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D’un côté, le titre d’un des textes qui [m’] ont été apportés montre clairement le nom Épiphane, porteur de Dieu et guide de l’Église des Chypriotes, mais de l’autre côté, le corps de l’ouvrage introduit manifestement des éléments de l’hérésie trompeuse des docètes ainsi que la pensée de l’impiété des manichéens. Cela n’a rien d’étonnant puisque les hérétiques aiment bien porter des masques étrangers — ils en ont l’habitude — et feindre la piété afin de pouvoir attirer les plus simples ou les plus ignorants par de plausibles apparences. Ainsi donc, les disciples d’Apollinaire, déraisonnable et insensé qu’il était, et encore plus ceux d’Eutychès, haï de Dieu, falsifièrent certaines déclarations des saints pères et entraînèrent quelques-uns avec eux pour établir leur doctrine abominable. Tel fut le cas du grand Grégoire le Thaumaturge, d’Athanase, digne de louange, et certes aussi de Jules, qui avait été désigné hiérarque de l’Église des Romains. Ceux qui s’enquièrent de ces questions démasquent facilement la ruse et la fourberie de ces disciples.
Néanmoins, il est certain qu’ils [falsificateurs, les iconoclastes] proposent [maintenant] un testament qui donne des prescriptions aux citoyens. « Épiphane » y recommande de ne pas placer des images dans les églises ni dans les cimetières.
[1er argument] Il est évident que le Testament n’est pas d’Épiphane.
D’abord, l’auteur, qui a des opinions ariennes, croit ce qui s’accorde avec Eusèbe. Mais Épiphane s’opposait à toutes les hérésies, et encore plus à la folie d’Arius. Je dirais que ceci n’échappe à personne doué d’intelligence.
[2e argument] Deuxièmement, Épiphane termina son existence en rentrant de Byzance, chez lui. C’est clairement indiqué dans sa Vie qu’à ce moment-là, précisément pendant le voyage, Épiphane conseille ses disciples, leur enseignant les éléments de la vie supérieure. Dans ses conseils, il ne dit rien à ses concitoyens ; de même, il ne dicte pas de testament dans lequel il mentionne des choses défendues par l’Église. Mais si nous confessons — précisément comme nous le confessons et le croyons — qu’extraordinaire est la grâce que Dieu donne aux saints de prévoir la fin de leur vie, nous devrons recevoir les prescriptions contenues dans un tel testament. Si, à un autre moment, Épiphane avait rédigé un [tel] testament, il se serait complètement écarté de la grâce. Ce serait même absurde de le dire tant il est vrai que l’homme se montrait théophore par la pureté de sa vie et par la force de ses miracles.
[3e argument] Ensuite, il semble qu’Épiphane ne recommande une telle chose nulle part dans ses œuvres qui sont véritablement reçues dans l’Église comme authentiques. Certainement, il écrivit beaucoup sur les images et les idoles des anciens, et sur le fait qu’on les trouve dès le début parmi les nations. S’il avait eu un tel point de vue et s’il avait vu, à l’égard de la divine piété, l’Église du Christ faire fausse route sur le culte des divines images — lui, plus que tout autre, avait un grand zèle pour ces questions — Épiphane se serait mis à écrire pour corriger l’Église et il aurait composé un grand nombre de telles œuvres. Car, en ce qui concerne le mal, la dernière chose [l’idolâtrie] est la pire et la plus impie de toutes les hérésies. Mais, comme la parole véritable témoigne, l’Église catholique et apostolique n’a pas fait fausse route et elle ne s’est jamais livrée à la souillure des idoles. Et Épiphane voyait plus clairement que tous que le Saint-Esprit ne peut mentir. C’est l’Esprit qui, parlant par les prophètes et par à peu près toutes les Écritures inspirées par Dieu, annonçait que le Christ Sauveur de nous tous apparaîtrait aux hommes sur la terre dans la chair non seulement pour faire cesser l’adoration des idoles, mais aussi pour faire disparaître de la terre le nom de leurs idoles, comme le savent ceux qui ont appris à connaître les voix prophétiques.
[4e argument] Épiphane aurait dû écrire de telles choses surtout lorsqu’il donnait des explications contre l’hérésie des carpocratiens alors que cette hérésie, pire que toutes, est née au début de la divine prédication. Voici ce qu’il a écrit, entre autres : « Les carpocratiens se sont donné le nom de chrétiens. Satan avait préparé ceci afin de scandaliser les nations et de les détourner du secours de la sainte Église de Dieu et de la véritable prédication, par l’œuvre inique des carpocratiens. » [Panarion 27, 3, 3] À partir de ce moment, ils avaient confiance à cause du nom usurpé de chrétiens.
Voilà pourquoi ils ont des images du Christ faites de plusieurs sortes de matières. Ils disent que ces images sont de Jésus, fabriquées par Ponce Pilate, lorsque Jésus vivait parmi les hommes. Ils ont aussi des images des philosophes Pythagore, Platon, Aristote et d’autres. Et après les avoir érigées, ils les adorent. Et ils célèbrent les mystères des nations. [Panarion 27, 6, 9]
Cependant, dans son œuvre, Épiphane ne dit rien à propos de la question qui nous occupe maintenant. Il ne demande pas non plus de jeter les images sacrées hors des saintes églises, ni d’endommager ces églises elles-mêmes ou les saints autels. Mais au contraire, si quelqu’un veut vraiment étudier cette question, il verra clairement qu’Épiphane non seulement ne dit rien pour réfuter l’enseignement chrétien, mais plutôt il le prouve davantage. Car en disant que les carpocratiens se sont eux-mêmes donné le nom de chrétiens, Épiphane soutient l’avis que placer ces vénérables images [dans les églises] est une pratique chrétienne. Puisque les carpocratiens voyaient que des symboles [images] étaient propres aux chrétiens et à leur culte, ils s’efforçaient de se montrer chrétiens afin de convaincre beaucoup par la présence des images. Voilà pourquoi il est connu à tous et évident pour tous que les paroles avancées ne sont pas de saint Épiphane, mais d’un disciple de ceux qui ne reconnaissent pas la divine incarnation et qui imaginent sottement que l’incarnation ne se serait produite qu’en apparence. Car on ne voit pas, dans les choses qu’Épiphane a écrites, quelqu’un qui rejetait la production des images, mais quelqu’un qui reconnaissait plutôt le double caractère de l’image : d’une part, ce qui est selon la nature ; d’autre part, la représentation faite par les couleurs.[2] Et pour cette raison, Épiphane, en reconnaissant ce double caractère d’une image, acceptait qu’on modèle les choses et les personnes en vue de [en produire] l’image et que la copie [existe] par l’imitation de ce que voient les yeux.
[5e argument] Voici un autre point : même jusqu’à aujourd’hui, nulle part dans le diocèse d’Épiphane, les articles de ce testament impie ne se sont jamais fait voir, et l’écrit lui-même n’y a jamais été reçu.
[6e argument] Et ici se rencontre l’argument le plus convaincant de tous : depuis l’origine des temps, et même encore de son temps — selon la Vie du très saint Épiphane — et jusqu’à maintenant, toutes les églises [de Chypre] consacrées à Dieu brillent d’éclat par la parure de l’imagerie sacrée. Là-bas, aucun prêtre, aucun homme n’ont jamais entendu parler d’une telle prédication.
[7e argument] Mais si l’on juge ce qui est douteux par ce qui est accepté de tous, examinons ce que saint Épiphane expose au sujet de l’économie du Sauveur dans son livre qui s’appelle Ancoratus. Tous sont d’accord que ce livre est authentique et fait partie de ses œuvres véritables. Il y dit ceci :
Car le Fils unique est venu et a assumé ce qui est compris dans l’homme, le fait d’être homme et tout ce qui se rapporte à l’homme, afin que dans l’homme parfait, lui qui est Dieu, accomplisse entièrement la totalité du salut. Il n’a rien négligé qui appartienne à l’homme afin que la partie négligée ne devienne pas à son tour et de nouveau la nourriture du diable.[3]
Si donc aucune partie de l’homme n’a été oubliée — et le corps fait partie de l’homme — il convient au corps surtout d’être dessiné et représenté, car si l’on ne dessine pas le corps, ce n’est pas un corps. Puisque donc le Christ portait notre corps, il est absolument nécessaire de le dessiner et de le représenter corporellement. Ceci est l’enseignement du docteur porteur de Dieu. Et si l’on affirme que ce texte et l’opinion exprimée ici sont d’Épiphane, les autres opinions leur sont tout à fait étrangères parce qu’elles les contredisent, car l’auteur du testament n’affirmé pas que le Christ a pris en vérité un corps ; il affirmait que le Christ est apparu seulement dans la forme et selon l’apparence d’un corps. Par des citations d’Épiphane, nous montrerons ceci avec encore plus de force. Il ne faut pas prêter attention aux questions de langage si l’on trouve des éléments de style communs entre les œuvres d’Épiphane et le document, car ce dernier est très différent quant à la doctrine.
[8e argument] Outre les arguments précédents, je vais en proposer un autre qui vise à établir la pleine certitude de ce qui a déjà été dit. Il me semble bon de le confier aux oreilles de tous et de ne pas le négliger pour les générations futures. Un homme parmi les prêtres chez nous, pas un inconnu ni l’archevêque d’une ville inconnue, mais quelqu’un qui vit toujours, est arrivé à une très grande vieillesse et est vénéré pour ses cheveux blancs. Le fait d’être toujours vivant est, selon moi, une œuvre de l’économie divine pour faire connaître la méchanceté des impies. Il a été choisi pour occuper le siège de la métropole de Sidès au moment où la fumée commençait déjà à s’élever, laquelle se montrait comme prélude du feu de la tyrannie qui allait tomber sur nous. Ce métropolite siégeait souvent avec nous dans les synodes. Alors une fois, il se leva de son siège, se plaça au milieu de la sainte assemblée et dit ceci :
C’était à Nacoleia, une petite ville de Phrygie, où autrefois l’épine de l’apostasie a poussé contre nature pour introduire un très grand mal et a fait croître le bourgeon de la méchanceté. Alors moi, adolescent, j’y faisais mes études en sciences sacrées et en vie spirituelle et lors de mes moments libres, j’allais à l’église. C’était l’église catholique du quartier et dans son sanctuaire, je suis tombé par hasard sur un livre ouvert dans lequel se trouvaient des doctrines impures et blasphématoires. J’ai failli être séduit par l’impiété. De là, je me suis précipité chez le responsable qui s’appelait Daucos. J’ai ensuite rapporté les choses que j’avais lues. Celui-ci m’a ordonné de retourner une autre fois à l’église et de chercher avec diligence et empressement le titre du livre. [Il craignait que] j’aie été peut-être dépouillé de la raison et emporté par le feu de la jeunesse, que je n’aie pas eu la capacité de discerner ce qui est utile et que je me sois écarté de la vraie doctrine. Moi, sans hésitation, je suis parti immédiatement. Là, j’ai pris le livre dans mes mains, j’ai cherché soigneusement pour trouver la preuve [de mes soupçons] et j’ai compris tout de suite la perfidie du titre. Car j’ai vu l’endroit où le nom avait été écrit, certes non comme il aurait dû l’être. J’ai aussitôt observé les premières lettres du titre figurant en dessous ; ces lettres m’ont clairement fait voir la méchanceté de celui qui a exécuté cette œuvre. Car le nom Épiphanide figurait encore dans le titre, clairement visible.
Se tenant là où les saints hommes réunis pouvaient l’entendre, le métropolite — comme un témoin de Dieu et avec une conscience pure pour établir la pleine certitude dans l’Église — proclama ces faits non seulement une fois, mais au cours de deux ou trois réunions. C’était un homme qui, pour nous, portait en lui la dignité de la foi, par sa vieillesse, par son sacerdoce et par sa vie irréprochable ; il était un témoin que personne ne pouvait discréditer, un témoin de ce que nous cherchions à connaître. Ayant ainsi montré qu’Épiphane n’est pas l’auteur de ces propos, nous devrions mettre fin à notre discours, car ce ne sont pas les doctrines qui incitent les ennemis à faire la guerre contre l’Église, mais plutôt la marque distinctive de la personne qui a falsifié le titre. Cependant, ce n’est pas nous qui refuserons de réfuter les vaines affirmations. Que dit alors Épiphanide ?[4] Une fois que les ruses sont démasquées, il n’est plus permis de dire qu’Épiphane ait produit ces écrits.
Il n’est pas permis à un chrétien de se distraire par les yeux ou par l’agitation de l’esprit, mais vous tous, inscrivez et gravez les choses de Dieu dans votre for intérieur.
L’auteur délire complètement et imagine que l’incarnation du Verbe ne s’est faite qu’en apparence et non en vérité. S’il examinait par contre la peinture des images sacrées, comme preuve de sa propre folie et de sa propre impiété, il verrait que cette peinture montre que l’incarnation s’est véritablement produite. Il serait en quelque manière plus modéré et désormais, il ne montrerait pas si manifestement la fausseté de son opinion. Il fait semblant d’être bienveillant envers la doctrine et la confession des chrétiens, mais en réalité, il attaque notre pensée droite et pieuse. Il établit comme loi qu’« il n’est pas permis à un chrétien de se distraire par les yeux ou par l’agitation de l’esprit. » Cet homme dépourvu d’intelligence ne comprend pas que les images n’égarent pas l’esprit, mais qu’elles l’élèvent davantage vers la contemplation. Les choses perçues par la vue sont plus évidentes que les choses dites et entendues. Par conséquent, elles gravent dans l’âme, en quelque manière par elles-mêmes, les « paroles » des choses montrées, afin que les souvenirs déposés dans la mémoire y restent plus longtemps. Et ceci est vrai d’autant plus que la vision est plus efficace que l’ouïe, et en ce qui concerne la foi, elle a un plus grand pouvoir de persuasion. Par contre, si, selon l’opinion de l’auteur et de ceux qui participent à la même tromperie, les saintes images présentent à la vue une vaine distraction et une agitation de l’esprit, alors c’est précisément pour cette raison que ce sera comme les juifs, les barbares et les Grecs. Car lorsque le Christ a été prêché comme crucifié, il était […]
[…] scandale pour les juifs et folie pour les nations ; la parole de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour nous qui nous sauvons, elle est puissance de Dieu. (1 Co 1, 23-24)
Et aussi, je voudrais volontiers affirmer ceci : en disant ces choses, ces hommes se remplissent l’esprit de ténèbres et d’infidélité, et ils s’obscurcissent les pensées et deviennent presque aveugles à l’égard de la grâce qui habite les saintes images — laquelle fait de ces dernières des types[5]. Et encore :
Si cependant notre Évangile demeure voilé, il est voilé pour ceux qui se perdent, pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne perçoivent pas l’illumination de l’Évangile de la gloire du Christ, lui qui est l’image de Dieu. (2 Co 4, 3-4)
Car si quelqu’un demandait à ces hommes, lorsqu’ils voient les images, à qui ils pensent, que diraient-ils d’autre que « du Christ, tout à fait » ? Car s’ils disaient avoir pensé à un autre, ils seraient devenus fous et parfaitement insensés. Quel est donc leur problème ? Qu’ils aient le courage de le dire ! En vérité, le Christ est pour eux un fardeau : qu’il s’agisse du Christ rappelé dans la mémoire ou du Christ vu sur une image. (Nous sommes chrétiens ; nous sommes sauvés par la grâce de Dieu ; ce que nous voyons, nous le connaissons ; ce que nous entendons, nous le comprenons.) Pour les chrétiens, l’image du Christ ne saurait produire ni distraction ni l’agitation de l’esprit. (Comment cela serait-il possible : l’image montre si manifestement le souvenir du Christ ?) Mais en toute vérité, l’image nous retrace la divine incarnation du Christ, elle nous incite à nous souvenir des miracles qu’il accomplit pour nous et des afflictions qu’il souffrit pour nous. Vu que l’image produit de la componction et de la piété dans l’âme des fidèles qui la regardent, que faut-il dire ? Elle élève leurs sentiments pour qu’ils offrent des hymnes de louange et d’action de grâces. Nous avons ces sentiments par la grande et bienveillante condescendance du Christ, grâce à ses grands et admirables actes de bienveillance. Et nous attribuons la grâce au Christ et non pas aux couleurs. Car nulle part parmi les chrétiens, ceci [attribuer la grâce du Christ aux couleurs] n’a jamais été reçu ni pensé. Voilà, c’est assez pour la citation mentionnée plus haut.
