ces défenseurs sont plutôt des accusateurs du mensonge, c’est à dire des docteurs et des prêtres de notre noble religion. Que quelqu’un parmi eux parle :

J’ai souvent vu sur une représentation graphique l’image de la souffrance et je n’ai pas passé devant la scène sans larmes puisque l’art a si clairement apporté l’histoire sous les yeux.

Et ce prêtre est Grégoire de Nysse qui exerçait le sacerdoce [à cette époque] et qui a prononcé une homélie intitulée Concernant la divinité du Fils et de l’Esprit où il a fait l’éloge d’Abraham.[50]

Qu’un autre parle à son tour :

Moi aussi, j’ai aimé l’image [façonnée en cire] remplie de piété, car j’ai vu un ange en image pourchassant les nuages de barbares. J’ai vu les tribus des barbares foulés aux pieds et David chantant la vérité : « Seigneur, dans ta cité, tu mépriseras leur image. » (Ps 72, 20)

Celui-ci est le grand Jean Chrysostome, le même qui contemplait les luttes des saints martyrs expliquées [en images]. Il a déclaré à peu près la même chose dans son homélie sur le grand Job. Et il avait même l’image du divin apôtre qu’il honorait.[51] En outre, le divin Grégoire, exprimant son amour pour le grand Basile, a honoré ce dernier par une offrande [de vers] autour de l’image [de Basile] ; Grégoire a confessé que les éloges en paroles sont inférieurs [à ceux offerts en image] et il a orné l’image par des vers et des élégies héroïques — comme s’il parlait à une image vivante. Voici les derniers vers de ce poème :

Salut, ô Basile. Même si tu nous as quittés, ces lignes de Grégoire te sont cependant dédiées sur ton tombeau. Tu aimais la conversation, et moi, ô Basile, je te dois une dette d’amour et toi, tu as reçu le plus abominable des cadeaux [la mort]. C’est moi, Grégoire, ô Basile, qui ai dédié ces vers poétiques à ton image.[52]

Et remarquez bien que même Cyrille, digne de louange, a composé des homélies pour les martyrs. Alors, qu’il s’exprime :

J’ai vu sur un mur une image d’une femme luttant dans le stade et je ne pouvais pas la voir sans larmes.[53]

Que le grand Basile lui-même le déclare et qu’il exhorte même les artistes de dessiner plus brillamment les images des saints martyrs et en même temps leurs luttes et aussi de peindre sur des planches le Christ lui-même comme présidant des jeux des martyrs.[54]

Mais pour ne pas prolonger notre discours, laissons maintenant de côté beaucoup d’autres témoignages, car il y en a en abondance si quelqu’un veut les réunir. Eh bien, qu’est-ce que vous dites, vous qui vous glorifiez des fantasmes des docètes ? [On demande si] quelqu’un des pères anciens a vu les images du Christ, des apôtres et d’autres saints. Soyez persuadés par les défenseurs ou soyez affligés par les dards de la fantaisie qui vous piquent.

Mais il faut résoudre complètement une question avant toutes les autres. Écoutez, donc, vous qui vous attachez fermement à ces doctrines, ce que dit notre Astérios, lui qui est le meilleur témoin que vous puissiez ajouter dans vos discours. Mais vous serez sans doute insolents envers la citation de la droite doctrine prise de l’homélie Sur l’homme riche et Lazare[55] :

Tu verras la pécheresse prosternée aux pieds de Jésus.

Et encore :

Vois comment la femme pécheresse, sans aucune retenue, est tombée aux pieds du Seigneur Jésus.

Et Astérios s’est servi, sans rien cacher, de [du mot] Seigneur [pour désigner l’image du Christ], mais par une voix limpide, il a appelé l’image en tissu de soie Jésus et Seigneur parce qu’il s’attachait aux coutumes ininterrompues des chrétiens, lesquelles coutumes n’étaient pas corrompues par les habitudes des nations — comme le pensait Eusèbe. Astérios est certainement parmi les plus anciens et il s’est tout de suite souvenu des tissus très anciens. Mais même s’il n’y a pas de secours auprès de vos hommes choisis, vous n’obéissez pas à vos docteurs. Donc, que toute langue soit scellée et que soit fermée toute bouche proférant des injustices contre l’Église du Christ.

Mais même si, en vérité, la Lettre est adressée à l’empereur Théodose qui en est aussi le sujet, apprenez ce que le premier parmi les empereurs des chrétiens, Constantin le pieux, a fait pour Dieu et pour notre foi. Et après avoir renversé la religion des Grecs et honoré et élevé la nôtre, il a érigé partout des saintes images. Et la confirmation de ces affirmations est à découvrir sur-le-champ dans les monuments visibles à l’œil et à partir de ce qu’on a dit de lui autrefois. [Non seulement lui] mais également ceux qui, après Constantin, ont suivi sa piété et se sont enthousiasmés magnifiquement pour les divines choses [les images]. Voici pourquoi, même dans l’Antiquité, il y avait des choses honorables, remarquables et vénérables [comme les images], mais si vous n’êtes pas persuadés par l’Antiquité et n’êtes pas troublés par les monuments déployés devant les yeux, ni par les histoires transmises, votre dureté de cœur et votre âme indomptable ne seront pas persuadées non plus, même si quelqu’un ressuscite des morts et vous le proclame, jusqu’à ce que la puissante et droite main de Dieu vous châtie avec justice. Que les choses soient ainsi. Mais lançons-nous vers le but qui est devant nous, car, comme il est évident et clair que celui qui est rempli de fantômes fait voir ses propres erreurs et blasphèmes, nous écouterons ce qu’il ajoute aux paroles précédentes.

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Chapitre 19

Concernant ceux qui disent de représenter les apôtres vieux et le Christ avec une chevelure

Et en même temps, ils se trompent à partir de leurs propres conceptions, ceux qui représentent les aspects des saints de plusieurs façons, tantôt les peignant, vieux ; tantôt peignant les mêmes, jeunes. Quant à ces formes, ils les ont faites leurs sans les avoir vues. Par exemple, ils représentent le Sauveur avec une chevelure, selon leur imagination, parce qu’il a été appelé nazôréen. Or les nazôréens avaient une chevelure. Mais ils se trompent, ceux qui essaient d’associer les types au Seigneur, car le Sauveur buvait du vin et les nazôréens n’en buvaient pas.

Un homme d’intelligence supporterait difficilement l’auteur parce que ce dernier ne tolère pas de voir les saints atteindre la fleur de l’âge ou de vieillir. Il veut plutôt qu’ils aient toujours le même âge depuis leur première naissance [celle de la chair] et il ne fait pas de distinction entre leur enfance, leur adolescence ou leur vieillesse. Mais ces opinions méritent elles autre chose que d’être ridiculisées ou envoyées chez les acteurs comiques sur la scène ? Alors, puisque l’auteur ne fait aucune distinction concernant l’âge et l’apparence physique des saints, il ne veut pas, par conséquent, que le Christ ait eu de chevelure. Voici pourquoi il accuse les artistes de représenter le Christ avec une chevelure — comme si en vérité il n’en avait pas — et d’agir aveuglement par rapport aux traits qu’ils n’ont pas vus. En outre, [les artistes peignent de cette manière]

selon leur imagination parce qu’il a été appelé nazôréen.

En vérité, les nazôréens avaient une chevelure et à partir de ce fait, l’auteur déclare égarés ceux qui essaient d’associer les types au Christ comme s’il avait la certitude qu’une chevelure ne lui convenait aucunement. Par conséquent, outre les autres sujets représentés en image, Épiphanide n’admet pas l’image du sacrifice d’Isaac de jadis représenté sous une forme réelle. Donc, celui qui enlève les types du Christ repousse, d’une manière évidente, les Écritures inspirées par Dieu selon lesquelles les traits physiques ont été annoncés d’avance. Mais ceci est-il autre chose que de nier toute la divine économie [de l’incarnation] ? Car si les types que la vérité avait esquissés d’avance étaient enlevés, il en résulterait que le Christ, représenté par les types, — je dis la vérité même — disparaîtrait. Pourquoi donc les artistes s’égarent-ils ? L’auteur ajoute tout de suite la raison [selon lui]. Il dit :

car le Seigneur buvait du vin et les nazôréens n’en buvaient pas.

Ce qui prouve qu’il annonce que les types sont vainement attribués au Christ, c’est qu’il lui enlève même le nom [nazôréen]. Et il le déclare par ses propres paroles : les proclamations prophétiques et les oracles divins sont faux, ceux qui ont annoncé, il y a longtemps, que le Christ serait appelé nazôréen dont les traits physiques futurs seraient ceux déjà rapportés. Et même les divins Évangiles sont faux, et les évangélistes eux-mêmes sont trompeurs, parce qu’ils ont inconsidérément décrit ce qu’ils n’ont pas vu ni appris. Ou encore, il rejette les évangélistes comme s’ils ne savaient pas que le Christ buvait du vin et il s’imagine lui-même connaître quelque chose de plus sûr. Ou encore, [il dit que] les évangélistes, sachant la vérité, se sont trompés eux-mêmes en appelant le Christ nazôréen, et il lutte généralement et visiblement contre la pensée de l’Église. Alors, à partir de ces propos, l’auteur est suffisamment audacieux pour appeler égarés les artistes qui dessinent le Christ avec une chevelure et il est manifeste, à partir de cette position, quelle sorte d’opinion le docète [l’auteur] avait du corps du Seigneur. Car si le Sauveur n’avait pas de chevelure, je ne sais pas pourquoi les autres [traits physiques] lui seraient attribués. Donc, à partir du plus éminent des membres du corps, certes les cheveux de la tête, il supprime aussi vraisemblablement les autres membres du corps et ceci est évident à partir de son raisonnement. Il dit :

Il n’est pas convenable pour nous d’avoir notre Dieu dessiné en couleurs et en membres.[56]

En ces paroles, nous entendons encore Eusèbe l’impie en train d’enseigner, car si notre auteur n’accepte pas que le Christ soit représenté dans ses membres physiques, il est clair qu’il pense que le divin Logos n’a pas entièrement assumé notre corps. Par conséquent, certes, il a aussi affirmé fortement que même l’image du Christ, dessinée selon l’humanité, ressemble à des images idolâtriques. Mais l’auteur de la Lettre à Théodose veut prouver que les peintres et les modeleurs d’images, travaillant à partir de leurs propres idées, ont fait leurs des choses qu’ils n’ont pas vues, comme quelqu’un qui pense que tout ce que nous proclamons et croyons ne puisse être nullement vrai ni n’avoir [jamais] eu lieu. Il se place ainsi hors de la saine foi et par conséquent de la béatitude, car les croyants qui n’ont pas contemplé des yeux, par le fait de n’avoir pas vu, sont ceux qui remportent l’épithète bienheureux. Le Seigneur a dit : « Bienheureux ceux qui n’ont pas vu mais qui ont cru. » (Jn 20, 29) Et encore, si le Christ buvait du vin — ce n’est certes pas parce qu’il devait abandonner la divine majesté, mais par condescendance — il faudrait enlever même cela [ce trait] avec les autres [traits] de l’économie du salut. Mais la tradition apostolique nous suffit pour établir la pleine certitude et la confirmation des choses remarquables parmi les chrétiens, laquelle tradition tient fermement, à partir d’histoires écrites et gardées en mémoire même jusqu’à maintenant par les coutumes habituelles.

