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Épiphane de Salamine
Archevêque de Salamine, Chypre
Traducteur
Stéphane Bigham
Lettre à saint Épiphane,
l'évêque de Constance à Chypre, écrite par ceux qui sont autour de Tarsinos et Matidios ainsi que par d'autres prêtres, dans la ville de Syèdres en Pamphylie, lesquels prêtres interrogent l’évêque Épiphane sur la foi en le Père et le Fils et le Saint-Esprit et sur d'autres points de notre foi. Matidios, Tarsinos, Néon et Numérianos, des prêtres de l'Église catholique de Syèdres, offrent salutations dans le Seigneur au pieux évêque Épiphane.
De diverses façons, l'ennemi de l’humanité, le diable, s’occupe de semer la confusion et de planter sa propre semence en ceux dont le cœur est simple et la foi pas encore suffisamment attachée à la sainte Trinité. « Cependant les solides fondations posées par Dieu tiennent bon », comme le dit l'Écriture, « marqués du sceau de ces paroles : le Seigneur connaît les siens. » (2 Tm 2, 1) Mais les hérétiques, qui sont capables de tout, montrent leur infamie de plusieurs autres manières. Après avoir cessé de blasphémer Jésus, « ils élèvent en effet leur langue contre le Saint-Esprit et disent de la méchanceté contre ceux qui sont nobles. » (Ps 11, 5) Et même si des milliers peuvent vaciller, nous persisterons par la grâce du Seigneur dans la foi saine et n’enlèverons rien de l'enseignement orthodoxe et sain. Beaucoup qui semblent déjà être tombés dans l'erreur ont retrouvé le droit chemin par la faveur de Dieu grâce aux lettres d’Athanase le louable évêque, de très bienheureuse mémoire, et à ton frère pieux Proclianos. Puisque toutefois des branches de l'enseignement néfaste se trouvent encore çà et là, elles doivent être ou bien greffées par un jardinier très expérimenté, comme tu l’es, sur le bon arbre ou bien tout simplement coupées. Par conséquent, nous nous adressons à ta piété cette demande écrite : Que ta pieuse intelligence en sa bonté veuille préparer un écrit pour notre Église et en cela donner une explication détaillée de la foi orthodoxe et saine. Alors, ceux qui ne sont pas instruits, ainsi que ceux qui vacillent dans la foi, par ta sainte prière, seront de nouveau affermis et l'ennemi de l’Église, le diable, sera détruit. Que Dieu te garde en santé pour de nombreuses années ! Souviens-toi de nous dans tes prières !
Lettre de Palladios
Enquête par lettre de Palladios, citoyen de la même ville, Syèdres, écrite au même Épiphane, évêque de Constance à Chypre, sur la même affaire importante.
À Monseigneur honoré, l’évêque pieux, Épiphane, Palladios, citoyen de Syèdres, offre salutations dans le Seigneur.
Tant que le vent doux pousse le navire tout droit dans son cours, ceux qui veulent traverser la vaste et large mer ne s’inquiètent guère du port, car ils croient mener leur barque sur la mer avec peu d’effort. Mais aussitôt qu’une rafale défavorable souffle dans les voiles, que de tous les côtés d’immenses vagues fouettent le navire et qu’il est secoué, alors ils veulent toutefois être au port calme et sont aux aguets pour avoir en vue la terre ferme, mais s’ils ne peuvent jeter l’ancre nulle part, il ne leur reste aucun autre choix, pour se sauver, que d’atterrir sur une île qui apparaisse par hasard droit devant, comme justement ils devraient faire. Cependant, c'est seulement en maintenant le cap sur l’île et en fuyant sous la protection des falaises situées devant qu’ils peuvent échapper à grand-peine à la destruction menaçante tout autour d’eux. Nous sommes comme cela, Monseigneur, nous qui avons abandonné la mer agitée des soucis du monde, qui sommes instruits dans l’enseignement de Dieu et qui voulons piloter notre navire de vie vers le havre calme du Christ. Nous subissons justement des questions déraisonnables et, selon moi au moins, sans intérêt, sur le Saint-Esprit, soulevées par des personnes qui disent que nous ne devrions pas honorer l’Esprit comme nous le faisons pour la majesté divine, mais qu’il est au niveau d’un serviteur et d’un messager de Dieu. Ils répandent sur lui des enseignements pires et encore plus dégradants. Ainsi, nous nous voyons ballottés par des vagues agitées et par un déferlement des flots, mais nous ne pouvons trouver personne dans notre milieu qui soit apte à répondre aux questions soulevées et à développer pour nous un enseignement sain. Voilà pourquoi nous nous sommes sentis obligés de soumettre la question à ta piété, en ajoutant cet appel d’aide : « Sauve-nous, Seigneur. » Nous supplions donc ton orthodoxie, au-dessus de tout soupçon, celle qu’énoncent et qu’annoncent déjà la bonne renommée et des témoins dignes de confiance. Veuille donc estimer notre demande comme un appel du Sauveur et ne pas la prendre mal. Nous te prions également de faire un exposé dans une sainte lettre, plus longue et facile à comprendre, sur la foi en la sainte Trinité et de nous l’envoyer pour que nous, qui sommes attachés à cette foi, puissions obtenir ce que nous visons et qu’en outre ceux qui cheminent déjà dans cette foi puissent se réjouir de peut-être convertir ceux qui sont en erreur. Que Dieu soit loué en toutes choses.
Lettre [d’Épiphane]
adressée à ceux qui sont autour des prêtres Matidios, Tarsinon, Néon et Numérianos, dans la ville de Syèdres en Pamphylie, et au citoyen Palladios sur la foi en le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sur d'autres articles de la foi, sur la résurrection des morts et sur l’incarnation du Christ, écrite dans la 90e année de Dioclétien, au mois de juillet, concernant les questions posées dans leur propre lettre, telles qu’elles y sont posées.
Messieurs, mes très chers frères, prêtres comme moi, Matidios, Tarsinos et Numérianos et tous les autres avec vous, ainsi que mes fils très aimés, Palladios et Sévérianos. Vous avez de l’ardeur et du zèle pour la bonne chose et avez choisi pour vous-mêmes la bienheureuse et très désirable vie dans la foi orthodoxe et dans une concorde parfaite. Vous réalisez la parole du Sauveur : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres… » (Mt 19, 21) et « …tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. » (Ac 4, 34). Vous placez dans votre propre cœur tant de choses favorables et très bonnes que vous croyez pouvoir procurer en nous. À vous, frères avec moi, le plus insignifiant des évêques, moi, Épiphane, j’offre salutations dans le Seigneur Dieu.
Je me compte certainement heureux, bien-aimés, d’avoir été jugé digne, par ceux qui sont fervents, d’avoir mon esprit stimulé et de présenter ce qui est utile, bien que nous ne soyons pas suffisant par rapport au zèle pour Dieu des saints et des vertueux. Car mon esprit abject veut maintenir son repos et ne veut plus s’efforcer à rien, comme ceux qui ne prêtent pas attention à cette parole de l’apôtre : « Nous prendrons comme mesure la règle que Dieu nous a assignée pour mesure… » (2 Co 10, 13) Je dois maintenant quand même commencer, car les voix de tous les côtés m’importunent, non seulement celles de votre dévouement, qui viennent de Dieu, mais aussi celles qui [leur] sont semblables. Je pense à celles qui ont du dévouement pour la foi orthodoxe, comme celle de mon fils Hypatios qui a voyagé d’Égypte jusqu’à moi pour cela. Toutes ces voix m'ont touché. [Elles me poussent à] mettre de côté toute indifférence et toute hésitation afin de ne juger plus rien plus important que cette lettre sur la foi que je dois écrire. Vous et nos frères, vous vous interrogez sur des choses concernant votre salut, et, selon les réponses reçues, [vous espérez] pouvoir prouver, à partir de l’Écriture sainte et pieuse, de l’Ancien comme du Nouveau Testament, la fondation ferme de la foi dans le Père et le Fils et le Saint-Esprit et dans les autres éléments du salut en Christ — à savoir la résurrection des morts et l’incarnation de Fils unique : en un mot, dans tout ce qui touche à la plénitude du salut. Puisqu'une telle demande – qui n’est vraiment pas une mince affaire – m’est arrivée de la région et de la communauté de notre frère dans la prêtrise, Conops, ainsi que d’autres chers enfants de votre Révérence, pour ne pas oublier mon fils Hypatios qui est venu de l’Égypte jusqu’à moi pour cela, mon homme intérieur a été entièrement enthousiasmé quand j’ai vu s’unir ainsi beaucoup de voix identiques, et j’ai réfléchi. Alors, étant prêt, j'ai considéré indiqué de me mettre sans détour à répondre à votre demande et de vous écrire cette lettre, selon votre désir et ce, malgré mon insuffisance.
Je suis tout à fait frappé d'admiration en voyant l’économie de notre Seigneur et Dieu, lui qui a jugé bon de donner son Saint-Esprit, en surabondance de sa bonté en toutes choses, à ceux qui le cherchent en vérité. Mes bien-aimés, j’ai jugé que ce n’était pas un hasard que les demandes écrites, de vous et de ceux qui sont avec vous, soient arrivées, et je reconnais que votre motivation vient de la grâce de Dieu. Car ils sont dans la vérité ceux qui pensent d’une manière orthodoxe au sujet du Fils de Dieu et du Saint-Esprit ainsi que ceux qui savent confesser ce qui s’accorde et s’harmonise avec ce que le bienheureux apôtre Pierre a dit : « Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16, 16) Ces derniers seront déclarés bienheureux par le Seigneur lui-même comme Pierre a été estimé bienheureux en entendant ces paroles du Sauveur : « Bienheureux es-tu Simon bar Jonas » (Mt 16, 17), c'est-à-dire « fils de Jonas », car son père s’appelait Jonas. Le mot bar en hébreu signifie fils. Car ceci est la vie, que le Fils unique de Dieu a donnée à ses propres disciples en disant : « …afin qu’ils aient la vie en eux-mêmes. » (Jn 3, 15 & 17, 2) Ceci est la vie dont il parlait : connaître « le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17, 3) En disant « le seul vrai Dieu », il nous a guidés vers la monarchie [de Dieu] afin que « nous ne soyons jamais asservis par les éléments du monde » (Ga 4, 3), que le polythéisme ne se retrouve pas en nous, que les pensées des hommes ne soient pas dissipées par un tel mal, mais que [l’homme réfléchisse] sur l’unité du seul vrai Dieu. « L’idée de faire des idoles a été l’origine de la fornication » (Sa 14, 12) dit l’Écriture. Elle dit aussi : « …et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Qui est ce Jésus-Christ, sinon Dieu ? Si le Christ Jésus est Dieu, comme le dit Jean : « Le Fils unique est Dieu, celui qui est tourné vers [est dans] le sein du Père, celui-là l’a fait connaître » (Jn 1, 18), alors, le Dieu un est le Père, le seul vrai Dieu, ainsi que Dieu le Fils unique, qui n’est pas étranger à Dieu et à la monade [l’unité]. Mais puisque le Fils est du Père, il est [aussi] le seul vrai Dieu, mais pas comme ces dieux, faussement appelés ainsi par certains Grecs, mais comme seul vrai Dieu. Le Fils unique est le seul [vrai Dieu] parce qu’il vient du seul [Père]. Également seul et unique est le Saint-Esprit. Alors les trois sont en un seul : le Dieu un est le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
La parole effraie ceux qui ne sont pas estimés dignes du Saint-Esprit : « Et nul ne peut dire “Jésus est Seigneur” s’il n’est avec l’Esprit Saint. » (1 Co 12, 3) Même les juifs disent le nom Jésus, mais ils ne croient pas qu’il est le Seigneur. Et aussi, les ariens disent le nom et l’appellent Dieu, mais ils disent qu’il est adoptif et non vrai Fils puisqu’ils ne participent pas au Saint-Esprit. Car si quelqu’un n’a pas reçu le Saint-Esprit, il ne peut pas dire que Jésus est le Seigneur en vérité et Dieu en vérité et Fils de Dieu en vérité et roi éternel en vérité. Qu’ils apprennent, ceux qui ont la mauvaise opinion, parce que le Fils unique ne veut en rien rendre témoignage de lui-même. Car ainsi il dit dans l’Évangile : « Si je me rends témoignage à moi même, mon témoignage n’est pas valable. Un autre témoigne de moi. » (Jn 5, 31) Et qui est cet autre sinon celui qui a fait entendre sa voix du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur. » (Mt 3, 17) Mais celui qui dit : « Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable » (Jn 5, 31) est aussi le même qui dit : « Bien que je me rende témoignage de moi-même, mon témoignage est valable » (Jn 8, 14) et encore : « Ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m’a envoyé » (Jn 5, 36) et encore : « C'est de moi que Moïse a écrit. » (Jn 5, 39) [Le Christ a dit] la première fois : « Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas valable » (Jn 5, 31) parce que beaucoup se glorifient et se rendent témoignage à eux-mêmes. Il l’a dit pour retrancher la vantardise de ceux qui se glorifient, qui se recommandent. Ensuite il dit : « Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage est valable. » (Jn 5, 31) En disant cela, il indique que son témoignage n’est pas de l’homme, mais c'est Dieu qui dit la vérité au sujet de son témoignage. Il est certain que le Père est vrai Dieu, que le Fils est vrai Dieu et que le Saint Esprit est vrai « Esprit de Dieu » (Rm 8, 9) et « l’Esprit de vérité ». (Jn 14, 17) Les trois sont comptés en un nom, car au sujet du Père, le Fils lui-même dit : « …afin qu’ils te connaissent le seul vrai Dieu. » (Jn 17, 3) Un témoin digne de foi [saint Jean l’Évangéliste], celui qui se reposait sur la poitrine du Christ, déclare que le Christ est Dieu le Fils unique. Il n’a pas ajouté à « Dieu le Fils unique » l’expression vrai Dieu, mais il a écrit au sujet du Père qu’il est « vrai Dieu », mais au sujet du Fils, il dit qu’il est « Dieu le Fils unique ». Encore l’expression « Dieu est lumière » (Jn 1, 9) est dite au sujet du Père, mais au sujet du Fils, il est dit que le Verbe « était la vraie lumière ». (Jn 1, 9)
Fais attention à l’exactitude des mots. D’une part, c’est le Père qui est lumière mais l’expression vraie lumière n’est pas ajoutée aux mots concernant le Père, mais, d’autre part, quant à l’expression concernant le Fils, on a dit vraie lumière et personne n’a l’audace de parler autrement. Qui serait si fou ou plutôt qui, concentrant la démence en lui-même, aurait l’audace d’attirer sur lui-même la suspicion de blasphème parce que, ne trouvant pas le mot véritable dans le texte de l’Écriture, dirait au sujet du Père qu’il n’est pas vraie lumière ? Car si le Fils véritable, que le Père a engendré, est vraie lumière, le Père, qui l’a engendré, est sans aucun doute aussi vraie lumière. Celui qui l’a engendré de toute éternité et avant tout commencement est [certainement] vraie lumière. Et comme il ne faut pas avoir l’audace de dire que le Père n’est pas vraie lumière, quoique le mot véritable ne soit pas ajouté, nous savons comment penser pieusement nous-même, même si l’expression vraie lumière n’est pas écrite. Nous n’en doutons pas le moindrement afin de ne pas nous perdre, car il est écrit du Fils qu’il est Dieu. Et bien que l’expression vrai Dieu ne soit pas ajoutée, nous tomberions nous-même dans la démence, si nous avions l’audace de blasphémer et de ne pas dire que le Fils est vrai Dieu même si l’expression n’y est pas ajoutée. Car il est suffisant de porter sur chacune des Personnes tout ce qui est attribué à la Trinité et de déduire, à partir du Père, que le Fils est vrai Dieu et que l’Esprit est vrai [Dieu], les [attributs] équivalents de la vérité s’appliquant à chacun des deux noms : d’une part, pour le Père, vrai Dieu ; d’autre part, pour le Fils, Dieu ; de nouveau pour le Fils, vraie lumière, mais pour le Père lumière. [Ainsi nous voulons] unir deux expressions concernant la divinité : vrai Dieu pour le Père et vraie lumière pour le Fils ; lumière pour le Père et Dieu pour le Fils. Alors, à partir des mots lumière et Dieu, vrai Dieu et vraie lumière, nous confessons une seule divinité et une seule unité de la Puissance [divine].