Et en outre, voici une autre citation provenant de la lettre dogmatique d’Épiphanide ; elle dit à peu près ceci :
Si quelqu’un s’occupe de représenter les traits divins du Verbe de Dieu dans l’incarnation en se servant de couleurs matérielles…
Il est évident pour chacun que ces paroles ne sont pas d’Épiphane le porteur de Dieu, mais qu’à travers elles, un autre Eusèbe se fait connaître à nous. Je dirais que nulle personne qui possède toute sa raison ne peut nourrir quelque incertitude que ce soit à ce propos. Comme Eusèbe déclare[6] que la forme tout entière du serviteur [le Christ] a été complètement changée, il conclut, selon cette affirmation, que son corps et sa chair n’avaient pas d’existence substantielle et, pour cette raison, ne pouvaient pas être peints. Ainsi, ou bien Eusèbe a complètement dépouillé le Christ de l’incarnation ; ou bien, il a absolument réduit à rien la différence [entre l’humanité et la divinité] en ce qui concerne la forme du serviteur. D’un côté comme de l’autre, il en abolit autant, de sorte qu’absolument aucune caractéristique de la chair ne reste au Christ ; de la même manière, aucune particularité de la chair ne lui demeure non plus. Par conséquent, Eusèbe ne nomme qu’une seule nature du Verbe de Dieu, ne faisant nullement mention du caractère composé de la personne du Christ. Même s’il prétend croire à l’incarnation, il ne la confesse pas comme existant réellement ni comme ayant une existence permanente, mais comme complètement inexistante. À partir de cette déclaration, Eusèbe nie qu’on puisse se servir de couleurs matérielles pour représenter les traits du Verbe divin, lui qui ne parle que de l’unique caractéristique [nature] du Verbe, la nature n’étant pas commune avec nous. Et finalement, il refuse la nature même de la chair.
À ce propos, nous avons récemment polémiqué contre Eusèbe[7]. Mais maintenant, nous n’affirmons que ceci : comme l’enseignent nos théologiens, Dieu s’est fait homme par l’incarnation, devenant un, c’est-à-dire le Christ, à partir de deux opposés. Certes, la doctrine de vérité le proclame de même. Selon l’incarnation, le Christ a assumé notre chair et s’est fait voir parmi les hommes, devenu homme hormis le péché. Alors, ce sont ses traits physiques — c’est-à-dire ceux de sa personne — qui sont représentés par le moyen de couleurs matérielles. Sinon, c’est sa divinité qui serait représentée par elles, en tant que Logos de Dieu. Car autrement, comment et en quoi la différence serait-elle préservée, ainsi que la doctrine des opposés ? Donc, Eusèbe et Épiphanide sont tombés d’une absurdité dans une autre encore plus grande. Ceci leur est arrivé parce qu’ils disaient que la chair et Dieu se sont unis dans la même nature. Ou bien la chair n’aurait pas été entièrement conservée, ou bien elle n’aurait pas été assumée dès le début. Quoi de plus absurde ou de plus impie ! C’est pourquoi il faut chasser loin de l’Église catholique du Christ leurs doctrines illicites et leurs paroles sacrilèges. Quant à nous, qui possédons la foi droite et irréprochable, nous confessons et croyons que « l’image de la personne du Père », c’est-à-dire le Verbe divin, est un et demeure le même après l’incarnation, car il est de notre terre et de notre matière. Voilà pourquoi le Christ est peint comme un homme avec des couleurs matérielles de telle sorte que le Verbe de Dieu, entièrement insaisissable et incompréhensible, préserve en lui-même à la fois la dualité des natures et l’unicité de la personne. Alors, que dirons-nous puisqu’un anathème se rattache aux affirmations de cet halluciné ? Quant à nous, nous n’ajouterons rien, mais nous et nos saints pères qui siégeaient au saint synode œcuménique d’Éphèse ainsi que d’autres de nos saints pères, [nous disons ceci] :
Si quelqu’un ne confesse pas que notre Seigneur Jésus-Christ est circonscrit quant au corps, mais ajoute à lui [au corps] une caractéristique circonscrite[8] qui est aussi incirconscrite et infinie quant à la divinité, qu’il soit anathème.[9]
Procédons maintenant à un autre texte d’Épiphanide dont le titre se présente ainsi : Extrait du
Traité de saint Épiphane contre ceux qui, selon une pratique idolâtre, font des images en vue de reproduire la ressemblance du Christ, de la Mère de Dieu, des anges et des prophètes.
Contre de telles sottises et propos futiles, nous devrions préférer le silence, car nous apprenons dans les saintes Écritures à ne pas répondre à un insensé selon sa propre folie. Cependant, nous ne devrions pas craindre de parler à cause de ceux qui sont trompés par ces sottises parce que, à partir de ce titre même — comme étant inspiré d’un objectif impie — l’auteur s’emporte contre l’Église catholique et contre la connaissance divine des chrétiens. Je ne me pense pas obligé de prononcer un discours sur ce sujet pour ceux qui ont entendu ces sornettes. Car en violant le mystère de l’économie divine, l’auteur ne veut pas confesser l’immense grâce et les multiples bienfaits qui ont été répandus sur nous par cette source [le mystère de l’économie divine] ; il refuse aussi le fait que, par la manifestation de notre Sauveur, l’Église se préserve pure et a été libérée de toute coutume idolâtre et de toute conduite infâme des Grecs[10]. Par conséquent, il est évident que l’auteur est d’accord avec les paroles vides d’Eusèbe et s’y associe intimement. Car comme Eusèbe nous reproche l’usage des nations, de la même manière Épiphanide nous reproche la pratique idolâtre. Qui donc irait jusqu’à ce point de grossièreté et de folie pour soupçonner que ce bavardage puisse être d’Épiphane le porteur de Dieu ? Mais laissons de côté la plupart des histoires fabuleuses, comme venant de gens ivres sur la place publique, lesquels racontent de sots discours d’une manière à la fois impie et très insensée, et examinons à fond pour un moment l’essentiel des arguments. Épiphanide parle ainsi en portant le masque des hommes pieux et il présente cet argument : « Nous faisons les images des saints, disent-ils, en leur mémoire et en leur honneur.[11] »
Et bien, le fou ne devrait-il pas se calmer en entendant « en leur mémoire » et « en leur honneur » ? Car il n’a pas entendu ces paroles d’une personne, ni de deux, ni de cinq, ni de dix, mais de l’Église catholique qui s’étend jusqu’aux confins de la terre. Et s’il y a quelque part deux ou trois personnes réunies en son nom, le Christ a promis d’être au milieu d’eux ; et ceux qui ont revêtu le Christ, ainsi que toute l’Église qui est d’accord avec lui et pieuse, combien plus auront-ils le Christ au milieu d’eux ? Mais alors, Épiphanide a dit que les saintes images sont faussement nommées [images, types], visant ainsi à détruire l’argument fondé sur des archétypes. Car si, comme il pensait, les images sont erronément nommées [images, types], il n’existe pas alors d’archétypes [modèles, prototypes]. [Il n’existe pas donc] de vraies choses auxquelles on peut comparer les images. Par conséquent, en comparant les images chrétiennes à la vanité des idoles, en disant ainsi qu’elles sont semblables à des fantômes et qu’elles n’ont pas d’existence réelle, il déclare également — selon ses propres idées — que nos mystères sont semblables à ceux des idolâtres. [Il raisonne ainsi] pour prouver que les paroles sur l’incarnation du Sauveur et les luttes des martyrs sont vides et qu’il est vain de les raconter aux hommes. Mais c’est à Eusèbe, à partir de sa propre compréhension, de dire comment les os et les nerfs sur l’image de l’archange sont devenus si bien ajustés les uns aux autres.[12] Alors, nous apprenons que ceux qui se proclament maintenant les disciples d’Eusèbe s’inspirent de la même gaucherie et proclament avec confusion et sans élégance : « Que soient brisés les os des images. » C’est ainsi mot à mot ce qu’ils avancent. Mais si quelqu’un prétend que les anges ne doivent pas être dessinés parce qu’ils sont incorporels et invisibles, on en a déjà parlé abondamment. Cependant, nous dirons quand même quelques mots dans ce présent texte. [Nous savons] que les justes ont vu les anges. Dieu l’a décidé ainsi et il a envoyé ces derniers. [Nous savons également que] les anges se sont manifestés clairement sous des formes visibles selon les circonstances de leur fonction et de leur service. Ainsi les artistes ont peint ces formes afin que ce qui a été réellement vu à un moment donné ne tombe pas dans l’oubli. Mais comme l’écriture dans les livres raconte une histoire [moyennant l’encre et le papier], de même l’image la raconte [moyennant des couleurs et une planche]. Ensuite, n’ayant rien d’autre à dire, Épiphanide lance contre les saints le mot indescriptible [agraphon] qu’il a attribué ailleurs à l’incarnation du divin Logos. Il s’est trompé complètement en pensant que cette dernière n’a eu lieu qu’en apparence, comme une illusion d’optique. Alors, il se lance dans une pensée sotte et insensée en disant ceci :
Ceux qui croient honorer les apôtres en faisant cela [peindre leur image], qu’ils se rendent compte que, au lieu de les honorer, ils les déshonorent bien plus, car Paul, en insultant celui que se faisait faussement appeler prêtre, l’a appelé « muraille blanchie » [muraille enduite de plâtre]. (Ac 23, 3)
Puisque la construction du discours de Paul, ainsi que la puissance de ses pensées, sont tout à fait extraordinaires et remplies d’harmonie, Épiphanide, en se servant de ces qualités littéraires, s’efforce d’enlever de l’Église catholique la plus ancienne tradition.[13] Car il pense que saint Paul a lancé l’insulte au prêtre pour prouver ses propres idées [celles d’Épiphanide]. Mais, même pour plaire aux enfants et amuser un cœur enfantin, personne n’écouterait dans l’Église de tels enfantillages et à de telles broutilles. Alors, comme preuve de la folie et de la sottise de son esprit irréfléchi, qu’est-ce qui est plus remarquable que ces paroles d’Épiphanide ? Il n’a même pas prévu les déductions absurdes et étranges qui découlent logiquement de ce qu’il a proclamé, car il a dit plus haut :
que ceux qui ont enduit le mur de plâtre représentaient [peignaient] les images par des couleurs différentes[14].
En disant cela, Épiphanide détourne l’histoire de l’insulte lancée par l’apôtre contre le prêtre afin de montrer que, à partir d’un tel reproche, les images étaient aussi insultées. Mais qu’est-ce qu’il y de plus honteux que cette sottise ? Comment peut-il logiquement associer les saintes images à cette histoire d’insulte ? Car une image est une chose ; un mur enduit de plâtre en est une autre. Et encore, on ne peint pas les images seulement sur les murs, mais on les voit sur des planches et aussi sur d’autres matières. Donc, puisque Épiphanide s’est permis de dire des paroles sacrilèges et inconvenantes, il serait préférable d’interpréter cette histoire [comme une incitation à] la destruction des murs dans les saints temples puisque presque tous les murs sont enduits de plâtre. Car l’apôtre n’a pas dit que le mur lui-même avait été peint d’images, mais enduit de plâtre. Même si Paul avait parlé ainsi simplement, il n’aurait pas enlevé par là les ornements des saintes maisons, à moins d’avoir ajouté et spécifié quels ornements et quelles maisons. N’est-ce pas ?
Qu’est-ce qu’il faut répondre à ces choses ? Puisque le Christ a parlé des Pharisiens comme des malheureux, les comparant à des tombeaux enduits de plâtre, violerons-nous par conséquent tous les tombeaux des saints ? (Mt 23, 27) Ou encore, puisque le Christ a dit que les Pharisiens étaient aveugles et les guides des aveugles, tuerons-nous un aveugle si par hasard nous en rencontrons un ? (Mt 15, 14) Ou bien, puisque Paul a condamné certains impies qui vénéraient ou adoraient la création au lieu du Créateur, faut-il à cause de cela désormais nous lever contre toute créature ? (Rm 1, 25) Mais non ! Puisque certains se sont mal servis des choses de la création, adorant le créé à la place du Créateur, il ne nous est pas permis de dénigrer la création parce que, dans ce cas, l’absurde tomberait de nouveau sur le Créateur et rien ne nous distinguerait de leur impiété. Mais même si nous appelons les idoles et les abominations des nations « pierre et bois », ainsi les insultant, renverserons-nous par conséquent toute pierre et tout morceau de bois ? Et où sera construite notre maison de Dieu ? Ou bien, le temple divin où sera-t-il vénéré ? Ou encore, le bois de la vivifiante Croix, digne de vénération, où sera-t-il honoré si le vain discours d’Épiphanide est accepté ? Est-ce donc à cause de l’argument d’Épiphanide qu’il faut insulter les choses saintes et devrions-nous passer pour des gens qui servent des idoles et ainsi imitent une coutume idolâtre — selon la folie d’Épiphanide ? Ah ! Quelle langue impie ! Ah ! Quel outrage lancé contre les choses saintes ! Car il ne sait pas ce qu’il dit et sur les questions dont il fait des déclarations, il ne sait strictement rien non plus. Mais voilà les arguments iniques et impies qu’Épiphanide présente dans son discours, et de ces choses, il y en a encore plus si quelqu’un veut tout simplement les chercher. Mais, ayant déjà avancé tant de futilités et de niaiseries, il continue :
Jean dit : « Car nous savons que lorsqu’il apparaîtra, nous lui serons semblables. » (1 Jn 3,2) Et Paul a proclamé les saints conformes au Fils de Dieu. (Rm 8, 29) Comment, donc, veux-tu voir les saints, qui vont resplendir en gloire, représentés en quelque chose de vil, de mort et de muet, puisque le Seigneur a dit ceci au sujet des saints : « Ils seront comme les anges de Dieu »? (Mt 22, 30)
Lorsque les hérétiques veulent légitimer leur propre impiété, ils ont l’habitude de se servir de certaines expressions trompeuses et de paroles qui créent une bonne impression et de parler d’une manière persuasive par des voix habiles et suaves. Par ces moyens, ils tentent — amèrement — d’une part, de voiler leur méchanceté naturelle et, d’autre part, d’altérer frauduleusement la disposition d’esprit de ceux qui les écoutent. Et notre auteur montre qu’il est en train de faire précisément cela maintenant, car, étant bon manipulateur, il a suscité la haine contre les saints et il dessine et représente en anticipation la gloire qui sera la leur, en mettant de son côté ce qui semble persuasif dans certains passages des saintes Écritures. Mais, à partir de la gloire future, il répand maintenant la honte et le mépris sur les saints. Car s’il ne haïssait pas les saints, il manifesterait son amour envers eux en honorant leurs images. Mais puisque les images sont viles et muettes — y a-t-il quelque chose de plus diffamatoire — ? il lance sur elles cette accusation : « une pratique idolâtre ». Évidemment, il s’est présenté lui-même comme celui qui suscite la haine contre les saints. C’est pourquoi Épiphanide a dit : « Paul a proclamé les saints conformes à la forme du Fils de Dieu. » (Rm 8, 29) Mais alors, il se montre semblable au falsificateur de la vérité et au faussaire sacrilège de l’Écriture apostolique en rejetant, comme adversaire et ennemi, le mot même. Car Paul n’a pas parlé ainsi, mais il a dit : « il a prédestiné ceux qu’il a connus à être conformes à l’image de son Fils. » (Rm 8, 29) Oui, certes, Paul n’indiquait pas les images faites de main d’homme ; cependant, Épiphanide enlève le mot image comme étant contraire à ses idées. Mais même si Épiphanide approuvait les paroles de l’apôtre concernant la vie future, il s’est bien écarté de la pensée apostolique. Car nous observerons encore facilement que le passage de Paul vise la vie présente, et cela à partir de témoins que Mamon lui-même[15] (Mt 6, 24) a cités à la barre. Et nous montrerons encore qu’Épiphanide est mensonger et imposteur aussi bien qu’ignorant et étranger à toute connaissance de l’Église. Jean (Chrysostome), le grand docteur de l’Église, a commenté ce passage et il a dit textuellement ceci[16] :
Ce que le Fils unique était par nature, ils le sont devenus par grâce, c’est-à-dire qu’ils se sont montrés identiques en forme et semblables comme frères du Premier-né, mais on a dit ceci au sujet de l’économie [de l’incarnation]. Car ce que Dieu est, le Fils unique l’est aussi, mais nous ne connaissons pas la sollicitude de Dieu seulement à partir de ces choses, mais aussi parce qu’elles étaient préfigurées.