Et ayant ainsi examiné ces opinions, amenons Épiphane lui-même maintenant à la barre et questionnons-le pour déterminer s’il avance des idées en accord avec celles déjà présentées. Alors, lorsque Épiphane réprimande certains moines dans les monastères en Mésopotamie parce que ces derniers laissaient pousser leurs cheveux, il écrit ceci contre les messaliens dans un chapitre de son livre [le Panarion] :

Il est donc étranger [à la tradition/aux enfants] de l’Église catholique [de porter] un manteau grossier et visible à tous et des cheveux non coupés.[57] C’est une déclaration fondée sur la prédication des apôtres : « Un homme ne doit pas avoir de chevelure, car il est l’image et la gloire de Dieu. » (1 Co 11, 14) Ce qui est pire et [l’erreur] contraire, c’est que ces moines-là se coupent la barbe, le signe même de l’homme, mais ils ont de très longs cheveux sur la tête. Quant à la barbe, la divine parole et l’enseignement, trouvés dans les Constitutions apostoliques, disent de ne pas la détruire, c’est-à-dire de ne pas couper les cheveux de la barbe, ni de se parer comme une courtisane, ni de manifester l’orgueil par un signe de justice. Car ce signe convenait seulement aux nazôréens à cause du type. Par le type de celui qui allait venir, les anciens étaient guidés, c’est-à-dire ceux qui avaient une chevelure sur la tête pour des raisons de piété, jusqu’à ce que le désir du monde [le messie] vienne et soit réalisé. Et l’accomplissement est apparu : le Christ, le Fils unique de Dieu, s’est fait connaître au monde, lui qui est depuis toujours. Il ne s’est pas fait connaître à toute l’humanité, mais seulement à certains de ceux qui ont cru en lui de sorte que nous ne déshonorions pas la tête une fois que nous aurons reconnu la Tête.[58]

Mais, en effet, Épiphane, même dans son texte contre les antidicomarianites, transmet l’information que les fils de Joseph [le père adoptif de Jésus] étaient des nazôréens.[59] Voici pourquoi il a dit du divin Jacques, le frère du Seigneur, qu’il avait partagé le même genre de vie que Jésus et avait été élevé avec lui. Et encore, il ajoute que les fils de Zébédée avaient le même genre de vie. Également, le grand Jean Chrysostome, déjà autrefois, connaissait le Christ comme nazôréen à partir de son éducation et de sa vie passée à Nazareth.[60] Si les paroles présentées sont authentiques — comme elles le sont en vérité — et véritablement du divin Épiphane, comment le même homme peut-il, d’une part, définir que ceux qui essaient d’associer les types au Christ se trompent vivement et avec arrogance et, d’autre part, comment peut-il affirmer [la vérité] des types et les faire connaître avec résolution ? Comme Épiphane le dit :

Car ce signe convenait seulement aux nazôréens à cause du type. Par ce signe de celui qui allait venir, les anciens étaient guidés, c’est-à-dire ceux qui avaient une chevelure sur la tête.

Et ainsi de suite.

Puisque les opinions s’opposent et sont si grandement séparées l’une de l’autre, il est stupide et de la plus haute démence de porter ces sornettes racontées avec tant d’impiété sur le compte d’Épiphane, ou d’accepter le tout comme si c’était de lui. Alors, puisque le Christ est venu, lui qui est l’accomplissement des types préfigurés, il a accompli la loi et les prophètes, comme le dit la vraie parole avec laquelle nous voyons qu’Épiphane est certes d’accord. Il dit : « Car il n’est pas venu pour dissoudre la loi ou les prophètes, mais pour les accomplir. » (Mt 5, 17) ; les types préfigurés existaient en vérité. Car ceux qui étaient autour du juge Samson et du prêtre Samuel et les autres étaient en vérité des hommes — les dires de l’Esprit ne sont pas faux et mensongers — et ils ont été proposés précisément comme des types préfigurées du Sauveur de nous tous. Et alors, le Christ est devenu vrai homme, tout en étant en vérité Dieu. Les types d’auparavant le préfiguraient ; c’est la même personne. Ce sont ces types qui le définissent comme nazôréen ; ce sont ces types qu’il a accomplis, et à cause de ces types il est devenu et a été appelé vrai nazôréen. Donc, ceux qui essaient de lui associer ces types ne s’égarent pas, comme il semble bon à l’insensé de dire. C’est lui, Épiphanide, plutôt, l’impur et l’adversaire de la doctrine d’Épiphane, qui s’égare ; c’est lui qui a une opinion trompeuse et erronée sur l’incarnation du Christ. C’est lui qui nous souffle des doctrines marcionites et manichéennes.

Bon, nous avons suffisamment mis ces choses à l’épreuve. Le moment est maintenant arrivé d’examiner l’équilibre et l’exactitude des paroles suivantes de l’impie. Ainsi, l’auteur ajoute ceci à ce qui précède :

Et, en effet, ces penseurs mentent parce qu’ils font des images selon leur propre conception. Ils dessinent le saint apôtre Pierre comme un vieil homme, les cheveux de la tête et la barbe coupés court. Les uns représentent saint Paul un peu chauve sur le devant de la tête, tandis que les autres le représentent chauve mais barbu. D’autres disciples ont simplement les cheveux courts.

Mais ainsi il se moque des artistes qui représentent les apôtres de cette manière. Il raille ces artistes et les dénonce comme menteurs et comme des gens qui modèlent des choses selon leurs propres idées. Que lui semble bon, alors ? D’une part, considérer les apôtres comme de simples noms, vides de substance corporelle, comme des êtres qui ne sont vus que dans la pensée ; ou bien, d’autre part, comme des créatures qui participent à une nature différente de la nôtre, qui ne se laisse pas voir, ni représenter en images, ni avancer en âge, ni se couper les cheveux ? Mais il nous convient tout à fait d’examiner avec exactitude les choses qui sont dites afin que nous puissions reconnaître les paroles du sage docteur Épiphane, et elles seront reconnaissables tant par l’intelligence que par la compréhension, et ces deux dernières feront sortir le bien-fondé de sa bonne réputation.

Mais certes, si notre auteur avait choisi de fuir les propos absurdes, afin de ne pas transformer les apôtres en êtres sans existence réelle et sans consistance, il aurait réfuté le mensonge de ceux qui produisent de faux documents. Il aurait été contraint, par la logique, de se mettre totalement avec les adversaires.[61] Et s’il avait voulu accepter les apôtres comme des êtres ayant une existence réelle et les représenter ainsi, il les aurait confessés comme étant dans la fleur de l’âge et avec une chevelure, afin que son opinion soit solidement établie comme vraie et exempte de fiction. Pour le reste, voyons ce qui suit et s’il est compatible avec ce qui précède, mais jusqu’à maintenant, l’auteur répand le bruit que les artistes qui représentent les apôtres avec les cheveux coupés sont menteurs et égarés. Mais, d’autre part, continuant son discours et se heurtant aux apôtres eux-mêmes, il est tombé aussitôt entre leurs mains. Mais maintenant, à travers eux, il essaie de montrer le Christ avec les cheveux coupés et sans chevelure, et semblable aux apôtres. Alors, il résume et dit :

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Chapitre 20

Concernant les mêmes qui disent : « Si le Sauveur avait une chevelure, pourquoi les juifs ont-ils soudoyé Judas avec trente pièces d’argent ? »

Alors, si le Sauveur avait une chevelure tandis que les disciples avaient les cheveux courts, s’il n’avait pas les cheveux courts et n’avait pas non plus la même apparence que les disciples, alors pourquoi les pharisiens et les scribes ont-ils donné trente pièces d’argent à Judas pour que, en embrassant le Christ, il leur désigne celui-ci qu’ils cherchaient ? (Mt 26, 48) N’auraient-ils pas pu, eux-mêmes ainsi que d’autres, reconnaître selon le signe de la chevelure celui qu’ils cherchaient à trouver, sans avoir à stipendier pour ce faire ?[62]

Ainsi, après les faussetés précédentes qui lui semblaient bonnes, Épiphanide ajoute maintenant à son discours des propos encore plus incroyables. Il faut donc les examiner. Pour enlever la chevelure du Christ, il annule ses propres paroles, comme s’il les avait oubliées. Et ayant oublié ce qu’il avait frivolement dit auparavant concernant les disciples du Christ — [c’est-à-dire qu’] il avait proclamé que ceux qui les représentent en images avec des cheveux coupés court sont menteurs et trompeurs — maintenant, il les accepte comme ayant les cheveux coupés court et il se donne à une réfutation de la chevelure du Christ et il ajoute comme preuve ces arguments futiles. Désirant montrer le Christ semblable aux disciples, c’est-à-dire eux ayant les cheveux coupés court et lui aussi, il avoue que les disciples avaient les cheveux coupés court. Car puisqu’il les avait acceptés comme ayant les cheveux coupés court, il aurait dû présenter son discours vide autrement,[63] car il ne restait rien à ajouter puisqu’il n’y a pas de milieu entre avoir une chevelure et en être dégarni : ce que[64] précisément il ne concédait pas en s’y montrant hostile auparavant. Voilà pourquoi son effort s’est retourné contre lui qui imaginait en vain des choses très vides, lui qui s’est servi du signe du baiser de Judas comme preuve de sa folie et de sa légèreté d’esprit. C’était ce signe qui était utile aux pharisiens pour distinguer entre le Sauveur et ses disciples afin que, même par ce signe, l’auteur fasse voir maintenant les disciples ayant les cheveux coupés court, tout en avançant le contraire de ce qu’il pensait. Alors, nous entendons « chevelure » et « cheveux coupés [apokarseis] », « les pharisiens cherchent le Christ » et « le traître est soudoyé ». Mais ne fuyons pas ce qui introduit [et appuie] la proposition que le Sauveur était proprement et véritablement homme comme nous.

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Chapitre 21

Qu’Épiphanide était de l’hérésie de Marcion et de Mani

Il faut nous rappeler les propos cités plus haut concernant les membres corporels du Christ et en outre les paroles d’Épiphane le porteur de Dieu là où il reproche à ceux-là qui se sont tournés vers des histoires fabuleuses et qui enseignaient que le Seigneur n’avait pas de chair telle que la nôtre, ni cheveux, ni ongles. Ceux-ci [les iconoclastes] sont les disciples des impurs et maudits Valentin, Marcion, Mani et tout le reste, au sujet de qui des paroles ont déjà été dites. Car ces derniers ont raconté des choses fabuleuses. [D’abord,] Valentin a dit :

Le Seigneur a assumé la forme d’un serviteur, mais il n’était pas lui-même le serviteur ; il est devenu homme en apparence, mais il n’a pas assumé l’homme ; il est apparu dans la ressemblance de l’homme, mais non l’homme lui-même.

[Ensuite,] Marcion enseignait :

Le Christ a souffert et a été enseveli, mais il n’était pas homme en vérité ; il est devenu homme en ressemblance.

[Enfin,] Mani a dit :

Lorsque les juifs voulaient lapider le Christ et agir selon la hardiesse de leur méchanceté, le Fils de la lumière la plus élevée a montré clairement sa propre nature en passant au milieu d’eux, sans être vu, car la forme immatérielle était modelée selon les contours extérieurs de la chair, mais n’était pas visible. Il n’a été nullement touché parce que la matière ne participe pas à l’immatériel. Le tout était d’une seule nature, même si la forme de la chair a été vue.