Et c'est de même pour le Saint-Esprit : « Si je pars, celui-là viendra », « l’Esprit de vérité » (Jn 16, 7) dit-il. Et au sujet de lui-même, le Christ dit : « Je suis la vérité » (Jn14, 6) et au sujet du Père : « L’Esprit de mon Père qui parle en vous » (Ag 2, 5) et au sujet de l’Esprit : « Mon Esprit se tient au milieu de vous. » (Mc 1, 12 & Mt 4, 1) L’Esprit, d’une manière mystérieuse, travaille ensemble avec le Fils : « Il le fait sortir dans le désert » où « il a été tenté par le diable. » Le Seigneur lui-même a dit que l’ » Esprit du Seigneur, celui qui m’a oint » (Lc 4, 18), [est] l’Esprit saint qui a parlé dans les prophètes : « Ainsi parle le Seigneur qui gouverne tout » et « celui qui parle aux prophètes est le Seigneur » (He 1, 1). Il est « l’Esprit qui établit le tonnerre et qui crée le vent », le tonnerre qui résonne aux oreilles des hommes, qui crée le vent pour de fortes pluies envoyées par Dieu sur la terre. Au sujet des créatures, ainsi parle « celui qui établit le tonnerre et qui crée le vent » (Am 4, 13), il fait naître ces créatures. Mais, « envoyant son oint [son Christ] aux hommes », il ne crée plus ; il n’établit plus, mais « il l’envoie aux hommes ». (Am 4, 13) Le Fils est en vérité celui qui a été engendré de la vérité, celui qui est incréé, immuable et invariable ; celui qui existe toujours à partir de celui qui existe toujours, celui que [Moïse et] Jean ont prêché comme étant celui qui existe depuis toujours. Le Fils dit : « Celui qui existe m’a envoyé. » (Ex 3, 14) Moïse et Jean disent : « Celui qui existe dans le sein du Père, celui-là l’a fait connaître. » (Jn 1, 18) Le Père existe, le Fils existe ; celui « qui existe est tourné vers [est dans] celui qui existe, étant engendré de lui, n’étant pas fusionné au Père, n’ayant pas commencé à exister. Il est toujours le Fils légitime existant avec le Père, étant toujours le Fils légitime existant avec le Père qui est toujours le Père qui engendre le Fils. Il n’a jamais été un moment particulier où le Fils n’existait pas auprès du Père unique, car s’il y avait eu un moment où le Père n’était pas le Père, alors le même [le Logos] aurait été le Fils d’un autre Père avant que le Père ne soit le Père du Fils unique. Et [si c'était comme cela], ceux qui sont réputés entièrement pieux envers le Père seraient impies. En Dieu, il n’y a ni temps ni moment particulier, ni instant de temps, aucune fraction d’une heure, aucun clin d’œil, ni soudain mouvement de la pensée, mais chaque fois que ta pensée avance pour saisir le Fils et croire en lui, pense aussi au Père. Le nom [Père ou Fils] est significatif [pour chaque Personne]. Chaque fois que tu dis Fils, en disant Fils tu penses Père, car à partir du Fils le Père est pensé et chaque fois que tu dis Père, tu indiques le Fils, car le Père est entièrement nommé dans le nom du Fils.
Quand oseras-tu dire que le Père n’est pas le Père pour oser dire en même temps que le Fils n’est pas le Fils ? Si tu n’oses pas ajouter la dignité [de paternité] au Père (parce que le divin existe en identité et n’a besoin d’aucun ajout ni de gloire ni de croissance), « apprends à ne pas blasphémer », (1 T1, 20), ô lutteur contre la foi, ou plutôt toi qui te chasses toi-même loin de la foi, mais on croit depuis toujours que le Père engendre en vérité le Fils éternel, celui qui est réellement et depuis toujours tourné vers [est dans] celui qui est réellement Père. Mais le Fils a été engendré ; il est [ensemble avec le Père] depuis toujours n’ayant pas été fusionné avec Père, n’étant pas un frère du Père, mais un Fils de naissance et engendré du Père, Fils naturel, et non adoptif, Fils consubstantiel [homoousios] au Père, pas ensemble avec lui par fréquentation sociale, mais consubstantiel [homoousios], c'est-à-dire non en dehors du Père, ayant été engendré, comme le prétendent certains en feignant ignorance, voulant que le Fils ne soit pas Fils en vérité. Dire homoousios [par rapport au Fils] est le lien de la foi. Si tu avais dit homoousios, tu aurais brisé la force de Sabellios, car lorsque [on dit] homoousios le mot indique que [le Fils] existe à partir d’une seule hypostase[2], mais aussi il signifie que le Père est enhypostasié et que le Fils est enhypostasié et que le Saint-Esprit est enhypostasié. Mais lorsque quelqu’un dit homoousios, il signifie que [le Fils] n’est pas étranger à la même divinité, mais que Dieu le Fils est de Dieu ainsi que le Saint-Esprit est Dieu, de la même divinité, non trois dieux. Car si nous ne disons pas que le Fils et l’Esprit sont Dieu, nous disons deux dieux. Car notre Dieu est un, comme l’a dit le bienheureux Moïse : « Le Seigneur est ton Dieu ; le Seigneur est un. » (Dt 6, 4) Nous ne disons pas dieux en disant Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu le Saint-Esprit, non pas dieux. Il n’y a pas plusieurs Dieux en Dieu. Par les trois noms est signifiée une seule divinité, du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et il n’y a pas deux Fils, car le Fils est monogène [engendré par un pour être un] ; le Saint-Esprit est l’Esprit qui est saint, l’Esprit de Dieu, étant depuis toujours avec le Père et le Fils, n’étant pas étranger à Dieu, venant de Dieu, « qui procède du Père » (Jn 15, 26) et « prenant du Fils ». (Jn 16, 14) Mais le Fils monogène [engendré par un pour être un] est incompréhensible et l’Esprit est incompréhensible, venant de Dieu, n’étant pas étranger au Père et au Fils. L’Esprit n’a pas été fusionné avec le Père et le Fils, mais ils sont trois, depuis toujours, étant de la même essence, non d’une autre essence par rapport à la divinité ni d’une autre divinité par rapport à l’essence, mais le Fils et l’Esprit Saint sont la même divinité et de la même divinité.
Et le Saint-Esprit est esprit et le Fils est fils. L’Esprit, procédant d’auprès du Père et prenant du Fils (Jn 15, 26 & 16, 14) et « scrutant les profondeurs de Dieu » (1 Co 2, 10), annonce les choses du Fils dans le monde et il sanctifie les saints en troisième place de la Trinité, selon la désignation du nom (puisque la Trinité est le Père et le Fils et le Saint-Esprit, car il dit : « Sortez et baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19)). Ce dernier, étant le sceau de la grâce et le lien de la Trinité, pas une chose numériquement distincte d’elle, n’est ni séparé du nom, ni étranger à l’octroi des dons. Il y a un Dieu, une foi, un Seigneur, une grâce, une Église, un baptême. La Trinité est toujours Trinité et rien ne lui a jamais été ajouté, ainsi la rendant dénombrable : Père et Fils et Saint-Esprit. La Trinité n’existe pas par fusion, rien en elle n’est distinct de sa propre unité : en hypostase très parfaite, le Père est parfait ; parfait est le Fils et parfait est le Saint-Esprit : Père et Fils et Saint-Esprit. L’Esprit, par contre [de anapalin], est rangé parmi les dons de grâce, car « il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c'est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous. » (1 Co 12, 4-6) Que nous ne nous écartions pas de ce qui a été présenté jusqu’à maintenant ; que nous ne nous éloignions pas de la vérité. Nous ne plaidons pas pour Dieu[3], mais nous pensons pieusement afin de ne pas nous faire perdre et nous ne parlons pas comme ceux qui saisissent [Dieu, prétendant de le connaître], car nous sommes des hommes qui parlent des choses dont nous avons l’expérience. La dignité divine est infinie et [la Trinité] est dix mille fois plus glorifiée que nos pensées [sur elle] et elle est toujours glorifiée. Rien ne peut être ajouté à la gloire, ni ne peut être enlevé de ce qui lui est propre, car rien dans la Trinité n’est créé ni produit dans le temps, mais le Père a engendré le Fils. Il n’a jamais eu de temps lorsque le Fils n’existait pas ; le Père n’est pas appelé Père à partir d’un certain moment dans le temps, mais il a toujours été Père et le Fils a toujours été le Fils. Le Fils n’est pas un frère, mais un Fils engendré ; il est inexplicable et nommé ainsi d’une manière incompréhensible, étant toujours avec le Père ; il n’a pas commencé à exister à un certain moment. Le Père est donc inengendré, incréé et incompréhensible ; le Fils est engendré mais aussi incréé et incompréhensible ; l’Esprit Saint existe depuis toujours, n’étant ni engendré ni créé. Il n’est pas un frère, ni oncle, ni ancêtre, ni enfant, mais le Saint-Esprit est de la même essence du Père et du Fils, « car Dieu est esprit ». (Jn 4, 24)
Chacun des noms ne désigne qu’un seul [une seule Personne ;monônymon] et aucun d’eux ne nomme un autre, car le Père est Père et il n’y a personne ou rien en face de lui faisant ainsi son vis-à-vis. Le Père n’est pas uni à un autre Père, ce qui donnerait deux Dieux : impossible. Et le Fils est monogène, vrai Dieu de vrai Dieu ; il n’a pas le nom Père, mais il n’est pas étranger au Père. Il est le Fils du Père. Le Fils est monogène[4] afin de porter un seul nom [monônymon] ; il est Dieu de Dieu afin qu’il y ait un Dieu, appelé Père et Fils. Le Saint-Esprit est aussi monogène[5] n’ayant pas le nom Fils ni la désignation Père, mais il est ainsi appelé Saint-Esprit et n’est pas étranger au Père. Le monogène, le Christ, lui-même dit : « l’Esprit du Père » (Jn 15, 26) « qui procède du Père » et « qui prendra de moi » (Jn 16, 15) afin que l’Esprit ne soit pas nommé étranger au Père ni au Fils, mais qu’il soit de la même essence et de la même divinité, Esprit divin, « Esprit de la vérité » (Jn 15, 26), l’Esprit de Dieu, l’Esprit consolateur, ayant été appelé par un seul nom [monônymôs]. Il n’a personne ou rien en face de lui qui fait son vis-à-vis ; il n’est pas l’égal de quelque autre esprit ; il n’est pas appelé par le nom du Fils ni désigné par le nom du Père afin qu’il n’y ait pas de noms [ta monônyma] qui désignent plusieurs choses [homônyma], sauf que le mot Dieu désigne le Père, il désigne aussi le Fils et il désigne le Saint-Esprit ; les mots Dieu et de Dieu [s’appliquent aux trois]. L’Esprit est de Dieu et Esprit du Père ainsi qu’Esprit du Fils, pas par quelque mélange mais comme le corps et l’âme en nous. L’Esprit est au milieu [entre le] du Père et du Fils, étant du Père et du Fils, troisième par la désignation. Il dit : » Sortez et baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (Mt 28, 19) Si le Père baptise en son propre nom, au nom de Dieu, et si le sceau dont nous sommes marqués au nom de Dieu est parfait, et si le Christ baptise en son propre nom, au nom de Dieu, et si le sceau dont nous sommes marqués au nom de Dieu est parfait, qui oserait guerroyer contre sa propre âme en disant que l’Esprit est étranger à la divinité ? Car si [nous marquons d’un sceau] au nom du Père, au nom du Fils et au nom du Saint-Esprit, il y a un seul sceau de la Trinité. Une, certes, est la puissance de la divinité dans la Trinité, mais si l’un est Dieu, mais les autres sont créatures – donc ces dernières ne sont pas Dieu – par quelle parole sont unis les deux dans l’un par le sceau de perfection ? Donc, nous avons été marqués d’un sceau par un nom royal, celui de l’un, [c'est à dire] du Père, les autres [noms] ne sont pas royaux [et nous n’avons pas été libérés], mais nous sommes toujours esclaves des éléments et des créatures et le seul nom du Père ne pouvait pas sauver, mais le créateur a ajouté à lui-même deux éléments, selon la pensée de ceux qui blasphèment, dont le résultat est que sa divinité obtienne aussi d’autres puissances et que le créateur puisse sauver celui qui est marqué par lui d’un sceau et que l’homme créé par lui saisisse la libération à travers l’absolution des pécheurs.