(et avant de les avoir vécues, car l’expérience enseigne que […])
les hommes ont l’expérience des idées dans le vécu de la vie quotidienne. Mais il a rendu les hommes justes par l’eau baptismale et il les a glorifiés par la grâce et l’adoption comme fils.
Voilà l’enseignement du docteur.
Et encore, le digne Cyrille accorde sa voix à cette doctrine en disant[17] :
Ceux qui sont honorés et dont on garde la mémoire sont aussi ceux qui ont été prédestinés à avoir la même forme que l’image de son Fils. Donc, tous ceux-là ont triomphé de la chair, ayant leur mère patrie dans le ciel ; ils imitent l’image du Christ, c’est-à-dire la vie de sainteté qui est le genre de vie irréprochable à tous les points de vue. Donc, tous ceux qui ont été prédestinés à être imitateurs du genre de vie du Christ, selon ce qui est possible à la nature de l’homme, ceux-là sont appelés ; ils ont été justifiés, glorifiés et appelés à devenir fils adoptifs, bien qu’ils ne soient pas encore nés. Et ils ont été comptés parmi les enfants et ils se glorifient comme étant dans le Christ le Premier-né, celui qui pour nous est devenu comme nous, afin qu’ils se comportent en frères. Ils sont néanmoins des serviteurs de Jésus qui a fait toutes choses comme Dieu par la préscience de celui qui connaît toutes choses comme si elles étaient dans le présent, et qui voit les choses futures comme si elles étaient dans le présent, bien qu’elles ne soient pas encore nées. Donc, nous disons que même ceux qui ne sont pas encore nés sont appelés à devenir fils adoptifs.
Voilà les paroles des pères. Mais quant à la gloire des saints de l’âge futur, l’apôtre l’explique ailleurs, car il écrit aux Philippiens à peu près ceci :
Mais notre mère patrie est dans les cieux d’où nous attendons ardemment le Sauveur, Jésus le Christ, lui qui transformera notre corps d’humiliation, afin qu’il soit conforme au corps de sa gloire. (Ph 3, 20)
Car bien que le corps du Christ soit soumis à des souffrances supportées pour nous, il a été glorifié par la passion et la résurrection des morts. Car il a foulé aux pieds la mort, a abattu la corruption et a anéanti le diable qui avait le pouvoir de la mort ; car, dit-il, nous voyons Jésus « pour un peu de temps inférieur aux anges », celui qui a été « couronné de gloire et d’honneur » (He 2, 7-14) par la passion de la mort. Il a agi pourtant en qualité de prémices de notre humanité. (1 Co 15, 20-23) Alors, étant exposé à d’innombrables et à de terribles souffrances et blessures, et à la corruption, les corps des saints deviendront semblables à celui du Christ. Ils se transformeront de la corruption à l’incorruption et deviendront semblables en forme à celui qui s’est assis à la droite de la gloire du Père, au-dessus de toute puissance et autorité, semblables en forme à celui qui est adoré par toute puissance, lorsque arrivera celui, le Christ, qui viendra des cieux. C’est alors que les saints seront semblables au Christ quant à la forme, brillant avec lui, étant transformés de la présente humiliation en choses élevées et établies en haut et possédant la mère patrie dans les cieux. Donc, le docteur des mensonges s’égare grandement, lui qui s’éloigne de toutes parts de la vision des choses spirituelles. Il dit :
Comment donc veux-tu voir les saints qui vont resplendir en gloire représentés en quelque chose de vil, de mort et de muet ? Le Seigneur a dit ceci à leur sujet : « Car ils seront, dit-il, comme les anges de Dieu. » (Mt 22, 30)
Que dirons-nous donc en réponse à ces paroles, nous qui condamnons la vanité d’Épiphanide et qui soutenons la droiture des pieux ? [Nous disons] que, comme la vérité même et la vue claire des choses, la certitude et la foi se trouvent parmi nous ; et voici les paroles des pères :
« Par l’image, il est possible de connaître l’archétype. »
Et : « Les images sont comme les archétypes. »[18]
Et : « Entre une image qui reproduit un modèle avec exactitude et le modèle lui-même dessiné sur une image très ressemblante, il n’y a pas de différence. Je dis que c’est la même chose selon la ressemblance et la forme. »
Et : « Comme l’image du roi dirait si elle pouvait parler : “Celui qui me voit, voit le roi, et le roi et moi sommes un.” »
Et : « Puisque le peintre fait un double de la personne représentée et montre la vérité en la ressemblance, l’archétype est dans l’image — la personne peinte et l’image, chacune est dans l’autre, exception faite de la différence de substance. »[19]
Et ensuite : « Les images partagent la même dénomination et le même nom avec les saints. »
Et encore : « Les images incitent ceux qui les regardent à se souvenir des saints représentés et elles font connaître leurs combats et leur céleste genre de vie. »
Et : « Les images sont érigées en général dans des lieux saints. »
Mais Épiphanide a entendu dire parmi les chrétiens, comme il l’a dit tout à l’heure, que « nous faisons les images des saints en leur mémoire et en leur honneur ». Alors, par ces citations, il est évident et connu de tous que l’on voit les saints à travers leur ressemblance puisque les images des saints aussi sont saintes. Qui est à ce point insensible et stupide ? Qui, voyant une image, ne dirige pas l’esprit aussitôt vers le semblable, et ne compte pas la personne absente comme présente ? Donc, puisque les images sont faites ainsi et puisque nous voyons les saints en elles, ne seront-elles pas pour cette raison aussi honorées ? Mais puisque l’ennemi des saints, Épiphanide, ne soutient pas que les images sont ainsi et proclame viles et outrageuses les images dans lesquelles les saints sont vus et par lesquelles il est possible à ceux qui les regardent de se souvenir d’eux, les saints courent un danger encore plus grand d’être tournés en dérision et d’être méprisés. Car si la gloire des saints n’était pas suffisante pour glorifier les images dans lesquelles ils sont vus, les saints manqueraient de gloire parce qu’ils ne seraient pas déjà habitués à participer à la gloire et il faudrait remettre leurs gloire et splendeur à l’avenir. Mais il est évident que l’on accorde des honneurs à ceux qui en sont dignes, de même qu’on accorde le mépris à ceux qui en sont indignes. Mais si ce n’est pas ainsi, les honneurs et la gloire — selon Épiphanide — seront accordés à des hommes ignobles et vils. Voilà ce qu’il y a à dire concernant la folie d’Épiphanide.
Comment donc le maudit appelle-t-il « mortes », et encore « muettes et viles » les ressemblances des saints ? [Il les appelle ainsi] parce qu’il met [les images chrétiennes] dans la même catégorie que les images honorées par les Grecs, afin que rien ne distingue le christianisme de la religion grecque. « Car les idoles des nations ont une bouche et ne parlent pas ; elles ont des yeux et ne voient pas » (Ps 134, 19) et la suite comme le chante le grand David. Les pieux pourtant ne voient pas les choses de cette façon, car, selon les docteurs de l’Église, comme les historiens ornent les vertus des meilleurs hommes par la parole, marquant ainsi d’une empreinte l’âme de ceux qui écoutent, de même les artistes qui peignent des planches, par la représentation des exploits, montrent aussi ces actes à ceux qui regardent. Chacun, l’historien et l’artiste, propose la même histoire par son propre art. Car, de la même manière, les deux hommes incitent et poussent ceux qui écoutent et qui regardent à faire du progrès et à être consolés. En effet, comme les paroles ne sont pas muettes, les images ne sont pas non plus sans voix. Car les images sont des discours dans les lieux où elles sont érigées, comme le disait en sens contraire un saint homme : « Il n’y a pas de discours dans un temple où il n’y a pas de statue. »[20] Ceci n’est pas dépourvu de sens parce que, lorsque nous voyons des images, notre intelligence et notre raison sont stimulées et réveillées. L’esprit et la raison par conséquent sont liés à des images matérielles qui gravent des impressions dans notre esprit, comme ils sont liés à des paroles qui verbalement annoncent quelque chose. Les images ne sont donc pas muettes, même si en elles-mêmes elles ne produisent pas de son, car les écrits sont aussi muets. Néanmoins, en étant silencieuses, elles sont des hérauts, et les paroles naissent. Et à partir de ces images et paroles, le souvenir et la compréhension [des personnes et des événements représentés] sont déposés dans le lieu secret et interdit du trésor de l’âme. Et les images sont dignes d’honneur et illustres à cause des choses honorables et glorieuses qui sont reconnues et observées en elles.
Mais comme ce semble être le cas, le criminel Épiphanide ne craint pas d’agiter la langue contre les saints par toutes sortes de moyens. Et les maisons sacrées des saints sont très certainement estimées chez nous, ainsi que celles qui sont consacrées à leur nom. Elles sont pourtant viles — selon lui — et à fuir parce qu’elles sont muettes et mortes — encore selon lui — et elles incitent ceux qui les regardent à se souvenir des saints, comme font leurs images. Ceci est pour lui une chose très pénible. Et quoi dire des livres sacrés des saints, ceux qui rapportent leurs luttes jusqu’à la mort — des luttes qu’ils ont supportées pour le Sauveur, le Christ, qui s’est donné lui-même en rançon pour nous tous ? Et ces livres rapportent aussi leur angélique genre de vie. Mais il n’y a rien de plus répugnant et de plus vil, n’est-ce pas, — selon lui — puisqu’en réalité les livres sont liés ensemble à partir de corps morts et sans vie ? Par conséquent, les adeptes de cette doctrine ont insulté même les reliques sacrées des saints et les ont livrées au feu. Les pieux ont donc oublié les saints et ne demandent plus leur intercession, et tout ce que Dieu a annoncé est méprisé et conspué.
« Comment donc en quelque chose de vil, de muet et de mort ? » dit Épiphanide. Là, comme en beaucoup d’endroits, l’auteur ne rougit pas de qualifier les images sacrées des saints de « mortes ». Mais, voyons maintenant si ces paroles sont de saint Épiphane en les comparant à ses paroles authentiques et reconnues de tous. Voyons si cette citation s’accorde avec ses paroles authentiques. Alors, saint Épiphane présente ses opinions dans son œuvre contre les hérétiques où, en donnant des explications contre les collyrites, il s’exprime ainsi au sujet des idoles :
Comment la pratique n’est-elle pas idolâtrique et l’entreprise, diabolique ? Car sous le masque d’un juste, le diable, qui se glisse toujours dans la pensée des hommes et divinise la nature mortelle aux yeux des hommes, a dessiné par une variété d’arts des statues semblables aux hommes. Et certes, les hommes qui sont adorés sont morts, mais leurs statues n’ont jamais été vivantes, car on ne peut pas appeler « mort » ce qui n’a jamais vécu. Ces hommes introduisent ces images pour être adorées et leur pensée commet l’adultère en s’éloignant du seul et unique Dieu.[21]
Mais voilà l’histoire de quelques femmes près de l’Arabie : par la naïveté des mœurs, elles offraient du pain au nom de la Théotokos et en recevaient comme une sorte de communion. Comment donc ce deuxième texte[22] peut-il refléter le premier cité[23] où saint Épiphane n’a pas jugé convenable d’appeler les idoles mortes parce qu’elles n’ont jamais vécu ? Car si quelqu’un accepte qu’Épiphane soit l’auteur de la première citation, il sera obligé de dire qu’Épiphane, le porteur de Dieu, se contredit, et encore de dire que sa propre déclaration est une contradiction. Mais il est absurde de dire cela. Alors, il est évident que celui que l’on entend dans la première citation n’est pas le vrai Épiphane, mais un imposteur et quelqu’un qui porte un faux nom. Mais il faut noter que saint Épiphane, suivant la croyance des anciens, pensait réellement que les hommes morts d’autrefois avaient jadis existé et que leurs statues avaient été illicitement adorées plus tard. Et par conséquent, il est permis d’observer quelque chose d’encore plus absurde. Car si Épiphane est la personne qui nous parle dans le premier texte, il met l’image du Christ dans la même catégorie que les idoles. Mais puisque les hommes adorés sont morts, il sera d’autant plus obligé par le deuxième texte de classer le Christ — et aussi les anges divins — parmi ceux qui ont goûté la mort et qui sont toujours morts, tout en déclarant que les anges n’ont jamais vécu, s’il est vrai qu’une seule personne ait écrit la deuxième et la première citations. Les démons criminels eux-mêmes, par contre, n’auraient pas l’audace de dire cela. Mais il faut considérer que le vrai Épiphane réfère aussi aux personnes représentées l’adoration rendue aux statues, car il montre lui-même ce qui est reconnu comme vrai par tous, à savoir que l’honneur rendu à l’image passe au prototype.