Alors ceux-ci [les iconoclastes], qui sont clairement encore plus impies que ceux-là [Valentin, Marcion et Mani], disent des niaiseries sur le Christ : il était incirconscrit, dans son humanité, celle que le Seigneur a prise de Marie. Il se changeait tantôt en esprit tantôt en corps parce que le corps même du Seigneur était incirconscrit, comme la nature divine. Il se peut bien que quelqu’un de la faction des docètes [un iconoclaste] se montre âpre accusateur de nous et qu’il se gonfle grandement d’orgueil en hochant la tête et en levant d’une manière hautaine les sourcils contre nous, comme s’il riait de ceux qui ne saisissent pas l’argument.[65] Il dit[66] : « [Mais voyons !] Le maître n’ignorait pas ses propres paroles, mais c’est pour vous qu’il a dit cela, poursuivant son but. » Que lui répondrons-nous ? S’il avait quelque accusation à faire, cet homme aurait pu dire : « Pourquoi peignez-vous le Christ et les disciples de la même manière, l’un semblable aux autres ? » Si c’était vraiment le cas[67] — ce n’est pas du tout [par contre] ce que montrent les images — il aurait un argument très fort pour réfuter le nôtre. Ou s’il avait accepté une coiffure entre « les cheveux coupés court » et « une chevelure »,[68] l’argument lui aurait été un remède de soulagement. Mais puisque, [pour construire son argument], il a fait appel [1] au désir meurtrier des pharisiens contre le Christ, [2] au traître disciple qui travaillait pour un salaire et [3] à la preuve du signe du baiser, il s’est convaincu[69] lui-même d’avoir accepté son propre argument concernant les cheveux coupés court. D’ailleurs, personne parmi ceux qui ont leur raison n’accepterait tout cet ensemble de propositions qui sont avancées comme preuve d’argument à partir d’hypothèses ambiguës et contradictoires, sauf s’il était sur le point de prouver sa propre opinion comme vraie et de conclure son argument. Car ceci est étranger à des arguments qui cherchent à convaincre. Bon ! Que cela soit accordé.

Alors, que pourrions-nous dire en réponse à l’autre partie de l’argument ? Car s’il acceptait comme faux l’argument à partir des cheveux coupés — créé à partir d’une hypothèse — il tomberait encore dans la même folie, car il serait obligé — même s’il ne voulait pas le faire — d’accepter les disciples comme ayant une chevelure. Il est impossible que quelqu’un puisse avoir [et ne pas avoir] la même chose, [qu’il ait] les deux côtés à la fois : c’est-à-dire avoir une chevelure et en être dégarni. Et personne parmi ceux qui sont sensés ne dirait jamais une telle chose. Quelle est désormais la conclusion ? Si les disciples avaient une chevelure, le Sauveur se montrerait semblable et égal à eux, selon l’argument de votre docteur. Pour cette raison, les pharisiens avaient besoin du baiser de Judas pour les aider à identifier le Christ. Donc, le Sauveur avait une chevelure, se montrant déjà semblable à la forme extérieure des disciples, et non dissemblable. Et encore son argument se manifeste faux ; c’est par cet argument qu’il essaie de montrer que les artistes qui représentent le Christ avec une chevelure sont égarés et mensongers. Donc, le « très sage docteur », d’une manière tout à fait sienne, se contredira lui-même. Ainsi sont l’impiété et le mensonge qui s’opposent manifestement l’une à l’autre et à la vérité.

En tout cas, voici la pensée du « sage » à partir de ses paroles. Il dit des choses invraisemblables comme le Christ est sans articulations et dépourvu de membres physiques, pour tout dire, incorporel. Et de cette position, naturellement, il ne reconnaît pas que les artistes puissent peindre le Christ. Il parle ainsi aussi des apôtres, imaginant toutes sortes de fantaisies, car si nous ne pouvons pas peindre les jeunes, nous ne pouvons pas peindre les vieux non plus. Lui, il accepte les chauves le moins possible et ceux qui portent une chevelure pas du tout : alors, que pourrait-il dire d’autre, sauf répondre que les apôtres n’existaient pas dès le début ? Il ne reste donc qu’à montrer les dieux peints et qu’à représenter leur nom par des sons vides, car celui qui nie l’incarnation du Christ semble ne pas croire non plus le maître qui a déclaré au chef des apôtres que lorsque ce dernier, Pierre, était plus jeune, il se ceignait lui-même, mais étant devenu plus vieux, il serait ceint par un autre. (Jn 21, 18) Et ces choses allaient être conformes [par la vie de] celui-là !

Mais l’Église catholique, selon la prédication évangélique, enseigne que le Christ était dans notre forme et a été vu ainsi par tous et qu’il avait un corps semblable au nôtre et à celui des êtres corporels, se servant de tant de choses naturelles et irréprochables et supportant de manger et de boire. Par conséquent, l’opinion se répandait que le Christ était même glouton et ivrogne et les foules exprimaient et perpétuaient cette idée. Beaucoup se souvenaient du fait que le Christ ressemblait à nous, en forme et en apparence. Parfois les hommes se ressemblent les uns aux autres, parfois non, d’où la nécessité pour ceux qui ont tué le Seigneur d’avoir un signe. Mais attaquons-nous maintenant aux propos suivants, d’une manière suivie. Après avoir bredouillé quelques mots et bavardé à tort et à travers, Épiphanide donne conseil à l’empereur.

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Chapitre 22

Concernant les tentures qu’Épiphanide a ordonné d’être utilisées pour les sépultures

[Je te prie de] ramasser […] ces tentures […], même si elles montrent l’image de […], pour l’ensevelissement des pauvres. [Je te prie de] blanchir les images en couleurs peintes aux murs.

Ensuite, tout en affichant de nouveau sa propre folie, il dit :

Quant aux images que l’on espère exécuter en mosaïque — parce qu’il est difficile d’entreprendre de les enlever, […] S’il était possible d’enlever ces choses, ce serait bien ; si, par contre, c’est impossible, on se contentera de ce qui a déjà été exécuté et on n’entreprendra plus d’en faire d’autres.

Que peut-on y répondre ? [Rien] sauf que la sagesse d’un insensé ne se distingue pas des paroles insensées. C’est à cause de telles paroles qu’il est écrit : « Et l’insensé dira des choses insensées et son cœur imaginera des choses vaines pour dire l’erreur contre le Seigneur. » (Is 32, 6)

Comment n’avons-nous pas ici le comble de la démence et de la grossièreté ? [Épiphanide demande à Théodose de] s’occuper de tant de choses en vue de la destruction des saintes images et même d’éloigner toutes les autres choses, mais en même temps d’accepter que seulement les mosaïques puissent demeurer à leur place à cause d’une petite difficulté. Et pourtant, il faudrait plutôt dire de supprimer [toutes] les mosaïques puisqu’elles ont la capacité de séduire et sont plus excitantes que les choses représentées par une autre matière. En effet, la plupart de ces mosaïques — pour ainsi dire — se trouvent dans les sanctuaires, là où a lieu le sacrifice non sanglant. Et c’est là qu’elles profanent ce qui est saint, comme il semble bon aux profanes [de le penser].

Comment se fait-il que, pour une petite difficulté, Épiphanide ait perdu tout son combat ?[70] Car, après s’être fatigué par un effort considérable, il laisse dans les sanctuaires des coutumes idolâtriques et des dieux peints, comme il le dit d’une manière frivole. Voici des propos réellement dignes de sa foi et de son intelligence, car ce qu’il dit n’est certes pas de la foi droite et rigoureuse. Ce n’est pas ainsi la piété des chrétiens envers Dieu, laquelle, quant aux choses se rapportant à la foi, méprise certaines choses et s’attache à d’autres. Ainsi, celui qui est transgresseur d’une partie [de la loi] s’accuse d’avoir transgressé le tout (Jc 2, 10) et ainsi il a perdu le tout. Alors, quant à sa propre foi, Épiphanide est boiteux et quant à notre religion, qui n’est pas du tout comme il l’imagine, il se trompe complètement, car dans l’Église, les choses des idoles ont été détruites, et même effacées de sa mémoire.

Telles sont les choses fantaisistes et folles de la citation [de l’auteur], mais voyons si elles ont été réellement écrites à Théodose et si ce dernier a obéi aux paroles de « ce grand docteur ». Théodose n’aurait pas imaginé de telles choses, même en songe. Que ceux qui ont écrit sur lui rendent témoignage. Ils [les historiens] disent que dans le temps où Théodose grandissait, la belle apparence des images sacrées abondait grandement et que ces images proclameraient [aux siècles suivants] les œuvres qui feraient retentir la piété de Théodose. Il a proposé tant de choses dans les divins sanctuaires et sur les saints objets de culte, en Orient comme en Occident.

Mais qui de ceux qui sont sensés serait persuadé que Théodose se serait alors laissé convaincre par les paroles concernant la destruction des saintes maisons ? En fait, il n’a pas supporté l’outrage fait contre ses propres statues. Et voici la preuve du peu qu’il s’en fallait que Théodose ait brûlé la ville d’Antioche en entier : c’est grâce au prêtre de la ville, saint Jean Chrysostome, [que la ville a été sauvée]. Ce prêtre était renommé pour sa sainteté, pour son grand mérite et en effet pour d’autres choses aussi. Et de tout le troupeau exposé à la colère impériale, c’est lui qui était le premier, et qui avait le plus d’ardeur, pour affronter l’empereur. Ainsi, saint Jean a calmé la colère de ce dernier. Car Théodose respectait et vénérait saint Jean et il possédait en effet de la circonspection et de la modération à l’égard des prêtres consacrés à Dieu. Alors l’empereur a apaisé sa colère et n’a pas rejeté l’ambassade ni l’intercession de saint Jean. Mais si quelqu’un qui s’attaque aux images des rois terrestres risque de se heurter à la loi et de s’exposer à la sentence des coupables, et si celui qui outrage l’empereur lui-même n’est pas passible d’une petite peine, quelle punition méritera celui qui insulte et renverse l’image du Roi des rois et du Maître des choses célestes et terrestres ? Car si ce criminel ne reçoit pas immédiatement la rétribution [du Roi des rois], grâce à la longanimité divine, il recevra plus tard un châtiment pour son propre méfait.

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Chapitre 23

Contre ceux qui disent qu’il faut jeûner le sabbat et qui affirment qu’une épée a tué la sainte Mère de Dieu

Alors donc, si ceux [les iconoclastes] qui s’attachent à la pensée abominable contenue dans cette lettre persévèrent [à l’accepter comme authentique], ils seront obligés à suivre aussi les autres absurdités qu’elle contient : comme permettre de maintenir le jeûne jusqu’à la neuvième heure pendant les samedis, non seulement du carême mais aussi dans les autres temps [de l’année]. Ce n’est pas Épiphane qui se fait connaître ici, mais plutôt Marcion l’impur qui parle ouvertement. Épiphane dénonce ce Marcion, lorsque, dans son hérésie, ce dernier avance l’opinion suivante — une déclaration parmi d’autres blasphèmes — et parle d’une manière frivole. Épiphane dit : Marcion dit de jeûner le sabbat pour la raison suivante ; il dit : « [Le sabbat] est le repos du Dieu des juifs, celui qui a créé le monde et qui s’est reposé de ses œuvres le septième jour. Nous jeûnons ce jour-là afin de ne pas faire la volonté du Dieu des juifs. »[71]

Je [Nicéphore] cite ceci pour qu’il devienne évident que toutes ces paroles — tant d’absurdités que cet homme impie, Épiphanide, débite contre l’Église du Christ — se trouvent étrangères à Épiphane qui est digne d’être chanté. Nous y voyons encore d’autres enseignements abominables et étrangers qui sont mêlés aux paroles d’Épiphane, comme celles-ci :

Il n’est nullement possible pour l’homme pécheur de se justifier par le repentir[72]

et

Une épée a tué la sainte Mère de Dieu, selon les paroles du prêtre Siméon.[73]

Et d’autres phrases semblables.