Hélas, quel bavardage ; ô quel blasphème ! D’où une autre nouvelle incroyance a-t-elle pu se glisser furtivement dans la vie, ou plutôt, voudrais-je dire, une foi fausse ? Car la fausse foi est pire que l’incroyance, car cette dernière, parvenant à la foi, se dirige sur le bon chemin, mais la fausse foi est incorrigible et peut à peine être sauvée, à moins qu’il ne vienne de nouveau une onction d’en haut. Le bienheureux Pierre dit à Ananie : « Comment Satan t’a-t-il tenté de mentir ? » (Ac 5, 3) et encore il a dit : « Tu n’as pas menti aux hommes mais à Dieu. » (Ac 5, 4) Donc, l’Esprit est Dieu du Père et du Fils à qui ont menti ceux qui ont gardé pour eux-mêmes une part du prix. Et Paul s’accorde aussi avec cette parole en disant : « Vous êtes le temple de Dieu et l’Esprit de Dieu vit en vous. » (1 Co 3, 16) Alors donc, l’Esprit est Dieu, comme on l’a déjà dit. C'est pourquoi les hommes saints, ceux qui laissent le Saint-Esprit vivre en eux, seront appelés temples de Dieu. Ainsi témoigne le chef suprême des apôtres, celui qui a été jugé bienheureux par le Seigneur, parce que « le Père [le] lui a révélé ». (Mt 15, 17) Donc le Père [lui] a révélé le Fils véritable et [l’]a estimé bienheureux et le même, le Père, a encore révélé son Saint-Esprit. Ainsi il convenait pour le premier des apôtres, celui qui est la pierre solide « sur laquelle l’Église de Dieu a été construite et contre laquelle les portes de l’Enfer ne prévaudront pas. » (Mt 16, 18) Les portes de l’Enfer sont les hérésies et les chefs des hérésies. De toutes sortes de manières, la foi a été affermie en lui qui tient la clé des cieux et qui, en déliant sur terre, délie aux cieux. En Pierre, toutes les questions subtiles de la foi seront trouvées [illustrées]. Pierre a renié trois fois et il s’est condamné trois fois jusqu’à ce que le coq ait chanté. Pour signifier la surabondance de son amour pour son propre maître, Pierre a insisté fortement en disant : « Même si tous te renient, je ne te renierai pas » (Mt 26, 32 ; Mc 14, 24) et ainsi Pierre l’a reconnu comme homme véritable. Pierre est celui qui a pleuré en entendant le chant du coq afin qu’il confesse en vérité que l’arrestation du Fils de Dieu n’était pas une apparence mais la vérité et qu’il dise, en pleurant sur son arrestation orchestrée par les pharisiens, que le Christ est homme véritable. Pierre est celui qui est sorti pour aller pêcher en Galilée ; il était un compagnon de celui qui se reposait sur la poitrine [du Christ] Celui-ci, Jean, d’une part, a appris auprès du Fils et prenant du Fils la puissance de la connaissance, il [l’]a révélée ; celui-là, Pierre, d’autre part, a reçu de l’aide d’auprès du Père et a affermi les fondements de la certitude de la foi [par sa confession]. C'est Pierre qui, après avoir été appelé, était dans le bateau sur le lac de Tibériade, nu, et pêchait – le disciple que Jésus aimait était avec lui. Et sur la parole que le Sauveur a dite : « Mes enfants, n’avez-vous pas un petit quelque chose à manger ? » et encore : « Jetez sur le côté droit du bateau et vous en trouverez » (Jn 21, 6), sur cette parole stupéfiante dite à Pierre, Jean, celui que Jésus aimait, a dit : « C'est le Seigneur » (Jn 21, 7), lui, le Christ, qui était, d’une part, homme selon la chair à partir de Marie qui l’avait conçu en vérité et non pas en apparence, mais Dieu, d’autre part, selon l’Esprit qui des cieux venait du Père. Pierre est celui qui a entendu d’auprès du Christ : « Pierre, pais mes brebis » ; il est celui qui était jugé digne de devenir le pasteur du troupeau, conduisant les brebis bien dans la puissance de son propre maître, confessant [l’incarnation] selon la chair, annonçant en vérité les choses du Père concernant le Fils, signifiant l’Esprit et sa dignité en divinité, donnant la main droite à Paul et à Barnabé et étant un compagnon avec Jacques et Jean afin que « par le témoignage de trois, toute parole soit établie. » (Dt 19, 15)
Rien ne peut être établi sauf par deux ou trois témoins, car sur des témoins [même la foi] a été fondée par des paroles voilées de ceux qui vivaient sous la Loi. [Il est vrai] que ces derniers ne reconnaissaient que le Père à moins qu’ils aient accepté le pouvoir du Fils. Ainsi, à travers le témoignage du Père et du Fils, ils seraient confirmés et par le témoignage du troisième, ils auraient accepté le Saint-Esprit et seraient rendus complets [ayant ainsi trois témoins].[6] Pour cette raison, les voix des chérubins et des séraphins criaient clairement et fortement : « Saint, Saint, Saint. » (Jr 6, 3) Car la glorification au ciel ne s’accomplit pas par deux exclamations. Et les mêmes saintes puissances invisibles, spirituelles et vivifiantes n’ont pas non plus crié « Saint » une quatrième fois et les mêmes puissances n’ont pas crié un quatrième « Saint » [Personne]. Ils ne l’ont pas invoqué seulement une fois non plus, mais trois exclamations distinctes : « Saint, Saint, Saint. » Et ils ne disent pas « Saint, Saint » pour ne pas déclarer l’unité sous plusieurs noms et pour ne pas cacher le chiffre 3, mais, d’une part, ils offrent la louange trois fois et, d’autre part, ils prononcent le chant unanimement et d’une manière une, afin de ne pas nommer une pluralité de Dieux. Car Dieu est un, le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père avec le Saint-Esprit. Et pour cette raison, ce dernier est le « Saint demeurant dans les saints ». (Is 57, 15) Ainsi, il y a donc le Père véritable [et] substantiel [« enhypostasié »] et le Fils véritable [et] substantiel [« enhypostasié »] et le Saint Esprit véritable [et] substantiel [« enhypostasié »][7] : les trois étant une seule divinité, une seule essence, une seule glorification, un seul Dieu. En nommant le Fils, tu as embrassé la Trinité en pensées ; tu avais l’Esprit Saint, tu es jugé digne de la puissance paternelle et du Fils de Dieu. Tu as glorifié le Père, tu as fait connaître le Fils et l’Esprit Saint, mais non par une fusion, car le Père est Père, le Fils est Fils, et le Saint-Esprit est Saint-Esprit. La Trinité n’est pas étrangère, par contre, à l’unité ni à l’identité. Le Père est honoré comme Père, le Fils est honoré comme Fils, et le Saint-Esprit est honoré comme Esprit véritable et Esprit de Dieu. Ainsi le Fils monogène dit : « Celui qui honore le Père honore le Fils » (Jn 5, 23) ; en disant Père, tu signifies le Fils et tu honores le Fils ; et il dit : « Celui qui honore le Fils honore le Père. » (Jn 5, 23) Car en nommant le Fils, tu honores le Père, mais non en disant qu’il est inférieur au Père.
Si une telle pensée[8] est absente de nous les hommes et si nous ne voulons pas que les fils soient inférieurs, n’ayant pas un honneur inférieur à l’honneur paternel (car le mépris manifesté envers les fils équivaut au mépris manifesté envers les pères), combien de plus Dieu le Père ne voudrait-il jamais que son Fils soit inférieur ? Dans ce cas-là, si quelqu’un croit que le Fils véritable du Père manque quelque chose de la gloire paternelle, cet homme déshonore le Père, [lui ajoutant du mépris] à la place de l’honneur, et celui-là est emporté par ignorance. Donc, comme [le Fils] révèle le Père, en disant : « Personne n’a vu le Père si ce n’est le Fils et personne n’a vu le Fils si ce n’est le Père » (Mt 11, 27), j’ose dire que personne n’a vu l’Esprit si ce n’est le Père et le Fils de qui [du Père] il procède et de qui [du Fils] il prend. Ceux qui ne parlent pas selon la vérité mais par folie ou qui sont plutôt possédés, comment osent-ils dire que l’Esprit est étranger à Dieu ? [Comment se fait-il que] ceux-là n’apprennent pas de la voix véridique de saint Paul, digne de foi, à qui le chef suprême des apôtres, Pierre, a donné la main droite, ce Pierre qui a été jugé digne de tenir la clé du royaume ? [Comment se fait-il qu’ils n’apprennent de] Paul qui a entendu du ciel « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9, 4) C'est Paul qui a été jugé digne d’entendre « des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme de dire » (2 Co 12, 4) ; c'est Paul qui a dit que « personne n’a vu les choses de l’homme si ce n’est l’esprit de l’homme, l’esprit qui vit en lui » (1 Co 2, 11) ; c'est encore Paul qui, à partir du modèle [de la copie], voulait expliquer les choses célestes non pas que le modèle [la copie] de l’homme soit copié en Dieu, mais que par le modèle [la copie], il révèle une part des choses célestes. Toute la création réunie : les anges, les archanges, les chérubins et les séraphins avec toutes les puissances célestes, dans les cieux et sur la terre, les choses terrestres, célestes, souterraines, les corps lumineux et les étoiles, les choses sèches et les choses humides – en un mot, toutes les choses au ciel et sur la terre ne peuvent pas être expliquées ni être considérées égales à leur maître. Selon la grâce, Dieu a accordé l’image à l’homme, en disant : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa. » (Gn 1, 27) Par grâce, tout homme a l’image, mais personne ne pourra être l’image de son maître, car, d’une part, il y a l’invisible et, de l’autre, le visible ; l’immortel et le mortel. D’une part, on a le puits de toute la sagesse qui a toutes choses parfaites en lui et, de l’autre, on a l’homme qui n’a que quelques grâces, ayant abandonné les plus parfaites. À moins que Dieu ne veuille accorder à ceux qui reviennent [par le repentir], selon le mérite, la perfection selon la grâce.
Cependant, en se servant d’une comparaison, le même saint apôtre, Paul, dit : « Qui donc entre les hommes sait ce qui concerne l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît ce qui concerne Dieu… » (1 Co 2, 10) Et il n’a pas dit sinon l’esprit de Dieu qui habite en lui, mais seulement « l’Esprit de Dieu » afin que personne ne pense que le divin est un composé ou une addition de parties. Il dit : « …sinon l’Esprit de Dieu », car « l’Esprit de Dieu en effet sonde tout jusqu’aux profondeurs de Dieu. » (1 Co 2, 10) Donc, l’Esprit de Dieu n’est pas étranger à Dieu, sondant les profondeurs de Dieu. Si la divine Écriture nous blâme [si nous essayons de sonder les choses cachées] en disant : « Ce qui t’a été commandé, pense à ces choses, car il n’est pas nécessaire que tu sondes les choses cachées » (Si 3, 22) et « Ne cherche pas ce qui est au dessus de toi, ni n’examine les profondeurs » (Si 3, 21), dirons-nous alors, concernant le Saint-Esprit, qu’il sonde les profondeurs de Dieu parce qu’il est excessivement curieux ou parce qu’il est tout à fait naturel pour lui [de le faire] ? Où sonde-t-il les profondeurs de Dieu ? Par quelle cause ? Parle, ô homme sans intelligence. Comme s’il se mêlait indiscrètement de quelque chose ? Comme s’il examinait les affaires d’autrui ? Comme s’il ne désirait pas ses propres choses ? Que cela n’arrive jamais. Mais lorsque les saints sont jugés dignes de recevoir en eux le Saint-Esprit, aussitôt le Saint-Esprit vit en eux et aussitôt le Saint-Esprit est né dans les saints ; il leur accorde la grâce de sonder les profondeurs de Dieu afin de le glorifier profondément. Comme même David le confesse, en disant : « Des profondeurs j’ai crié vers toi, Seigneur » (Ps 129, 1) d’une manière infiniment grande et non d’une manière très petite et simple comme disent les ariens et tous les autres étrangers [à la foi]. Depuis la Loi donnée par Moïse, les hérésies qui ont égaré les hommes après lui et avant l’avènement du Christ incarné sont au nombre de 11 et après l’avènement de l’incarnation, 60 autres, à part toutes ces hérésies d’avant la Loi, 5, et les 4 autres hérésies des Grecs, lesquelles ensemble font 9 d’avant la Loi. Ensemble toutes les hérésies avec leurs mères atteignent le chiffre 80, et ces mères sont en vérité 5 : le barbarisme, le scythisme, l’hellénisme, le judaïsme et le samaritanisme. Ensuite, il y a quatre hérésies venant de l’hellénisme : les pythagoriciens, les platoniciens, les stoïciens et les épicuriens. De la Loi jusqu’à l’avènement dans la chair du Christ, il y en a 11. Du judaïsme, il y en a sept : les scribes, les pharisiens, les sadduciens, les osséens, les nazoréens, les hémérobaptistes et les hérodiens. Des samaritains, il y a 4 hérésies : les gorothéniens, les sébuens, les esséniens et les dosithéens. Ensemble, il y a 11 hérésies après la Loi venant des juifs et des samaritains.
Donc, il y avait en tout 20 hérésies avant l’avènement du Christ dans la chair, ayant commencé avec Adam jusqu’au Christ. Après l’avènement du Christ dans la chair jusqu’au règne de Valentinien, de Valens et de Gratien, il y a 60 hérésies qui ont faussement prononcé le nom du Christ. Ainsi elles sont énumérées :
Je me suis tout simplement désolé, et je me désole encore, d’énumérer un si grand nombre de telles hérésies et de raconter leurs pratiques criminelles, [mais] je parlerai encore de deux schismes : [le premier, celui] des melétiens d’Égypte déjà mentionnés, qui, par la chute de quelques-uns au moment de la persécution, ont été reçus auprès des nôtres dans leurs rangs cléricaux, après [avoir manifesté] du repentir, eux qui s’étaient séparés eux-mêmes ; mais ils n’étaient pas en hérésie. [Le second schisme est celui] des audiens en Mésopotamie, également déjà mentionnés, qui étaient en schisme sans avoir une foi étrangère ; ils aimaient seulement se disputer, d’une manière simple et enfantine, du « selon l’image » ; ils ne révoltaient pas contre la foi en se séparant, ni pour une autre raison, mais par un sens exalté de justice, selon eux parce qu’ils ne [veulent] pas avoir communion avec les évêques et les prêtres qui ont accepté de l’or et de l’argent et parce qu’ils [veulent] célébrer Pâques en même temps que les juifs la célèbrent. Alors pour ces raisons, ils se sont séparés et se sont éloignés de l’unité de l’Église orthodoxe. Car ceux qui n’ont pas accepté le Saint-Esprit n’ont pas appris les profondeurs de Dieu et ils se sont détournés vers ces hérésies et schismes par un prétexte de vaines paroles. Car ceux qui abandonnent la vérité ont marché sur beaucoup de chemins, tantôt çà tantôt là, concevant autres choses. Mais le même saint apôtre, Paul, parle et nous explique ceci : « Nous avons reçu l’Esprit de Dieu, afin de connaître les dons gracieux que Dieu nous a faits. Et nous en parlons non pas avec des discours enseignés par l’humaine sagesse, mais avec ceux qu’enseignent l’Esprit, s’exprimant en termes spirituels des réalités spirituelles. » (1 Co 2, 12-13) Et ainsi de suite. Donc, l’Esprit de Dieu n’est pas étranger à Dieu, car s’il est étranger à Dieu, comment connaît-il les profondeurs de Dieu ? Mais que me diras-tu, ô homme de vaine gloire, ô lutteur contre toi-même, pour me convaincre de ne plus dire que l’Esprit Saint [est] de Dieu ? Pourquoi alors, ô homme de vaine gloire, luttes-tu contre Celui qui ne fait pas la guerre ? Pourquoi combats-tu contre Celui qui ne combat pas ? « Il est dur pour toi de regimber contre l’aiguillon. » (Ac 26, 14) Tu te scandalises toi-même, et non le Verbe ; tu te condamnes et non l’Esprit ; tu te détaches de la grâce de Dieu et non le Fils du Père, ni l’Esprit Saint du Père et du Fils.