Alors, à travers tous ces points, la différence entre les auteurs saute aux yeux, car le vrai Épiphane n’avait pas de telles idées. Plutôt, un autre Eusèbe montre son opinion à l’égard des morts, car Eusèbe et Épiphanide se montrent ainsi d’accord sur d’autres questions aussi. Car comme le corps du Christ n’était pas préservé, le tout se transformant complètement en divinité, Eusèbe enseignait, à partir de cette idée, qu’il ne faut pas faire une image du corps du Christ. Épiphanide enseigne certainement la même chose. Il a frauduleusement imaginé la gloire future des saints, mais il leur attribue maintenant la honte. Et, pour cette raison, il dit qu’il ne faut pas les représenter en images et il ne se cache pas de lancer plusieurs insultes aux saints. Car les fidèles pieux, en voyant les saints représentés en images, s’élèvent vers eux par des pensées dignes ; ils se conduisent vers la gloire future des saints à travers leurs images. Ils font de même par les saints livres qui rapportent les exploits et les luttes des saints qui dépassent tout discours. Celui qui méprise ces images nuit énormément à lui-même, à cause de son infidélité et de sa folie. Car l’homme impur ne sait rien pour distinguer le pur de l’impur.
Outre cela, il accuse et la matière et l’art, et jette la honte sur Dieu et sur l’artisan. Car de la matière, Dieu est le créateur, comme le démiurge ; [et] l’artisan est le fournisseur, comme Prométhée qui était habile en tout. Mais quel est ce mépris et quelles sont ces sottises de porter une accusation contre celui qui a créé les choses du présent et du passé à cause de la condition des choses futures ? Coupable est celui qui se moque d’un homme qui a froid en hiver parce que celui-ci sera tout à fait réchauffé lorsque l’été sera arrivé. Ou encore est coupable celui qui se moque du fermier qui, pour semer la semence au bon moment du printemps, se sert des outils propres à l’agriculture du printemps, par lesquels il laboure le champ, mais ne se sert pas d’outils qui conviennent à la récolte lorsqu’il s’apprête à semer la semence pour obtenir la récolte. Comment donc n’est-il pas complètement stupide, à cause de la gloire future des saints, d’accuser les artistes qui représentent en images les combats et les exploits des saints dans cette vie présente, les gestes qui sont si nombreux et extraordinaires ? Car ainsi seront dessinés en détails les exploits qui sont racontés dans leurs livres parce qu’ils n’ont pas été dessinés à partir des futures splendeurs des saints, mais à partir des expériences pénibles et tristes du passé. Et dans ces souffrances, ils ont quitté la vie présente, ceux qui ont été menés à travers toutes sortes de mauvais traitements et de déshonneur, ainsi qu’à travers d’innombrables et étranges morts. Mais la splendeur future et les choses bonnes et inexprimables auprès de Dieu, qui préside les jeux, surpasseront en eux le chagrin.
Ainsi, le fait que les souffrances des saints étaient remplies de déshonneur et d’insolence[24] est faussement devenu pour l’insensé Épiphanide l’occasion d’attribuer aux saints la gloire future. Puisque les écrits racontent des événements réels et perçus visiblement, et non des histoires des événements futurs qui se révéleront et seront connus plus tard, nous faisons des représentations à partir de la forme de l’existence des saints et de leurs gestes nobles et extraordinaires. Car quelqu’un n’est pas représenté tel qu’il sera, mais tel qu’il était et tel qu’il est.
Examinons bien la suite du discours de celui qui pense sans réflexion. Épiphanide dit ceci :
Comment te prosternes-tu devant les anges, qui sont des êtres spirituels et toujours vivants, en dessinant leurs images dans la matière morte puisque le prophète a dit : « Celui qui fait de ses anges des esprits et de ses serviteurs une flamme de feu » ? (Ps 103, 4 ; He 1, 7)
Alors, après avoir lu ces paroles, qui comprendrait et saurait qu’elles sont de saint Épiphane, si ce n’est celui qui aime bien les controverses et les disputes ? Voilà pourquoi, en reconnaissant qu’elles ne sont pas d’Épiphane, toute controverse sur la question devrait arrêter et cesser, car Épiphane savait ce que Dieu avait commandé à Moïse à propos des chérubins. Il savait également que ces derniers s’appelaient « les saints des saints », et bien que les chérubins aient été faits de matière sans vie — même de la plus coûteuse — Épiphane ne les a ni rejetés ni repoussés. Au contraire, il les connaissait très bien et les traitait avec le plus grand respect et il n’a jamais cessé de les honorer, comme certes il était du peuple juif et ayant lui-même reçu l’appel céleste, il est devenu chrétien, si toutefois l’auteur de sa vie n’est pas menteur.[25] Mais Épiphanide semble être noble en acceptant pour lui-même ce que le prophète dit des anges. Mais il parle contre Dieu et Moïse : d’abord, contre Dieu qui a « sottement » prescrit des choses qu’Épiphanide ne croyait pas être permises de prescrire ; ensuite, contre Moïse qui a servi à la légère et qui a vainement travaillé à façonner les chérubins et tant d’autres choses que Dieu a ordonné de faire. Mais Épiphanide aurait été tout à fait sur le bon chemin s’il s’était laissé guider par le sens littéral et par les décrets d’autrefois, car il était plus rigide et plus difficile à instruire que les juifs eux-mêmes parce qu’il ne voulait pas voir que celui qui « fait de ses anges des esprits et de ses serviteurs une flamme de feu » est aussi celui qui a ordonné au législateur Moïse de façonner les chérubins en or pur. Quoi, alors ? Les chérubins ont-ils été rejetés et dédaignés ? Mais [si oui] Paul ne se serait pas permis d’appeler ces chérubins « saints des saints » et « chérubins de gloire » ? (He 9, 5) Ils étaient assurément des choses pleines de gloire, les chérubins avaient été jugés dignes de beaucoup de gloire en même temps que les vases rassemblés dans le tabernacle. (He 9, 1-5) Mais nous avons déjà parlé des chérubins, ailleurs et plus longuement.
Alors, quelles sont les sottises qu’Épiphanide dit sur les anges ? « Mais je dis que les anges ne veulent pas non plus que l’on se prosterne devant eux. » Quoi donc ? Ils veulent plutôt que l’on les insulte ? Est-ce que l’impie Épiphanide répand tant d’outrages sur les anges — tout en prescrivant de ne pas se prosterner devant eux — parce qu’ils veulent être insultés ? N’est-ce pas plutôt du fait qu’Épiphanide jugeait bon d’être méchamment et sottement disposé envers leur gloire ? N’est-il pas évident qu’il se présente lui-même comme celui qui refuse leur dignité ? Car qui ne se presserait pas d’honorer et de vénérer ceux à qui on offre des supplications et par qui on demande d’obtenir de l’aide et du secours très excellents auprès de Dieu. Voilà pourquoi Épiphanide, l’ennemi des saints, qui lui-même délirait, a rassemblé des injures contre les saintes images des saints, et il ne pouvait que difficilement satisfaire sa faim pour de telles insultes. Et luttant par des blasphèmes pour devenir toujours pire que lui-même, il se lance avec fureur contre les archétypes, les insultant et portant contre eux l’excès d’un ivrogne. Mais il pensait se justifier par un argument impie fondé sur l’Apocalypse du divin Jean. Il raconte que l’apôtre, en se prosternant devant l’ange qui lui était apparu dans sa vision, a entendu ceci :
« Garde-toi de le faire ! Je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui sont les témoins de Jésus. Prosterne-toi devant Dieu », dit-il. (Ap 22, 8-9) Mais les apôtres ne voulaient pas que l’on se prosterne devant eux ; ils ont été envoyés pour évangéliser. Ils ne voulaient pas que l’on se prosterne devant eux, mais devant le Christ qui les a envoyés. Car Pierre, qui a reçu du Christ le pouvoir de lier et de délier sur la terre et dans les cieux, a dit à Corneille : « Je suis un homme de la même nature que toi » et il a enseigné de ne pas se prosterner devant lui, mais devant le Christ le Sauveur » (Ac 10, 26)
Alors, qu’est-ce que nous y répondons ? Voilà précisément pourquoi nous devions réagir et publier la folie d’Épiphanide qui, partout et stupidement, devance lui-même le sot et s’est tenu ouvertement auprès des plus rustres, étant tout à fait un non-initié à notre science divine et ignorant complètement le pouvoir de nos mystères. Néanmoins, il a marché grossièrement et follement contre les idées communes qui ont acquis la bienveillance de tous, car il ne savait pas que l’archétype se distingue de l’image et il ne discernait pas non plus comment séparer le pur de l’impur ; ainsi il n’est pas initié à la grande différence à l’égard du prosternement. Il pensait que le prosternement devant Dieu, devant les anges divins et devant les hommes saints était une seule sorte de prosternement. Et sa confusion est évidente à partir des paroles que lui-même a écrites ; il n’a besoin d’aucun accusateur autre que lui-même. Il parle à peu près comme ceci :
Au sujet des anges, les pères qui se sont réunis à Laodicée précisément à cause de cette question, ont dit : « si quelqu’un abandonne l’Église de Dieu et invoque les anges, qu’il soit anathème parce qu’il a abandonné notre Seigneur Jésus-Christ et s’est adonné à l’idolâtrie. »
Il est évident, à partir de ces paroles, qu’Épiphanide ne comprend rien concernant les différentes sortes de prosternements, ne sachant rien de ce qu’il dit, ni rien du sujet dont il est si affirmatif. Car les chrétiens ont appris, une fois pour toutes, la foi glorieuse et inaltérée. Alors, abandonner cette foi et prendre part à l’idolâtrie, jamais ils ne se laisseraient être pris par une telle chose. Ils ont été initiés à la grâce divine et ils ont cru correctement et sans mentir, sachant se prosterner devant le Dieu vivant et véritable, le servir et porter l’adoration [sebas] à lui seul. Par contre, aux anges divins et aux saints dans la chair — comme aux serviteurs de Dieu et aux dévoués — ils attribuent l’honneur selon la dignité : un honneur qui est dirigé à travers eux vers Dieu. Car l’honneur que l’on accorde aux compagnons de service, disent nos hiérarques, montre la bienveillance envers le maître commun. Voilà précisément la leçon que le criminel n’a pas apprise.
Mais s’il n’est pas nécessaire de chercher la nature du prosternement — non seulement à partir de ce devant quoi on se prosterne, mais aussi à partir du désir de ceux qui se prosternent — comment se fait-il qu’Épiphanide n’ait pas accusé le grand théologien, Jean, d’avoir agi illégalement si, au sujet de tout prosternement, comme ce semble être le cas, le même geste est interprété sans distinction ? En effet, Jean s’est prosterné devant un compagnon de service. Un homme [Jean] si grand et important dans le domaine des choses divines devrait, dans ce cas, porter l’accusation d’idolâtrie. N’est-ce pas ? Il devrait être encore plus facile, aux yeux de l’insensé Épiphanide, de remonter dans le temps et de lancer des accusations encore plus absurdes contre certains des anciens. Comment se fait-il, alors, qu’Épiphanide n’ait pas accusé celui qui a succédé à Moïse à la direction du peuple — je parle de Josué, fils de Noun — lui qui est tombé par terre la tête la première et s’est prosterné devant le commandant des puissances divines ? Ou pourquoi n’a-t-il pas accusé l’ange lui-même de tyrannie, lui qui désirait que Josué se prosterne devant lui, usurpant ainsi le culte qui convient à Dieu seul ? (Jos 5, 13-15) Ou bien, comment se fait-il qu’Épiphanide ait absout Gédéon et Manoah de l’accusation et du blâme sur cette question — ou les anges divins qui sont apparus à eux — parce que Gédéon et Manoah se sont prosternés, d’une part, mais, d’autre part, ils n’ont pas été réprimandés ? Mais l’un des deux anges [celui de Gédéon], d’une part, a organisé le sacrifice et en a aussi disposé ; alors l’ange a touché de l’extrémité de sa baguette des viandes et des pains sans levain et le feu, s’étant allumé et jaillissant du roc, a dévoré le sacrifice. (Jg 6, 11 24) Mais l’autre ange [celui de Manoah] (Jg 13, 2-24), bien qu’un peu contre son gré, suivant l’usage et la coutume habituelle, a ordonné d’offrir l’holocauste là où il monterait au ciel. Maintenant, que la femme de Moïse, Çippora, soit pardonnée à cause de la légèreté de sa nature et de la facilité avec laquelle les femmes se laissent emporter. Et Barlaam, qu’il soit pardonné parce qu’il était un étranger : Çippora s’est prosternée devant les pieds de celui qu’elle avait rencontré et qui menaçait de faire périr l’enfant ; elle a circoncis son fils et s’est jetée à terre. (Ex 4, 25-26) Barlaam s’est prosterné devant celui qui est apparu sur le chemin, qui bloquait la route et qui portait une épée ; il a méchamment frappé l’âne qu’il reprochait. (Nm 22, 22-35)
Que dira le discours de l’impie au sujet des saints anges ? Alors, est-ce qu’il les libérera de l’accusation, ou plutôt est-ce qu’il introduira chez nous les anges rebelles : ceux qui, comme le mauvais ange et apostat de jadis [le diable], se sont révoltés contre le Créateur et le Seigneur, qui couvrent la divine gloire d’injures, qui suscitent maintenant l’adoration et qui n’empêchent pas que l’adoration leur soit rendue ? Ce serait une chose très dangereuse à dire, qu’on devrait fuir à tout prix. Épiphanide pourrait bannir aussi Élie le Thesbite, certainement un homme de Dieu, tout à fait loin du chœur des saints : le dernier de trois capitaines des cinquante s’est approché d’Élie et est tombé à genoux devant lui ; ce capitaine et les cinquante hommes sous ses ordres ont été sauvés de la foudre du ciel, mais les autres qui sont venus avant sont devenus de la matière combustible, par le feu venu du ciel, à cause de paroles pleines de présomption. (2 R 1, 9-15) De la même manière sans doute, il aurait promptement raillé le serviteur d’Élie, Élisée, même si celui-ci s’est fait attribuer une double portion des grâces de l’esprit qui était sur son maître Élie parce qu’Élisée ne s’était pas fâché contre la Sunnamite qui s’était prosternée devant lui. Lorsque l’enfant était déjà mort, Élisée l’a réanimé et l’a rendu vivant à sa mère. (2 R 4, 8-37) Qu’est-ce que, finalement, Épiphanide saurait objecter à Daniel à propos de ce qui s’est accompli chez les Chaldéens ? Ne pourrait-il pas reprocher à Daniel, un des grands prophètes, en lui lançant de semblables accusations parce que Daniel ne s’est pas fâché contre le prosternement de Nabuchodonosor, mais il a supporté que le roi se soit prosterné devant lui lorsque Daniel avait exposé plus clairement à Nabuchodonosor les visions qui étaient apparues au roi ? À cause des explications qui l’avaient stupéfait, le roi s’est empressé de faire une offrande au prophète et de l’honorer par de l’encens et par d’autres cadeaux. Et Daniel, ayant accepté ce qui lui a été offert, le roi l’a promu chef des satrapes sur toute la Babylonie et chef de tous les sages. (Dn 2, 46) Épiphanide supprimerait aussi la sainteté du prédicateur de l’Évangile, saint Paul, celui qui non seulement n’a pas repoussé le geôlier qui s’était prosterné devant lui, mais aussi l’a persuadé par la divine prédication et par les merveilleux événements accomplis dans la prison. Paul l’a jugé digne, lui et toute sa maisonnée, du bain divin et purificateur, tous se réjouissant spirituellement. Et Dieu a reçu ces œuvres qui s’étaient accomplies chez ses serviteurs, car c’est Dieu lui-même qui les a accomplies. Mais Épiphanide l’impie, lorsqu’il est devenu hostile à Dieu et a commencé à être le très grand ennemi des saints, les a supportées avec peine et s’en est éloigné. Mais Dieu a triomphé de lui à travers ces événements et ne voulait pas faire oublier, à quiconque ayant la raison, la stupidité d’Épiphanide.