Car à cause de la simplicité du style écrit d’Épiphane et de sa manière non recherchée de s’exprimer ainsi que du grand nombre de ses écrits, les falsificateurs ont saisi certains de ses ouvrages à attaquer et ont ainsi produit de telles fraudes. Pour cette raison, il faut [tout] examiner attentivement pour déterminer si l’on y trouve quelques doctrines de la piété ou de l’orthodoxie dans les citations précédentes ou subséquentes extraites de la Lettre à Théodose. Mais d’abord, il faut constater l’incohérence et le désaccord des dogmes et ensuite comprendre que celui qui a exposé ces idées d’une manière si dramatique fait partie des docètes. Il s’est voilé du visage d’Épiphane et, après avoir lu quelques-uns de ses écrits, il a échafaudé là-dessus ses propres doctrines pernicieuses — précisément comme ceux qui mélangent la douceur du miel aux poisons — afin que, ayant caché l’hérésie de fantaisie, il prépare et fasse boire un médicament mortel à beaucoup de gens imprudents et ignorants.

Si, toutefois, ils [les iconoclastes] reçoivent ces affirmations comme véritablement d’Épiphane, ils doivent recevoir immédiatement aussi les idées qui sont diamétralement opposées à elles, comme étant d’Épiphane. En effet, quant à l’anthropolâtrie de l’homme porteur de Dieu, les disciples d’Apollinaire le sot proclament qu’Épiphane l’a enseignée, et a ainsi altéré l’espérance en Dieu.[74] En outre, d’une part, ces notions révèlent l’impiété de la personne qui les a écrites et son manque de raison. D’autre part, les autres paroles contenues dans la Lettre à Théodose se montrent peu convaincantes si de tels enseignements avaient été réellement écrits à l’empereur : des enseignements tels que doivent précisément apprendre le catéchumène et celui qui s’approche de l’initiation à nos mystères sacramentels. Car de tels propos seraient à peine dignes d’être écrits à un ignorant, au dernier des ignorants, voire au plus grossier des vulgaires. Voici de telles idées contenues dans cette étonnante et très misérable Lettre à Théodose au sujet de laquelle le héraut béotique des bavards dit des paroles les plus discordantes, afin que, ne sachant pas annoncer la fin de l’assemblée, il a écorché les oreilles de ceux qui écoutaient. Car le bavardage est l’ennemi des oreilles.[75] Pourquoi donc faut-il attribuer ces propos à Épiphane ? Car nous le voyons se tenir contre les hérésies, disant des choses telles que celles-ci :

Après les quatre-vingts hérésies, unique est le fondement de la vérité et à la fois unique est l’enseignement, unique est la discipline du salut et unique est la sainte épouse du Christ, l’Église. Cette dernière, d’une part, est depuis toujours, mais, d’autre part, elle s’est révélée au milieu des hérésies déjà mentionnées, dans le temps et à travers la présence du Christ incarné.[76]

Mais on pourrait clairement déceler encore des myriades d’autres déclarations dans les ouvrages d’Épiphane, des déclarations qui rivalisent avec celles-ci et qui supposent la solidité et l’intégrité de l’Église. Où donc se trouve chez Épiphane le souvenir de cette seconde idolâtrie qui aurait infiltré l’Église du Christ ou un mot de lui qui l’aurait fait connaître de quelque façon que ce soit ? Toutes ces choses se présentent plutôt comme la défense de notre religion, n’est-ce pas ?

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Chapitre 24

Que saint Épiphane a dénoncé toutes les hérésies

Voici où en sont ces choses-là. Mais, les iconoclastes détournent aussi un passage extrait des poèmes du grand théologien Grégoire ; le voici :

C’est un outrage d’avoir foi en les couleurs.

Je ne sais pas pourquoi eux, souffrant à ce point d’imprudence et d’ignorance, ils vont à la dérive en interprétant sottement ces paroles [comme si elles condamnaient] les saintes images, car ce n’est pas à cause des images en couleurs que le père théophore a dit ces paroles, mais parce que [pour certains] la foi en Dieu n’est pas établie dans le cœur, mais seulement confessée par la bouche. Et ceci serait manifeste à quiconque examinerait le premier livre des poèmes de Grégoire, où il dit :

Je suis pour les autres un sujet de rire, moi qui parle de mes peines,
Leur foi légère a marqué d’une empreinte le haut du cœur,
Le roi non plus n’a pas de vif amour dans son âme,
Mais ils ne vivent qu’en ce moment-ci, ne pensant qu’au jour le jour.

Il est évident que, pendant le temps où cette grande lampe brillait dans l’Église, la rage des maniaques de l’arianisme dominait. Également, la plupart du peuple, des prêtres et des dignitaires de ce monde chancelaient concernant la religion. Alors, c’est à cette époque que Grégoire a très brillamment composé ces lignes. Dans ces vers et dans ses autres écrits, il discourt comme un docteur, car, d’une part, dans l’homélie pour la fête de la Dédicace, il dit :

Hier, tu avais la foi des temps ; aujourd’hui, apprends la foi de Dieu.

D’autre part, dans son homélie pour la fête du Baptême, il a proclamé dans ces mots et pensées, disant :

La pureté ne doit pas être comme une couche de maquillage, mais doit être marquée dans le cœur. Elle doit être complètement claire, non colorée. La grâce ne doit pas cacher les péchés, mais en délivrer.

Et plus loin dans la même homélie, il recommande :

Préserve-moi des choses écrites et dans les temps changeants, garde-moi inébranlable concernant ce qui est immuable [la foi].

Alors, comme Grégoire déclare honteux les membres de la classe politique qui, dans les conditions et temps changeants, sont instables et mous à l’égard de la religion et comme [il dit que] la politique dominante du jour impose facilement sa volonté parce que ces mêmes décideurs alignent leur pensée sur les idées du parti qui gouverne, alors, de la même façon, [il dit] dans la petite citation présentée tout à l’heure, concernant le fait que les couleurs changent, Grégoire fustige de nouveau ces politiciens versatiles et leur attribue la honte de l’outrage. Que dit-il donc de blâmable et de méprisable, d’étranger à l’intégrité de notre religion ? Pour ceux qui veulent le faire, il est facile d’effacer les couleurs, de les changer ; elles disparaissent facilement en les lavant et en les frottant. Pour nous aussi, il est facile, selon les circonstances, de nous transformer facilement à l’égard de la foi, de prendre une autre couleur et de nous renverser. Mais il convient d’être toujours bien établi et fixé [dans la foi], comme des choses les plus solides. Et selon les paroles de l’Apôtre, il faut avoir la lettre [de la foi] écrite

non dans le noir de l’encre mais par l’esprit du Dieu vivant, non sur les tables de pierre, mais sur des tables de chair du cœur, car, d’une part, on croit par le cœur pour la justice ; d’autre part, on confesse par la bouche pour le salut. (2 Co 3, 3)

Mais ce qui suit immédiatement cette idée ne fait pas penser aux riches et puissants parce que le texte du père concernant les couleurs [n’a pas le sens] que lui ont donné les iconoclastes. Il ajoute ceci :

Car la profondeur m’est agréable ;

ce que les iconoclastes lui font dire :

La foi dans la profondeur de l’esprit m’est agréable,

et ceci à l’égard de la distinction entre [sa foi et] cette autre foi, celle qui est peinte à la surface et vite lavée. Il dit cela également à l’égard des couleurs qui ne teintent que l’extérieure de la réalité qui est en dessous. Il est donc insensé et indigne de penser ces choses-là au sujet de la citation du Théologien. Mais les iconoclastes [choisissent entre deux choses] : ou bien 1) ils se confient manifestement au sens des déclarations simples qui se trouvent dans les écrits des pères et se trompent concernant les doctrines [plus profondes] ou bien 2) ils falsifient les propos [que les pères ont] bien et correctement dits en détournant l’intention de l’auteur vers leur propre interprétation. Ceci est tout à fait caractéristique de leur manière d’agir. Mais même si nous concédions que Grégoire a parlé ici de ces couleurs — en arrivant à la hauteur de la folie des iconoclastes — qui parmi les chrétiens se verrait alors mettre foi dans les couleurs ou se procurer de l’espoir dans la matière visible ? Donc, de ces paroles, aucun outrage ne s’attache aux chrétiens. C’est plutôt la déraison de ceux qui lancent des accusations et leur sottise qui se laissent voir manifestement.

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Chapitre 25

Au sujet de la lettre de Nil

Qui ne serait pas frappé de stupeur [d’entendre dire] que quelqu’un a falsifié et altéré la lettre de saint Nil au sous-préfet Olympiodore ? Qui ne s’étonnerait pas en apprenant une telle chose ? Qui, ayant toute sa raison, ne raillerait pas d’abord la déraison du falsificateur ? Qui ne démasquerait pas son impiété ? [Qui ne s’étonnerait pas de voir] comment, d’une part, Épiphanide a présenté la pensée d’Olympiodore et comment, d’autre part, il a frauduleusement miné l’enseignement de Nil ? Car, en résumant, Olympiodore demandait s’il pouvait dédier des images dans le sanctuaire d’un temple qu’il s’apprêtait à orner et s’il pouvait en couvrir les murs d’images d’animaux et de diverses scènes de chasse. [Il voulait faire peindre] les uns venant de droite, les autres de gauche pour que soient vus, d’une part, sur le sol des filets de chasseur étendus et des lièvres, des gazelles et d’autres animaux fuyant à leur suite. D’autre part, [il voulait faire peindre] des chasseurs poursuivant ces animaux avec acharnement et les chassant avec leurs petits chiens. Et, [il voulait faire peindre] des filets lancés sur la mer et toutes sortes de poissons pêchés et tirés sur la plage. Et en outre, [il voulait faire] peindre en fresque toutes sortes d’images pour le plaisir des yeux. Nil s’est moqué de cette proposition et a répondu sur un ton réprobateur :

Il serait puéril et enfantin de divertir l’œil des fidèles par les images mentionnées plus haut. C’est le propre d’un esprit ferme et fort, d’une part, de ne façonner dans le sanctuaire, du côté de l’Orient, qu’une croix et, d’autre part, de remplir le temple des saints d’histoires de l’Ancien et du Nouveau Testament, d’un côté et d’autre, peintes par la main d’un très bon peintre, pour que ceux qui ne connaissent pas leurs lettres ni ne peuvent lire les saintes Écritures puissent, par la vue de la peinture, avoir en mémoire le courage de ceux qui ont noblement servi le vrai Dieu et qu’ils soient stimulés à la lutte des exploits illustres et glorieux.

Et Nil dit encore d’autres choses semblables à celles-ci. Alors, cet Épiphanide a méchamment présenté les questions d’Olympiade comme venant de Nil et a caché la pensée même de Nil. Donc, quiconque aura lu la lettre en entier se rendra très clairement compte du caractère honteux et intraitable d’Épiphanide.