Tu parles certainement avec finasserie, car j’ai déjà entendu aussi quelques déclarations sottes qui transforment la vérité de notre Dieu et Sauveur en blasphème : « “Il sonde les profondeurs de Dieu, mais il ne [les] comprend pas” ; ces mots ne sont pas ajoutés au texte. L’apôtre a seulement dit “Il sonde les profondeurs de Dieu” et il n’a pas ajouté “et il [les] comprend.” » Ô quelle énorme stupidité ! Car, après avoir dit « il sonde », était-il nécessaire, ô homme frappé de stupeur, de dire « et il [les] comprend » ? Selon ta faible pensée, le texte est incomplet si « et il [les] comprend » n’est pas ajouté à cette lecture ? Mais maintenant, il ne te reste pas d’excuse, car, de toutes façons, l’Écriture unit la vérité à l’homme pieux. Au sujet de Dieu tout-puissant, il est écrit ainsi : « Dieu scrute les reins » (Jr 11, 20) et « il scrute le cœur et […] sonde les reins » (Jr 17, 10) Mais s’il scrute les reins, n’est-ce pas le cas qu’il connaisse ce qu’il scrute ? Or la totalité de la connaissance n’est-elle pas connue par le fait de scruter ? Encore, quant à « sonde le cœur », « et il [le] comprend » n’est pas ajouté. Soit, « et il [le] comprend » n’est pas ajouté au texte, mais je me procurerais la mort si j’insérais « et il ne [le] comprenait pas » au texte, selon ta parole, n’est-ce pas, ô insensé ? Ainsi donc, même au sujet de l’Esprit Saint, il est dit qu’il sonde et il n’est pas nécessaire de dire qu’il comprend aussi, car par l’expression même, il est montré que la connaissance de Dieu et des profondeurs de Dieu est dans le Saint-Esprit. Et s’il n’est dit « et il [les] comprend », pense la même chose et tu ne perdras pas ta propre âme. Comme il ne faut pas avoir l’audace de dire au sujet du Père, « il sonde et il ne comprend pas » – car lui-même a créé l’homme avec le Fils et le Saint-Esprit, car si la Trinité est toujours la Trinité, rien ne lui est jamais ajouté – ainsi donc même au sujet de l’Esprit Saint, il faut penser [de même]. Car lorsqu’il est dit : « faisons l’homme » (Gn 1, 26) et « Au commencement, Dieu a fait le ciel et la terre » (Gn 1, 1), il fait sonner l’appel du Père appelant [toutes choses] à la création et disant « faisons » par lequel mot je ne voudrais pas désigner seulement le Fils mais aussi l’Esprit Saint. Ainsi il dit : « Par le Verbe du Seigneur les cieux ont été affermis et par l’Esprit de sa bouche, toute leur puissance. » (Ps 32, 6) Donc le Logos crée avec le Père, il crée et aussi avec le Saint-Esprit. Alors, celui qui a fait l’homme, le Dieu tout-puissant, ne connaît-il pas les choses de l’homme, celui qui « sonde le cœur » ? Mais le texte confirme la plénitude de la connaissance de Dieu en disant cela, afin qu’aucun pécheur parmi nous n’ait l’habitude de cacher quoi que ce soit de Dieu, car il connaît l’homme et les choses de l’homme.
Donc, le Père sonde le cœur et il le connaît ; l’Esprit sonde les profondeurs de Dieu et il les connaît, car il révèle aux saints les mystères de Dieu et il enseigne à glorifier le Dieu des profondeurs et il montre l’incompréhensibilité de celui-là aux siens. Voilà pourquoi l’Esprit n’est pas étranger à Dieu, car il n’a pas dit au sujet des anges qu’ils sondent les profondeurs de Dieu ni au sujet des archanges. « Car personne ne sait le jour ni l’heure » (Mt 13, 32) a dit le Fils de Dieu, « ni les anges du ciel ni le Fils, seulement le Père. » (Mt 24, 36). Les insensés, ceux qui ne se sont pas ornés du Saint-Esprit, croient que quelque chose qui pourrait être dans le Père, n’est pas dans la divinité du Fils.[9] [Mais ils ont été directement réfutés] : « Car comme le Père a la vie en lui-même, ainsi le Fils a la vie en lui-même » (Jn 5, 26) et « toutes les choses de mon Père sont à moi » (Jn 16, 15) dit le même saint Logos de Dieu. [Ce dernier] a certaines choses du Père, [pas] toutes ? La divinité est du Père ; c'est aussi du Fils. La vie est du Père ; c'est aussi du Fils. La lumière est du Père ; c'est manifestement aussi du Fils. L’immortalité est du Père ; c'est également du Fils. L’incompréhensibilité du Père est aussi du Fils. Toutes les choses du Père sont du Fils. Si, donc, les choses du Père sont de lui [du Fils] et si la connaissance est dans le Père et dans le Fils, elle existe aussi dans le Saint-Esprit. Si quelqu’un croit que le Fils ne sait pas le jour, que l’ignorant apprenne et ne blasphème pas.
Si même les anges n’ont pas la plus grande autorité et connaissance, il ne faut jamais dire que le Fils de Dieu et son Saint-Esprit en soient aussi déficients. Par l’inspiration divine, le Fils, le saint Logos qui du Père est venu vers nous, dit que les psychiques[10] s’interrogent [sur beaucoup de choses] sans penser selon la sagesse du Fils, mieux dit, selon la parole de la sagesse. Je te pose des questions ; dis-moi : Qui est plus grand, le Père ou ce jour dont le Fils parle ? Tu n’oserais pas dire que le Père n’est pas plus grand. Donc, si le Père est plus grand que le jour et l’heure et de toutes les choses créées et qui seront créées par lui, [et si] personne ne connaît le Père, sauf le Fils, qu’est-ce qui est plus grand : connaître le Père ou connaître ce jour-là ? Connaître le Père, évidemment. Comment se fait-il donc que celui qui connaît les plus grandes choses ne connaisse pas les plus petites ? Si donc le Fils connaît le Père, il connaît certainement aussi le jour. Alors, le Fils ne manque aucune connaissance. Mais tu diras que le Père, étant plus grand, a la connaissance de toutes choses, mais le Fils nullement, comme le Fils lui-même le dit : « Mon Père est plus grand que moi. » (Jn 14, 28) Mais voilà pourquoi le Fils, en honorant le Père, dit, comme il convenait, [que le Père est] plus grand que celui qui a été honoré par le Père, car il fallait en vérité que le Fils légitime honore son propre Père afin de montrer sa légitimité. Mais comment se fait-il que tu croies que le Père est plus grand ? En volume ou en masse ou en temps ou en moment opportun ou en dignité ou en divinité ou en immortalité ou en éternité ? Ne crois pas tout cela [que le Père est plus grand], car dans la divinité rien n’est partiel par rapport au Fils, mais comme le Père est Père et comme [le Fils] est Fils légitime, celui-ci honore son propre Père. La divinité n’a rien de masse en elle pour que le Père ait une masse plus grande que le Fils. Il ne dépend pas du temps de sorte que le Père existe plus longtemps que le Fils. Le Père n’est pas fixé à une certaine élévation (car il contient toutes choses et lui n’est continu par rien) de sorte que le Fils se pense inférieur, car il est assis à la droite du Père, mais il n’est pas dit qu’il est entré dans le Père afin que Sabellius soit réfuté et qu’Arius soit condamné pour son blasphème.
Pour cette raison, ne cherche pas les choses qu’on ne peut pas examiner, mais honore le Fils afin d’honorer le Père. En entendant [cette phrase] au sujet de Dieu : « Personne n’est bon sauf un, Dieu » (Lc 18, 19), n’ose pas dire que le Fils n’est pas bon parce qu’il honore le Père d’une manière extraordinaire. Car il ne nie pas sa propre bonté en disant que le Père est bon, mais au contraire, il traite le Père lui-même de plus grand parce qu’il ne veut pas l’honneur des hommes, mais il fait monter l’honneur sur son propre Père afin que, à partir de la bonté du Père, la connaissance de la bonté du Fils de Dieu soit connue, lui qui est engendré à partir du bon Dieu Père. Car très faibles d’esprit sont ceux qui osent dire une telle chose au sujet du Fils parce l’Écriture dit : « Un est bon, Dieu ». (Mc 10, 18) Voici que la divine Écriture nous enseigne beaucoup de choses en appelant « bon un enfant pauvre et sage. » (Qo 4, 13) Ailleurs il est écrit : « Samuel était bon devant Dieu et les hommes » (1 S 2, 26), « bon était Saül fils de Kis de la tribu de Benjamin, plus grand que tout Israël, des épaules et plus haut » (1 S 9, 2), « il est bon d’entrer dans une maison de chagrins » (Qo 7, 3), « ouvre, Seigneur, le ciel, ton bon trésor » (Dt 28, 12), « bonne est une parole au-dessus d’un présent » (Si 18, 17), « bon est un chien vivant plus qu’un lion mort » (Qo 9, 4), « bon est deux plus qu’un » (Qo 4, 9) et « bonne est la fin d’une chose au-dessus du début ». (Qo 7, 9) [Le Seigneur a dit : ] « vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants » (Mt 7, 11) lorsqu’il parlait du poisson et du pain. Comment donc oses-tu penser que le Fils a renié sa propre bonté et qu’il ne voulait pas plutôt renvoyer la bonté sur le Père par une surabondance d’honneur ? Car le Fils a vu que celui qui lui disait « bon maître » (Mc 10, 17) parlait de la bouche et pas du cœur et il voulait le convaincre qu’il n’avait pas été persuadé par ses lèvres, mais que le Fils sonde le cœur, comme aussi dans un autre lieu il dit : « Pourquoi me dites-vous ‘Seigneur, Seigneur’, et vous ne faites pas ce que je dis ? » (Lc 6, 46) De cette manière, il voulait le convaincre, car l’homme l’avait appelé « bon maître » mais l’homme ne restait pas dans sa foi afin de croire en la bonté du Fils.
Donc c’est lui qui est le saint Logos vivant, doué de l’existant[11], le roi du ciel, le Fils légitime, celui qui est toujours avec le Père, celui qui sort du Père, « le resplendissement de sa gloire, l’effigie de sa substance » (He 1, 3), « l’image du Père » (Col 1, 15) en vérité, celui qui partage le trône avec le Père, « dont le royaume n’a pas de fin » (Lc 1, 33), » le juge des vivants et des morts » (Ac 10, 42), la sagesse de la sagesse, la source de la source (car « moi » dit-il, je suis « la source d’eau vive, [mon peuple m’a abandonné] pour se creuser des citernes, citernes lézardées » (Jr 2, 13)), la rivière qui ne tarit pas et « qui réjouit la cité de Dieu » (Ps 45, 5), celui qui sort de la source, comme il est dit, « de son sein couleront des fleuves d’eau vive », le sceptre de David, la racine de Jessé et son rejeton, le lion, le roi de la tribu de Juda, la brebis rationnelle, la pierre vivante, « l’ange du grand conseil » (Is 9, 6), l’homme en vérité et Dieu en vérité existant, n’ayant pas transformé la nature, n’ayant pas altéré la divinité, celui qui a été engendré dans la chair, le Logos fait chair, le Logos devenu chair, celui qui retient la chair après être devenu chair (car l’Écriture ne dit pas : « le Logos devenant »). Mais après avoir dit cela, le Logos met simplement « la chair », mais après la chair, il est dit : « s’est fait/est devenu » afin de faire comprendre que c’est de Marie qu’il « s’est fait/est devenu » pour que le Logos d’en haut soit compris comme descendant d’auprès du Père. Celui-ci est le saint Logos vivant, celui qui est Dieu tourné vers le Père, « l’ange du grand conseil » (Is 9, 6), celui qui annonce la volonté du Père, « le Père du siècle à venir » (Is 9, 6). Il dit : « Personne ne connaît le jour ni l’heure, même pas les anges qui sont dans le ciel » (Mc 13, 32), car les anges ne savent pas que le Fils a ajouté exprès « sauf le Père ». Donc, si le Fils connaît le Père, mais si le Père est plus grand que le jour et l’heure, ce dont personne ne doute, comment se fait-il donc que celui qui connaît le plus grand ne connaisse pas le plus petit ? Car personne ne connaît le Père sauf le Fils et personne ne connaît le Fils, sauf le Père, car comme le Père est grand parce qu’il connaît le Fils, ainsi aussi le Fils est grand parce qu’il connaît le Père. Donc, s’il connaît le Père qui est plus grand, comment se fait-il qu’il ne connaisse pas le plus petit, c’est-à-dire le jour et l’heure ? Sonde la divine Écriture et apprends la puissance du Saint-Esprit qui connaît le Père et le Fils et il te révélera la connaissance du Logos, le Fils de Dieu, afin que tu ne t’éloignes pas de la vérité et que tu ne perdes pas ta propre âme.
Selon la divine Écriture, il y a deux manières de connaître, deux manières de savoir : l’une, selon l’activité corporelle [expérience concrète, pratique] et l’autre, selon l’activité mentale [connaissance abstraite, théorique]. Afin de montrer les choses semblables [analogies] par des exemples et, par beaucoup de ces exemples, de rendre droite ta pensée erronée, ainsi que celle de ceux qui pensent comme toi, [je veux que] tu apprennes ce que la divine Écriture dit au sujet d’Adam : elle dit qu’Adam et Ève « étaient nus dans le jardin et ils n’avaient pas honte » (Gn 3, 1), mais ils n’étaient pas aveugles, car ils voyaient. S’ils n’avaient pas pu voir, comment auraient-ils pu reconnaître l’arbre comme « bon à manger et séduisant à voir » ? (Gn 3, 6a). Et l’Écriture dit d’Ève qu’ » elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle. » (Gn 3, 6b) Alors donc, ils n’étaient pas aveugles, mais avaient les yeux ouverts, et ils voyaient qu’ils étaient nus sans en avoir honte et ils se connaissaient comme nus. Pourtant, ils se connaissaient selon l’activité mentale et non selon l’activité corporelle. Après l’expulsion du jardin pour avoir mangé de l’arbre, et beaucoup plus tard, dit l’Écriture : « Adam a connu Ève sa femme. » Alors, comment est-ce possible ? Eh bien, ils se voyaient nus et ils se connaissaient par la vue, mais pas en actes, mais l’Écriture parle d’une connaissance due à leur union l’un à l’autre, mais elle sait parler de connaissance et de connaissance. Car encore elle parle ainsi : « Jacob a connu Léa sa femme et s’unissant à elle, elle a enfanté » (Gn 29, 32), mais il l’avait connu bien avant, car il était avec elle pendant sept ans pasteur des brebis de Laban, le père de Léa. Il la connaissait par la connaissance des yeux et par l’activité mentale ; il ne la connaissait pas par l’activité corporelle. « Et il a connu Rachel, sa femme » (Gn 30, 22) et dans un autre passage, l’Écriture dit : « Le roi David était un vieillard et avancé en âge ; on lui mit des couvertures sans qu’il pût se réchauffer. Alors ses serviteurs lui dirent : “Qu’on cherche pour Monseigneur le roi une jeune fille qui assiste le roi et qui le soigne : elle couchera sur ton sein et cela tiendra chaud à Monseigneur le roi.” Ayant donc cherché une belle jeune fille […], on trouva Abishag de Shunem et on l’amena au roi. Cette jeune fille était extrêmement belle ; elle soigna le roi et le servit, mais il ne la connut pas. » (1 R 1, 1-4) Alors elle était unie à lui comme en un seul corps, comme faisant avec lui une seule côte. Mais de quelle sorte de connaissance parle l’Écriture ? Celle de la vue ou celle des actes ? Et elle dit : « Le Seigneur connaît les siens. » (2 T 2, 19 ; Nm 16, 5) Est-ce donc possible qu’il ne connaisse pas [les autres] qui sont des siens ? Et elle dit encore : « Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » (Lc 13, 27) Est-ce donc possible qu’il y ait un manque de connaissance dans le Fils de Dieu ? Et encore elle dit : « Je n’ai connu que vous de toutes les familles de la terre. » (Am 3, 2). Est-ce donc possible qu’il ne connaisse pas les autres familles de la terre ? Jamais de la vie ! Mais la divine Écriture reconnaît [deux sortes de] connaissances : celle selon l’activité mentale et celle selon l’activité corporelle.