« Les saints, dit-il, ne veulent pas que l’on se prosterne devant eux. » Qu’il y ait consensus. Quoi alors ? Est-ce que nous ne voudrons pas nous prosterner ? Ou bien, en nous prosternant, tâcherons-nous d’imposer notre propre volonté et résisterons-nous à leur volonté ? Une telle idée est remplie de beaucoup de sottises. Qui croirait encore Paul, lorsqu’il prescrit : « Rendez à tous ce qui leur est dû. » ? (Rm 13, 7) Mais quoi d’autre devons-nous aux saints hormis l’honneur ? Et ensuite, Paul dit : « …chacun regardant les autres comme plus méritants. » (Rm 12, 10) Et cet honneur se montre par un prosternement convenable. Également, depuis longtemps et jusqu’à présent, la loi juste [d’honorer quelqu’un par un prosternement convenable] règne, surtout à l’égard de ceux qui sont proéminents en vertu, qui sont près de l’éclat de vie et qui se distinguent par la sainteté. Et il est prescrit que toute personne soit soumise aux autorités supérieures et en outre aux terrestres. Il ne semble pas bon à l’insensé Épiphanide que l’on honore tous ceux qui sont attachés et unis à Dieu par la vertu. Mais, par des arguments tout destinés à appuyer son point de vue, Épiphanide veut prouver qu’il faut mettre fin à la vénération des images et finalement au prosternement devant les saints eux-mêmes. Alors, si les saints ne voulaient pas que l’on se prosterne devant eux, il serait beaucoup plus juste de détourner l’honneur de leurs images afin que, si les images ne sont pas à vénérer, les archétypes non plus ne soient pas vénérés.
Dans ce cas, la structure et la proposition majeure de l’argument tourneraient contre les saints d’une manière éclatante. Et ce qui prouve l’argument, c’est qu’en détruisant l’un des deux, on détruit l’autre aussi et qu’en maintenant la vénération des uns, on maintient également la vénération des autres. Alors qu’est-ce que l’on présentera contre les arguments de cet insensé ? C’est que lorsque l’image du Christ n’est pas digne d’être honorée, il s’ensuit que le Christ lui-même ne sera plus digne d’être honoré, car la logique est arrivée à ce point d’impiété, par les arguments du lutteur contre le Christ. Mais quelque chose qui n’est pas inférieur en blasphème sortira de lui [si l’on suit sa logique] parce que lorsque le Christ a entendu « bon maître » de la part du jeune homme riche, il a refusé le titre comme si personne sauf Dieu n’était bon. Mais dans son discours, il parlait très humainement jusqu’au point de cacher la grandeur de sa divinité. Il n’était pas nécessaire que le Christ confesse qu’il était bon, ayant refusé le mot bon une seule fois. Et qu’est-ce qu’il y a de plus impie dans tout cela ? Telles sont les absurdités de la pensée du lutteur contre Dieu et il y en a encore plus si l’on veut explorer avec plus de curiosité l’impiété des blasphèmes. Mais nous, étant dirigés vers la vérité, nous disons d’abord que si quelques-uns des saints avaient interdit le prosternement devant eux, ce n’est pas pour cela que nous ne soyons pas obligés à nous prosterner devant eux, puisque le prosternement est d’autant plus convenable parce qu’il est juste. Les saints sont de véritables serviteurs de Dieu et pour cela, il est encore plus nécessaire de les honorer.
Ensuite, aucune loi interdisant d’honorer les saints n’a été transmise à l’Église, mais les coutumes montrent absolument le contraire. Cependant, il faut examiner attentivement les occasions où certains saints ont refusé le prosternement, et admirer quand même leur modération, leur sagesse et leur intelligence, comme ceux qui se disposaient avec circonspection à l’égard du respect de ceux qui s’approchaient. Car, d’une part, le saint apôtre a montré de l’honneur convenable au divin ange, surtout à cause des miracles il opérait. D’autre part, jugeant que Jean le Théologien était son égal en rang, l’ange voyait le prosternement d’un œil hostile et il a appelé Jean « compagnon de service » et l’a désigné comme l’un des frères qui avaient le ministère de témoigner de Jésus : tout cela parce que l’ange voyait Jean comme celui que le chef des anges [le Christ] aimait et qui était le plus familier avec lui. Voilà pourquoi Jean est le très-divin, car il s’est couché sur la poitrine de la Sagesse et, dès lors, supérieur à tous ceux qui ont été introduits parmi les anges et qui ont annoncé divinement les paroles de Dieu. Et particulièrement, à cause de l’excellence des paroles dont l’ange était le serviteur, il ne voulait pas donner l’impression de saisir l’honneur pour plaire à lui-même. Ainsi il pensait qu’il était nécessaire de dire ce qu’il a dit[26] :
Les paroles de révélation ne sont pas de moi, ni les prophéties de ma compétence. Le témoignage est de Jésus, ou en vérité la grâce, et le don spirituel des choses annoncées. Mais moi, je n’ai reçu qu’en dépôt le ministère de ces choses, seulement comme serviteur et intermédiaire qui a été envoyé de la part du Seigneur de tous et je suis arrivé à te faire comprendre la révélation des choses qui ont été entreprises. Attention, ne te prosterne pas devant moi ni ne m’attribue des choses au-dessus de moi. Prosterne-toi, dit-il, devant Dieu. Attribue la grâce des mystères à celui qui les a entrepris.
Donc, l’ange a repoussé le prosternement par modestie à l’égard du théologien et de la piété des paroles qui ont été transmises et rendues par oracles. C’est précisément pourquoi nous ne refusons pas de vénérer les saints parce que nous avons reçu des leçons du grand Jean et nous avons été persuadés par lui. Mais d’autres [hommes saints], comprenant la faiblesse de la nature humaine, repoussent l’honneur loin d’eux parce que le plus souvent ils méprisent leur propre honneur. Ceux-là ont acquis, par les grâces de l’Esprit, l’attitude peu hautaine connaissant parfaitement le danger des affaires humaines et le penchant de la pensée vers le pire, selon le passage qui dit : « Dès la jeunesse, la pensé de l’homme pousse intensément vers les mauvaises choses. » (Gn 8, 21) ; également : « Celui qui pense se tenir debout, qu’il veille à ne pas tomber. » (2 Co 10, 12) [Ils ont acquis cette attitude] d’autant plus parce qu’ils savent très bien la fin de la vie humaine ; [d’autres] sont incertains quant à leur fin. Voilà pourquoi Pierre, le chef des apôtres, alléguant qu’il était semblable à Corneille, vu qu’il partageait la même nature, a fait lever le suppliant Corneille qui était tombé à ses pieds. Pierre ne pouvait pas laisser Corneille prosterné longtemps à ses pieds, car, en réalité, l’apôtre se méfiait de vouloir se réjouir de l’amour de l’honneur ou chercher la gloire en laissant Corneille prolonger son prosternement devant lui. (Ac 10, 25) C’est précisément cela qui est abominable aux saints. Ainsi, Pierre a réprimandé ceux qui s’étaient réunis pour voir l’impotent de naissance qui avait été guéri parce qu’il n’était pas nécessaire de fixer le regard sur ceux qui ont produit le signe, comme s’ils avaient agi par leur propre pouvoir ou piété. (Ac 3) Mais il faut plutôt référer le miracle au nom de celui qui l’a opéré.
« Mais Pierre enseignait, dit Épiphanide, de ne pas se prosterner devant lui, mais devant le Christ Sauveur. » Précisément à cause de son attitude, il faut honorer Pierre encore plus ; il est tout à fait digne de vénération. Si ce n’est pas comme cela, comment pourrait être maintenue la citation suivante : « Je glorifierai ceux qui me glorifient. » ? (Is 60, 7) Voilà pourquoi il faut accorder aux saints une plus grande gloire : parce qu’ils ont passé après tous les autres et ont préféré que la vénération passe à Dieu. D’autres ont envoyé loin d’eux l’honneur de l’opinion et du discours de ceux qui s’avançaient lorsque, chez les athées [les païens], comme on dirait, par ignorance de Dieu, ils ont vu ce qui a été fait [et l’ont interprété] d’une manière païenne. Tel certes est ce qui s’est passé chez les Lycaoniens dont nous avons appris l’histoire dans les Actes sacrés des apôtres (Ac 14) puisque les divins prédicateurs ont fait briller la lumière de la connaissance de Dieu sur eux et ont accompli la grande œuvre des miracles. À cause de ces derniers, les Lycaoniens ont été frappés de stupeur et les nombreux spectateurs ont jugé bon de crier dans la langue lycaonienne : « Les dieux en forme humaine sont descendus parmi nous » (Ac 14, 11) et ils ont naturellement aussi désigné Paul et Barnabé par les noms de leurs dieux. Et l’archiprêtre de leurs dieux a amené des taureaux et a apporté des guirlandes pour organiser, avec la foule, un sacrifice.
Mais les prédicateurs étaient fortement accablés par les événements et ils ont déchiré leurs vêtements. Ils ont empêché ceux qui avaient été égarés par un désir absurde et insensé et ils ont confessé être des hommes de la même nature que les Lycaoniens. Ils ont annoncé la parole salvatrice et ont enseigné l’abandon des choses vaines. Il vaut mieux certes repousser et détourner de tels honneurs et de tels prosternements. Ainsi donc, nous savons que d’autres saints se sont servis d’une règle de modération et ne se sont pas détournés vers la gloire de ce monde. Ils se sont pressés, par contre, vers la future gloire et ont accompli des choses dignes de celle-ci, afin d’obtenir la gloire du monde à venir. En tout cas, les lutteurs dans le domaine des vertus ont souvent tendance à cacher les choses qu’ils ont bien accomplies, et à rendre publics leurs défauts. À cause de cela, Paul est devenu un dur accusateur pour lui-même et n’a pas passé sous silence l’absurdité des choses qu’il avait faites auparavant. Et Matthieu s’est méprisé lui-même pour son ancien genre de vie (Mt 20, 28) et d’autres ont montré autrement un esprit humble, eux qui ont suivi le chemin supérieur qui a été enseigné par le cœur de leur doux et humble maître. Tels et nombreux sont les chemins des secrets de la divine économie que connaissent les initiés et les prêtres des mystères de Dieu. Mais si le Christ, étant venu dans ce monde, ne voulait pas être servi, mais voulait servir, il n’est pas nécessaire donc de servir le Christ, selon l’argument de l’impie. Et Paul se glorifie vainement, comme le serviteur du Christ (Rm 15, 16) et il annonce en vain, par lui-même, qu’il est le ministre du service. (1 Tm 1, 12)
Mais où encore ce lutteur contre Dieu envoie-t-il la langue, lui qui est transporté par le délire vers des fantaisies manichéennes ? Il était outrageux envers les saints et, ensuite, d’un esprit puéril, il a balbutié quelques contes et histoires confuses. Voilà pourquoi il poursuivait encore le Dieu même des saints par les blasphèmes habituels en écrivant ceci :
Comment peut-on dire que Dieu, étant incompréhensible, inexprimable, insaisissable par l’esprit et incirconscriptible peut être représenté, lui sur qui Moïse n’a pas pu fixer les yeux ?
Nous devons réfléchir sur ce point pour connaître, avec exactitude, l’esprit de cet Épiphanide qui choisit de lutter pour la vérité et de triompher de l’erreur monstrueuse du mensonge.[27] Car, en même temps, on observera clairement tout le blasphème de ce criminel. Dans ce qu’il écrit, on découvre toute sa doctrine fantaisiste et mensongère. De toutes ces choses, qu’est-ce qui pourrait être plus clair ou plus frappant que ces paroles comme démonstration de sa pensée à l’égard de l’économie salvatrice du Christ ? C’est la pensée de quelqu’un qui annonçait l’abolition de cette économie — comme [s’il déclamait] dans un théâtre public, ouvert à tous, et au son strident d’une trompette. S’il y a quelqu’un qui n’est pas insensé, qui n’est pas couvert de ténèbres à l’égard de la lumière, qui n’est pas ignorant et sans éducation à l’égard de la sagesse, qui n’a pas endurci l’âme, qui n’a pas les yeux du cœur aveuglés contre la lumière de la foi droite, qui embrasse avec amour la vérité et qui a en horreur le mensonge, alors cette personne comprendra l’erreur des arguments vides avancés contre le mystère divin, dans lequel sont contenues toute la force et la renommée de ceux qui enseignent la doctrine aujourd’hui.
Nous acceptons les mots incompréhensible, inexprimable et incirconscriptible. Mais que faut-il dire de la condescendance ou de l’incarnation ? L’auteur estime que le Verbe n’a jamais été vu ou fait [en incarnation]. Voilà pourquoi il veut proposer que le Christ ait été incirconscriptible et insaisissable par l’esprit, afin de supprimer l’incarnation du Logos dont nous avons déjà dit beaucoup dans d’autres écrits. Voilà pourquoi, procédant à partir de Moïse et des anciens, comme s’il s’agissait toujours d’ombres et de figures, Épiphanide enseigne la manifestation du Logos parmi les hommes comme dénuée d’épaisseur et de chair. Et je ne vois pas comment [on peut affirmer, d’une part] que le Verbe nous est semblable en nature, et [d’autre part] que la doctrine de la croix et de la passion salvatrice du Christ sera comprise et crue à la lumière des mots incompréhensible et incirconscriptible. Car, d’une part, Épiphanide cite Moïse qui ne pouvait pas fixer les yeux sur Dieu, mais, d’autre part, concernant les paroles suivantes : « "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie — car la vie s’est manifestée : nous l’avons vue et nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle" (1 Jn 1, 1) pour que nous mangions et buvions ensemble avec lui », il ne se souvient pas que cela s’est passé aussi après la résurrection du Christ d’entre les morts. Dès le début, [par contre], les témoins oculaires et ceux qui sont devenus les serviteurs du Logos nous ont transmis un grand nombre d’autres témoignages par les paroles évangéliques. Dans ces dernières — selon la vérité et non en apparence ou en imagination, comme le disent les sottises de l’auteur — le séjour parmi les hommes et le droit de cité [du Logos] ont été présentés parmi les chrétiens, et ont été reçus et crus véritablement, mais Épiphanide ne juge pas que c’est un message conforme à la vérité.
Ainsi, il se présente très clairement comme celui qui a nié le mystère de l’incarnation du Logos. Et ce qui suit est encore plus manifeste. Qu’ajoute-t-il ? Il dit :
Certains disent que, puisque le Verbe est devenu homme parfait de Marie toujours vierge, nous le représentons comme homme.
Qu’est-ce qui, dans ces paroles, est plus indicatif de la rage manichéenne et fantaisiste ? Il dit : « Certains disent […] », car lui, il ne le dit pas, ni ne supporte que d’autres le confessent. Ensuite, il ajoute :
Est-ce que le Verbe s’est incarné afin que tu puisses représenter de ta main l’Incompréhensible par qui tout a été fait ?