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Chapitre 26

Au sujet de l’image de la sainte protomartyre Thècle

C’est ainsi, par exemple, que les iconoclastes avancent une citation trompeuse au nom de Basile de Séleucie, laquelle contient ce qui suit. Il est dit de

ne pas honorer les saints par l’art de la peinture parce que de telles représentations [sont inspirées par] le goût des païens grecs d’inventer des histoires fabuleuses, mais il faut mettre des choses en mémoire par l’étude de l’écrit.

Car la peinture ne profite en rien ; seule l’étude de l’écrit [est profitable].

Celui qui a composé ces lignes les a contrefaites afin d’insulter très manifestement les saints par le mépris de leurs images, mais voici le moment opportun d’exposer la vraie opinion de Basile au sujet des images afin de dénoncer, par conséquent, la fraude des méchants. Basile a écrit à l’empereur Léon au sujet de la sainte protomartyre Thècle disant que celle-ci est apparue à un prêtre de la frauduleuse religion grecque. Ce dernier se promenait alors à cheval tout près de Myrsinone. Lors de l’apparition, le prêtre est tombé de son cheval et Thècle s’est éloignée de lui, le laissant à demi mort. Ensuite, le prêtre, recouvrant ses sens et rentrant en lui-même, a fait venir un artiste et lui a ordonné de dessiner l’image de Thècle et, certes aussitôt, ceci s’est fait avec la coopération de Dieu. Et lorsque le prêtre a vu l’image, il a reconnu Thècle et, reprenant de la force, après avoir embrassé l’image, il l’a conservée chez lui et a cru à la prédication de la femme apôtre. Depuis ce temps-là, cette image de la première athlète sert de modèle pour toutes les autres.

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Chapitre 27

Au sujet de l’hérétique Léonce

Et encore, les iconoclastes produisent des paroles impies et fabuleuses qu’ils attribuent à un certain Léonce qui, lui, faisait partie de la secte des maudits docètes, comme on peut le constater en lisant ses écrits. C’est lui qui se met en désaccord avec lui-même et avec la piété. Mais outre son blasphème, Léonce produit ailleurs des propos absurdes et bizarres. Et naturellement, il s’efforce d’obscurcir la vérité de l’incarnation du Sauveur. Il dit :

Il est bon que les artistes n’aient appris à peindre aucune image du Seigneur.

Il veut appuyer cette affirmation sur le fait que le visage du Christ, pendant qu’il priait, est devenu comme le soleil ; qu’au Baptême, le Jourdain a frissonné après avoir vu le Christ ; et, en outre, qu’à la Transfiguration, les apôtres ne pouvaient supporter de regarder le Christ. Il propose encore d’autres choses semblables.

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Chapitre 28

Au sujet de l’orthodoxie de Léonce de Chypre

Et encore de nouveau, en nous servant de la citation précédente, nous lui comparerons, maintenant, et d’une manière opportune, le vrai Léonce, celui qui a présidé l’Église des Néapolitains sur l’île de Chypre et qui a écrit le traité contre les juifs et en faveur de la religion des chrétiens. Nous lirons quelques lignes prises du traité complet. Car aux paroles que Léonce a déjà dites en conversation avec un juif, il ajoute ceci, en disant :

Pour cette raison, nous taillons en relief et nous peignons le Christ et sa passion dans les églises, dans les maisons et dans les marchés ; sur les planches, sur les tissus et sur les vêtements ; et en tout lieu afin que, voyant continuellement ces images, nous nous souvenions [de lui] et que nous ne [l’] oubliions pas, comme tu avais oublié le Seigneur ton Dieu. Et comme tu vénères[77] le livre de la loi, sans adorer la nature même de la peau et de l’encre, tu vénères les paroles de Dieu qui y sont écrites, c’est ainsi pour moi aussi. Je vénère l’image du Christ sans adorer la nature du bois et des couleurs. À Dieu ne plaise ! Mais, en tenant fermement l’image sans vie du Christ, j’ai l’impression, à travers elle, de tenir et d’adorer le Christ lui-même. Et comme Jacob n’a pas aimé ni n’a honoré en soi le manteau de son fils, mais à travers ce tissu il croyait embrasser tendrement Joseph son fils et le tenir dans ses bras, il en est de même pour tous les chrétiens. En embrassant et en tenant fortement l’image du Christ, d’un apôtre ou d’un martyr, nous croyons tenir le Christ ou le martyr.

Et après quelques lignes :

Et tu embrasses ton épouse, qui est peut-être même peu digne, mais tu n’es pas condamné, bien que Dieu ne t’ait ordonné nullement d’embrasser physiquement une femme. Mais dès que tu me vois, moi, embrasser une image du Christ, de sa très pure mère ou de quelque autre juste, tu t’en irrites immédiatement, tu blasphèmes, tu bondis et tu nous traites d’idolâtres. Ensuite, n’as-tu pas honte — dis-le-moi ; ne frissonnes-tu pas ; ne rougis-tu pas en me voyant, chaque jour et dans le monde entier, renverser les temples des idoles et construire des temples des martyrs ?

Et encore, après quelques lignes :

En vérité, grande est la cécité des juifs ; grandes l’impudence et l’impiété. Et souvent, les reliques et les images des martyrs expulsent les démons. Et dire que des hommes impurs les insultent, les renversent et les brisent ! Dis le moi : combien d’ombres [de guérison Ac 5, 15], combien de sources jaillissantes, et très souvent, combien d’écoulements de sang se produisent à partir des images et des reliques des saints ?

Et encore d’autres lignes comme celles-ci, semblables et nombreuses, précèdent et suivent [ces textes cités], qui naturellement sont adaptées aux [reproches des] juifs de ce temps. Mais il y a des hommes qui outragent les saints et qui détournent les paroles d’Amphiloque, l’évêque d’Iconium, lesquelles sont prises du panégyrique qu’il a prononcé pour Basile le Grand et contre les images des saints — comme le pensent ces hommes. Il y en a d’autres qui détournent les paroles de Théodote d’Ancyre. Alors, que ces hommes ne se servent absolument pas de ces propos truqués pour résister à la religion. Qu’ils tiennent cette dernière plutôt fermement afin que rien d’outrageux ne puisse tomber sur les saints. Car après avoir examiné, même brièvement, de tels passages dans leur contexte, on voit le but de leur auteur. Et aussi déjà dans le présent ouvrage, nous voyons quelle pensée des saints soutient la doctrine droite et nous lisons des passages dans leurs livres authentiques qu’ils ont écrits dans le passé et qui s’accordent avec les écrits des autres pères saints. Voici la preuve : Puisque les saints pères aussi enseignent pieusement que le Christ est circonscrit selon la forme humaine, [et que] les adversaires [les iconoclastes] proclament qu’il est circonscrit parce qu’il est représenté en image, ces derniers devraient alors accepter que le Christ soit représenté en image. Et puisque c’est pour eux une loi que si les images du Christ sont détruites, celles des saints périraient également. [Sinon], la suite logique serait une contradiction. Puisque les pères honoraient et aimaient les images du Christ, les iconoclastes devraient avouer que les formes des saints sont à honorer et à aimer. Comment faut-il donc croire que les pères aient interdit d’ériger de saintes images ou qu’ils les aient appelées idoles ? Il serait entièrement criminel d’imaginer une telle chose !

Que cesse le bavardage contre les images ! Car les impies, visant la réfutation de l’incarnation du Verbe, ont inventé la fraude de l’erreur qui s’appelle l’incirconscrit, afin que ceux qui disent que l’image visible du Christ est incompatible [avec l’Évangile] puissent accuser les chrétiens d’idolâtrie. Les hommes déjà présentés comme modèles n’ont nullement reconnu une telle doctrine comme étant bonne. Il y a tant de passages à consulter, pris de leurs œuvres composées. Mais il ne faut pas s’étonner de la méchanceté des iconoclastes parce que ces insensés apportent d’autres citations des pères dont certaines non seulement ne s’accordent en rien avec les iconoclastes mais que celles-là défendent la doctrine droite. Au sujet de ces passages mal cités, il serait, par contre, long et interminable d’en discuter et de combattre les mauvaises interprétations. Que les choses soient ainsi dites et que prennent fin ces mauvais ouvrages qu’il faut fuir, car les pierres lancées par la fronde de la vérité ont renversé et jeté bas toutes ces choses ensemble. Alors, la honte, la méchanceté, la tromperie cachée de ceux qui exposent leurs idées d’une manière dramatique ainsi que la fraude de l’erreur habilement imaginée, tout cela est clairement dévoilé. En tout cas, les misérables ont supporté de nombreuses peines et se sont épuisés par des travaux pénibles.

Néanmoins, ils n’ont pas compris que rien de ce qui est écrit en l’Esprit et en vérité ne s’accorde avec leur propre impiété. Ces hommes-là se sont précipités dans les pièges et dans les méfaits et déforment l’esprit et la puissance des paroles des écrits sacrés pour avantager leur propre malveillance. Ils ont aussi falsifié les dogmes droits et les enseignements des pères et des docteurs de l’Église. Ils ont mal compris et mal interprété ces doctrines ; ils ont aussi changé le titre des livres en éliminant quelques lignes, en supprimant certains mots, en en ajoutant d’autres ou en dérobant certains passages. Ils ont ajouté leurs propres paroles et ont lié ensemble leurs fantaisies. Ils ont falsifié les textes : certains d’une manière, d’autres d’une autre manière, mais toujours selon ce qui leur semble bon et à partir d’un esprit indiscret. Et ils ont mis en parallèle leurs œuvres truquées, une à une, avec les doctrines authentiques des pères ou ils en ont mal analysé les idées. Nous avons déjà montré la contradiction de ceux qui forment leurs projets hostiles et leur ruse. Voilà pourquoi naturellement nous avons écrit ces choses mentionnées plus haut.

Que faut-il répondre à tant d’hommes de la folie arienne qui se sont ligués ensemble ou [à ceux qui] ont ramassé autant d’idées de la secte du docétisme ? Toute la vigueur de leurs doctrines se trouve dans celle des adeptes de cette hérésie [l’iconoclasme]. Et parmi ces derniers se trouve celui qui s’appelle Épiphanide, le plus authentique des impies, et ils se servent de l’autorité d’Épiphane, le saint prêtre de l’Église des Chypriotes, pour établir cet Épiphanide, docteur et guide de leur infamie. Et à partir de cette fraude, ils enseignent, eux qui ont ramassé le plus de blasphèmes possible contre l’incarnation de notre Sauveur, et ces impies mettent leur confiance totale dans ces enseignements et s’en glorifient indignement. Et bien que nous ayons certes triomphé de ces blasphèmes dans les chapitres précédents, il est opportun, croyons-nous, de présenter maintenant une récapitulation des arguments qui ont montré tout ce qui est étranger à la pensée et à la foi d’Épiphane le porteur de Dieu.