Puisque le Fils unique, réalisant la volonté du Père, [s’apprêtait à juger le monde], il a déjà manifesté toutes choses parfaites [disant que le Père a donné tout jugement au Fils (Jn 5, 22)][12], car le Père connaît l’heure et le jour. Il les connaît et selon la connaissance mentale et selon les actes, car il connaît toutes choses. Mais puisque le Fils dit : « Le Père a donné tout jugement au Fils » (Jn 5, 22), le Père juge, mais pas directement parce qu’il a donné tout jugement au Fils. Car Dieu ne s’est pas exclus du jugement de ceux qui sont à juger et puisque le Père ne juge pas, il a déjà jugé. Mais le Fils connaît le moment de son retour, car lui-même il inaugure l’heure, il fixe ses limites, il la conduit et il la rend parfaite. On dit : « Ce jour-là arrive comme un voleur en pleine nuit » (1 Th 5, 2) et « Vous n’êtes pas dans les ténèbres de sorte que ce Jour vous surprenne… » (1 Th 5, 4) Donc, si les serviteurs du Christ sont des enfants du jour, est-ce donc possible que le Fils, lui-même qui inaugure le jour, ne le connaisse pas de sorte que le jour le surprenne et qu’il ne l’inaugure plus ? Celui qui a de telles idées ne blasphème-t-il pas en concevant des choses inconvenantes au sujet du Père et du Fils ? Et le Père connaît le jour et l’heure selon deux moyens : selon la connaissance mentale et selon les actes, car il sait quand le Fils viendra ; par contre, il a déjà jugé ayant désigné le Fils comme juge et il connaît le jour par les actes. Mais le Fils de Dieu connaît quand il viendra, il inaugure ce jour et il n’en manque pas de connaissance, mais il ne le connaît pas encore en actes. Alors les impies font toujours des choses impies, les infidèles agissent selon leur infidélité, ceux qui ont une foi erronée blasphèment, le diable agit, les erreurs surviennent, l’injustice règne et le jugement se fait attendre jusqu’à ce que le Fils vienne, qu’il connaisse le jugement en actes, qu’il punisse et qu’il sauve ceux qui en vérité espèrent en lui et ne blasphèment pas sa divinité ni celle du Père ou de l’Esprit Saint.
D’un côté, cette dignité de connaître selon les deux manières manque aux saints anges, mais de l’autre, ils sont à honorer parce qu’ils ont reçu de l’honneur accordé par le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Il leur manque quand même ceci : ils ne savent pas quand les choses prédéterminées auront lieu, car par sa propre autorité, le Père a fixé les temps. (Ac 1, 7) Si le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père, alors aucune autorité qui est dans le Père ne manque dans le Fils, mais elle manque aux anges. Les anges, les archanges et les puissances sont des créatures, mais le Père est incréé, le Fils est incréé et l’Esprit de Dieu est incréé. Les anges ne savent pas le jour et l’heure ni selon l’activité mentale ni selon les actes. Ils ne savent pas quand il plaira au Père, au Fils et au Saint-Esprit d’inaugurer le jour et ils ne savent pas non plus, par la connaissance pratique, quand ils seront ordonnés de sortir, de rassembler l’ivraie et de l’emballer en bottes pour être brûlée dans le feu inextinguible. Donc ils n’ont pas encore agi et ils ne savent pas le moment ; c'est le Père qui sait le jour et qui a agi. Le Fils, par contre, sait le jour, mais il n’a pas encore agi, c'est-à-dire : « le Père seul, pas les anges ni le Fils. » (Mt 24, 36) Nous devrions avoir à l’esprit la puissance des Écritures pour que la lettre ne naisse pas en nous, la lettre qui est la mort. Elles disent : « La lettre tue mais l’esprit donne la vie. » (2 Co 3, 6) Nous devrions posséder l’Esprit pour pouvoir tirer profit de la lettre, car finalement ce n’est pas la lettre qui tue – la vie est dans les Écritures – mais elle tue celui qui s’approche de la lettre d’une manière insensée et qui n’a pas l’Esprit qui fait comprendre, l’Esprit qui ouvre la lettre et la cache en lui. Ce Père saint a engendré de lui-même son Fils unique et légitime et a donné son Saint-Esprit à sa sainte Église dans une seule connaissance de concorde, en un lien de perfection. Pour que nous emportions sur nous le sceau au nom du Père parfait et Dieu, nous tenons le sceau au nom du Fils parfait et Dieu et au nom de l’Esprit divin et parfait. Ô sainte Trinité, qui es comptée trois en un nom, car il n’est pas dit un et deux ni un seul plus un seul, mais un seul en trois et trois en un seul, une seule forme, un seul nom, un Dieu : le Père dans le Fils et le Fils dans le Père avec le Saint-Esprit.
Appelle à la barre les témoins de la vérité ; appelle les jeunes gens sauvés dans la fournaise de Babylone, eux qui étaient jugés dignes d’être jetés dans le feu toujours brûlant, sans être consumés, afin que ceux qui imaginent [de mauvais projets] ne conçoivent pas de nouvelles œuvres. Bien que se trouvant dans le feu, ils n’étaient pas brûlés grâce à leur foi droite. Dieu nous enseigne à travers eux de distinguer les choses créées des choses incréées, des choses faites des choses sans commencement, des choses éternelles des choses qui reçoivent leur existence à partir de ce qui est éternel. Ces jeunes gens, une fois sauvés, voulaient manifester leur gratitude à Dieu, celui qui les avait sauvés – en qui ils espéraient depuis toujours – et ils ne doutaient pas de son aide. Ils ne se sont pas inclinés devant l’image du roi ni devant l’audace de sa tyrannie. Ainsi, ils voulaient rendre quelque chose à Dieu. Mais le Saint-Esprit leur a révélé les profondeurs dans leur cœur, eux qui étaient saints, et ils méditaient sur le ciel et tout ce qui s’y trouve, sur la terre et tout ce qui s’y trouve, ainsi que sur ce qui se trouve en dessous, c’est-à-dire sur tout ce qui existe. [Et ils se sont rendus compte que ces choses] n’étaient pas dignes d’être offertes à Dieu en offrande (de toutes façons, ils n’avaient pas l’autorité d’offrir des choses à Dieu pour eux-mêmes) et selon la dignité et l’autorité [qui convenaient à leur rang], ils voulaient chanter à Dieu des hymnes (et ceci à cause des passages de l’Écriture : « Un sacrifice de louange me glorifiera ; c'est le sacrifice de louange qui me rend gloire » (Ps 49, 23) et « Qu’ils lui offrent un sacrifice de louange. » (Ps 106, 22)) Ainsi, ils transformaient déjà l’Ancien Testament en Nouveau par l’inspiration du Saint-Esprit, eux qui n’avaient pas besoin d’un sacrifice d’êtres vivants ni d’holocaustes (car l’Écriture dit : « Il n’est plus […] holocauste, sacrifice, oblation, ni encens, ni lieu où te faire des offrandes. » (Dn 3, 38)) Ils voulaient offrir une telle louange et se permettant [de le faire], ils ont offert d’eux-mêmes et humblement la plus petite chose (« Tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 14), car avec la grâce de leur salut, ils ont reçu aussi le don d’humilité) et ils voulaient offrir à Dieu l’hymne et ne pas attendre. Alors, se reconnaissant autorisés de faire des offrandes eux-mêmes pour la glorification indicible de Dieu, ils jugeaient bon de prendre avec eux la création en glorification et ils ont commencé à chanter incorporant tout ce qui avait été fait.
Alors, distinguant les œuvres de l’ouvrier et les créatures du créateur, l’Écriture dit : « Louez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur. » (Dn 3, 57) Les trois jeunes gens ont dit : « toutes les œuvres » et n’ont rien oublié afin que l’Esprit Saint désigne la parfaite connaissance à connaître : ce qui est Dieu et ce que Dieu a fait pour que nous ne confondions pas l’éternel avec ce qui est créé de rien et pour ne pas corrompre notre pensée. Voilà pourquoi ils ont énuméré toutes ces choses, car le Saint-Esprit leur a révélé qu’ils étaient dignes d’être avec les anges, de demeurer avec eux ; [il leur a révélé] non seulement les choses dans le ciel mais aussi celles sur la terre et celles en dessous de la terre ainsi que celles qu’ils ne connaissaient pas. Et l’Écriture dit, comme les mêmes saints jeunes gens ont déjà dit : « Louez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur » et ils ont commencé à les énumérer et à distinguer les choses faites de celui qui les a faites, l’artiste des œuvres créées. Ainsi ils ont énuméré les œuvres créées : ciel, terre, eau au-dessus du ciel, anges – car ils sont des créatures – trônes et puissances – car ils sont des créatures – soleil, lune – car ils sont créés et non incréés – nuages et brume, vent, neige, éclair, tonnerre, terre, mer, sources, abîmes, rivières, tous les hommes, montagnes, oiseaux du ciel, bétail et animaux, les âmes des justes, esprits de justice – Ananias, Azarias, Misaël – prêtres et serviteurs de Dieu. Toutes ces choses sont faites et créées, ayant reçu l’existence de Dieu par le Fils et le Saint-Esprit : « Par le Verbe du Seigneur les cieux ont été affermis et par l’Esprit de sa bouche, toute leur puissance. » (Ps 32, 6) Regarde, frère bien-aimé, comment ceux qui ont mentionné toutes ces choses les ont comptées par le Saint-Esprit, mais ils n’ont compté ni le Fils ni le Saint-Esprit parmi les choses créées, mais ils ont reconnu la même divinité dans la Trinité et la même Trinité dans une seule divinité ; ils ont glorifié le Père dans le Fils et le Fils dans le Père avec le Saint Esprit : une seule sanctification, une seule adoration, une seule divinité, une seule glorification.
Mais effectivement le diable ne cesse nullement d’oser susciter des troubles parmi les hommes. Alors il a proféré le mensonge audacieux de l’infidélité des saints jeunes gens, en faisant dire qu’ils ne savaient pas prononcer le nom du Saint-Esprit, car ils étaient juifs et en tant que juifs ils ne connaissaient pas le Fils. Les paroles de l’Écriture par contre réfutent directement l’infidélité de ceux qui disent le mal. Elle dit : « Le visage du quatrième était comme le visage du fils de Dieu. » (Dn 3, 92) Voyez-vous ? Le nom du Fils de Dieu ! Alors, on ne peut pas dire [que les juifs] ne connaissaient rien de lui, et cela avant l’incident de la fournaise parce qu’elle dit : « Daniel était rempli du Saint-Esprit disant “Je suis pur de son sang” et ils sont retournés vers le tribunal » (Dn 13, 45-46) où il a jugé les anciens, lui qui était rempli de l’Esprit Saint. Alors donc, les jeunes gens connaissaient le Fils et le Père et le Saint-Esprit. Ils n’ont pas dit les noms. Certes, mais par ignorance ? Non, mais par certitude. L’Écriture dit : « Bénissez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur. » (Dn 3, 57) Elle ne dit pas : « Bénis le Seigneur, ô Fils de Dieu », ni « Bénis le Seigneur, ô Saint-Esprit » afin que ceux qui cherchent des ruses ne puissent pas dire qu’elle n’a pas nommé non plus les chérubins et les séraphins, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas non plus œuvres de Dieu. Alors, le divin Logos a agi d’avance pour assurer toutes choses contre ceux qui imaginent des ruses en sachant d’avance l’objection contre les chérubins, les séraphins et les jeunes gens. Car trois fois les saints jeunes gens ont répété l’hymne, invitant les créatures et les choses faites à chanter Dieu, mais d’abord, ils ont dit : « Béni es-tu ô Dieu de nos pères et chanté et glorifié est ton nom dans les siècles. » (Dn 3, 52-57) Ensuite, après les autres : « Béni es-tu, toi qui es assis sur les chérubins » et encore : « Béni es-tu, toi qui es assis sur le trône de ton royaume » et « Béni es-tu, toi qui vois dans les abîmes et qui es assis sur les chérubins. » [Les jeunes gens ont dit cela] afin que, à partir du mot trône, tu comprennes les séraphins et les chérubins et que, après avoir sanctifié le nom des chérubins et les abîmes et les trônes et le reste des noms, tu comprennes à partir du nombre de toutes les choses nommées que les autres sont comptées parmi les œuvres. Alors invitant toutes ces œuvres à chanter Dieu, ils ajoutent : « Bénissez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur » pour que Gabriel et Michel, eux aussi, bénissent le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Les vénérables anges dans le ciel chantent l’hymne triomphal et ils glorifient la Trinité consubstantielle, à gloire égale et à rang égal. Ils chantent « Saint, Saint, Saint », disant trois mots mais comme parlant d’un seul [être] et non comme louant trois [êtres], car ils ne disent pas Saint une quatrième fois, pour ne pas ajouter quelque chose au nom de la Trinité. Ils ne disent pas saint deux fois non plus pour ne pas négliger la gloire de la perfection, mais trois fois afin que la Trinité, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, soit sanctifiée. Ils n’ont pas dit Saint et demi-Saint, mais ils ont dit Saint [trois fois, mais chaque fois Saint] chaque mot ayant la même valeur, glorifiant la Trinité par un seul son, [en répétant] un seul mot, [en louangeant] une seule perfection, en même temps en unité et unité en trinité. Car le Fils unique de Dieu est venu nous enseigner cette connaissance, le Saint-Esprit nous a prêché cette manière de comprendre et le Père nous a révélé cette perfection. En vérité, le Logos incarné nous a accordé cette vie et le Saint-Esprit nous a construit cet édifice. « Si [comme le dit l’Écriture] sur ce fondement on bâtit avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille… » (1 Co 3, 12) et ainsi de suite, l’Écriture ne dit pas qu’il y aurait un autre fondement. Elle dit : « De fondement, en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve, c'est à-dire Jésus Christ » (1 Co 3, 11), le Fils de Dieu. Elle dit encore : « Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu » (Ep 2, 20), « car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et les prophètes » (1 Co 3, 9), afin que nous reconnaissions notre construction comme solide en vérité, la base éternelle qui n’a pas commencé à exister. « Mais tous n’ont pas la science » (1 Co 8, 7), selon la parole apostolique, mais [seulement] ceux qui sont rendus dignes par le Saint-Esprit pour connaître les mystères de la vérité. C'est le Fils qui se révèle, et qui révèle aussi son propre Père et le Saint-Esprit ; il reproche à ceux qui sont dans l’ignorance en disant : « Vous êtes dans l’erreur, en ne connaissant ni les Écritures ni la puissance de Dieu » (Mt 22, 29 ; Mc 12, 24)[13] et encore ailleurs : « Entende, qui a des oreilles. » (Mt 13, 43) Et encore le Fils a dit à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui que te dit : “Donne-moi à boire”, c'est toi qui l’aurais prié » (Jn 4, 10), et encore : « vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. » (Lc 9, 55) Alors donc, « tous n’ont pas la science » (1 Co 8, 7), mais « chacun reçoit de Dieu son don particulier. » (1 Co 7, 7) Et le saint Logos dit : « À qui on aura donné beaucoup, il sera beaucoup demandé » (Lc 12, 48), comme ceux recevant un petit nombre, d’autres rien du tout et d’autres encore plus.