Et il dit « Est-ce que le Verbe s’est incarné […] » sur un ton moqueur, car c’est précisément comme cela qu’il accuse ceux qui pensent ainsi [que le Verbe s’est réellement incarné], en se moquant de ce qu’ils disent et en le raillant, parce que « vous, les chrétiens, vous dites qu’il est devenu homme, alors que moi, je ne le dis pas. Puisque le Christ est incompréhensible, comment serais-tu disposé à avoir la force de le représenter par tes propres mains ? » Car, étant inspirés par le mot indescriptible [agraphon : non descriptible], l’auteur et d’autres l’interprètent à partir de leur imagination ; habilement et par tous les moyens, ils s’efforcent d’ébranler la doctrine de l’incarnation du Sauveur.
Ensuite, concluant précisément ce qu’il a assemblé comme arguments, d’une manière mauvaise et impie, il ajoute :
Et bien alors, le Christ n’est-il pas semblable au Père et ne rend-il pas la vie aux morts ?
Qu’est-ce que ces paroles peuvent vouloir dire ? Elles signifient ceci : si le Verbe peut être représenté, il est compréhensible. S’il est compréhensible, il s’est incarné. S’il s’est incarné, il n’est pas semblable au Père. Et comment ceci n’est-il pas absurde, car le Fils est semblable au Père et, puisque le Père est incompréhensible et indescriptible, le Fils aussi ? Ainsi donc, le Fils ne s’est pas incarné pour qu’il ne soit pas compréhensible ; il n’est pas devenu compréhensible afin qu’il ne puisse pas être représenté. Donc, à partir d’une telle analyse du mot indescriptible, on reconnaîtra très clairement le blasphème. Il dit : « Donc, il n’est pas semblable au Père. » Et bien, puisqu’il n’est pas compréhensible pour toi, Épiphanide, tu ne peux pas le représenter par tes mains ; par conséquent, il ne s’est pas incarné et il n’est pas semblable à sa mère. Alors, elle n’est pas sa mère, selon toi, mais Marie est certainement sa mère. Car comment peut-il en être autrement ? Donc, il s’est incarné. C’est pourquoi il est compréhensible ; alors donc, absolument, il peut aussi être représenté puisque sa mère peut être représentée.
Ainsi, on pourrait dire, en répondant d’avance [en anticipant une objection] : Il serait mieux de dire que le blasphème de ses paroles sans mesure se retourne plutôt contre l’auteur lui-même puisqu’il ne veut pas donner une mère au Christ. Il dit : « Mais c’est comme si vous disiez : S’il est représenté, c’est alors que le Christ ne donne pas la vie aux morts. » Mais c’est la même chose de dire : « s’il s’est incarné […] » comme le texte a conclu, parce qu’il dit « s’il donne la vie ». Donc, le Logos ne s’est pas incarné, selon lui. Mais nous voyons comment le Christ donne la vie. Alors, n’est-ce pas vrai que lorsqu’il était mort dans le corps et ressuscité des Enfers, il a ressuscité ceux qui étaient enchaînés depuis des siècles par les liens de la mort ? S’il est certes mort, comment se fait-il qu’il ne se soit pas incarné ? Comment n’est-il pas compréhensible par le fait même d’être incarné ? Comment donc ne peut-il pas être représenté ? Mais le corps du Christ donne la vie, car la chair de Dieu est aussi le corps de la vie : sur ce point, précisément, l’auteur s’est complètement trompé en violant en réalité la vie ; le Christ qui est toujours vivant, est aussi celui qui est mort. Alors, que signifie l’argument pour lui ? Ou bien il signifie que l’auteur ne croit pas, véritablement et réellement, que le Logos a pris un corps — s’étant incarné plutôt par la tromperie séduisante de l’apparence — ou bien il signifie qu’en acceptant que le Logos avait un corps réel, le Christ s’est séparé de la ressemblance au Père. Désormais, tout ce qu’il dit ressemble à une fantaisie imaginée parce que l’auteur a adhéré à la doctrine des manichéens. Il refuse l’incarnation du Sauveur et se débarrasse de tout le mystère de l’économie.
Ensuite Épiphanide dit :
Pendant son séjour sur terre, où [le Christ] t’a-t-il ordonné de faire une image de lui, de te prosterner devant elle et de la regarder ?
Mais là, sa croix et beaucoup d’autres choses parmi nous sont dignes de vénération et nous nous prosternons devant elles bien que le Christ ne l’ait pas ordonné. Car c’est sur nous que la grâce de l’Évangile a brillé et il revient à ceux qui sont motivés, non par une loi, mais par la foi et l’amour, d’offrir à ces objets des marques d’honneur. La foi a préséance sur la loi, car rien n’est plus fort que la foi ni plus ardent que l’amour. Voilà pourquoi ce qui est proposé à partir d’une loi ne pourrait plus être préféré à une si grande grâce. Mais comment n’est-il pas juste pour ceux qui ont été guidés par la bienveillance de répondre volontiers au bienfaiteur par des dons aussi importants, splendides et dignes d’admiration ? Ainsi donc, les bons serviteurs accordent tous les honneurs et toute la vénération au Seigneur, sans avoir besoin d’entendre la voix des autres, mais ils ont en eux-mêmes l’amour qui les pousse à honorer et à vénérer. Car les chevaux de bonne race et très ardents n’ont pas besoin d’être fouettés ni éperonnés. Du reste, ceux qui sont éveillés par la vigilance et l’intelligence envers les choses ardemment aimées sont dignes d’être loués. Car le Seigneur a dit : « Bienheureux soit ce serviteur que le Seigneur, lorsqu’il arrivera, trouvera en train de veiller. » (Lc 12, 37) Mais toi, Épiphanide, tu es le serviteur méchant et ignorant précisément parce que tu es alourdi par l’infidélité de l’indifférence et du sommeil, car tu n’as pas été frappé par le fouet. Car tu vois la bienveillance fervente des bons serviteurs qui [t’] encourage [à chercher] le désir du Créateur et ce qui est noble. Mais tu voudrais que tous négligent la bienveillance du Seigneur, suivant ton exemple. Et voilà pourquoi, en évoquant [la nécessité] d’ordonnances et le manque [d’ordonnances], tu cherches des excuses à tes péchés (Ps 140, 4) pour lesquels tu seras jugé digne d’être appelé malheureux.
Abgar désirait avec foi voir l’archétype [le Christ], mais il n’a pas réussi. A-t-il été empêché [dans son désir de voir le Christ] une seconde fois ? Si Abgar avait été réprimandé, son histoire aurait trouvé une place dans le texte de l’insensé Épiphanide. Mais puisque Abgar a été accueilli par bonté [dans son désir de voir l’archétype, le Christ] et puisque le Christ, de sa propre main, a satisfait le désir d’Abgar, quel principe faudra-t-il établir pour les fidèles ? Mais si cette histoire choque certains de ceux qui maintenant ne sont pas fidèles à la vérité, que les choses vues puissent rendre témoignage et les choses faites, convaincre. Et de ces choses vues et faites, même aujourd’hui, la ville des Édesséniens se glorifie et la ville ancienne des Romains se pare. Mais Abgar ne savait pas que l’histoire de l’œuvre [l’image], racontée à répétition, ainsi que le fait d’avoir donné l’ordre [concernant l’image] lui procureraient la plus haute dignité et la plus grande crédibilité. Un passage de l’Évangile dit : « Car bienheureux est celui qui fera et qui enseignera. »[28] (Jn 13, 17) Car si le malheureux Épiphanide avait compris les images non faites de main d’homme [dans ce cas-ci, l’image faite par] le Sauveur — des images qui ont été modelées par rapport à la beauté divine — il les aurait estimées comme sacrées parmi toutes choses. Il aurait accepté les miracles splendides et manifestes qui s’accomplissaient là-bas [à Édesse] et en aurait été intimidé, car ces merveilles sont chantées même jusqu’à notre époque, par un grand nombre de récits. Mais l’œuvre [l’image] a été reçue, même avant [que] l’histoire [n’ait été répandue]. Et puisque, en général, les œuvres confirment les histoires, tout comme les choses vues sont plus dignes de foi que les choses sues par ouï-dire, Épiphanide n’aurait pas dû parvenir à une si grande folie et à un si grand et fol orgueil puisqu’il a vu que l’œuvre [l’image] a été faite par [le Christ], celui qui lui-même a pris l’initiative d’agir. Néanmoins, Épiphanide cherche des lois et des ordonnances superflues. Mais il aurait [en plus] reconnu que le Seigneur ne fournit pas, à ceux qui lui en font la demande, des choses extraordinaires et trois fois désirées afin qu’elles soient outragées, mais pour qu’elles soient vues comme dignes de vénération et d’honneur. Donc, lorsque la grâce est apparue, nous les chrétiens, nous avons reconnu le Créateur et nous avons été rachetés de l’adoration idolâtre. Nous confessons celui qui est sans péché et qui pour nous s’est manifesté réellement et est vraiment homme : le Fils de Dieu, Dieu même, qui a assumé la forme d’un esclave et a porté l’image de la terre. Et maintenant, par conséquent, nous le reconnaissons figuré en image et dessiné.
Voilà pourquoi, nous qui sommes purifiés par la grâce, nous n’avons pas besoin de commandements ni de prescriptions. Car nous agissons librement en étant inspirés par la beauté et la justice ; nous proclamons publiquement les bienfaits obtenus pour nous, lesquels sont répandus sur nous par son incarnation véritable ; nous dessinons l’image de son très saint et divin corps par lequel il a été vu sur la terre ; et nous nous prosternons devant elle. Que faut-il dire concernant les ressemblances et les images ? Celui qui rejette la manifestation même de l’archétype le fait parce qu’il s’imagine que cette manifestation n’a eu lieu qu’en pensée. Il faut noter ce qu’Épiphanide dit : « Pendant son séjour sur terre » ; cet homme fantomatique [Épiphanide] n’a fait aucune mention de la chair et du corps. Certes, Abgar aurait préféré voir celui qui a été représenté et vénéré en image, à cause de laquelle [nous savons qu’] il [le Christ] est homme. Mais Épiphanide a attribué [au Christ dans l’incarnation], comme à Dieu, ce qui est incompréhensible et incirconscriptible. Mais puisqu’il se trouvait tout à fait étranger au culte des chrétiens, comment a-t-il osé s’exprimer à propos des choses honorables et merveilleuses chez les chrétiens dont le Sauveur et Dieu de nous tous est le seul auteur ?
Regardez où et à quel haut niveau Épiphanide élève le blasphème. Les mauvaises choses sortent du mauvais trésor du cœur de celui qui lutte contre Dieu. (Mt 12, 35) Ces paroles sont précisément celles que la mauvaise force cachée en lui n’a pas osé prononcer. Il est très effrayant même d’y penser. Épiphanide dit :
L’ordre lui-même [de faire des images et de se prosterner devant elles] est de l’esprit malin afin que tu méprises Dieu.
Au-delà de l’impiété, quelle mesure de folie et de stupidité ne dépasse-t-il pas pour apporter une accusation de mépris de Dieu contre ceux qui traitent les choses divines avec gravité ? Il vaut la peine de lui poser des questions embarrassantes et de l’interroger. Celui qui « a marché sur la terre » et qui étant Dieu s’est réellement incarné — comme nous le croyons — où t’a-t-il interdit de faire quelque chose qui lui ressemble et de te prosterner ?[29] Ou bien, à quel endroit l’a-t-on entendu ordonner le contraire des choses que lui-même il a faites ? Dire une telle chose serait la plus grande des absurdités. Ou encore, où est-ce que le législateur, par des lois écrites, contraint ceux qui agissent pieusement ? Mais où t’a-t-il ordonné de purifier les saints temples, d’endommager les autels divins ou de transformer tous les biens sacrés en bois de chauffage ?[30] Encore, ton comportement et tes ordres, qui luttent contre le Christ, ne viennent-ils pas du mauvais et impur esprit qui habite réellement en toi ? Mais puisque nous savons que les enseignements des apôtres sont des commandements de leur maître, et du Sauveur de nous tous, il est très clairement dit en d’autres textes concernant ceux qui — étant inspirés par l’infidélité — demandent des ordres, comme les prédicateurs de la parole l’ont ordonné.[31] Ensuite, à ces paroles [déjà citées], Épiphanide ajoute ceci :
Car Dieu, dans tout l’Ancien et le Nouveau Testament, supprime ces choses disant exactement : « Tu te prosterneras devant le Seigneur et tu rendras un culte à lui seul. » (Mt 4, 10)
Dégrisez-vous, vous qui êtes ivres de votre vin d’incrédulité et d’ignorance et comprenez à travers ces paroles que la voix déjà entendue n’est pas celle d’Épiphane mais d’Eusèbe. Car Épiphanide, qui les a dites, est semblable à Eusèbe et il ignore la force de l’Ancien et du Nouveau Testament puisque les deux hommes ensemble [Eusèbe et Épiphanide] se mettent à concevoir une seule adoration égale et semblable à partir de deux adorations comprises différemment. De même que les commandements du culte de l’adoration selon la loi ont été répudiés, de même le mystère du culte divin en esprit des chrétiens a été nié. Donc, ni les juifs ne se comportent avec pureté ni les chrétiens, assurément, car Eusèbe et Épiphanide n’ont pas su discerner entre le saint et le profane. Ces deux hommes mettent ensemble, dans une seule et unique chose — avec impiété et d’une manière indigne de Dieu — la représentation du Christ et l’image des démons. Ou bien, ils ne font aucune différence entre la piété envers Dieu et l’adoration en esprit des chrétiens, d’une part, et la superstition grecque, d’autre part ; ou bien, ils voient une quelconque différence entre les diverses sortes de prosternements, tout en mélangeant les choses qui ne se combinent pas. Ils s’inspirent des symboles de l’Ancien Testament pour réfuter les symboles de grâce du Nouveau Testament.
Voilà pourquoi, leur folie est manifestement rendue publique, une folie qui va au-delà de l’impiété. Maintenant, à la suite de ces paroles et contre tout l’Ancien Testament — au sujet duquel ils se vantent et s’enorgueillissent grandement, bien qu’ils soient totalement aveugles — ils ignorent que l’Ancien Testament avait des images. Nous aussi, nous connaissons les chérubins en or, ordonnés [d’être produits] par le commandement du Dieu de tous, qui ont été placés au-dessus de l’arche dans le tabernacle d’autrefois et qui, encore plus tard, convenaient au temple construit [par Salomon]. Donc, les autres choses qui se conforment à ce jugement-là, qu’elles se maintiennent maintenant chez nous, car les fruits [de la conception, les nouveau-nés, c’est-à-dire les iconoclastes] sont d’un cœur horrible et frappés de démence et à leur sujet il vaut mieux se taire que de s’opposer. Mais nous arrivons déjà à d’autres sujets.
Même si nous préférons ignorer tout le contenu [de la Lettre à Théodose] à cause de la folie qui s’y trouve, nous ne pourrons cependant pas passer volontairement à côté de ce qui paraît dans la Lettre adressée à l’empereur Théodose, ou contrefaite, parce que nous ne pouvons pas supporter l’outrage lancé contre notre religion. Voilà les paroles telles que présentées [dans la Lettre à Théodose] :
Par son habileté mauvaise, le diable a machiné l’idolâtrie dans le monde où il l’a semée et l’a établie sur un fondement solide, et il a détourné les hommes loin de Dieu. Et maintenant encore, après les hérésies et les idoles, il a entraîné les fidèles vers la vieille idolâtrie et il les a séduits.