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Chapitre 29

Pour diverses raisons, il a été montré qu’Épiphanide, écrivant sous un pseudonyme, n’a rien en commun avec le grand Épiphane

  1. D’abord, à partir de la généalogie, la distinction des personnes est clairement apparue.
  2. Ensuite, à partir de la différence des testaments, à partir du fait que personne parmi les habitants de Chypre — ni les anciens ni les plus récents — ne sait rien du faux testament, comme personne ne sait rien non plus des autres impiétés écrites faussement et attribuées à Épiphane.
  3. À partir de la falsification du titre du vieux livre.
  4. À partir du fait qu’Épiphane n’a rien reproché à l’Église d’alors, nulle part dans ses écrits contre les hérésies, d’avoir adopté des pratiques idolâtres.
  5. À partir du fait qu’Épiphane n’a nulle part appelé les idoles mortes ; partout, les iconoclastes par contre les appellent mortes.
  6. À partir de la lettre authentique écrite à l’empereur Théodose où Épiphane ne fait aucun reproche au sujet des idoles.
  7. À partir du jeûne le jour du sabbat.
  8. À partir des types des nazôréens et la chevelure du Christ.
  9. À partir de l’hérésie des docètes dont Épiphane a dénoncé le plus de choses possible tandis que les iconoclastes les défendent.
  10. Et encore, à partir du fait que les images sacrées brillent dans les églises de Chypre, dès le début et depuis longtemps.

Mais il y a encore d’autres preuves aussi. Si quelqu’un scrute très soigneusement les écrits d’Épiphane, il en trouvera. C’est ainsi que le rassembleur de citations a été totalement réfuté parce que non seulement il n’a tiré aucun profit de ces écrits, mais aussi la sottise et la nullité de sa pensée sont dévoilées devant tous. Car, comme ceux qui ont les oreilles blessées par de grands bruits, il en est ainsi pour lui aussi, blessé par la folie et le ravissement de sa raison. Il est comme un homme frappé dans la pensée et aveuglé dans le discernement de l’âme ; il ne voit pas le désaccord et l’opposition des témoignages qu’il a rassemblés. [Il ne voit pas] comment les uns contredisent les autres. Je crois qu’il souffrait de quelque chose de semblable à ceci : il est comme un homme qui a appelé une armée à son secours et ensuite, d’une manière désordonnée et irréfléchie, a soulevé la guerre parmi les alliés, les uns contre les autres. Ainsi, manquant de secours, il a manifestement produit lui-même sa défaite. Il devient pour ses ennemis une proie facile à saisir parce que, ne se servant que de ses propres troupes, il n’a pas de force suffisante pour livrer bataille. C’est ainsi aussi que Mamon (Lc 16, 13) [Épiphanide] attaque la vérité par la folie et l’ignorance, mais lui, il ne reçoit aucun secours de la part de ceux [les pères] qui semblaient [selon lui] apporter de secours et il s’est précipité dans une chute retentissante et visible à tous. Car la divergence entre les citations est devenue, pour Épiphanide, la perte de la vérité. Donc, si quelqu’un se soucie de son propre salut, il maudira les écrits de l’impie et du trompeur et s’attachera à la foi et à l’enseignement sains. Il comprendra que la parole tranchante du glaive de la vérité a manifestement coupé, du milieu de ces livres présentés, la racine et les branches de l’apostasie. Si par hasard encore d’autres rejetons de cette amère souche poussent — je parle des écrits bâtards et frauduleux des iconoclastes, celui qui se soucie de son salut retranchera ces bourgeons croissants comme l’ivraie au milieu du blé pur de l’Église parce qu’il a déjà vu la hache placée contre la racine. Et [les ayant coupées], il les jettera au feu des dogmes droits pour les brûler. Il ne chancellera pas, mais se tenant debout sur la pierre de la foi, il placera son espoir en Dieu. Il gardera les traditions, tant écrites que non écrites, que le troupeau du Christ a reçues des saints apôtres et de nos pères pieux et se détournera de toute nouveauté impure et profane et ne supportera aucun enseignement étranger. [Il fera toutes ces choses] afin de vivre saintement et pieusement dans la vie présente, ayant été protégé par la foi, et afin de remporter le prix de la béatitude dans la vie future, partageant la vie avec ceux qui glorifient le Seigneur pour toujours.

Mais lorsque nous avons dit plus haut, en parlant de certains écrits, que les ariens s’accordent avec les manichéens, nous avons promis de citer les opinions de ces auteurs. Nous croyons qu’il est opportun de produire ici, tout près de la fin de ce traité, les choses promises afin que les lecteurs sachent auprès de quels docteurs et sur quels dogmes ont trouvé leur inspiration ceux qui maintenant soulèvent la guerre contre l’Église du Christ.

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Chapitre 30

Les doctrines des ariens, de Mani, d’Apollinaire, de Dioscore et des acéphales

I — L’arien Eudoxe de Constantinople, le Traité sur l’Incarnation

Nous croyons en un seul et vrai Dieu et Père, un seul principe [et origine de tout], inengendré et sans père, qui n’est pas adorateur parce qu’un autre ne l’a pas fait naître, cet autre étant à adorer, comme ayant une origine plus haute que la sienne. Et en un seul Seigneur, le Christ et Fils, qui est adorateur parce qu’il adore justement le Père ; Fils unique parce qu’il est supérieur à toute créature après lui, mais le Premier-né parce que la première des créatures est privilégiée : il a pris chair et non l’humanité, car il n’a pas assumé l’âme humaine, mais il est devenu chair, afin que Dieu puisse converser avec les hommes à travers la chair, comme à travers un manteau. Il n’a pas deux natures parce qu’il n’était pas homme parfait, mais à la place de l’âme, il était Dieu dans la chair, entièrement une nature selon un mélange. Il a souffert par économie parce qu’il n’a pas pu sauver le monde par une âme ou un corps souffrants.

Qu’ils répondent alors [à cette question] : comment se fait-il que celui qui a souffert et est mort puisse être de la même nature que le Dieu qui est supérieur à tout et au-delà de la souffrance et de la mort ?

II — Lucien, évêque arien d’Alexandrie, le Traité sur Pâques

D’où vient donc la nécessité d’une âme pour que l’homme parfait soit coadoré avec Dieu ? Voilà pourquoi Jean crie la vérité : « Le Verbe s’est fait chair », voulant dire qu’il a été mélangé à la chair, mais certes pas à l’âme, comme disent ceux qui maintenant falsifient la foi. Mais il s’est uni au corps et est devenu un avec lui. Alors, comment serait-il le Christ s’il n’était pas une seule personne, ni une nature composite, comme nous reconnaissons dans l’homme une âme et un corps ? Mais s’il avait une âme, comme les bâtards enseignent maintenant [selon] leurs fausses doctrines de l’Église, les mouvements de Dieu et de l’âme seraient en conflit, car chaque mouvement se meut de soi-même et se dirige vers une activité différente.

Tel est le fléau de l’impiété arienne parce que ces propos se dévoilent le tout de cette hérésie impure, mais les textes suivants manifesteront la rage de l’impiété manichéenne.

III — Mani

A. La Lettre à Scythian, mais sur d’autres manuscrits, il est écrit la Lettre de Valentin le maître de Mani à Scythian

Ce qui est éternel et invisible.

B. La Lettre à Condar Saracen… Les juifs désirent.

C. La Lettre à Oddan

Les Galiléens [les chrétiens] disent que le Christ a deux natures — nous éclatons de rire — mais ils ne savent pas que la substance de la lumière ne se mélange pas à une autre matière, mais elle est non mélangée, ne pouvant pas s’unir à une autre substance, même si elle semble s’y attacher. C’est une métaphore abusive de donner le nom du Christ [à Jésus] parce qu’il ne signifie aucune forme ou substance existantes. La lumière la plus élevée, étant essentiellement unie à des choses d’elle-même, s’est montrée dans un corps à travers la matière corporelle, étant elle-même entièrement une nature.

Il est manifeste à tous que cette doctrine est apparentée à celles d’Eusèbe et d’Épiphanide, ayant la même valeur qu’elles, comme si elles germaient d’une seule racine, pernicieuse et amère. Mais s’il faut présenter des paroles d’autres impies qui s’accordent avec celles qui ont déjà été dites, nous ne craindrons pas de les dévoiler. Ce sont des paroles qui enseignent des doctrines fondées sur la fantaisie et l’apparence, des paroles qui proclament que l’incarnation de notre Sauveur n’a pas eu lieu réellement parce que ceux qui avancent ces paroles croient incorrectement et sottement en une nature composite, les deux natures ayant été mélangées et condensées l’une dans l’autre. [Nous les dévoilerons] bientôt pour que les lecteurs puissent savoir clairement de quels docteurs et de quels enseignements impies provient l’affirmation suivante :

Il ne faut pas que le Christ soit circonscrit et représenté en image selon l’humanité.

IV — Apollinaire le sot et le frivole

A. La Lettre à Pierre

D’une part, nous disons que le Seigneur est Dieu selon une nature et l’homme selon une autre nature, mais, d’autre part, selon une nature mélangée, corporelle et divine.

B. Le Traité sur l’Incarnation

Ô nouvelle foi et ô mélange admirable. Il [le Christ] a fait de Dieu et de la chair une nature.

C. À Diodore ; il est écrit ailleurs à Héraclion

Il est illégitime de donner une seule et unique adoration à une substance et à une autre, c’est-à-dire au Créateur et à la création, à Dieu et à l’homme. Unique est l’adoration du Christ et pour cette raison, Dieu et l’homme sont pensés par un nom [le Christ]. Donc, Dieu n’est pas une substance et l’homme une autre substance, mais une unique substance selon le mélange de Dieu et du corps de l’homme.

D. À Diodore

Comment n’est-elle pas impie la pratique de reconnaître une substance du Créateur et une autre pour le serviteur et de donner la même adoration au Créateur et au Seigneur ?

E. Le Traité sur l’Incarnation

Il est impossible d’adorer quelqu’un et de ne pas l’adorer. Il est impossible, donc, que le même soit entièrement Dieu et homme dans un tout homogène et simple, mais il est possible dans l’unité d’un mélange de la nature divine et de la chair incarnée.

V — Dioscore de Gangres : La Lettre à Alexandre

Si le sang du Christ n’est pas, selon la nature, le sang de Dieu mais de l’homme, quelle est la différence entre le sang du Christ et celui des boucs et des veaux et les cendres d’une génisse ? Et leur sang est terrestre et corruptible et le sang des hommes, selon la nature, est terrestre et corruptible. Mais ne disons jamais que le sang du Christ est de même nature que celui de l’une de ces créatures, selon la nature.

C’est à partir de cette dernière affirmation que les disciples du fol et impur Eutychès disaient des niaiseries telles que le Christ est « de deux natures » [avant l’incarnation] mais ils refusaient complètement de dire qu’« il est en deux natures » [après l’incarnation].

VI — Timothée, Le Traité contre les marcianistes ou les acéphales

Cyrille d’Alexandrie, Flavien, Théodote d’Antioche, Litoïos de Mélitène et Amphiloque d’Iconium ont lutté également contre cette hérésie et ont entrepris des actions contre elle. Du chapitre 8

Quant à l’homme que le Seigneur a assumé de Marie, ils disent que le Seigneur l’a changé tantôt en esprit, tantôt en corps ; ils disent également que même le corps du Seigneur était incirconscrit comme sa nature divine.


Notes

[1] La traduction française a été faite sur le texte grec Contre Épiphanide, dans Spicilegium Solesmense Sanctorum Patrum I, J. B. Pitra, éd., Paris, 1852, pp. 294-380.

[2] C’est-à-dire le prototype (la personne ou la chose représentée dans l’image) et le type (la reproduction ou l’image peinte).

[3] Ch. 75.

[4] À partir du chapitre 3, Nicéphore appelle l’auteur des écrits par le nom d’« Épiphanide ».