On peut reconnaître que, à partir des paroles mêmes de la divine Écriture, les choses sont ainsi. Parlant spirituellement, la divine Écriture contient le plus de choses possible, surtout au sujet de notre vie [de notre salut], mais je parle de la connaissance du Seigneur. Car il y a tant de choses très profondes et surtout tant de paroles rassurantes pour notre âme, mais ces choses sont un scandale pour ceux qui n’ont pas reçu la connaissance de Dieu, comme le dit le prophète Osée : « Qui est sage pour comprendre ces choses ? » (Os 14, 10) et « Celui à qui le Logos donne cette connaissance, celui-là les connaît parce que les voies du Seigneur sont droites, mais les infidèles y trébuchent. » (Os 14, 10) Droites sont les voies, mais les infidèles trébuchent sur les voies du Seigneur et les innocents sont un scandale pour les autres hommes. Ainsi ceux qui trébuchent sur la pierre d’achoppement, le font sans aucune distinction entre eux. « Ils ont buté contre la pierre d’achoppement » (Rm 9, 32) et ils ont été scandalisés. Car les juifs, voyant ouvertement le Fils unique de Dieu, étant venu dans la chair, accomplir la volonté de Dieu et ne se jugeant pas dignes de la connaissance céleste, ils ont dit : « Qui est cet homme qui blasphème ? » (Lc 5, 21) et une autre fois : « Si cet homme est de Dieu, pourquoi ne respecte t-il le sabbat ? » (Jn 9, 16) Ainsi, ils n’ont pas reconnu la divinité ; ils ont tenu le Christ simplement pour un homme. Et certains parmi ceux qui l’ont reconnu comme Dieu ne connaissaient pas sa parfaite gloire, mais ils avaient entendu beaucoup de paroles à son sujet et au sujet de l’économie du salut instaurée pour nous et ils se sont trompés, par contre, concernant sa divinité et ont imaginé de fausses doctrines. La pensée les a égarés, car, comme les juifs se sont égarés en écoutant, ainsi aussi les autres se sont égarés en écoutant. Car ceux-là, en connaissant les choses dites avant en prophétie au sujet de l’incarnation du Christ dans la chair, ne connaissaient pas la plénitude de l’avènement, et ils se sont grandement agités et troublés. Et ceux-ci, en entendant les paroles dites avant concernant l’économie du Fils, les ont conçues d’une manière simpliste, se sont troublés et ont proposé, pour leur propre perte, des doctrines erronées concernant la foi, et ils ont cité les paroles du Fils : « Je ne suis pas encore monté vers mon Dieu et votre Dieu, vers mon Père et votre Père. » (Jn 20, 17) Vois-tu comment ils blasphèment, ceux qui osent dire que le Fils est une créature ?
Vois-tu donc que l’économie de l’incarnation les fait trébucher. Qu’ils reprennent l’examen de la question de l’origine première et qu’ils s’interrogent sur les temps et les occasions, car l’Écriture dit : « Ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. » (Mi 5, 1) Donc, nous voyons les choses d’auparavant. Le Père dit : « Faisons l’homme selon notre image et notre ressemblance » (Gn 1, 26) et ainsi de suite. Il n’a pas dit : « Je ferai l’homme selon mon image. » Sois persuadé par la parole de l’Écriture, toi qui as un cœur ruiné : « Leur cœur a été endurci » (Jn 12, 40) et apprends que le Fils a toujours été avec le Père, car en disant le mot faisons, il n’a pas désigné un seul, mais le Père a parlé au Fils. Sois persuadé aussi, toi qui dis que le Fils n’est pas semblable au Père, car lorsque le Père a dit : « selon notre image », rien n’était séparé de la ressemblance du Fils au Père. Rien n’a été enlevé non plus de l’identité du Père avec le Fils. Le Père n’a pas dit « selon mon image ou selon ton image », mais selon l’image du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi il a montré une seule essence et une seule divinité, car l’Écriture dit : « selon notre image et notre ressemblance » comme étant une seule divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit pour que l’homme soit créé selon l’image de la seule divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Sois persuadé, toi aussi Arius, et écoute le Père disant au Fils » faisons », appelant ainsi le Fils cocréateur. Souvent, on entend certains qui disent que le Fils n’a rien créé, mais toutes choses « étaient créées par lui. » (Co 1, 16) Alors, si toutes choses avaient été créées par lui, c'est aussi lui qui les a faites, comme il est clairement montré. Le maître d’œuvre, le Logos, est le créateur de toutes choses et le Père a travaillé à travers lui. Qu’ils l’écoutent quand le Fils dit clairement : « Mon Père travaille jusqu’à aujourd’hui et moi, je travaille » (Jn 5, 17), et par cette parole, il appelle le Père lui même cocréateur. Et encore, que ta pensée ne t’induise pas en erreur ; accepte le Fils comme maître véritable, pas comme un serviteur, car s’il était serviteur et non pas le véritable maître, comment a-t-il assumé la forme d’un serviteur, lui qui existait en forme de Dieu ? Comment s’est-il vidé lui-même s’il ne possédait pas la perfection ? Comme Dieu est parfait, accepte que le Fils le soit aussi ; accepte-le comme le Fils légitime étant auprès du Père.
Tu ne devrais rien dire par malveillance : le Père a dit au Fils « faisons », mais le Fils n’a pas dit au Père « faisons » et le Fils n’a pas dit : « Je travaille et mon Père travaille. » Il a donné au Père la première place, pour parler et pour agir. Voici pourquoi tu parles stupidement en voulant concevoir le divin comme ayant beaucoup d’origines [principes d’origine], mais il y a une seule origine [principe d’origine] et une seule et même divinité. Le Fils ne dit nulle part là [dans l’Ancient Testament] « mon Dieu » — mais je ne dis pas que le Fils ait nié l’honneur dû au Père, mais je parle de l’ordre dans la divinité. Et encore il est écrit : « Adam a entendu Dieu se promener dans le jardin le soir » (Gn 3, 8) et nulle part le Fils ne dit « mon Dieu et votre Dieu », mais il y dit Dieu parfait et absolu. Et encore : « Dieu a parlé à Noé » (Gn 6, 13 ; 7, 1 ; 9, 12) et nulle part de telles paroles ne sont lancées. Et il est dit : « Le Seigneur lui [à Abraham] apparut au Chêne de Mambré, tandis qu’Abraham était assis à l’entrée de la tente, au plus chaud du jour. Ayant levé les yeux, voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui ; dès qu’il le vit, il courut de l’entrée de la tente à leur rencontre et se prosterna à terre. Il dit : ‘Monseigneur, je t’en prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux… » (Gn 18 1 ss) afin de montrer un seul Dieu, bien que les autres aient été deux de ses anges qui l’accompagnaient. Car, au sujet de celui-ci, il est dit : « Et Dieu s’en alla » (Gn 18, 33), mais en sortant il s’est dit : « Cacherai-je quelque chose à mon enfant, Abraham ? » (Gn 18, 17) ; il est dit : « Le cri de Sodome et Gomorrhe a augmenté devant moi » (Gn 18, 20) et ainsi de suite. Et nulle part dans ces temps-là n’est lancée l’expression « mon Dieu et votre Dieu ». « Et les deux hommes sont entrés à Sodome » (Gn 19, 1), [deux] parce que [le troisième] était monté en haut [au ciel] et Abraham s’est éloigné des deux qui sont entrés à Sodome sur le point d’être détruite. Au sujet de celui qui est monté, l’Écriture dit : « Et le Seigneur a fait pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe d’auprès du Seigneur du feu et du souffre » (Gn 19, 24) et il n’était pas besoin de dire « mon Dieu et votre Dieu ». Et Moïse dit dans un hymne : « Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui. » (Dt 32, 13)[14] Si l’Écriture dit « anges de Dieu » et « feu d’auprès du Seigneur », et si elle ne dit pas seulement anges, c'est pour montrer que le royaume du Père et du Fils est seul et unique, que les anges ne le partagent pas depuis le commencement mais qu’ils existent parce que Dieu les a créés et ils se sont prosternés devant le Fils et devant Dieu. Car un ange ne se prosterne pas devant un ange et nullement ici n’est-il écrit « mon Dieu et votre Dieu. »
David dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : “Siège à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds.” » (Ps 109, 1) Alors il dit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur. » À ce moment-là, l’économie de la chair n’était pas encore instaurée et ce n’est qu’après son avènement dans la chair que le Fils dira « mon Dieu et votre Dieu ». « Voici la vierge concevra dans son sein et enfantera un fils et tu lui donneras le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous”. » (Is 7, 14 ; Mt 1, 23) À cette époque-là, on ne pouvait pas encore dire « mon Dieu et votre Dieu ». « Et toi, Bethléem, maison d’Éphrata, le moindre des clans de Juda, c'est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques » (Mi 5, 1) et selon un autre passage : « Et toi, Bethléem terre de Juda, tu n’es nullement le moindre des clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël. » (Mt 2, 6, citant Mi 5, 1) Alors, tu vois qu’[à cette époque-là] le Fils ne pouvait pas encore dire « mon Dieu et votre Dieu. » Mais lorsque la prophétie de Jérémie et d’Isaïe également était réalisée, lorsque le Logos est né d’une vierge et a pris chair, comme Jérémie le dit : « Et c'est l’homme et qui le connaîtra ? » (Je 17, 9), alors, partageant la chair et sans la semence de l’homme, à partir de la Théotokos Marie, il a remodelé pour lui-même sa propre sainte chair (selon l’interprétation de « né d’une femme » (Ga 4, 4)). Alors, partageant notre condition et à cause de notre condition, il pouvait dire « mon Dieu ». Mais à cause de sa naissance éternelle et selon la nature [divine], il dit « mon Père », mais à cause de sa grâce dans laquelle il a placé ses disciples, [il dit] « votre Père ». Par contre, à cause de la nature humaine des disciples et en vue de sa divinité et de l’éternité de son Père, il dit « votre Dieu ». Car Dieu [le Père] est le Dieu des disciples et le Père du Seigneur selon la nature [divine], et il est le Père des disciples selon la grâce. Mais le Dieu du Fils est le Père à cause de la chair, mais aussi Père à cause de l’éternelle et l’incompréhensible nature de l’engendrement et de la naissance légitime de son Fils parce qu’en vérité il est son Père, l’ayant engendré hors du temps et sans commencement selon la divinité. Le Logos devait dire du Père « Dieu »[15], parce que c'est lui [le Logos] qui a instauré l’économie du salut pour nous, lui qui est toujours avec le Père, lui le Logos ayant été engendré sans commencement, ayant été engendré dans la chair de Marie, dans ces derniers jours, selon la chair : de Marie la sainte Vierge par le Saint-Esprit.
Que tous conçoivent ainsi les profondeurs des décrets de Dieu et n’anéantissent pas la grâce, imaginant le salut [que Dieu a opéré] pour nous [d’une manière qui jette] le mépris sur la nature indicible et incompréhensible de Dieu. Il est écrit au sujet de Dieu : « Il n’aura pas de faim ni de soif et son intelligence n’est pas à découvrir » (Is 17, 9), mais au sujet du Fils, il est dit qu’il avait faim dans le désert après la tentation. De Dieu, il est dit : » Notre Dieu ne se fatiguera pas » (Is 40, 28), mais le Seigneur Jésus se fatiguait en marchant. Il est dit de Dieu aussi : « Il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël » (Ps 120, 4), mais le Seigneur Jésus dormait pendant la nuit. Ô pensées impies de ceux qui conçoivent de telles choses, car le saint Logos, venant dans le monde pour nous, a non seulement assumé notre condition, mais il a aussi pris contact avec nous[16] et a assumé la chair. Il a été trouvé comme un homme, saisi par les docteurs de la Loi et conspué, comme il est dit : « J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe ; je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats. » (Is 50, 6) Mais aussi « il a pleuré » (Lc 19, 41 ; 22, 41) comme il est exposé dans l’évangile selon Luc dans les copies non corrigées.[17] Saint Irénée se présente aussi comme témoin dans son livre Contre les hérésies où il lutte contre ceux qui disent que le Christ est venu seulement en l’apparence d’un homme. Mais les orthodoxes ont enlevé ce passage ayant peur de lui et ne concevant pas correctement la raison de son avènement et sa très grande force[18]. Il est dit aussi : « Entré en agonie, il priait de façon plus instante et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang. Alors lui apparut un ange, venant du ciel, qui le réconfortait. » (Lc 22, 43) Non seulement cela, mais aussi comme un homme, il a demandé : « Où avez-vous mis Lazare ? ». (Jn 11, 34) Et au sujet de l’hémorroïsse, il a demandé : « Qui m’a touché ? ». (Lc 8, 45) Et au sujet de ceux qui le cherchaient, il a demandé : « Qui cherchez-vous ? ». (Jn 18, 4) Mais aussi comme un homme, il a interrogé ses disciples : « Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13) et « Combien de pain avez-vous ? ». (Mc 6, 38) On a dit qu’il était fatigué sur le chemin auprès du puits en Samarie, mais aussi : « L’enfant grandissait et se fortifiait en l’esprit » (Lc 2, 40) et « Jésus croissait en taille et en sagesse », « car avant que le garçon ne sache dire “papa” et “maman”, on enlèvera la richesse de Damas et le butin de Samarie. » (Is 8, 4) La sagesse [le Christ] est aussi celui qui « enseigne aux hommes la connaissance et qui a créé l’oreille de l’homme. » (Ps 93, 10) Il est celui qui enseigne aux fils de l’homme de parler et celui qui « ouvre la bouche des muets ». (Sg 10, 51) Toutes ces choses, il supportait pour nous afin que celui [le fidèle] qui garde tout le fruit de l’incarnation, ayant été entreprise pour nous, ne perde pas la marque de la vérité.