Personne — je dirais — de ceux qui sont intelligents et qui ont un esprit sensé ne comprendrait que ces paroles impures et opposées au Christ sont d’Épiphane le porteur de Dieu. Et comme il est possible d’examiner à fond [la question de l’authenticité de la Lettre à Théodose], [commençons] d’abord avec ce qui a été composé sur sa vie, car il est dit qu’Épiphane avait une correspondance épistolaire avec l’empereur Théodose et qu’il lui a demandé de chasser, par des ordonnances impériales, les très impures hérésies qui poussaient sur l’île des Chypriotes et de le faire le plus promptement possible.[32] Ces hérésies sont les suivantes : celles des simoniens, des valentiniens, des nicolaïtes et des orphites ainsi que des basilidiens et des carpocratiens. L’auteur Épiphane a énuméré ces hérésies et aucune autre. Alors, Théodose a acquiescé sur la question des ordonnances et a aussitôt accordé la demande [d’Épiphane de chasser les hérésies]. Comment se fait-il donc que les impiétés que contient la Lettre à Théodose ne soient pas exprimées parmi les choses demandées [dans la pétition] ? Épiphane aurait certes versé beaucoup plus [d’encre] et avant les autres hérésies s’il avait détecté l’idolâtrie [à Chypre]. Car qu’est-ce qu’il y a dans cette Lettre à Théodose de plus insensé ou de plus abominable ? Et pour quelle raison Épiphane se serait-il battu contre des moindres maux et aurait-il négligé les plus grands ? Mais nous voyons qu’Épiphane a dénoncé toute hérésie en notant [dans son livre le Panarion] le nom des fondateurs de chaque secte, l’endroit où l’hérésie s’est enracinée et encore aussi ceux qu’elle a infectés.
Donc, si Épiphane avait jugé que l’honneur manifesté aux choses saintes était idolâtre, comment se fait-il qu’il ne l’ait pas mentionné — bien que cet honneur soit pire que toutes les autres hérésies — et qu’il n’ait identifié justement ni le lieu où il a commencé ni le pays où il a été reçu ? Car si Épiphane avait compris une telle chose [que l’idolâtrie était réapparue à Chypre], il aurait composé d’innombrables livres et aurait prononcé des discours sans nombre [pour la combattre]. Voilà donc pourquoi le moment est arrivé de nous élever de nouveau contre ces paroles en nous servant des écrits authentiques d’Épiphane. Alors, ayant terminé — comme nous l’avons dit — le livre volumineux et interminable contre toutes les hérésies [le Panarion] et ayant suffisamment dénoncé ces dernières, Épiphane n’a rien dit dans la conclusion de son livre au sujet de l’idolâtrie ni n’a accusé les fidèles d’idolâtrie. Il s’adonne par contre à de grandes et extraordinaires louanges de l’Église et il donne le titre de la conclusion du livre [le Panarion] comme ceci : Un bref et vrai exposé sur la foi de l’Église catholique et apostolique. La conclusion du livre [le Panarion] commence comme ceci : « Les choses variées et diverses » et après avoir dit certaines choses il continue comme ceci :
Par la puissance de Dieu, nous avons taillé en pièces leurs blasphèmes et, ayant traversé l’agitation tumultueuse des flots, nous nous sommes approchés des calmes lieux de la vérité, contemplant le port de la paix.
Et encore ajoutant à ce qui précède des paroles à peu près semblables à celles-ci, il continue :
Ensemble nous voyons la ville ; hâtons-nous donc vers elle, la sainte Jérusalem, la vierge et épouse du Christ, qui a une base solide et qui est un roc inébranlable, notre vénérable mère, l’épouse du Christ. Et d’une manière fort opportune, nous disons ceci : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob et il nous annoncera son chemin, etc. » (Is 2, 3) Allez donc, vous les enfants du Christ et fils de la sainte Église de Dieu, vous qui avez passé à travers cette composition de 80 hérésies — ou une partie d’elles — et qui vous êtes joints à moi pour traverser une telle masse d’enseignements péniblement répandus, vous avez marché à travers un si grand désert.
À la suite de ces paroles, et après quelques lignes, Épiphane dit ceci :
Invoquons immédiatement en témoignage les choses qui s’accordent avec l’époux, comme serviteurs, et nous disons à l’épouse : « Viens du Liban, ô fiancée, viens du Liban, parce que tu es belle ; il n’y a pas de tache en toi. » (Ct 4, 7-8) Le paradis du grand artisan, la ville du roi, l’épouse sans tache du Christ, la pure vierge, celle qui a été fiancée à un seul homme dans la foi (2 Co 2, 2), « la brillante, celle qui se montre comme le point du jour, belle comme la lune, remarquable par la beauté comme le soleil, redoutable comme des bataillons » (Ct 6, 9-10), celle estimée heureuse par les rois et chantée par les concubines, celle qui est louée par les filles, « et celle qui monte du désert étant devenue toute blanche et qui s’appuie sur son neveu, celle qui dégage une odeur d’huiles parfumées et qui monte du désert » (Ct 3, 6), comme des colonnes de fumée, celle qui se parfume de myrrhe, d’encens et des poudres du parfumeur, qui donnent d’eux-mêmes la bonne odeur. Et prévoyant, il a dit ceci : « Ton nom est huile-parfumée-répandue ; c’est pourquoi les filles t’aiment » (Ct 1,3), celle qui a pris place à la droite du roi, habillée de vêtements à franges, vêtue de tissu multicolore et tissé d’or (Ps 44, 9), n’ayant en elle rien de ténébreux, « mais alors elle est devenue noire, maintenant elle est belle et devenue blanche » (Ct 1, 5), afin que, venant à toi, nous soyons guéris des horribles plaies des hérésies qui nous affligeaient auparavant.
Et un peu plus loin, Épiphane dit encore ceci :
Mais je commencerai à décrire les merveilles de la sainte ville de Dieu, car glorieuses sont les paroles qui ont été dites d’elle, comme le dit le prophète : « On a dit de toi des choses glorieuses, cité de Dieu. » (Ps 86, 3) À tous les hommes, ce sont des choses qui les dépassent ; pour les hommes sans foi, des choses étranges, mais pour les hommes de foi et de vérité, ce sont des choses désirables ; en promesse de l’accomplissement, ce sont des choses qui seront accordées par leur maître, dans le royaume des cieux, là où elle, qui est la sainte vierge et l’héritière, partage avec son époux dans le ciel le patrimoine et l’héritage. D’abord parce que Dieu qui règne sur nous tous règne sur ceux qui sont engendrés par cette sainte Église. Voici donc la première preuve de la vérité et de la base solide de foi de cette seule colombe vierge, sainte et sans méchanceté. Concernant cette dernière, le Seigneur a fait une révélation à Salomon, en Esprit, dans le Cantique des cantiques et il a dit ceci : « Soixante sont les reines, quatre-vingts les concubines et les jeunes filles dont il n’y a pas de nombre ; unique est ma colombe et ma parfaite » (Ct 6, 7) en répétant le mot ma.
Et Épiphane continuait de chanter comme cela. Comment donc et par quel moyen ces blasphèmes, [contenus dans la Lettre à Théodose] inventés contre les chrétiens et contre l’Église du Christ, seront-ils harmonisés avec les paroles précédentes [du Panarion] et comment seront-ils attachés les uns aux autres [pour former un ensemble cohérent] ? [Comment harmoniser la Lettre à Théodose avec le Panarion] si Épiphane appelle l’Église du Christ la sainte Jérusalem, vierge et épouse du Christ, belle et n’ayant aucune tache, ayant le Christ pour époux et fiancée à un seul homme, la montagne du Seigneur, la maison de Dieu où grandissent les enfants du Christ, le paradis et la cité de Dieu, belle comme la lune et remarquable par la beauté comme le soleil et chantée par des rois et certes même blanche et s’appuyant sur son neveu, et habillée de vêtements à frange tissés d’or, des choses glorieuses ayant été dites d’elle par les prophètes et cohéritière avec l’époux au royaume des cieux ? Et Épiphane y a ajouté des paroles semblables, lesquelles s’opposent absolument à ce qui est écrit dans la Lettre à Théodose. Où alors, dans les œuvres d’Épiphane, se trouve la mention d’une deuxième idolâtrie dans l’Église du Christ ?
Mais la pensée haïe de Dieu présentée [au nom d’Épiphane] n’est très certainement pas de lui [et] on montrera encore plus clairement la différence entre les deux hommes, qui sera examinée et jugée à partir de leur histoire familiale. D’une part, Épiphanide se présente lui-même dans la Lettre à Théodose comme ayant été guidé, dès sa tendre enfance, par la foi des pères de Nicée, et comme ses parents avaient été engendrés dans cette foi, il a aussi tenu fermement la même confession. Mais, d’autre part, saint Épiphane, comme nous le savons, est né Hébreu des Hébreux, et ses parents sont morts dans la religion des Hébreux. Et lui, Épiphane, à l’âge de seize ans, s’est initié à la foi des chrétiens et a reçu le saint baptême. S’il faut dire un lieu commun : « Celui qui lance [un javelot] sera aussi soigné », il est bien d’ajouter ceci : « Celui qui a écrit a aussi effacé », car celui qui était dans le passé [dont parle la Vie] est celui qui confesse [maintenant dans la Lettre à Théodose].[33] D’abord, il [Épiphane selon la Lettre à Théodose] a provoqué le rire moqueur chez beaucoup à la suite des sottises [qu’il avait dites] ; ensuite, parce qu’il conseillait aux autres évêques et concélébrants d’enlever les images, il n’a pas été écouté. Ainsi donc, étant découragé, il s’est éloigné de « nous » [des autres évêques].
Alors, de toutes parts, de faux documents attribuent ces choses à Épiphane et ces paroles insensées et des méfaits sont publiés. [Il n’est pas possible que] la raison de quelqu’un soit frappée à ce point-là par l’impiété de ces paroles ou par la si grande stupidité de celui qui a ramassé ces documents et qui les a présentés comme plaidoyer. Certes, en effet, l’auteur de la Lettre à Théodose ne savait pas ce que Théodose avait déjà commandé ou à quel point l’empereur aimait ardemment la piété, tant en Orient qu’en Occident, et [comment] partout sur terre et mer, il était chanté. L’auteur n’en a jamais entendu parler. Comment se fait-il donc que l’adversaire et l’ennemi de la pensée et de la foi de Théodose [l’auteur de la Lettre à Théodose] fasse appel à la mémoire de ce dernier ? Mais encore plus, pourquoi l’auteur de la Lettre, celui qui a une opinion contraire à celle de Théodose, ne dénonce-t-il pas l’empereur ? Si l’auteur n’avait rien fait d’autre, il aurait dû se méfier des œuvres de Théodose qui les a achevées si bien par la foi, et l’empereur s’appliquait avec zèle pour accomplir tant de choses pour les saints temples, dans lesquels brille [en images] la tradition de l’histoire évangélique. Mais telle est la tyrannie, étant arrivée par l’ignorance et par l’impiété à aveugler ceux qu’elle a saisis, afin de ne pas dire ou faire voir ce qu’elle prépare. À partir de ce qui est écrit dans la Lettre, l’erreur sur l’auteur est clairement manifeste, ainsi que l’ignorance et la stupidité de celui qui s’en sert, de sorte qu’il n’est nullement possible de manquer le fait que les points de vue sont irréconciliables.
Alors, puisque nous avons montré que ces paroles et ces idées sont étrangères à Épiphane, identifions maintenant leur source et leur genre. D’abord, comme nous le savons, Valentin, le haï de Dieu, a introduit [l’idée que l’incarnation n’en était une] qu’en apparence et qu’en imagination, pour réfuter l’incarnation du Verbe de Dieu. C’est lui qui a imaginé sa propre doctrine impie en dénaturant un certain nombre de phrases de l’apôtre Paul. Valentin a dit : « Le Seigneur a assumé la forme d’un serviteur, mais il n’était pas un serviteur ; il a été trouvé sous la forme de l’homme, mais il n’a pas assumé l’homme lui-même. Il a été trouvé dans la ressemblance de la chair. » Valentin n’a pas ajouté « de la chair du péché ». Et voici le plus pénible de tout : il pensait que la divinité pouvait souffrir, et il lui référait les passions. De Valentin, cette opinion criminelle — comme quelque chose qui tue l’âme — s’est abattue sur les sans-Dieu, Marcion, Mani et le très impie Arius, parmi d’autres. Ceux [les iconoclastes] qui se sont rassasiés de ces idées des docètes, imaginaient qu’il ne faut pas représenter le Sauveur en image puisqu’ils ne savaient pas que le Christ a sauvé la totalité de la nature humaine. Ceux [les iconoclastes] qui participent à cette impureté sont aussi ceux qui ont composé les textes attribués à Épiphane [parce qu’] ils ont cru à des doctrines semblables [à celle de Valentin].