[5] C’est-à-dire le modèle, la reproduction et l’image de la personne représentée.

[6] Dans la Lettre à Constantia.

[7] L’œuvre complète a deux volets, comme l’indique le titre : la première moitié réfute Eusèbe et notre traduction en est la seconde moitié.

[8] C’est-à-dire finie et limitée.

[9] Ce canon ne se trouve pas dans les actes du concile d’Éphèse en 431. Sa véritable source est inconnue.

[10] C’est-à-dire les « païens ».

[11] Nicéphore cite le Traité prétendument écrit par Épiphane de Salamine où l’auteur cite ce que disent les iconodoules pour justifier les images chrétiennes et leur vénération d’elles.

[12] Voir l’histoire de l’image des trois anges qu’Eusèbe a vue au chêne de Mambré : Eusèbe de Césarée, The Proof of the Gospel V, 9, W. J. Ferrar, trad., Londres, Society for Promoting Christian Knowledge, 1920, pp. 253-254.

[13] À savoir, la peinture des images.

[14] La citation exacte de notre traduction : « certains d’entre vous ont eu l’audace, après avoir enduit le mur de plâtre, à l’intérieur de la sainte maison, d’y représenter des images de Pierre, de Jean et de Paul, par des couleurs différentes. »

[15] Nicéphore parle d’Épiphanide.

[16] Note de l’éditeur du texte grec et de la traduction latine, p. 310 : « Chrysost. Opp. T. IX, p. 594, des paroles que néanmoins Nicéphore a assez audacieusement refaites, les faisant presque les siennes ; mais peut-être voulait-il lui-même avertir le lecteur par cette note placée ici dans trois codex A, B, D : ‘Ces choses du texte abrégé. Il y en a plus dans le livre complet.’ »

[17] Note de l’éditeur du texte grec et de la traduction latine, p. 310 : « Novum videtur hoc nobilissimum Cyrilli fragmentum. Certe Maio ignoratur a quo tam diligenter collecta habemus Cyrilli in Apostolum commentaria. » : Il y a ici un nouveau, très noble fragment de Cyrille. Maius, par qui nous avons des commentaires de Cyrille sur l’Apôtre, si soigneusement assemblés, ne savait sans doute pas [la source]. »

[18] Cyrille d’Alexandrie, Sur la foi droite.

[19] Pseudo-Denys, Les hiérarchies ecclésiastiques IV, III, 1.

[20] Isidore de Péluse, Lettres IV, 73.

[21] Voir The Panarion of Epiphanius of Salamis VII ; 59 ; 4, 4-4, 5, Frank Williams, trad., New York, E. J. Brill, 1994, p. 624.

[22] Dans la citation, il commence avec « Comment la pratique […] ».

[23] La citation au début du chapitre qui commence « Comment donc […] ».

[24] Lesquels étaient infligés par les persécuteurs.

[25] Éditeur du texte grec, note 7, p. 318 : « Re vera, sublestae fidei est. Sed de hebraea Epiphanii gente non ambigitur. » [En réalité, ceci est peu crédible, mais il n’est pas hors de question qu’Épiphane ait été du peuple juif.]

[26] Nicéphore fait parler l’ange.

[27] Ironie : évidemment selon la façon d’Épiphanide de concevoir les choses.

[28] Bible de Jérusalem : « […] le serviteur n’est pas plus grand que son maître […]. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. » TOB : « Sachant cela, vous serez heureux si du moins vous le mettez en pratique. »

[29] Nicéphore parle directement à Épiphanide, donc la deuxième personne.

[30] Littéralement, « nourriture pour le feu ».

[31Ei de ta didagmata tôn apostolôn diatakseis ismen tou didaskalou autôn kai pantôn hémôn Sôtéros, pros tous eks apistias diatakseis aitountas hoia kéryssontes ton logon dietatton, en heterois saphesteron legetai. L’éditeur du texte grec et de la tradition latine ajoute ceci en note, p. 335 : « Alors, ces paroles sont écrites dans la marge des manuscrits A, B et G : ‘Zétei en té(i) anatropé(i) tou pseudônymou horou.’ (Cherche dans la réfutation de la déclaration faussement appelée), ce que je donnerai dans le tome suivant où il n’y a pas un petit nombre de canons apostoliques. »

[32] Voir le site web (srbigham.com), La vie de saint Épiphane, ch. 106.

[33] Le grec : « Hostis gar pote én houtos homologei » ; la traduction latine : « Is namque quis sit, ipse significat ».

[34] Voir aussi The Panarion of Epiphanius of Salamis, Books II et III, Frank Williams, trad., Leiden, E. J. Brill, 1994, pp. 578-579.

[35] Voir le site web (srbigham.com), La vie de saint Épiphane, ch. 106.

[36] Voir le site web (srbigham.com), Ancoratus, ch. 75.

[37] La citation exacte de notre traduction : « Maintenant encore, après les hérésies et les idoles, il [le diable] entraîne les fidèles vers la vieille idolâtrie. »

[38] Ils l’appliquent non seulement à la divinité du Logos mais aussi à son humanité incarnée.

[39] Théodose a fait illustrer l’Évangile en fresques et en mosaïques.

[40] Celle qui est reproduite dans la Vie (voir le site web srbigham.com, La vie de saint Épiphane, ch. 106) et qui est acceptée comme authentique.

[41] C’est-à-dire une correction pour l’erreur.

[42] 1 R 21 ; voir le site web (srbigham.com), la Vie, ch. 110.

[43] La citation exacte de notre traduction : « tu chercheras même dans la profondeur des pensées, pour déterminer s’il est convenable pour nous d’avoir Dieu peint par les couleurs. »

[44] La citation exacte de notre traduction : « J’ai entendu dire aussi que certains ordonnent de dessiner l’incompréhensible Fils de Dieu… »

[45Codex Parisinus graecus Coislinianus 93 : « …je ne me souviens pas de l’avoir vu. »

[46] La citation exacte de notre traduction : « Qui parmi les anciens pères a peint une image du Christ dans une église ou l’a placée dans sa propre maison ou sur des tentures de portes ? Qui a jamais entendu parler de telles choses? Qui parmi les évêques anciens a peint le Christ sur des tentures de portes, en le déshonorant ainsi ? Et qui a jamais peint sur des tentures ou sur des murs Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les autres prophètes et patriarches ou Pierre, André, Jacques, Jean, Paul ou les autres apôtres ? Qui les a exposés ainsi et les a portés en procession ? »

[47] La citation exacte de notre traduction : « nous faisons des images des saints en leur mémoire et nous nous prosternons devant elles en leur honneur. »

[48] « […] de ce qui a été concrètement accompli. »

[49] Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VII, XVIII, 1-4, Sources Chrétiennes 41, pp. 191-192.

[50] Grégoire de Nysse, Sur la divinité du Fils et du Saint Esprit (PG 46, 572 C) « Et ensuite, le père [Abraham] attache son fils [Isaac]. Et Isaac ne résiste pas à ce qui va se passer. Il se donne à son père laissant ce dernier faire ce qu’il voulait. Qui des deux vais-je admirer plus ? Celui qui met ses mains sur l’enfant à cause de son amour pour Dieu ? Ou celui qui obéit à son père jusqu’à la mort ? Les deux se rivalisent l’un avec l’autre : l’un s’élevant au-dessus de la nature ; l’autre pensant que c’est plus pénible de résister à son père que de mourir. Mais là d’abord, Abraham lie Isaac avec des cordes. J’ai souvent vu l’image de cette scène pénible sur un tableau et je ne pouvais pas passer devant elle sans pleurer, l’art mettant l’histoire clairement sous les yeux. Isaac est par terre aux pieds de son père, près de l’autel, il s’accroupit à genoux, les mains liées derrière lui. Abraham se tient derrière Isaac à genoux, et par la main gauche Abraham lui tire les cheveux en arrière vers lui-même, se penchant sur son visage. Et regardant l’enfant avec compassion, il dirige la main droite, armée d’un poignard, pour égorger Isaac, la pointe du poignard lui touchant déjà la gorge. Et c’est alors qu’une voix divine s’est fait entendre disant à Abraham d’arrêter sa main. »

[51] De saint Jean Damascène Discours apologétiques de notre père saint Jean Damascène contre ceux qui rejettent les images saintes, 1, 61 ; le texte grec dans Die Scriften Des Johannes Von Damaskos, Bonifatius Kotter, éd., Band 17, Berlin, Walter de Gruyter, 1975, pp. 161-162. Le texte est cité de La Vie de Jean Chrysostome de Georges d’Alexandrie, chp 27 ; Theodor Schermann, Die Geschichte der dogmatischen Florilegiem vom V-VIII Jahrhunderten, 1904. « Dans la Vie de Jean Chrysostome, il est écrit précisément comme ceci : “Le bienheureux Jean aimait beaucoup les lettres du très sage Paul.” Et plus loin, il est écrit : “L’image du même apôtre Paul en icône se trouvait là où Jean se reposait pendant de courtes durées à cause de sa faiblesse physique. Il participait à maintes vigiles, au-delà de ce que sa nature permettait. Alors chaque fois qu’il parcourait les lettres de Paul, Jean se fixait les yeux sur l’image, et comme en la présence de quelqu’un de vivant, il pensait intensément à Paul, le bénissant. Il concentrait toute sa pensée sur Paul qui se manifestait*, et à travers l’apparition, Jean lui parlait.” Et encore plus loin : “Lorsque Proklos a cessé de parler, il a fixé les yeux sur l’icône de l’apôtre, voyant que les traits de celui dans l’image étaient semblables à ceux de la personne qu’il avait vue. Alors, Proklos s’est incliné devant Jean et, en pointant l’icône du doigt, il a dit : Pardonnez-moi, père. Celui que j’ai vu en train de vous parler est semblable à celui-ci ; en effet, je crois que c’est précisément la même personne.” »
*Kotter préfère la leçon phantazomenos, voulant dire que saint Jean se manifestait. Darras-Worms en est d’accord traduisant « en se l’imaginant ». Il note, par contre, une variante phantazomenon qui signifierait que saint Paul s’est manifesté à Jean et les deux conversaient. Nous trouvons cette variante préférable et traduisons donc selon phantazomenon. Voir aussi une traduction légèrement différente dans Le Visage de l’invisible, Les pères dans la foi, Anne-Lise Darras-Worms, trad., pp. 116-117.

[52] La référence exacte de ces vers est inconnue. Il se peut que le poème soit un composite.

[53] Le texte tel quel n’est pas trouvé parmi les œuvres de saint Cyrille.

[54] « Sermon XV, (XVII) : Panégyrique de saint Barlaam Martyr », Les sermons de saint Basile le Grand et de saint Astère, évêque d’Amasée, A. de Bellegarde, trad., Paris, 1801, p. 219. « Mais je diminue vos victoires par les froides louanges que je vous donne : il faut que des langues plus éloquentes vous louent, c’est aux plus habiles docteurs à faire votre éloge ; fameux peintres des actions des hommes illustres, ajoutez ce qui manque au tableau que je viens de faire ; employez tout votre artifice, et les plus vives couleurs, pour mettre la dernière main au portrait que je n’ai qu’ébauché ; j’avouerai que vous me surpassez dans l’art de décrire les combats et les victoires des athlètes, mais je m’applaudirai de ma défaite. Dépeignez exactement comment cette main a vaincu l’activité du feu : je serai bien aise de voir que vous mettiez dans un plus beau jour les combats de notre héros. Que les démons se dispersent et pour achever de les confondre, montrez-leur la main brûlante du saint martyr : peignez dans le même tableau Jésus-Christ, qui donne le prix de ce combat : qu’il soit loué dans tous les siècles. Amen. »
Bien que ce passage soit traditionnellement attribué à saint Basile, plusieurs ont soutenu que c’est Jean Chrysostome qui est le véritable auteur de l’homélie.