Mais afin de ne pas permettre que les témoignages restent inexpliqués et mal interprétés, c’est-à-dire les témoignages que nous avons assemblés des divines Écritures et apportés d’auprès des adversaires qui les ont prononcés contre la vérité, je dirai pour chaque passage une explication de la puissance qui est en lui. Voilà pourquoi les choses sont dites d’une manière humaine. Et encore une fois, nous dirons beaucoup – comme nous l’avons déjà dit sur « mon Dieu et votre Dieu » – de sorte que, pour celui qui en a sa propre interprétation, il peut reconnaître qu’à partir de la suite des idées, il est raisonnable de dire : « Il est un homme et qui le connaîtra ? » (Jr 17, 9) En même temps, la divine Écriture fait voir deux choses : le visible et l’invisible. Selon le visible, il est raisonnable de dire « mon Dieu » et selon l’invisible, il est raisonnable de dire « mon Père » afin que ni l’une ni l’autre manière d’interpréter ne contredisent la raison. Comment le Christ a-t-il été appelé homme ? Il est tout à fait vrai que chaque personne née parmi les hommes est reconnue par les hommes, par la mère, par la parenté, par les membres de la maison, par les voisins, par les camarades ou par les concitoyens. Il n’est pas possible que le verset, « Il est un homme et qui le connaîtra ? », s’accomplisse dans un homme simplement humain. Il est accompli, par contre, dans le Dieu Logos, le Fils de Dieu, par le fait de dire : « il est homme » parce qu’il est homme en vérité. Mais l’autre moitié de la phrase, « et qui le connaîtra ? », est dite parce qu’il est Dieu. Pour cette raison, il participe à la nature des hommes et Dieu est inconnu aux hommes par le fait d’être incompréhensible. Le Christ est homme de Marie en vérité, né sans la semence de l’homme. Il est dit (car le prophète a prédit l’avenir) : « Et la vierge concevra dans son sein et enfantera un fils. » (Is 7, 14) Si donc elle était vierge, ce n’était pas un événement produit dans l’économie des hommes parce que le texte a été dit à Achaz avant ce temps-là [avant le Christ] : « Demande un signe au Seigneur ton Dieu, dans les profondeurs ou dans les hauteurs » (Is 7, 11), mais ayant des sentiments humbles, le roi a dit : « Je ne demanderai ni je ne tenterai le Seigneur mon Dieu » refusant de demander un signe. Alors, immédiatement, parce qu’il n’a pas demandé un signe, Dieu, qui accorde de grands dons aux hommes, lui a accordé deux signes : il [le Père] a envoyé d’en haut le Logos par sa propre volonté et par la propre volonté du Logos lui-même, et des profondeurs il a préparé l’économie de la chair par sa propre bonne volonté avec le Logos lui-même. Car il est dit en dernier lieu : « Et ils appelleront son nom Emmanuel. » (Is 7, 14) Il n’est pas dit « j’appellerai », mais « ils appelleront », car Dieu, qui avant était inconnu aux hommes, s’est révélé à eux. Il n’a pas toutefois pris le nom récemment, car il n’a pas dit « j’appellerai son nom Emmanuel » mais « ils appelleront ».
Mais l’expression « né d’une femme », comme j’ai déjà expliqué plus haut, [se dit ici] afin que « d’une femme » complète « né », mais le Logos a été clairement manifesté à tous comme éternel. Si toutefois « il n’aura pas soif » se réfère à Dieu, au sujet du Fils il est dit qu’il avait faim et soif. Ainsi il était nécessaire que cela soit arrangé de cette manière pour nous. Comment l’économie a-t-elle pu être instaurée en vérité si les conditions nécessaires résultant de l’incarnation n’avaient pas eu lieu ? En cela, il nous a montré la réfutation de toutes les questions des hérétiques, car il a directement réfuté les idées de Mani. Par le fait de dire « manger et boire », il montre la chair véritable. Il a réfuté l’idée des lucianistes et le pouvoir d’Arius, car Lucien et tous les lucianistes nient que le Fils de Dieu ait pris une âme. Ils disent qu’il n’avait que la chair, afin d’attacher tout de suite l’expérience humaine au Dieu Logos : boire, manger, fatigue, lamentation, douleur, désordre et autant d’autres choses que le Fils a portées dans son avènement dans la chair. C'est une bêtise, par contre, d’attribuer ces choses à la divinité du Fils de Dieu, mais il est dit que la chair, en elle-même, ne mange pas, ni ne boit, ni ne se fatigue, ni ne fait les autres choses. Et je dis moi-même que la chair en elle-même n’a pas ces choses, mais le Logos avait toute l’économie quand il est venu, la chair, l’âme et autant de choses qui existent en l’homme. La faim, la fatigue, la soif, la douleur et les autres choses font partie de l’âme et de la chair. Et il a pleuré afin de réfuter l’erreur de Mani parce qu’il ne s’enrobait pas d’un corps seulement en apparence mais en vérité. Il avait soif pour montrer qu’il avait non seulement la chair mais aussi l’âme. Sa divinité n’a certes pas bu, mais dans la chair et dans l’âme il a bu et il s’est fatigué en marchant sur le chemin. Ce sont les conséquences naturelles dues à la chair et à l’âme.
Puisque le Logos, étant venu dans le monde, avait un corps et une âme, les divines Écritures de l’Ancien Testament et du Nouveau devraient [nous en] convaincre. D’abord, David parle au sujet du Logos et Pierre s’accorde avec ce qu’il dit : « Tu n’abandonneras pas mon âme aux enfers et tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption. » (Ps 15, 10) [Il dit cela] pour que la nature composée du Dieu-Homme soit comprise correctement ; pour que la connaissance concernant lui soit clairement établie en nous ; pour qu’il montre l’âme avec la divinité déposées ensemble et en même temps pour trois jours ; pour qu’il manifeste la chair comme sainte. [Il voulait également montrer] que la divinité avec l’âme ne pouvaient pas être contenues en Hadès et qu’elles avaient accompli le mystère. Il y a un autre témoignage qui dit ceci : « libre parmi les morts. » (Ps 87, 5) Il signifie que l’Hadès ne pouvait pas dominer le Fils, lui qui est descendu avec son âme, par sa propre volonté, jusqu’en Hadès. Et Pierre dit : « Mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant des affres de l’Hadès. Aussi bien n’était-il pas possible qu’il fût retenu en son pouvoir » (Ac 2, 24), c'est-à-dire dans le pouvoir de l’Hadès. Et le Sauveur lui-même dit : « J’ai pouvoir de donner ma vie et j’ai pouvoir de la reprendre » (Ac 10, 18) et « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11) et « Maintenant mon âme est troublée » (Jn 12, 27) et « Que dire ? » – comme en disant « que dire ? » il était en doute : « Que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. » (Jn 13, 27) [Il a dit cela] pour montrer que sa divinité agissait de son plein gré et qu’il est venu précisément pour cela. Il est dit « est troublée » afin que la vérité de son incarnation ne soit pas falsifiée. L’avènement dans la chair n’était pas en apparence. [Le Seigneur a agi] à la manière d’un grand roi faisant la guerre contre un adversaire plus faible et sachant que son ennemi, s’il voit le roi arriver en puissance et avec beaucoup de soldats, refusera le combat, retournera en fuite et abandonnera à la ruine les sujets de beaucoup de pays. Pour cette raison, le roi feint des prétextes par sa propre stratégie, il tourne le dos à l’ennemi et il fuit jusqu’à ce que l’ennemi reprenne confiance et commence à poursuivre le roi, comme si le roi était craintif et impuissant. Alors, le roi se retourne soudainement et avec toutes ses forces il [écrase l’adversaire et il] reçoit la reddition totale de l’ennemi et de toutes ses forces. Ainsi, notre Seigneur ne craignait pas la mort, celui qui, avant de sortir pour souffrir, a indiqué le chemin que le Fils de l’homme allait prendre pour se livrer, être crucifié et ressusciter le troisième jour. Alors, Pierre a dit : « Dieu t’en préserve, Seigneur, non, cela ne t’arrivera point ! » (Mt 16, 22), mais le Seigneur lui a reproché : « Passe derrière moi, Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » (Mt 16, 23) Donc, puisque le Fils a dit ces choses avant le moment et est venu précisément pour cela, comment se fait-il qu’il ait prié plus tard que la coupe soit éloignée de lui, qu’il n’en boive pas ? Celui qui parle de sa propre mort avant de mourir, ne voulant pas être pris pour un menteur, n’aurait pas dû prier de faire éloigner la coupe. Mais il a défié l’adversaire par un tel stratagème afin que le diable ait cru que le Sauveur avait peur de la mort et qu’il l’amène vers la mort pour le salut des mortels, à travers l’économie. Mais si tu entends que le Seigneur est mort, sache que l’expérience de la mort était complète, car le chef des apôtres, Pierre, t’explique la confession au sujet de sa mort disant : « Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. » (1 P 3, 18) Car sa divinité a supporté de souffrir dans la chair, mais il est au-delà de toutes souffrances, il était au-delà de toutes souffrances et il demeura au-delà de toutes souffrances. Rien n’a changé ni altéré son éternité ni le fait d’être au-delà de toutes souffrances.
Et ceux qui sont épris de vaine gloire vont parler encore :
Les hérétiques :
— À partir de tels arguments, tu ne pourras pas nous convaincre que le Christ avait une âme, car nous avons trouvé ceci dans les divines Écritures ; selon Isaïe, la Personne de Dieu le Père parle concernant le Fils unique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais, que mon âme a aimé. » (Is 42, 1 ; Mt 3, 17) Que devrions-nous penser concernant le Père ? Qu’il avait pris une âme en lui-même ou qu’il a une âme ? Mais qui penserait une telle bêtise concernant le Père ? Quoi dire donc ?
Il est évident que le texte est à comprendre au sens figuré. Donc, si le texte concernant le Père est à comprendre au sens figuré, ils disent :
Les hérétiques :
— Alors, la même chose doit être dite concernant le Fils. Même s’il est dit : « Mon âme est troublée » (Jn 12, 27 ; 10, 18) et « j’ai pouvoir » (Jn 10, 18) de donner mon âme et de la prendre, il n’avait pas d’âme, mais il parlait au sens figuré.
Il semble que leur raisonnement ait quelque chose de sérieux, [mais ils ne nous ont pas convaincu que] la vérité se fasse voir elle-même à partir de beaucoup de témoignages, car chaque manière de parler est à comprendre à partir de sa forme. Concernant le Père, il ne faut pas oser [parler comme cela] parce qu’il n’a pas assumé la chair. Mais la chair est confessée par les lucianistes comme par les ariens. Il n’y a aucun doute.
[Les hérétiques]
— Il est dit, par contre : « Le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14) et non « Le Verbe s’est fait chair et âme. »
Contre une si bête ignorance, moi je dis : « Dieu a formé l’homme, prenant de la glaise du sol » (Gn 2, 7), ensuite il a formé toutes parties qui existent en lui. Ensuite, le Verbe, en se faisant chair, contient toutes ces parties. Car contre le même argument, nous répondons d’avance à ceux-là et nous disons : Regardez, il est dit : « Dieu a façonné l’homme » et non qu’il ait fait pour lui foie, poumons, cœur, veines et artères, nerfs et les autres parties du corps. À cause de cela, penserons-nous que l’homme est un seul bloc massif et homogène parce que les Écritures ne parlent pas en détails de toutes les parties qui forment le composé de son être ? Certainement pas. Comme certes à partir d’une partie d’un composé, le tout est à comprendre, ainsi aussi à partir de la chair, il est évident que le Sauveur avait aussi une âme.
Donc si le Fils a assumé une âme et un corps, comme il a été prouvé, alors la divinité [du Fils] n’a pas été subordonnée à l’essence du Père. Elle a été enveloppée dans les expériences et conditions humaines [matérielles et sensorielles] de sorte que le Fils boive, se fatigue, mange et fasse autant de choses qui sont utiles et habituelles à l’homme. Et il est écrit de Dieu : Il « ne se fatigue pas et son intelligence est insondable » (Is 40, 28), par contre, le Sauveur s’est fatigué. Cela ne nous permet pas de conclure, toutefois, que le Fils, étant descendu d’en haut, n’est pas né de l’essence du Père. Il ne s’est pas fatigué en haut, mais dans la chair, car il fallait que la chair se fatigue afin qu’on croie qu’il s'est fait chair en vérité et pas seulement en apparence. Et le Fils avait l’expérience de toutes les autres choses, autant qu’il y en a, comme s’endormir, dormir, toucher et être touché, lesquels sont les caractéristiques de l’homme, car le Fils a assumé ces choses et a été trouvé comme homme. Il est dit : « Nous avons trouvé le Messie, celui dont Moïse a écrit. » (Jn 1, 41 et 45) Ceux qui l’ont trouvé ne l’ont pas fait par la nature incompréhensible [mais par la nature compréhensible], c'est-à-dire par l’incarnation. Le Fils n’a pas été trouvé à cause de l’incompréhensibilité, et voilà pourquoi les docteurs de la loi pouvaient le saisir ; ils pouvaient le trouver parce qu’ » il a donné le dos à ceux qui frappent et il n’a pas soustrait le visage aux outrages ni aux crachats. » (Is 50, 6) Il a pleuré et a fait autant d'autres choses qu’on lui attribue. Qui aurait pu fouetter ou battre le Dieu Logos dans le ciel ou cracher sur celui qui est indicible et incompréhensible ? Donc si le Logos de Dieu, lui qui est au-delà de toutes souffrances, a souffert, alors la souffrance était corporelle, à l’extérieur de son incapacité de souffrir mais non encore au-delà de son bon vouloir de choisir. Il est certain, par contre, que le Fils n’a pas souffert en lui-même [dans la nature divine] les souffrances qui lui sont attribuées, mais comme pour un vêtement taché, la tache ne touche pas le corps de celui qui le porte. La tache du vêtement est néanmoins attribuée à celui qui porte le vêtement. Ainsi Dieu a souffert dans la chair, mais sa divinité n’a rien souffert. La souffrance de la chair, ayant été portée par Dieu, a été attribuée à sa divinité afin que le salut soit établi pour nous dans la divinité.