Voilà pourquoi les iconoclastes, ayant vu l’image du Christ selon la forme humaine, ne croyaient nullement avoir [vu] sa ressemblance ni une représentation semblable à lui. Cette image [selon eux] ne préservait aucun rapport [à l’humanité du Christ], aucune caractéristique naturelle [de l’humanité du Christ] ; elle se trouvait entièrement étrangère à lui. Et ils avaient l’audace d’appeler cette image idole, d’une manière impie et selon la croyance des Grecs. Dès lors, le mot idole a été introduit dans l’Église du Christ, car ceux qui consultaient ces docteurs [Valentin, Marcion, Mani et Arius] ainsi que ceux qui se manifestent dans notre temps [les iconoclastes] luttent énergiquement pour prouver leur propre doctrine. Mais, à partir de ce qu’Épiphane a composé dans son livre intitulé le Panarion, contre cette hérésie [celle de Valentin] qui combat Dieu, il est très évident qu’Épiphane haïssait l’impiété de Valentin, de Marcion et de Mani. Dans son livre, il a produit un très long discours. Et si quelqu’un lit ces paroles, il le verra clairement, et puisque Épiphane a examiné cette hérésie à fond dans le chapitre contre les dimœrites, il est possible de l’entendre parler grâce à ce texte. Épiphane a écrit ceci :
Mais d’autres nous ont dit que le Seigneur n’a pris ni notre chair ni rien de semblable lorsqu’il est venu sur terre, mais une chair autre que la nôtre. Oh, si seulement ils parlaient pour la gloire et la louange [du Christ]. Car nous aussi, nous disons que le corps est saint et sans souillure, « car il n’a pas fait de péché ; il n’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche » (1 P 2, 22) et ceci est bien évident à celui qui pense pieusement à l’égard du Christ et qui lui porte [dans son cœur] de bons sentiments. Mais même si nous parlons de son corps — comme aussi il a pris notre corps — nous disons que son corps était sans souillure. Mais notre corps est inférieur au sien et altéré, non parce que son corps était étranger [au nôtre] et différent [du nôtre] mais à cause de nos péchés et de nos fautes. Le Seigneur n’a pas pris une sorte de corps tandis que nous en avons une autre sorte ; le sien est resté un corps et a été maintenu sans souillure. Mais il y en a d’autres parmi eux [les hérétiques], et même aujourd’hui, qui sont portés par l’amour des disputes et excités par des idées étrangères, des gens qui ne suivent pas l’enseignement des pères ni « ne s’attachent à la tête de la foi [le Christ] dont tout le corps est fourni de jointures et de ligaments et est maintenu ensemble afin de grandir dans la croissance de Dieu », comme le dit l’apôtre Paul. (Col 2, 19) Mais aussitôt que leurs oreilles sont troublées par quelques étrangers, plus proches de Valentin, de Marcion et de Mani, ils imaginent tout de suite des choses en l’honneur du Christ au lieu de dire la vérité. Et après avoir entendu chez nous que le Christ a notre corps, ils se tournent aussitôt vers leurs propres histoires fabuleuses, lesquelles aiment raconter les querelles. Ils disent que le Christ avait des ongles, de la chair, des cheveux et toutes sortes d’autres choses, mais pas tels que nous les avons. Mais, selon eux, le Christ avait une autre sorte d’ongles, une autre sorte de chair et le reste mais pas tels que nous les avons, différents, c’est-à-dire à l’opposé des nôtres. Et encore, ces hommes-là veulent être agréables au Christ par de vaines paroles racontées en sophiste, comme celles de Valentin et d’autres hérésies déjà mentionnées.[34]
Donc, si ces paroles-ci sont d’Épiphane — comme certes elles sont de lui — comment se fait-il que les paroles [citées au début du chapitre et attribuées à Épiphane], étant si contraires et partout discordantes [à celles citées du Panarion], soient attribuées à Épiphane ? Et encore, les données écrites dans sa Vie [nous] informent sur ces questions. Il y est raconté ceci : pendant une rencontre qu’Épiphane avait avec un certain évêque de l’hérésie de Valentin et grâce aux doctrines droites de la vérité qu’Épiphane avait prononcées contre l’évêque (Aétios était son nom), Épiphane l’a condamné à une mort douloureuse en le réprimandant.[35] Car par des liens, le saint homme a lié la langue d’Aétios en lui infligeant l’extinction de voix pendant six jours entiers, et le septième jour, Aétios est mort misérablement. Mais, quant à l’incarnation du Sauveur, voyons ce qui paraît bon à Épiphane. Mais si quelqu’un veut lire les nombreux livres écrits par Épiphane, il se fatiguera beaucoup parce qu’Épiphane lui-même a ramassé une quantité de documents sans fin et dans ces livres, il nous expose clairement toute la doctrine et la pensée de l’Église catholique et apostolique. Mais nous nous contenterons de résumer en peu de mots, bien qu’il y en ait beaucoup, parce qu’un résumé peut établir le sens de toute l’œuvre et un extrait est suffisant pour montrer la nature de ce que Dieu le Verbe a assumé pour nous. Alors, dans son livre intitulé Ancoratus, Épiphane dit textuellement ceci :
Quel que soit le nombre de choses dont l’homme est constitué et quelle que soit la nature des choses qui constituent l’homme, le Fils unique, qui est Dieu, les a assumées [lorsqu’il] est venu [sur terre] afin que la totalité du salut soit parfaitement achevée dans l’homme complet. Aucune particularité de l’homme n’a été oubliée pour qu’une part ayant été séparée d’une autre part devienne encore nourriture pour le diable.[36]
Alors, puisque Épiphane savait que le Fils unique n’avait abandonné aucune particularité de l’homme mais qu’il les avait toutes assumées, voici cet homme, celui qui est représenté en image. Ceux qui n’ont pas perdu la raison n’en douteront pas. Ainsi, Épiphane voyait que le Christ pouvait véritablement être représenté en image, selon son humanité. Alors, tous confessent et s’accordent à dire que les paroles [trouvées dans l’Ancoratus] sont authentiquement celles d’Épiphane. Bon, ces paroles-ci ressemblent-elles à celles exposées auparavant [au début du chapitre] ou s’éloignent-elles les unes des autres, et se contredisent-elles les unes les autres ? De ceux qui ont la raison, qui ne dirait pas que les deux textes n’ont absolument rien en commun l’un avec l’autre ; qui ne verrait pas spontanément et sûrement la contradiction et l’opposition des doctrines contenues dans l’un et dans l’autre. Ainsi Épiphane n’est pas le père de la Lettre, mais le plus noble vanneur de doctrines, car personne ne se permettrait de contredire Épiphane ; en effet cela serait de mauvaise augure. Il reste donc que celui qui a dit ces absurdités et ces paroles sacrilèges [du début du chapitre et attribuées à Épiphane] est tout à fait autre qu’Épiphane. Ces dernières l’appellent [crie le nom d’] Épiphanide, celui qui réussit à atteindre l’impudeur et la compagnie de Valentin, de Marcion et de Mani.
Mais il dit — pas Épiphane — plutôt celui qui parle contre la manifestation du Verbe de Dieu, laquelle s’est réalisée pour les hommes.
Après les idoles et les hérésies, Satan a entraîné les hommes dans l’idolâtrie[37].
Alors, pourquoi tout cela a-t-il été entouré de silence ? Et comment se fait-il que tous les livres d’histoire et tous les autres documents ne rapportent pas cette affaire insensée et impie ? Comment se fait-il qu’un tel développement ne résonne pas partout sur terre et sur mer, car les saintes images sont partout et les chrétiens les vénèrent partout ? Ce noble homme, Épiphane, a eu l’expérience de tant de choses concernant les idoles. Qu’est-ce qu’il n’a pas présenté dans ses propres œuvres où il a délimité le sujet des idoles ; qu’est-ce qu’il a oublié lui-même ? Les fêtes religieuses, les libations, les sacrifices, les graisses offertes en sacrifice, les offrandes de sang et les autres choses par lesquelles les idolâtres ont coutume de servir les démons et de dire que les œuvres stupides de l’idolâtrie, inspirées par le diable, sont nobles ? Mais le silence règne et, nulle part, personne ne se souvient du sacrilège des idoles [qu’Épiphanide déclare être entré dans l’Église] ; on n’en entend jamais parler et on ne le voit jamais. Donc, toutes ces paroles ne sont qu’égarement de l’esprit et des choses sans substance et irréelles, inventées par la ruse du diable. Car qu’y a-t-il de plus absurde, de plus outrageux envers la condescendance du Fils unique, que cette impiété ? Quelle sorte d’enfer a fait entendre de tels propos ? Quelle sorte de tombeau les a vomis ?
[Alors, selon Épiphanide] le blasphème des idoles a pris la place du souvenir et du nom du Christ qui faisaient frissonner même les démons. De qui viennent de telles affirmations ? [Elles viennent] de tous les écuyers de la pire hérésie [l’iconoclasme] : ceux qui en vérité ont glissé dans l’abîme du diable et qui ne rougissent même pas d’accuser le Christ de l’impuissance et de le priver de son héritage que le diable lui a enlevé afin d’entortiller l’Église catholique elle-même une seconde fois dans une idolâtrie. C’est cette Église qui a déjà été rançonnée des idoles par le sang précieux et immaculé du Christ, moyennant la grâce. Et le mal a crû à cause de ces hérétiques puisque l’activité [des choses ou d’êtres qui existent réellement] est le contraire de l’apparence [de l’action de ces choses ou êtres], et à travers les saintes images, l’activité [réelle du Verbe véritablement incarné] établit la vérité de l’incarnation du Verbe — tandis qu’eux, ils se remplissent de haine envers l’incarnation pensant qu’elle est à éviter tout en s’imaginant en même temps qu’ils ne sont pas des blasphémateurs. Ils [nous] insultent en échangeant les noms [idole pour image] et ils s’infectent la langue, très maudite, de la souillure des idoles, devenant ainsi des fous furieux. [Le diable] a disposé ces derniers, qui ont atteint un si haut degré d’impiété, à laisser glisser le mot incirconscrit[38] et par conséquent les hérétiques se mettent à persuader ceux qui s’égarent par leur impiété afin qu’ils obscurcissent complètement la lumière et la clarté de notre prédication et afin qu’ils parlent librement [pour répandre] l’obscurité de leur fantaisie.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il y ait ainsi des hommes disposés, d’une manière sacrilège, à enseigner et à écrire des choses pareilles. Mais nous écouterons l’homme en délire [Épiphanide], le défenseur de ce mal, [pour montrer] que, à cause de son infidélité, son raisonnement s’est couvert de ténèbres et qu’il ne voulait pas distinguer le saint du profane, le pur de l’impur. Car le dieu de cet âge a aveuglé ses pensées afin que la lumière de l’Évangile ne croisse pas [en lui]. (2 Co 4, 4) Car en réalité, ayant perdu la raison, il s’est bouché les oreilles et il préfère ne pas entendre les paroles de l’Esprit. Un des saints prophètes a déclaré : « J’effacerai le nom des idoles de la terre et il ne sera plus tenu en mémoire. » (Za 13, 2) Et un autre prophète a dit : « Tous me connaîtront, du petit jusqu’au grand d’entre eux. » (Jr 31, 34) Et le héraut de l’Évangile [Paul] crie ceci : « Immaculée et sans tache est l’Église que le Christ a prise auprès de lui-même. » (Ep 5, 2) Et d’autres ont proclamé de la même manière des choses semblables. Le Sauveur lui-même a annoncé que « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. » (Mt 16, 17) Mais Épiphanide est devenu un homme qui méprise toutes ces paroles et il a écouté ceux qui s’inspiraient d’un mauvais esprit. Il a accusé notre droite doctrine et a insulté la grâce divine et salvatrice. Voilà pourquoi il faut condamner son infidélité et sa niaiserie, mais puisque certains disent que la lettre a été adressée à Théodose, empereur et autocrate absolu, nous tournerons notre discours naturellement vers lui.
Alors, il est manifeste que Théodose était fidèle, connu pour sa piété et zélé pour la construction de saints temples, arrangeant bien en eux la sainte disposition de l’Évangile[39] et d’autres saints ornements. Comment se fait-il donc que celui qu’ils [les iconoclastes] appellent Épiphane, ayant une si grande considération pour celui qui a accompli ces œuvres — Théodose — ait pu supporter un tel renversement, et, en plus, n’ait pas porté d’accusation d’idolâtrie contre lui ni ne l’ait condamné courageusement ? Mais dans la [véritable] Lettre à Théodose[40], Épiphane élève continuellement des éloges [à Théodose] et [loue] les œuvres pieuses accomplies par l’empereur envers Dieu, dès sa tendre enfance et dès son adolescence. Il louange toute la maison impériale et il applaudit bruyamment par des acclamations celui qui a définitivement anéanti l’idolâtrie et il l’admire profondément. D’une part, certains citoyens s’égarent sur les idoles et Théodose se met en lutte [contre eux]. Ils deviennent un embarras pour Théodose et il les pousse vers le zèle de la piété envers Dieu. Mais, d’autre part, Théodose accueille d’autres citoyens comme des pieux, quoique entortillés dans l’erreur, il les laisse partir sans leur donner aucun médicament.[41] D’un côté, Théodose veut corriger ceux qui chancellent, les encourageant autant que possible. De l’autre, il ne fait pas attention à ceux qui gisent dans l’erreur. Ceci est bizarre à la fois à dire et à entendre. Comment se fait-il qu’il ait pu corriger quelqu’un, tout en restant lui-même sans correction ?
Et ensuite, Épiphane seul se souciait du salut de ceux qui se perdaient. Mais où étaient tous les autres hiérarques et docteurs de l’Église, ceux qui fleurissaient en même temps [qu’Épiphane], en très grand nombre et très éminents, les premiers de ligne et très distingués parmi les pères ? À leurs yeux, le fait qu’un tel sacrilège ait été commis était-il tenu pour supportable et léger ? Et quelle accusation Épiphane n’aurait-il pas portée contre eux ? D’une part, Épiphane, vu qu’il était loin [à Chypre], a encouragé l’empereur à agir. D’autre part, les évêques, étant plus proches, sont restés tranquilles tandis qu’un si grand mal s’abattait sur le monde. Alors, pourquoi les évêques ont-ils continué à guider et à diriger le peuple au milieu de tout cet enseignement moral et dogmatique ? Parmi eux, il n’y avait pas de vignoble d’une veuve facilement méprisée, lequel aurait pu être saisi.[42] D’un côté, ils ont démasqué avec ardeur d’autres hérésies naissantes. Ils sont avancés pour lutter et se sont assemblés en synodes pour affermir la piété et pour faire disparaître les hérésies, surtout les impiétés arienne et macédonienne — ces dernières concluant à l’adoration de la création. Et les évêques les ont vaillamment chassées. Mais, de l’autre, ils laissent passer même l’idolâtrie. Malgré toute leur autorité comme docteurs de la foi, ils la laissent passer sans l’examiner, sans la corriger ; ils ne se sont jamais souvenus d’elle, si peu que ce soit, contre laquelle beaucoup de conciles et un grand nombre de travaux auraient été nécessaires, d’autant plus que ce mal était pire et plus funeste [que les autres]. Comment donc pourra-t-on se tourner maintenant vers eux pour les appeler pères et docteurs ?
[Même en supposant que la situation soit vraie] un tel développement n’a pas exempté Théodose de l’obligation de corriger la situation ; il n’avait donc pas le droit de négliger ses citoyens, de laisser tomber des hommes misérables dans la perdition, de soutenir le culte des démons et de porter un tel outrage envers Dieu sans le moindre remords. Mais pourquoi faut il nous occuper vainement des paroles vides et des sornettes injurieusement racontées, que nous voyons comme des histoires de vieille femme et étrangères à notre science divine, et que nous conspuons et repoussons comme abominables ? Car les chrétiens se tiennent si loin de l’idolâtrie qu’ils n’ont pas besoin d’une telle correction, d’un tel enseignement, mais même les saints docteurs et prédicateurs, qui dirigent l’Église, honorent ces saintes images, sachant, véritablement et très grandement, accomplir des œuvres pieuses sur ce point.
Ayant dit cela, nous tournerons notre regard vers les paroles suivantes, car puisque ce criminel Épiphanide brûlait de dire pas mal de choses contre notre sainte religion, il ne lui restait que de falsifier [une autre lettre à] Théodose et en même temps de l’accuser. Ainsi, Épiphanide propose ceci :
Car votre piété verra s’il est convenable pour nous d’avoir Dieu peint avec les couleurs[43].
Ceci est le levain de la pâte arienne ! Car Eusèbe l’arianisant est d’accord avec lui ; Eusèbe, cette citadelle des ariens, a écrit ceci à l’impératrice Constantia :
Je ne crois pas qu’il soit juste de marcher ça et là, portant en procession notre Dieu en image, selon l’usage des idolâtres.
Car voici la croyance des ariens : mélanger la chair à la divinité et confondre les deux et, par conséquent, ne pas représenter le Christ en image. Alors, voyant que la voix d’Eusèbe est suffisante pour montrer qu’il [Épiphanide] partage cette même absurde opinion, nous croyons qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter quoi que ce soit de plus. Gardons seulement ceci à l’esprit, comme le dit Épiphanide :
J’ai entendu aussi que certains annoncent que même l’incompréhensible Fils de Dieu est représenté en image[44].
Et il a écrit quelque part ailleurs :
Je ne me souviens pas d’avoir vu une telle chose[45