[55Ibid., pp. 1-16.

[56Ou prepon, legôn, esti Theon echein hémas en chrômasi kai melesi zôgraphoumenon. (La citation exacte de notre traduction : « …et tu chercheras même dans la profondeur des pensées, pour déterminer s’il est convenable pour nous d’avoir Dieu peint par les couleurs. Qui a jamais entendu parler d’une telle chose ? ») Nicéphore a apparemment ajouté lui-même « kai melesi : et en membres », car ces mots ne sont pas dans d’autres textes grecs. Ils ne sont pas mentionnés non plus par les quatre spécialistes qui ont établi le texte grec : Holl, Ostrogorsky, Hennephof et Thümmel. Ces derniers ne mentionnent même pas la variante apportée ici par Nicéphore lui-même. Si « et en membres » faisait partie du texte que Nicéphore avait devant lui, pourquoi n’a-t-il pas copié ces mots partout ? Sinon, pourquoi les a-t-il ajoutés ici ? Son argument serait beaucoup plus fort si la Lettre à Théodose les contenait. L’accusation de docétisme serait presque inattaquable si l’auteur avait dit que le Christ ne pouvait pas être représenté « en couleurs » et « en membres », à savoir en ses membres corporels.

[57] Ici apparaît clairement la distinction entre longs cheveux et cheveux courts ou coupés. Jusqu’à maintenant, komé peut signifier les cheveux, la chevelure, dont le contraire serait tête complètement rasée ou chauve. Mais komé peut aussi signifier longs cheveux, dont le contraire est cheveux coupés court. Nous verrons plus tard que l’argument de saint Nicéphore tient à la distinction entre cheveux longs et cheveux courts.

[58] Voir The Panarion, pp. 634-635.

[59Ibid., p. 605 et pp. 610-611.

[60] Voir L’homélie sur Matthieu.

[61] Les adversaires de l’iconoclasme, c’est-à-dire les orthodoxes, dont Nicéphore.

[62] L’argumentation de Nicéphore est complexe et difficile à suivre. Il veut montrer que l’auteur, Épiphanide, se contredit. Voici ce qui nous semble en être les grandes lignes : 1. L’auteur constate que les artistes chrétiens peignent le Christ et les disciples différemment : le Christ a une chevelure et les disciples ont les cheveux coupés court. 2. Mais selon l’auteur, a) les artistes chrétiens se trempent lorsqu’ils peignent le Christ avec une chevelure. Donc, le Christ n’avait pas de chevelure, mais les cheveux coupés court. b) Ils mentent en peignant les disciples avec des cheveux coupés court. Donc, les disciples avaient une chevelure et le Christ et les disciples se distinguaient par l’apparence physique. 3. L’auteur suppose que le Christ et les disciples aient eu la même apparence physique — acceptant que les disciples avaient des cheveux coupés court — parce que les pharisiens devaient payer 30 pièces d’argent pour que Judas indique qui était Jésus, ce qu’ils ne pouvaient pas faire eux mêmes parce que Jésus ne se distinguait pas des disciples par une apparence physique différente. Et voici la contradiction : en 2, l’auteur suppose une apparence physique différente parce que les artistes chrétiens se trempent, et il inverse les traits. Il donne des cheveux coupés court au Christ et une chevelure aux disciples, mais en 3 il suppose une apparence physique semblable — Jésus et les disciples ayant les cheveux coupés court — pour justifier le salaire de trente pièces d’argent.

  1. Jésus : chevelure ; les disciples : cheveux coupés court
  2. Jésus : cheveux coupés court ; les disciples : chevelure
  3. Jésus : cheveux coupé court ; les disciples : cheveux coupés court

[63] Le grec a une double négation : Ei mé gar kekarmenous edeksato, ouk an allôs to kenologoumenon kateskeuazen : S’il n’avait pas accepté comme ayant les cheveux coupés court, il n’aurait pas dû présenter son discours vide autrement.

[64] La position mitoyenne entre chevelure et cheveux coupés court.

[65kai hôs oupô ephiknoumenous tou logou diagelaseien : comme s’il riait de ceux qui n’atteignent aucunement le discours.

[66] Nicéphore fait parler l’iconoclaste.

[67] C’est-à-dire si les images représentaient le Christ et les disciples avec la même apparence physique.

[68] C’est-à-dire des cheveux de longueur moyenne.

[69] C’est-à-dire, il s’est déclaré lui-même coupable.

[70] C’est-à-dire qu’il ait détruit toute son argumentation en cédant sur un point essentiel.

[71] Voir aussi « The Marcionites », The Panarion, bk I, 42, 3, 4, p. 274 : « For fasting on the Sabbath he gives this reason : “Since it is the rest of the God of the Jews who made the world and rested the seventh day, let us fast on this day, to do nothing appropriate to the God of the Jews.” »

[72] « Il n’est nullement possible pour l’homme pécheur de se justifier par le repentir ». Nous n’avons pas pu trouver exactement ce texte associé à Marcion dans le Panarion. Par contre, un texte semblable se trouve dans la section sur les puristes ou cathares, c’est-à-dire les novatiens (« Contre les impurs cathares, Secte 59 », The Panarion, Frank Williams, trad., pp. 102-103). Novatien refusait d’accepter ceux qui se repentaient après avoir renié leur foi pendant une persécution. Novatien a dit : « [...] that such people cannot be saved. There is one repentance, but no mercy for those who transgress after baptism. » [C’est nous qui soulignons.] Épiphane réfute cette position en expliquant comment les novatiens ont mal interprété un passage d’Hébreux 6, 4 : « Il est impossible, en effet, pour ceux qui une fois ont été illuminés, qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l’Esprit Saint, qui ont goûté la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir et qui néanmoins sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence […] »

[73] « Une épée a tué la sainte Mère de Dieu, selon les paroles du prêtre Siméon ». Nous n’avons rien trouvé dans le Panarion qui ressemble à cette citation. Par contre, dans la section 78, « Contre les antidicomarianites » (11, 3, p. 609), Épiphane recopie une lettre qu’il avait écrite « [...] à mes maîtres très honorés, à mes enfants bien-aimés et à mes frères en Arabie [...] » où il défend la virginité perpétuelle de Marie. Il dit : « In one passage Simeon says of her, “And as sword shall pierce through thine own soul also, that the thoughts of many hearts may be revealed” and elsewhere the Revelation of John says, “And the dragon hasten after the woman who had born the man child, and she was given wings of an eagle and was taken to the wilderness, that the dragons might not seize her.” Perhaps this can be applied to her; I cannot decide for certain, and am not saying that she remained immortal. But neither am I affirming that she died. » Plus loin dans la même lettre, Épiphane dénonce certaines femmes en Arabie qui offrent une adoration déplacée à Marie (23, 8, p. 619) : « And there have been many such things to mislead the deluded though the saints are not responsible for anyone’s stumbling ; the human mind finds no rest, but is perverted to evils. The holy virgin may have died and been buried—her falling asleep was with honor, her death in purity, her crown in virginity. Or she may have been put to death—as the scripture says, “and a sword shall pierce through her soul”?her fame is among the martyrs and her holy body, by which light rose on the world [rests] amid blessings. Or she may have remained alive, for God is not incapable of doing whatever he wills. No one knows her end. »

[74] Nous n’avons rien trouvé dans la section sur les apollinaristes du Panarion (« Contre les dimœrites/apollinaristes », section 77, pp. 566-601) qui puisse servir de référence à cette phrase. Le seul passage qui nous semble faire un lien, quoique faible, se trouve dans l’affirmation d’Épiphane que certains apollinaristes enseignaient que le corps du Christ était coessentiel avec sa divinité. (p. 567). Nicéphore accuse les iconoclastes d’appeler le corps du Christ incirconscrit, comme la divinité incirconscrite du Christ. On trouve peut-être une explication pour cette accusation étrange dans The Origenist Controversy : the Cultural Construction of an Early Christian Debate d’Elizabeth Clark (Princeton, New Jersey, Princeton University Press, 1992, pp. 42-104). Là, Elizabeth Clark décrit la controverse origéniste du IVe siècle où deux camps débattaient, parmi d’autres, la question suivante : l’image de Dieu en l’homme a-t-elle été préservée après la chute ou non ? Les origénistes, d’un côté, tendaient à dire que puisque Dieu est incorporel, l’image en l’homme n’inclut pas le corps de l’homme. L’image a été effacée par le péché. Les adversaires d’Origène disaient que le corps de l’homme fait partie de l’image de Dieu en l’homme et que celle-ci n’a pas été complètement effacée par la chute d’Adam. Curieusement, ces anti-origénistes croyaient que Dieu avait des membres corporels, à cause du langage imagé des Écritures et que le corps faisait partie de l’image de Dieu en l’homme. Leurs ennemis les appelaient « anthropomorphites » et les origénistes répliquaient avec « anti-anthropomorphites ». Épiphane, étant fermement contre Origène, se rangeait du côté des anthropomorphites, sans, pour autant, croire que Dieu a des membres corporels. Nicéphore identifie les iconoclastes comme disciples d’Apollinaire qui disait que le Verbe Logos a pris la place du nous humain dans le Christ, ainsi enlevant de lui l’humanité consubstantielle avec la nôtre. En affirmant que le Christ dans l’incarnation était incirconscrit, les iconoclastes s’alignaient sur la pensée d’Apollinaire : une humanité tronquée d’un élément essentiel, le nous. La question reste quand même à éclaircir.

[75] Une note de l’éditeur du texte grec renvoie le lecteur, comme référence possible, à Pindare, Huitième Pythique, antistrophe 3, versets 29-32 (Pindare, Œuvres complètes, Jean-Paul Savignac, trad., Paris, Éditions de la Différence, 1990, p. 229) : « Je n’ai loisir de consacrer tout le long ramage par la lyre et la voix caressante car je crains d’ennuyer par l’abus. »

[76] Voir aussi « Proem I » 1, 3, The Panarion, bk I, p. 3 : « But “one after the eighty” is at once the foundation of the truth, the teaching and the saving treatment of it, and Christ’s “holy bride,” the Church. » « Après les quatre-vingts hérésies » (« One after the eighty ») se réfèrent au Cantique des Cantiques 6, 8-9 : « Il y a soixante reines, et quatre-vingts concubines ! (et des jeunes filles sans nombre.) Unique est ma colombe, ma parfaite. Elle est l’unique de sa mère, la préférée de celle qui l’enfanta. Les jeunes femmes l’ont vue et glorifiée, reines et concubines l’ont célébrée […] »

[77] Le texte grec se sert d'une forme du verbe proskyneô pour ce que nous avons traduit par vénérer et adorer. Le mot est le même mais l'idée distingue clairement les deux sortes de proskynesis : celle donnée aux objets et aux personnes dignes d'honneur et celle donnée uniquement à Dieu. Il faut attendre le VIIe concile œcuménique de Nicée (787) pour que le vocabulaire s'aligne avec la théologie et que proskynesis et latreia soient désignés pour distinguer les deux sortes d'" adorations ".

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