Je me souviens du passage dans l’évangile de Luc et je ne veux pas le négliger. Il est écrit : « Entré en agonie, il priait de façon instante et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang. Et un ange apparut au Seigneur et le fortifiait. » (Lc 22, 44 & 43) Ceux qui ne pensent pas aux profondeurs et à l’essentiel des paroles, comme nous sommes habitué à le dire, restent près du mal au lieu de se placer à côté des bons. Ils dénaturent les paroles et étant ignorants, ils se ruinent eux-mêmes. Rien n’est plus convenablement dit que cela[19]. Par le fait de dire : « il est entré en agonie », les Écritures montrent que le Dieu-Homme est vraiment homme. Alors, afin de montrer qu’il était homme et que ce n’est pas la divinité qui a souffert, il est dit : « Il suait et la sueur est devenue comme de grosses gouttes de sang. » La forme était corporelle et non spirituelle [c'est-à-dire matérielle]. « Un ange du Seigneur lui apparut et le fortifiait » et celui qui est plus grand que les anges n’a pas empêché l’ange de le fortifier. « À qui tout genou fléchisse, des choses au ciel, sur terre et sous terre. » (Ph 2, 10) Le même est le Logos toujours Dieu, étant toujours auprès du Père et étant engendré de lui, mais afin que soit accompli ce qui se trouve dans le grand cantique que Moïse a chanté dans le désert, il est dit : « Que tous les fils de Dieu se prosternent devant lui et que les anges de Dieu le fortifient. » (Dt 32, 43)[20] Les paroles « …le fortifient » [ne signifient pas que l’ange] lui a fourni une force mais que la glorification se fortifie en ceux qui glorifient Dieu. Les anges et tous les êtres immatériels en haut crient et disent : « À toi appartiennent la puissance, le règne et la force » (Jn 5, 12-13) pendant qu’ils se prosternent et se fortifient, c'est-à-dire, ils lui donnent sa propre force et puissance. L’ange a fait de même, est apparu en face des disciples et s’est prosterné devant son Seigneur. Il connaissait très bien la surabondance de l’économie du Fils qui aime l’homme, le Logos qui a opéré en lui-même une telle œuvre de bonté, une œuvre qui a vaincu le diable et a brisé le péché. Et étant au comble de l’émerveillement, l’ange chante en se prosternant : « À toi appartient la force, Seigneur, car tu es fort contre la mort, contre l’Hadès et contre le diable pour briser son aiguillon et sortir l’humanité de son pouvoir[21]. »
S’il est encore écrit : « Où avez-vous mis Lazare ? » (Jn 11, 34), et si le Christ parle humainement au sujet de l’hémorroïsse et dit : « Qui m’a touché ? » (Mc 5, 30 ; Lc 8, 45) ou s’il est dit encore : « Qui cherchez-vous ? » (Jn 18, 4) ou « Et les hommes, que disent-ils de moi ? Le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13) ou « L’enfant grandissait et se fortifiait » (Lc 2, 40) ou « Il croissait en taille et en sagesse » (Lc 2, 52) ou « Avant que l’enfant ne sache appeler “papa” et “maman”… » (Is 8, 4), ne vois-tu pas, à partir du sujet même, la prééminence de la connaissance des passages qui parlent de la chair et des conditions humaines ? Il y a tant de choses dans l’Ancien Testament venant de Dieu le Père pour convaincre les hommes, choses qui écartent l’ignorance [comme défense]. Donc, l’ignorance envers Dieu n’est pas possible. Lorsque le Logos est venu dans le monde, il a fait ces choses afin que soit accomplie la parole : « Mon Père travaille jusqu’à aujourd’hui et moi aussi je travaille. » (Jn 5, 17) Encore, il est dit : « Où avez-vous placé Lazare ? » (Jn 11, 34) Le Christ a posé la question sur le lieu où il devrait aller, mais avant d’y aller et n’ayant rien entendu de personne concernant Lazare, il a dit à ses disciples : « Notre ami Lazare dort. » (Jn 11, 11) Donc celui qui était séparé du lieu [où était Lazare] par une si grande distance savait que Lazare était mort. Alors, lorsqu’il est arrivé sur le lieu [peut-on dire qu’] il ne savait rien ? Certes non, mais il voulait montrer qu’il a fait toutes ces choses, au moment où personne n’avait la pleine et parfaite croyance en lui, pour révéler son grand amour pour les hommes, lui qui est si clément envers nous. Alors, il n’aurait pas été nécessaire que les sœurs de Lazare disent : « C'est le quatrième jour et déjà il sent mauvais » (Jn 11, 39) ni qu’elles partent et qu’elles montrent [le tombeau], mais seulement dire : « Tu sais tout et si tu veux, il vivra. » Voilà pourquoi il a aussi pleuré sur la dureté du cœur des hommes. Donc, ce n’est pas parce qu’il ne savait rien qu’il a posé des questions, mais il a pris le rôle d’interrogateur, tout en montrant sa bonté. Même il dit : « Qui m’a touché ? » (Lc 5, 31), pas parce qu’il ne savait pas la réponse, mais pour ne pas être obligé lui-même de dire que le miracle venait de lui. Il voulait que la femme, ayant entendu la question et se présentant, puisse parler de la grâce qui lui avait été accordée. En plus, il voulait que, après avoir confessé et entendu : » Ta foi t’a sauvée » (Mc 5, 34), elle rentre chez elle [pour en parler], que d’autres croient et qu’ils soient guéris. Il dit encore : « Les hommes, que disent-ils de moi ? Le Fils de l’Homme ? » (Mt 16, 13) Comme aussi dans l’Ancien Testament, venant du Père, il est dit : « Adam, où es-tu ? » (Gn 3, 9), il savait où était Adam. Voilà pourquoi il a pris le rôle d’interrogateur pour lui dire : « As-tu mangé de l’arbre ? » (Gn 2, 11) Et à Caïn, il a dit : « Où est ton frère Abel ? » (Gn 4, 9), mais il n’a pas posé la question parce qu’il ne savait pas, car il dit : « Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère. » (Gn 4, 11) Donc celui qui a dit que le sang d’Abel criait savait, mais il lui a posé la question pour donner à Caïn, comme défense, l’occasion de se repentir. Voilà pourquoi il posait des questions.
Et de nouveau, les hérétiques retournent à leurs querelles d’ignorance, celles qu’ils aiment tellement, et ils disent que ces passages dans l’Ancien Testament sont du Fils, mais immédiatement leur effort est mis en échec. Car celui qui dit à Moïse : « Qu’est-ce que tu as dans ta main ? » (Ex 4, 2), est celui qui a dit aussi : « Je suis celui qui est. » (Ex 3, 14) Et au sujet de la résurrection, le Seigneur expliquait aux sadducéens que « les morts se lèveront ; Dieu a dit : “Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, le Dieu des vivants et non des morts.” » (Mc 12, 26) Il y a encore beaucoup de passages dans l’Ancien Testament qui montrent que le Père parle, mais aussi souvent c'est le Fils qui parle et encore d’autres passages où le Saint-Esprit parle. « Où est Sarah, ta femme ? » (Gn 18, 9) a dit à Abraham celui qui est venu d’en haut avec deux anges, le Fils de Dieu, car s’il ne savait vraiment pas où était Sarah, il n’aurait pas dit « Sarah » lorsqu’il a dit : « Sarah a ri en elle même. » (Gn 18, 12) Il voulait présenter Sarah comme un modèle de modestie pour les femmes qui désirent en vérité vivre pieusement afin que, lorsqu’elles accueillent des étrangers, elles rendent service par leurs propres efforts, mais que par modestie, elles ne se montrent pas le visage aux hommes. Car cette femme bienheureuse a certes préparé un repas, mais elle n’a pas été vue des anges pendant la préparation. Ainsi par ce comportement, elle a présenté un modèle de modestie aux femmes. Mais il l’a fait aussi pour que celui qui était présent montre qui il était ; celui-là, ayant reçu l’hospitalité à cette heure, a appelé le nom de la femme. Il a montré ainsi que le nom de l’homme, son occupation et ses pensées ne sont cachés de lui. « Les hommes, que disent-ils de moi ? Le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13) Et le Christ a dit « le Fils de l’homme », comme une confession, afin que les disciples ne croient pas qu’il pose des questions concernant l’invisible. Les disciples ont répondu : « Isaïe, ou Jérémie, ou Jean. Mais vous, que dites-vous de moi ? Et ils ont répondu “le Fils de Dieu vivant.” » (Mt 16, 15) Et immédiatement le Seigneur a appelé Pierre bienheureux, car il a posé une question tout en sachant la réponse, mais il voulait montrer que l’enseignement vient du Père, un enseignement qui prêche à l’Église que le Christ est le vrai Fils de Dieu afin que
Pierre soit contraint de dire que ce qui a été enseigné venait du Père.
Ne t’étonne pas lorsque le Fils dit : « Par moi, ils vont vers le Père. » (Jn 14, 6) Il ne faut pas croire par cela que le Fils est d’une essence autre que celle du Père, car il enseigne encore : « Personne ne vient vers moi sauf ceux qui sont attirés par le Père. » (Jn 6, 44) Comme, certes, le Père envoie vers le Fils, le Fils aussi amène vers le Père afin de montrer que la divinité est seule et unique, la même [pour les deux]. Selon le passage : » Il grandissait en taille et en sagesse » (Lc 2, 52), si la sagesse est de Dieu, le Fils ne manquait pas de sagesse, mais lorsqu’il s’est vidé, prenant la forme d’un serviteur, la plénitude de la divinité n’a pas été diminuée [comme s’il avait changé quelque chose de la divinité], mais pour montrer qu’il s’est vidé du ciel pour entrer dans les conditions humaines, c'est-à-dire dans le sein de Marie. Il est dit : « “Huile-Vidée” est ton nom » (Ct 1, 3) et non « Huile-Répandue », mais l’huile était vidée du ciel [pour couler] sur la terre afin qu’elle soit vidée de la terre [pour couler] dans Marie et de Marie le Christ [l’huile] a été conçu, s’est fait chair et est né à Bethléem. De Bethléem, il est allé à Nazareth ; de Nazareth, à Capharnaüm ; de Capharnaüm, à Jérusalem et à la mer où il a marché sur les eaux et dans la région de Tyr, à Naïn, au Jourdain et à Jéricho ; et à Bethphage et à Béthanie ; à Jérusalem, au temple, au mont des Oliviers et à Gethsémani ; à la maison de Caïphe ; au prétoire et chez Hérode ; au lieu de Golgotha ; au tombeau et jusqu’à l’Hadès ; de la terre après la résurrection ; et aux cieux. L’huile [le Fils] a été vidée [pour couler] de vase en vase. Le Fils a oint tous les vases d’une huile de bonne odeur et son avènement du ciel a sanctifié toute la terre [et surtout] ceux qui l’ont accepté en vérité. Le Fils est la montagne dont Daniel a parlé, et une grande montagne : « Pierre non taillée des mains » (Dn 2, 34), faisant allusion au fait [qu’il a été engendré] sans semence de l’homme. Alors, le plus grand se trouvait petit, mais la pierre [le Fils], reprenant encore une grande taille, est devenue de nouveau une grande montagne. Il est clair que la montagne n’est pas en un seul lieu, mais elle remplit le monde entier. Celui-ci [le Fils] est la sagesse, il est devenu homme, et il a étendu son propre pouvoir au monde afin de remplir le monde de sa grâce : « Il grandissait en taille et en sagesse. » (Lc 2, 52) Puisque le Fils est la sagesse du Père, qui « enseigne aux hommes » (Ps 93, 10) de parler, il a façonné la langue pour les hommes et « a planté l’oreille » (Ps 93, 9) à ceux qui écoutent, comment se fait-il donc qu’il ne sache pas appeler « papa » et « maman », celui au sujet de qui il a été ajouté : « Il enlèvera le pouvoir de Damas et le butin de Samarie » et la suite ? Mais lorsqu’il est né du sein de Marie, s’il s’était montré immédiatement comme pouvant parler et s’il avait parlé très bien et habilement, on aurait cru à une apparition et non à une naissance d’un vrai homme. On aurait dit que sa conception dans la chair n’était qu’une illusion. Alors, voilà pourquoi il s’est chargé de l’étroitesse de la croissance pour que la vérité de la suite de l’histoire ne soit pas cachée.
Alors, ils cherchent encore d’autres prétextes en introduisant ainsi des notions vaines dans les divines Écritures et en pensant le contraire [de ce qu’elles contiennent]. Les hérétiques disent : « Comment se fait-il qu’il soit écrit : « Considérez le grand prêtre de notre confession, comme il est fidèle à celui qui l’a institué » (He 3, 1) et « Sachez-le, vous tous qui êtes de la maison d’Israël, que ce Jésus que vous avez crucifié est le Seigneur et Dieu l’a fait le Christ. » (Ac 4, 10) Alors, quelle grande merveille ! Ceux qui s’attachent tellement à la suite des mots et d’arguments dans les Écritures, eux, ils ne connaissent pas le sens qui se trouve en elles. En disant : « Sachez-le que le grand prêtre est fidèle à celui qui l’a institué », les Écritures ne disent rien sur la divinité, car Dieu le Fils est venu véritablement dans la chair et les divines Écritures nous éclairent en toutes choses, car elles ne contiennent rien de tortueux ni de fourbe : « Toutes paroles sont franches pour qui les comprend, droites pour qui a trouvé le savoir. » (Pr 8, 9) Il est dit : « Prenez ma discipline et non de l’argent. » (Pr 8, 20) Si quelqu’un ne prend pas la discipline de Dieu, c’est-à-dire la foi de la vérité, toute parole sera pour lui tortueuse et perverse. Par contre, pour ceux qui comprennent correctement et qui ont trouvé la connaissance, toute parole est droite et irréprochable. Afin de les convaincre, l’apôtre dit : « Car tout grand prêtre pris d’entre les hommes est établi pour intervenir en faveur des hommes afin d’offrir des dons et sacrifices. » (He 5, 1) Voilà pourquoi le Fils unique lui-même — étant venu précisément pour devenir le grand prêtre pour les hommes — a pris de parmi nous la chair afin de pouvoir appeler les disciples « frères » (He 2, 11), lui qui est devenu une offrande pour nous à son propre Dieu Père. Où donc est accompli ce « est devenu une offrande » ? Nulle part ailleurs qu’auprès du grand prêtre, car il est écrit : « Sachez-le, ton grand prêtre est fidèle à celui qui l’a institué. » Je me sers d’un exemple extraordinaire. Quelqu’un voulait questionner le roi au sujet du prince, de son propre fils, et prenant courage, l’homme dit au roi :
— Qui est celui-là ?
L’homme a entendu la bonne réponse du roi :
— C’est mon fils.
Encore l’homme dit :
— Ton fils naturel ?
Le roi a répondu :
— Mais oui.
L’homme a posé une autre question :
— Qu’est-ce que tu l’as institué ?
Le roi a dit simplement :
— Je l’ai institué roi.
Est-ce donc possible que celui qui a donné la dignité royale à son fils nierait la naissance légitime de ce fils ? En affirmant la seconde chose [le fils est légitime], anéantit-il la première [la dignité royale] ? Nullement. Ainsi certes, Dieu le Père a engendré le Fils hors du temps, mais dans la chair, le Fils a accompli le passage : « Il l’a institué grand prêtre. »
En réponse, les hérétiques disent : « Mais il est écrit : “Le Seigneur m’a créé le premier de ses chemins pour ses œuvres.” »[22] (Pr 8, 22) D’abord ceux qui sont remplis de vaine gloire ne connaissent pas le nom du livre. Le livre s’appelle Proverbes de Salomon, mais tout ce qui est dit en proverbes n’est pas le même que ce qui est dit selon le sens littéral du texte. Regardez ! Notre Seigneur Jésus-Christ parlait en paraboles et nous estimons que les paraboles ne s’accordent pas avec notre manière de voir les choses : « Car le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé. » (Mt 13, 31) Et si, selon notre raisonnement, nous voulons considérer tout en détail, il est clair que le royaume des cieux est un vaste lieu, s’il faut dire le mot lieu, en lequel royaume le roi est Dieu le Père, Dieu le Logos et Fils de Dieu et le Saint Esprit de Dieu, et où habitent les anges, les